Part 16
L'an de grace après ensuivant mil trois cent quatorze, le pape Climent mourut au tems de Pasques, et fu le siège moult longuement vacant. Et y ot très grant dissencion entre les cardinals, c'est assavoir: entre ceux de Gascoigne d'une part, et ceux d'Italie et de France d'autre part. Car ceux d'Italie et de France mettoient paine d'avoir l'eslection par devers eux et y ot deffiailles de l'une partie contre l'autre, et meismement pour la cause du feu qui avoit esté mis en la ville de Carpentras par le marquis de Antonne[270] neveu du pape Climent derrenièrement mort; car il y estoient tous assemblés pour l'eslection faire de un pape; et disoit l'en que le feu y avoit esté mis du dit marquis en la faveur des cardinals qui estoient de la partie des Gascoins. Et en cest an fu prise une occasion, pour les guerres qui avoient esté faites en Flandres, de lever une exaction laquielle n'avoit esté oïe de mémoire d'homme. Et commença ceste exaction à Paris premièrement, et après elle fu espandue par tout le pays, et estoit la dite exaction ou extorcion telle que tout vendeur et acheteur paioit six deniers pour livre: laquielle exaction quant elle fu ainsi publiée et par tous pays, ceux de Normendie, et de Picardie, et Champaigne s'assemblèrent et jurèrent les uns aux autres[271] que chascun deffendroit ceste exaction en son pays, et en nulle manière ne la lairoit tenir[272]. Finalement quant le roy sot ce, il commanda que telle exaction cessast par tout son royaume, car on disoit tout communément que ceste chose n'estoit pas venue de la conscience du roy, mais estoit venue, par ses très mauvais conseilleurs.
[Note 270: _De Antonne_. «Per marchisium.» Variantes: _D'Amptonne_. (Nº 9650.) Fleury le nomme: _Bertrand de Got, comte de Lomagne_.]
[Note 271: _Les uns aux autres_. «Per juramentum ad invicem confederati pro sua et patriæ libertate.»]
[Note 272: De là le plan de conjuration dit _des Alliés_, dont Godefroi de Paris, dans le manuscrit du Roi 6812, nous a fait connoître les vues, le but et l'importance.]
En cest an, vers Pontoise, (au lieu que l'en dit Maubuisson abbaïe de femmes, nonnains de l'ordre de Cistiaux, le jour d'un mardi en la sepmaine de Pasques), Marguerite royne de Navarre, fille du duc de Bourgoigne et femme Loys roy de Navarre, fils Phelippe roy de France; et Jehanne fille le conte de Bourgoigne, femme Phelippe le conte de Poitiers, fils du roy de France, et Blanche la seconde fille du devant dit conte de Bourgoigne, femme Charles conte de la Marche fils au roy de France, pour fornicacion et avoutire sur eux mis, et meismement ès deux,[273] c'est assavoir: Marguerite royne de Navarre et Blanche femme Charles devant dit; vraiement approuvées[274] furent prises, et du commandement du roy qui lors estoit à Maubuisson, en diverses prisons mises les deux, (c'est assavoir: Marguerite et Blanche du tout en tout par essil et en chartres perpétuels mises et encloses, au chastel de Gaillart en Normendie furent détenues et emprisonnées, et ilec à morir condampnées): et l'autre dame, la contesse de Poitiers, qui fu au chastel de Dourdan emprisonnée, examinacion d'elle faite et expurgement, du tout en tout fu aprouvé que en celuy forfait ne fu pas coupable. Après ce, de prison fu délivrée, et en la compagnie le conte de Poitiers son mari fu de rechief rassemblée: et adecertes pour voir, Phelippe d'Aunoy ami bienveillant[275] de la dite royne, et Gaultier d'Aunoy son frère, ami de la dite Blanche, chevaliers, le jour d'un vendredi, en icelle sepmaine meisme de Pasques, à Pontoise, du commandement du roy, furent escorchiés et les vits et génitoires coupés[276]; et après ce incontinent, à un gibet de Pontoise pour eux nouvellement fait furent traînés, et en celuy gibet pendus et encroés[277]: et pour certain, l'uissier de la dite royne, sachant et consentant de devant dit forfait, en ce jour à Pontoise au commun gibet des larrons fu pendu; lequiel cas fortunable les barons et le roy de France et ensement ses fils courrouça moult et troubla.
