Les grandes chroniques de France (5/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France

Part 10

Chapter 103,723 wordsPublic domain

En icest an ensement ci devant nommé, sainct Loys, jadis glorieux roy de France, qui en l'an devant prochain avoit esté escript au catologue des Saincts et canonisié avec très grant liesce et exaltacion du roy de France Phelippe-le-Biau et des princes et prélas de tout le royaume, avec grant multitude de peuple à Sainct-Denis en France assemblés, l'endemain de sainct Barthélemi l'apostre, de terre fu eslevé, passé vingt-huit ans que au royaume de Tunes dessous Cartage s'endormi en sa derrenière fin en Nostre-Seigneur. Lequel sainct roy, glorieux confesseur de Nostre-Seigneur, de come grant mérite il fu et eust esté envers Dieu, les miracles pleinement fais le démonstrèrent; et toutes voies plus espéciaument après l'exaltacion de son corps eslevé de terre, en diverses parties du monde est démonstré. Car si grant grace de curacion de malades s'escrut que n'estoit nul qui de luy requerre cust fiance et loyaument santé et aide luy requist, que, sans demeure, ne se aperceust de la requeste qu'il avoit faite.

XXVI.

_De la mort Phelippe fils Robert le conte d'Artois._

En icest an ensement, moru Phelippe, le fils au noble conte Robert d'Artois qui plus de fils n'avoit; et en l'églyse des frères Prescheurs à Paris fu enterré et enseveli. Et icelui, de sa femme Blanche fille de Jehan duc de Bretaigne, laissa deux fils et deux filles: une en fu mariée après à Loys conte de la cité d'Evreux, frère le roy de France; et l'autre fille prist à mari Gasce[157] fils Raymon Bernart conte de Fois. Et aussi en icest an, Robert conte d'Artois prist la tierce femme à mariage, la fille Jehan conte de Hainaut.

[Note 157: _Gasce_. Ou plutôt _Gaston_. «Gasto.»]

Et en cest an ensement, en la fête sainct Andri apostre, avint en une cité d'Italie en laquelle le pape demeuroit pour le temps, laquelle est appelée Reate[158], si grant et si horrible mouvement de terre que l'en cuidoit que les murs de la ville et les maisons deussent chéoir; et s'en fuioient les gens de la cité aux champs.

[Note 158: _Reate_. «Reata.» Sans doute _Rieti_.]

Et en ce meisme an, Raoul le fils aisné au roy d'Alemaigne Aubert, prist à femme madame Blanche seur au roy de France Phelippe de par son père.

XXVII.

ANNÉE 1299

_Coment le fils au roy de Secile envoia en Secile, et de la prise au prince de Tarente._

Après, en l'an de grace ensuivant mil deux cens quatre vingt et dix-neuf, le duc de Calabre Robert, fils Charles le roy de Secile, à galies et à gens armés et appareillés, en Secile entra; et ilec occupant plusieurs chastiaux, les gens estant en iceux maintenant introduisit et mist à sa volonté. Duquel la beneurée haultesce comme son frère, Phelippe prince de Tarente, attendist, endementiers que icelui le suivoit sans conseil, avec toute sa gent, en mer, des Seciliens fu pris.

XXVIII.

_De la paix entre le roy Phelippe de France et Edouart d'Angleterre._

En icest an ensement, entre le roy Phelippe et le roy Edouart d'Angleterre par aucunes condicions fu pais faite; et lors icelui roi d'Angleterre Marguerite seur au roy de France à Cantorbie espousa: de laquelle il engendra un fils qui ot nom Thomas.

XXIX.