[Note 273: _Avoutire_. Adultère.--_Meismement_. Surtout.]
[Note 274: _Approuvées_. Convaincues.]
[Note 275: _Bienveillant_. Variante du manuscrit 218: _Malveillant_.]
[Note 276: _Coupés_. «Eisque virilibus unà cum genitalibus amputatis.» La _Chronique métrique_, dont le récit est ici plein d'intérêt et de vivacité, ajoute une circonstance qui aurait dû frapper, entre vingt autres, nos auteurs dramatiques.
Tel jugement lor fu rendu De par lor père, et de plusor: Ainsi morurent en doulor. De tel jugement fu retrait, Qui trop tost trop cruel fu fait....]
[Note 277: _Encroés_. Abandonnés.]
LXXI.
_De la taille et maletoute faite en France par Enguerran de Marigny._
[278]Et en cest an, le jour de la feste saint Pierre, le premier jour d'aoust, Phelippe-le-Biau, roy de France, assembla à Paris pluseurs barons et évesques, et en seur que tout[279] il fist venir pluseurs bourgois de chascune cité du royaume qui semons y estoient à venir. Adoncques iceux au palais de Paris venus et assemblés, le jour dessus dit, Enguerran de Marigny chevalier, coadjuteur le roy de France Phelippe et gouverneur de tout le royaume, monta de son commandement en un eschafaut, avec le roy et les prélas et les barons qui ilec estoient; sur le dit eschafaut séant en estant, monstra et manifesta, ainsi comme en preschant au peuple qui ilec estoit devant l'eschafaut, oïans tous les prélas dessus dis, la complainte le roy, et pour quoy il les avoit fait ilec venir et assembler; et fist son tiexte _de nature et de norriture_ en descendant sur les royaux et sur la ville de Paris, où les devant dis royaux, au temps ancien, de leur nature avoient acoustumé de avoir leur nourreture: et pour ce appeloit-il Paris, chambre royal; et que le roy s'y devoit plus fier pour avoir bon conseil et pour avoir aide, que en nulle autre ville. Et si dit et monstra autres pluseurs choses dont je ne fais pas mencion, pour la prolixité qui y est et seroit à raconter. Si descendi sur Ferrant jadis conte de Flandres, coment il s'estoit forfait envers le roy de France qui lors estoit dit Auguste, qui conquist Normendie, et cornent icelui roy Phelippe en vint à chief, et coment il conquist Flandres et la mist en sa puissance: et dit lors icelui Enguerran que, combien que après Ferrant, pluseurs vassaux eussent tenu la conté de Flandres, si ne la tenoient-il que comme gardiens et en subjection de féauté et hommage du roy de France. Et après ce, il descendi sur Gui conte de Flandres, cornent il se forfist envers le roy, et coment la guerre avoit esté menée, et le coustement et despens que le roy avoit fait, qui bien montoient à si grant nombre d'argent que c'estoit merveilles du raconter, de quoy le royaume avoit esté trop malement grevé. Et, après ce, monstra coment la paix avoit esté faite du conte de Flandres Robert de Béthune et des Flamens eschevins de Flandres, par leur seaux en lettres pendans accordée et affermée; laquielle paix et convenances les devant dis contes et Flamens ne vouloient obéir né tenir, si comme il avoient plevi et juré, et par leur seaux affirmé. Pour laquielle chose ycelui Enguerran requist, pour le roy, aux bourgois des communes qui ilec estoient assemblés, qu'il vouloit savoir lesquiels luy feroient aide ou non à aler encontre les Flamens à ost en Flandres. Et lors icelui Enguerran ce dit, si fist lever son seigneur le roy de France de là où il séoit pour veoir ceux qui luy vouldroient faire aide. Adonc Estienne Barbete, bourgeois de Paris, se leva et parla pour la dite ville; et se présenta pour eux et dist qu'il estoient tous près de faire luy aide, chascun à son povoir, et selon ce qu'il leur seroit avenant, et à aler là où il les vouldra mener à leur propre coux et despens contre les dis Flamens. Et adonc le roy les en mercia. Et, après le dit Estienne, tous les bourgois qui ilecques estoient venus pour les communes respondirent en autelle manière que volentiers luy feroient aide; et le roy si les en mercia. Et lors après ycelui parlement, par le conseil du dit Enguerran, une subjection et une taille trop male et trop grevable à Paris et au royaume de France fu alevée, de quoy le menu peuple fu trop grevé: pour laquielle achoison le dit Enguerran chéi en la haine et maleiçon du menu peuple trop malement.
[Note 278: Tout ce chapitre si curieux n'est pas dans le texte latin.]
[Note 279: _En seur que tout_. Surtout.]
LXXII.
_De l'ost de France qui s'en vint sans riens faire._
Adecertes, en celui an, au moys de septembre ensement, de rechief après le rebellement quatre fois du conte de Flandres Robert de Béthune, et les Flamens qui les convenances de paix avec le roy de France et de leur seaux scellées et accordées en nulle manière ne vouloient tenir, si comme nous avons dit ci devant; Phelippe-le-Biau roy de France, Loys son ainsné fils, roy de Navarre, et ses deux autres fils Phelippe conte de Poitiers, et Charles conte de la Marche, avec eux Charles conte de Valois et Loys son frère conte de Evreux, Gui conte de Saint-Pol, et Enguerran de Marigni, un ost très grant à pié et à cheval, à noble compaingnie, en Flandres destina et envoia. Et lors jusques à Lille à tout leur noble ost parvindrent, qui toute Flandres peust avoir conquis et occis, s'il fust à droit gouverné. Et comme ilec fussent proposans et ordenans Flandres et les Flamens assaillir, par le conseil de Enguerran coadjuteur et gouverneur du royaume de France et du roy Phelippe avec, et du conte de Nevers fils au conte de Flandres, par le fait du dit Enguerran, environnés et tenus sans rien faire furent déboutés à revenir sans honneur en France.
LXXIII.
_De la mort Phelippe-le-Biau roy de France._
Adecertes[280] en cest an, Phelippe-le-Biau roy de France, au moys de novembre à Fontainebliau, au terroir de Gastinois, clost son derrenier jour. Lequiel son corps delès son père le roy Phelippe et sa mère la royne d'Arragon, au lieu que il vivant avoit esleu en l'églyse Saint-Denis en France honnorablement fu enterré. Et, pour voir, son cuer, en l'églyse des nonnains qu'il avoit fondées n'avoit guaires à Poissi, fu porté, et ilec honnorablement enterré.
[Note 280: On chercheroit vainement encore la substance de ce chapitre dans la continuation du Nangis.]
Adecertes y celui roy de France Phelippe-le-Biau régna vingt-huit ans; et fist faire à Paris par Enguerran son coadjuteur et gouverneur de son royaume un neuf palais[281] de merveilleuse et coustable euvre, le plus très bel que nul, si comme nous creons en France, oncques véist. Et pour, voir icelui roy Phelippe engendra de sa femme Jehanne royne de France et de Navarre pluseurs enfans, c'est assavoir: Loys son ainsné fils roy de Navarre, qui après luy fu son successeur au royaume de France; Phelippe le conte de Poitiers, et Charles conte de la Marche, et un autre fils qui mouru en s'enfance; et une fille très belle dame qui ot non Ysabel, et fu femme le roy Edouart d'Angleterre laquelle, lonc tems devant ce que celui roy Phelippe mourut, il avoit espousée.
[Note 281: _Un neuf palais_. Aujourd'hui _le palais de justice_. On a vu plus haut que les travaux furent dirigés par Enguerrand de Marigny. Ces passages n'ont pas été relevés avec assez de soin par les historiens de Paris.]
LXXIV.
_Coment Enguerran de Marigni fu pris et mis en prison._
[282]Et adecertes en icest an, au temps de karesme, le mercredi devant Pasques fleuries, Enguerran de Marigni, chambellanc, coadjuteur et gouverneur du roy de France Phelippe nouvellement trespassé au temps dessus dit, par l'amonnestement et enditement Charles le conte de Valois, et si comme l'en dit, par l'esmouvement d'aucuns des barons de Picardie et de Normendie et espéciaument de messire Ferri de Pequigni chevalier et du conte de Saint-Pol, par le commandement du roy de Navarre, après ce, roy couronné de France Loys, en sa maison de Paris, en la rue que on appelle le Fossé-St-Germain[283], fu pris; et au Louvre, en la tour où Ferrant jadis conte de Flandres fu emprisonné, mis et posé. Car adecertes un pou après la mort du devant dit roy de France Phelippe, Loys roy de Navarre et ses deux frères conte de Poitiers Phelippe et Charles conte de la Marche, et espéciaument Charles conte de Valois, ensemble avoient eu parlement et disoient: Qu'il vouldroient savoir d'Enguerran qu'il avoit fait du trésor et des richesses du roy de France Phelippe qu'il avoit en garde. Et pour ce l'avoient mandé pour luy comparoir devant eux. Adoncques icelui Enguerran devant eux venu, si luy demandèrent où estoit le trésor du roy de France, car il avoient trouvé le trésor tout desnué. Adonc quant Enguerran vit qu'il luy convendroit rendre cause, ou sé ce non très grant honte en pourroit avoir, si respondit en celle manière; c'est assavoir qu'il en respondroit et feroit bon conte et loyal. Et lors adecertes le conte de Valois respondant luy dist ainsi: «Rendez-le donc tout maintenant.» Lors luy respondi Enguerran, et dist ainsi: «Sire volentiers, je vous en ay baillié la plus grant partie, et le remanant j'ay mis en paiement pour les debtes de monseigneur le roy vostre frère.»