_Coment le roy des Tartarins fu crestienné._

En icest an ensement, le roy des Tartarins Cassahan qui grant Champ[159] estoit appellé, merveilleusement et par miracle, si comme l'en dit, à la foi crestienne avec grant multitude de sa gent fu converti par la fille le roy d'Arménie qui estoit crestienne, qu'il avoit espousée. Lors avint que un innombrable ost et merveilleux assembla contre les Sarrasins, et ot son mareschal de tout son ost le roy d'Arménie crestien; et premièrement vers Halappe se combati à eux, et après à Camel, et non pas sans grant occision et abatéis de sa gent, et en rapporta victoire. Et puis quant il ot son ost rappareillié et rassemblé et ses forces reprises, il ensuivi les Sarrasins jusques à Damas où le soudan avoit cueilli et amené grant ost: et lors icelui roy des Tartarins ot ilec encontre le soudan et ses Sarrasins moult merveilleuse bataille et aspre; cent mille des Sarrasins et moult plus furent détrenchiés et occis, et le soudan chacié de la bataille, avec pou de sa gent en Babiloine se receut. Et ainsi les Sarrasins furent par la volenté de Dieu du règne de Surie gettés, et icelle Sainte Terre fu sousmise en la main des Tartarins et en leur subjection. Et à Pasques ensuivant, si comme l'en dit, en Jérusalem le service de Dieu les crestiens avec exaltacion de grant joie célébrèrent.

[Note 159: _Grant Champ_. Grant Kan. «Magnus canis.» Le bruit de la conversion de Casan étoit généralement répandu, et il faut avouer que son ardeur pour les intérêts du christianisme justifioit parfaitement cette opinion. (Voy. _Hayton_, histoire de l'Orient, et M. _Michaud_, Histoire des croisades, tom. V, p. 207 et suiv.)]

XXX.

_Du parlement le roy de France et de Aubert roy d'Alemaigne._

En celui an, Aubert le roy des Romains et Phelippe-le-Biau roy de France, environ l'Avent Nostre-Seigneur, à Valcoulour assemblés avec les nobles de l'un et de l'autre royaume, aliances constituèrent; ilec, otroiant le roy Aubert et les barons et les prélas du royaume d'Alemaigne, fu dit avoir esté ottroié que le royaume de France qui seulement jusques au fleuve de Muese en icelles parties s'estent, des ore en avant jusques au Rin esloignast les termes de sa puissance. Et ilec ensement, à Henri conte de Bar furent ottroiées trèves du roy de France jusques à un an seulement.

XXXI.

_Coment Charles conte de Valois prist Douay et Béthune, et desconfit Robert fils du conte de Flandres._

En icest an ensement, quant le terme des trèves fu passé qui estoit entre le roy de France et le conte de Flandres, Charles conte de Valois fu envoié de par son frère le roy de France Phelippe en Flandres, après la Nativité Nostre-Seigneur, à tout grant ost des François: et tost comme là endroit fust venu, il reçut Douay et Béthune abandon. Et après vers Bruges à toute sa gent, assés près de Dam un port de mer, contre Robert fils au conte de Flandres ot aspre et cruelle bataille; et comme d'une part et d'autre pluseurs fussent navrés, toutes voies les Flamens fuirent de bataille, et à Gant tantost se reçurent.

Et en ice tems, Ferri l'évesque d'Orliens fu occis d'un chevalier, duquel il avoit la fille corrompue, si comme l'en disoit, laquelle estoit par avant vierge. Auquel succéda maistre Bertaut de Sainct-Denis, docteur en théologie, renommé entre tous en son tems, lequel estoit par avant arcédiacre de Reins.

XXXII.

_Coment le conte de Flandres et ses deux fils se rendirent._

Après, en l'an de grace ensuivant mil trois cens, Charles de Valois, frère le roy Phelippe de France, quant il ot pris le Dam, un port de Flandres, et comme il ordenast à asseoir Gant, Gui le conte de Flandres lors apercevant son orgueil, à celuy Charles avec ses deux fils, Robert et Guillaume, s'en vint humblement, et le remenant de sa terre rendi en la main de Charles conte de Valois, par aucunes convenances entregettées. Lesquiex, amenés à Paris au roy de France, requistrent pardon de leurs meffais et miséricorde; et il la receurent très piteusement: mais jusques au tems d'avoir miséracion et pardon furent mis par divers lieux en prison sous gardes.