[Note 282: Toute l'histoire de la condamnation et de la mort d'Enguerrand de Marigny n'est connue que par notre chronique. Ce procès n'est pas attribué au règne de Louis-Hutin, parce qu'alors ce prince n'étoit pas encore sacré.]
[Note 283: _Saint-Germain_. L'Auxerrois.]
Et quant Charles de Valois oï le conte Enguerran, et que premièrement il luy faisoit honte, lors fu moult courroucié et irié, si luy dist: «Certes de ce mentez-vous, Enguerran?» Et lors Enguerran respondant dit: «Par Dieu, sire, mais vous mentez.» Adonc Charles conte de Valois, ce entendu, si sailli d'autre part et le cuida prendre: mais pluseurs firent cestui Enguerran de ses ieux trestourner et disparoir; car s'il le peust avoir tenu en celle heure, il l'eust occis ou fait mourir de cruel mort: et lors pour ceste devant dite cause et pour autres fais, aucuns pou de jours trespassés, fu Enguerran de Marigni pris et mené en prison au Louvre si comme je vous ai dit ci-devant.
Et après ce, le conte de Valois fist assavoir et manda à tous, tant povres comme riches, auxquiels Enguerran de Marigni auroit forfait, que il venissent à la court le roy, et féissent leur complaintes, et que de luy il auroient très bon droit. Adonc Enguerran de Marigni au Louvre emprisonné, Charles conte de Valois en ce point ne reposant, vint au roy de Navarre son neveu Loys et lui dit: «Sire, que avez fait? Adecertes vous avez mis ce larron Enguerran en sa maison en la tour du Louvre emprisonné, car il est chastelain du Louvre; et pour ce m'est-il avis que c'est desconvenable chose luy estre mis ilec.» Et lors le roy respondant dist à son oncle: «Que voulez-vous que je fasse de luy né où je le mette?» et Charles conte de Valois respondi: «Je veux que au Temple, hostel de Templiers jadis, soit mis en étroite prison.» Et ice dit, adonc par le commandement du roy, le dit Enguerran, du Louvre où il estoit à cheval à belle compaignie de sergens chevauchans avec luy, au Temple fu mené, moult de peuple après luy alant pour le veoir, et de ce grant joie demenant; et ilec en estroite garde fu mis en prison.
LXXV.
_Des articles qui furent proposés contre Enguerran._
Adecertes en ce cours de temps, c'est assavoir le samedi devant Pasques fleuries, fu amené Enguerran de Marigni du Temple au bois de Vincennes devant Loys roy de Navarre et moult de prélas et de barons du royaume de France, pour luy ilec assembler. Et lors par le commandement du conte de Valois proposa maistre Jehan Hanière[284] contre Enguerran de Marigni, les raisons et les articles que on luy avoit enjoint; et premièrement prist son theume de ceste auctorité: _Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam._ «Non pas à nous, sire, non pas à nous, mais à ton nom donne gloire.» C'est le françois de cest latin. Et après ce, prist les sacrifices d'Abraham et de Isaac son fils; et après ce, prist les exemples des serpens, qui degastoient la terre de Poitou au temps saint Hilaire, évesque de Poitiers; appliqua et accomparagea les serpens à Enguerran et à ses créatures, c'est assavoir ses parens et ses affins. Et ice dit, si descendi sus le gouvernement du royaume du temps Enguerran; et après ce, les cas et les forfez raconta en général[285] qui s'en suivent:
[Note 284: _Hanière_. Variante: _Hamera_. La _Chronique métrique_ l'appelle mieux _Jehan d'Anière_.]
[Note 285: Ce qui suit jusqu'au chapitre LXXVI a été supprimé dans la plupart des manuscrits, et, entre les autres, dans celui de Charles V, nº 8395. On peut croire que cette suppression n'est pas involontaire. La leçon du nº 9651 porte seulement: «Les cas proposez par devant le roy et son conseil contre ledit Enguerran ne sont pas ycy escripz pour ce qu'il n'étoient pas contenuz ou livre ou exemple de ceste escripture.» (Fº 2, Rº.) J'ai suivi les manuscrits 8298 et 218, Supplément françois.]
_Premièrement_. Le roy Phelippe en son vivant dist que Enguerran l'avoit deceu et tout son royaume; et pluseurs fois l'en trouva-l'en plorant en sa chambre. Et pour ce, ne le voult-il pas faire son exécuteur.
_Le secont article_. Que au vivant le roy, quand il trayoit à mort, il roba le trésor du Louvre, à six hommes toute une nuit. Et le fist porter là où il voult à son commandement.
_Le troisiesme_. A la derrenière voye de Flandres, il parla au conte de Nevers tout seul aux champs, lequel luy donna deux barris esmailliés d'argent et pluseurs joiaux, et loua le retour et fist l'ost de France retourner sans riens faire.
_Le quatriesme_. Quant il fu venu[286], il conseilla prendre la subvencion, dont le menu peuple fu malement grevé.
[Note 286: _Venu_. De Flandres.]
_Le cinquiesme_. Quant le roy l'envoya au pape, il porta des deniers du roy une somme d'argent en laquelle il avoit en or trente mil livres, et puis n'en contesta riens, ainsois le retint.
_Le sixiesme_. Quant le roy envoya à monseigneur Raimont de Goth quinze mille florins par ledit Enguerran, et quant il fu là, il le trouva mort: si les retint, et puis n'en compta.
_Le septiesme_. Que il fist séeler par monseigneur Guillaume de Nougaret, adonc chancelier nostre seigneur le roy, huit[287] paires de lettres et ne pot savoir que il séela.
[Note 287: _Huit_. Variante: _Vingt_.]
_Le huitiesme_. Que par luy estoient tous les officiels ès offices du roy, de quelque manière que il fussent.
_Le neuviesme_. Que le roy li donna à deux fois cinquante cinq mil livres, pour sa voie de Poitiers, avec tous ses costs et despens.
_Le dixiesme_. Quant le roy li donnoit terre, il faisait prisier à deux cens livres ce qui bien valoit huit cens.
_Le onziesme_. Que un marchéant faisoit contraindre pluseurs marchéans par lettres des foires de Champaigne, pour deniers que eux li devoient; lesquels donnèrent à Enguerran huit mil livres, et il furent délivrés. Et le preudomme fu mis en Chastellet cinquante jours en prison, et luy convint jurer, ainsois qu'il en issist, que jamais n'en seroit nouvelle et que rien n'en demanderoit.
_Le douziesme_. Dix-huit vins dras[288] furent acquis au roy par forfaiture; il furent aportés à Enguerran, né oncques puis n'en compta.
[Note 288: _Dix-huit vins_. Trois cent soixante.]
_Le treiziesme_. Que la terre de Gaillefontaine, qui valoit douze cens livres, ne fu prisiée que à huit cens livres, et de tant fu deceu monseigneur de Valois.
_Le quatorziesme_. L'abbé de Sainte-Caterine aussi fu déceu.
_Le quinziesme_. De l'eschange du prieur de Saint-Arnoul en tele manière fu déceu.
_Le seiziesme_. Que le roy envoia à la contesse d'Artois unes lettres esquelles il luy demandoit certaines besoignes; et Enguerran mist dedens une annexe, et luy mandoit le contraire, et que il la garantissoit devers le roy de tous poins.
_Le dix-septiesme_. Que madame d'Artois luy donna quarante mil livres que la ville de Cambray luy devoit d'une amende, et que le roy ne luy vouloit donner congié de lever l'amende dessus dite, et Enguerran la leva tout outre.
_Le dix-huitiesme_. Que il donna le conseil de madame de Poitiers prendre[289], ensi come il fu fait.