XXXIII.

_Du grant pardon de Rome._

Et adecertes en cest an, pape Boniface fist indulgence et pardon général, et ottroia plénière indulgence de tous les péchiés à tous vrais repentans et confés, venans, par l'espace de ce présent an et par chascun an centiesme à venir, ès églyses des benois apostres sainct Père et sainct Pol à la cité de Rome, par veu de pélerinage, humblement et dévotement.

XXXIV.

_Coment le duc d'Osteriche prist Blanche, la seur au roy de France, et de l'absolucion Rogier de Lor._

En icest an ensement, Raoul duc d'Osteriche, fils Aubert roy des Romains, espousa à Paris Blanche la seur au roy de France Phelippe-le-Biau. Et aussi en icest an, Rogier de Lor qui de piéça pour les Seciliens, envers le roy de Secile et ses gens avoit guerroié, fu maintenant absout du pape, et fu fait amirant de la navie au roy de Secile; et lors vingt galies des Seciliens en mer assailli et débati, et cinq cens de eux et plus occist.

XXXV.

_Coment Charles de Valois prist à femme l'empereris._

En icest an ensement, Charles de Valois, quant sa première femme fu morte, prist, après, la seconde, c'est à savoir Katherine fille Phelippe fils Baudoin, jadis empereur de Grèce, essillié et débouté; à laquelle Katerine atouchoit le droit de l'empire de Constantinoble.

XXXVI.

ANNÉE 1300

_Coment les Sarrasins de Lucere furent occis._

Adecertes en icest an, les Sarrasins de Lucere[160] une cité de Puille, qui ilec du tems de l'empereur de Rome Fédéric assemblés, sous le treu des roys de Secile vivoient selon leur lois, de Charles roy de Secile furent livrés à mort ceux qui crestiens ne vouldrent devenir.

[Note 160: _Lucere_. «Luceriæ civitatis Appuliæ.» Aujourd'hui _Lucera_.]

XXXVII.

_Coment le soudan de Babiloine sousmit à luy toute la Saincte Terre._

Et aussi en icest an, le Soudan de Babiloine, quant il ot repris son pooir et rassemblée sa gent, les Sarrasins, les Crestiens et les Hermines[161] du royaume de Jhérusalem et de Surie enchaça par force, et la terre sousmist en sa seigneurie[162].

[Note 161: _Hermines_. Arméniens.]

[Note 162: Ici s'arrête la chronique de Guillaume de Nangis dont les continuations sont anonymes. Nous indiquerons, par des parenthèses ou par autant de notes, les passages de notre texte qu'on ne retrouve pas dans ces continuations latines publiées par Achery, _Spicilege_, tome III, in-folio, page 54 et suivantes.--Ainsi, la fin de ce chapitre semble appartenir en propre au chroniqueur françois de Saint-Denis; et l'on pourroit assez bien démontrer combien on avoit peu l'habitude de consulter ce fameux travail en rappelant que la légende du Juif de Magdebourg a dérouté l'attention si multiple de M. Francisque Michel, quand dans son introduction aux ballades d'_Hugues de Lincoln_ il entreprit de citer toutes les histoires analogues, racontées par les écrivains du moyen-âge.]

En icelui an meisme, le jour du vendredi aouré, les Juis de la province de Madaburges firent tant par dons et par promesses par devers une nourrice, que elle leur livra un petit enfant de l'aage de deux ans et demi ou environ, à faire leur volenté; et estoit le dit enfant fils d'un chevalier puissant homme. Quant les Juis orent le petit enfant receu de la dite nourrice pour en faire leur volenté, si le crucifièrent et le firent mourir. Quant le père sot la mort de son enfant, si fu moult courroucié et fist semondre tous ses amis, pour vengier la mort de son fils: dont il avint que le dit chevalier sot que les Juis estoient assemblés: si s'en ala par nuit où il estoient à toute sa compaignie, et fist garder que nul n'en eschapast de tous ceux qui estoient assembles, et tantost fist mettre le feu en toutes les maisons là où il estoient assemblés, et ilec furent ars trois cens Juis ou environ, et aucuns Crestiens avec eux, les quiex il tenoient prisonniers en leur maisons pour debtes. Si avint que le prince de celle région sot que l'en avoit ainsi ars les Juis et aucuns Crestiens, si en fu courroucié, et condamna le dit chevalier père du dit enfant et tous ceux qui participans avoient esté de la mort des Juis, par certain tems à estre essilliés et povres et vivre d'aumosnes.

XXXVIII.

ANNÉE 1301

_Coment Charles de Valois ala à Rome._

Après, en l'an de grace ensuivant mil trois cens et un, le frère le roy de France Loys, conte de la cité de Evreux, la fille Phelippe fils au noble conte d'Artois qui Marguerite avoit non espousa. Et en icest an ensement, Charles conte de Valois avec moult de nobles, environ la Penthecoste, se parti de France et vint à Rome, ordenant[163] après de l'empire de Constantinoble guerroier, qui à sa femme appartenoit, sé le pape l'ottroioit. Lequel conte Charles du pape Boniface et des cardinaux avec très grant honneur et révérence fu reçu, vicaire et deffendeur de l'églyse fu establi; et par tout l'an les adversaires de l'églyse de Rome en Touscane guerroia.

[Note 163: _Ordonant._ Se préparant à.]

XXXIX.

_Coment le roy de France reçut les hommages de ceux de Flandres._

En icest an aussi, Phelippe-le-Biau le roy de France visita le conte de Flandres; et de ceux des chastiaux et des villes, et des nobles du pays reçut les feaultés et les hommages, et puis Jaques de Sainct-Pol, chevetaine, laissa garde de tout le païs; et ce fait, il s'en retourna en France. Et en icest an, le conte de Bar Henry, quant il cognut et sot ce que Phelippe-le-Biau, roy de France, ordenoit pour envoier grant ost en sa terre degaster, si s'en vint à luy humblement et dévotement, requérant pardon de ses forfais. (Et luy offri pour l'amende, sé il la vouloit prendre, que il iroit avec Charles de Valois en son voyage de Constantinoble, ou ailleurs en la terre d'Oultre-mer à tout deux cens hommes, à ses despens, par l'espace de deux ans, ou en terme tel comme la bénigne volenté du roy le rappelleroit.)

Et en icest an vraiment, une comète par pluseurs jours au moys de septembre au royaume de France fu veüe droit à l'anuitier, dresçant et estendant sa queue vers Orient.

Et en icest an, le roy d'Angleterre contre les Escos en Escoce pou ou noient tout le tems d'esté profita; si s'en revint sans riens faire, inglorieux et sans honneur.

XL.