[Note 289: _Prendre_. C'est-à-dire de prendre madame de Poitiers, à tort soupçonnée d'adultère.]
_Le dix-neuviesme_. Qu'il obligea sa terre de Foilloy, à vint-deux ans, à rendre l'argent dessus dit, et en donna lettres à la contesse, et depuis avint qu'il eust les lettres par devers lui[290].
[Note 290: _Par devers lui_. Qu'il trouva moyen d'arracher ces lettres à la comtesse d'Artois.]
_Le vintiesme_. Que pour paour de plus perdre, madame d'Artois luy donna la haulte justice de Croisilles et de Biauvais, avec le marchié de Biauvais.
_Le vint-et-uniesme_. Les Crespinois d'Arras luy donnèrent quarante-huit mil livres; mais il les cuidièrent avoir donnés au roy.
_Le vint-et-deuxiesme_. Que le roy porta à ses frères trente mil livres; mais il n'en avint nul, quar Enguerrant les ot par devers luy.
_Le vint-troisiesme_. Que le roy luy donna la garde d'Estouteville à treize ans, qui bien valoit quarante-six mil livres.
_Le vint-quatriesme_. Que le roy luy donna le tiers denier de certaines foires en Normendie, qui bien valoit soixante mil livres.
_Le vint-cinquiesme_. Que le roy luy donna pour faire faire son ostel et son palais de Paris, dix mil livres.
_Le vint-sixiesme_. Qu'il tolli aux voisins d'entour, des maisons qui bien valent cent livres de rente par an et plus.
_Le vint-septiesme_. Que les bourgois de Roen avoient forfet[291] une franchise qui estoit en la ville; et il luy donnèrent trente mil livres et ensi orent leur franchise.
[Note 291: _Forfet_. Soumissionné. On dit encore _avoir_ ou _vendre à forfait_.]
_Le vint-huitiesme_. Le roy donna à messire Beraut de Marcueil douze cens livres de terre prise à Chailly, et il les vendi à messire Enguerran sept mil livres, dont il ne paia que quatre mil. Et de ces douze cens livres de terre failloit à asseoir soixante-douze livrées de terre, pour lesquieles il prist soixante-deux villes à clochiers en la chastellerie de Montlehery.
_Le vint-nueviesme_. A mestre Raoul de Poi[292] qui avoit une maison à Tilly que messire Enguerran voult avoir, il luy fist donner une forfeture de quatre mil livres et un chastel en Bretaigne qui bien valoit quatre mil livres.
[Note 292: _Poi_. Variante: _Foi_.]
_Le trentiesme_. Que du tournoi de Compiègne il fist aporter le remanant des garnisons nos seigneurs en son hostel.
_Le trente-et-uniesme_. Messire Jacques Laire avoit sus le trésor le roy quatre cens livres de rente; et luy en devoit-on dix-neuf cens livres d'arrérages; et il les vendi à monseigneur Enguerran trois mil livres à héritage à tousjours; et il s'en paia tantost du trésor le roy et ainsi ne luy cousta que onze cens livres.
_Le trente-deuxiesme_. Que, en la conté de Longueville lès-Giffart, le roy ne luy cuida asseoir que six cens livres et il en i a deux mil.
_Le trente-troisiesme_. Madame Blanche de Bretaigne lui donna un moult biau manoir, pour miex besoignier[293] à court.
[Note 293: _Besoignier_. La servir, être utile à la princesse.]
_Le trente-quatriesme_. Que de la pierre de Vernon il fist mener quatre mil pierres à Escouies, et cinquante-deux images[294] chascune du prix de quarante livres.
[Note 294: _Images_. Sans doute _statues_,--_Ecouis_ est un bourg du Vexin normand, à deux lieues du grand Andelis. Enguerrand y avoit fondé, en 1310, une riche collégiale. Peut-être retrouveroit-on encore dans l'église plusieurs des statues qu'il y avoit transportées.]
_Le trente-cinquiesme_. Que des forès du roy il a osté tout le plus bel.
_Le trente-sixiesme_. Que le séneschal d'Auvergne luy donna set cens livres.
_Le trente-septiesme_. Une femme de Sens qui avoit forfait cors et avoir, luy donna huit cens livres et ainsi fu assoute.
_Le trente-huitiesme_. Que un bidaut[295] estoit accusé à court de pluseurs cas, il luy donna pluseurs dons et ainsi fu assous.