_Coment l'évesque de Pamiés fu mis en prison._

Et aussi en icest an, le premier évesque de Pamiés[164] qui du roy de France paroles contumelieuses et plaines de blasme et de diffame en moult de lieux avoit semé, et pluseurs, si comme l'en disoit, avoit fait esmouvoir contre sa majesté, pour ce fu appelle à la court le roy, et jusques à tant que il se fust espurgié, sous le nom de l'archevesque de Nerbonne, de sa volenté, fu en sa garde détenu[165]. Et jasoit que contre cel évesque les amis du roy de France fussent griefment esmeus, toutesvoies le roy de sa bénignité ne souffri pas icelui évesque en aucune chose estre molesté né malmis, sachant et entendant de grant courage estre injurié en la souveraine poesté et le souffrir, né en seurquetout le prince estre blescié, aucun estre blescié, glorieux[166]. Et en icest an ensement, au moys de février, l'archédiacre de Nerbonne envoié de par le pape Boniface, vint en France dénonçant de par ice pape au roy de France qu'il rendist icelui évesque sans delay; et luy monstra les lettres ès quelles le pape de Rome mandoit au roy de France que il vouloit qu'il sceut tant ès temporelles choses comme ès spirituelles estre soumis en la jurisdiction du pape de Rome, et ensement au roy dist, si comme ès lettres estoit contenu, que des églyses des ore mais en avant né des provendes vacans en son royaume, jasoit ce qu'il eust la garde de eux, les usufruits, les profis ou les rentes à luy ne préist né présumast détenir, et que tout ce gardast le roy aux successeurs des mors; et, avec tout ce, rappelloit celui souverain pape de Rome toutes les faveurs, graces et indulgences lesquelles pour l'aide du royaume de France au roy avoit ottroié, pour la raison de la guerre, en dénéant luy que aucune collacion de provendes ou de bénéfices ne entreprist à lui usurper, tenir et poursuir; laquelle chose des ore en avant sé faisoit, le pape tout ce vain et faux tenoit, et luy et ceux qui à ce seroient consentans hérites les réputoit. Et lors icelui arcédiacre devant dit, message du pape Boniface, semont tous les prélas du royaume de France, avecques aucuns abbés et maistres en théologie et de droit canon et civil, à venir à Rome ès kalendes de novembre prochain venant, personelment pour eux devant le pape comparoir. Et en icest an ensement, au moys de janvier, l'éclipse de la lune du tout en tout horriblement fu faicte. Et après ce, Phelippe roy de France rendi au message le pape l'évesque de Pamiés, et leur commenda que hastivement de son royaume départissent. Et après ce, en la mi-caresme ensuivant, icelui roy de France Phelippe-le-Biau assembla à Paris tous les barons chevaliers nobles, tous les prélas, les frères Meneurs, les maistres et le clergié de tout le royaume de France, auxquels il commanda que il déissent et demandassent vraiement et privéement aux personnes ecclésiastiques de qui il tenoient leur temporel ecclésiastique, et aux barons et chevaliers de qui leur fiés appelloient né disoient à tenir: car adecertes la magesté royale doubtoit, pour ce que le pape luy avoit mandé tant des temporels comme des espirituels à luy estre sousmis, que ne voulsist le pape de Rome dire que le royaume de France fust tenu de l'églyse de Rome. Et comme tous les prélas et ecclésiastiques déissent avoir tenu du royaume de France, lors le roy leur en rendi graces, et promist que son corps et toutes les choses qu'il avoit exposeroit et mettroit, pour la liberté et franchise du royaume en toute manière garder. Les barons et les chevaliers, par la bouche du noble conte d'Artois, après ce respondirent, disans que de toutes leur forces estoient près et appareilliés pour la couronne de France, encontre tous adversaires, estriver et deffendre. Et ainsi quant celui concile fu deslié et finé, fist lors crier la magesté royale que or né argent né quelconque marchandise du royaume de France ne fussent transportés; et cil qui contre ce feroit tout perdroit, et toutesvoies à tout le moins, en grant amende ou en grant paine de corps seroit puni. Et dès lors en avant fist le roy les issues et les pas et les contrées du royaume de France très sagement garder.

[Note 164: _Pamiers_. Bernard de Saisset.]

[Note 165: _En sa garde detenu_. «Dùm aliquandiu, sub nomine Narbonnensis Archiepiscopi fuisset detentus, tandem, de mandato Regis, papæ restituttur, ac de regno recedore sub debitâ et indictâ sibi celeritate jubetur.» Le reste de l'alinéa ne se retrouve pas dans le latin, et prouve que notre moine de Saint-Denis n'avoit pas besoin de traduire, pour écrire péniblement en françois.]

[Note 166: C'est-à-dire: Sachant et comprenant que c'étoit le fait d'un grand coeur de souffrir des injures, quand on étoit tout puissant; et que surtout il étoit glorieux à un prince de ne laisser blesser nul autre que lui-même.]

Et en icest an ensement, quant les fils de Sancion, le roy d'Espaigne pieça mors, furent légitimés par le pape Boniface, Ferrant l'aisné tint le royaume paternel. Mais Alfons et Ferrant neveus au roy Loys de France de sa fille, debatans vigueureusement leur droit, celui Ferrant laissièrent petitement régner en repos né paisiblement, mais tous jours viguereusement contre luy guerroièrent.

En cest an meime resplendissoient en France deux nobles dames veuves: c'est assavoir Blanche jadis fille monseigneur saint Loys, laquelle habitoit et demouroit en saincte conversacion à Saint-Marcel près Paris, ilec vacant au service de Dieu et en oroison: et à Tonnère en Bourgoigne estoit Marguerite, seconde femme du premier Charles roy de Secile, en l'hospital des povres, lequel elle avoit fait faire; et là faisoit service aux povres dudit hospital, et leur administrent partie de leur nécessaire, en propre personne, très dévotement et en grant humilité.

Et en ce meisme an, le mardi après Noel devant le point du jour, pluseurs maisons hautes, fortes et garnies de moult de biens furent ars et gastées par meschief, en la rue de Saint-Germain-l'Auxerrois[167] à Paris.

[Note 167: _Saint-Germain_. Le manuscrit 8380 porte: _En la rue de l'Escole-Saint-Germain._]

XLI.

ANNÉE 1302

_De l'occision de Bruges et de la fuite Jacques de Saint-Pol._

En l'an après ensuivant mil trois cent et deux, Charles conte de Valois, par le commandement de pape Boniface, de Touscane s'en ala en Secile, et le chastel de Termes[168] le jour d'un mardi devant l'Ascension Nostre-Seigneur il reçut abandon, endementiers qu'il appareilloit à luy faire assaut.

[Note 168: _Termes_. Ce doit être _Taormino_.]

Et en icest an ensement, à Courtray[169] un chastel en Flandres, par les exactions non deues qu'il appellent maletoute, les gens du pays, par le gardien de Flandres, Jacques de Saint-Pol chevalier, contre le commandement du roy et la coustume de ce pays, estoient contrains et grevés. Et comme ne peust la clameur du peuple souventes fois estre oïe envers le roy de France, pour le très haut linage du devant dit Jacques; si en advint que le menu peuple s'esmut pour celle cause envers les grans et esleva, dont il y ot grant plenté de sanc espandu; et tant de povres gens comme de riches furent occis les uns des autres. Desquiels aspretés et mouvemens fais, sé il peust estre fait apaisier, comme Phelippe-le-Biau roy de France eust destiné et envoié nobles hommes mil et plus, appareilliés de toutes armes, avec Jacques de Saint-Pol; et fussent de ceux de Bruges, à grant révérence, dedens la ville paisiblement introduis; et disoient les Flamens de Bruges eux vouloir de toutes choses au commandement du roy de France pour bonne volenté et courage obéir: hélas! en icelle nuit du jour ensuivant que nos François estoient venus, comme il se reposassent et dormissent seurement, et ceux qui leur armes avoient ostées, par un pou furent tous traitreusement occis. Car adecertes, si comme l'en dit, ceux de Bruges, en ce soir avoient entendu Jacques de Saint-Pol de Flandres soi avoir vanté que l'endemain il de voit pluseurs de eux faire pendre au gibet. Pour ceci ainsi comme tous desespérés de très grant paour, presumèrent et entreprissent à faire telle desloyale felonnie: et toutes fois s'en eschapa le dit Jacques, par qui celle rage estoit esmeue, avec pou de compaignie, céléement et occultement, fuiant hors de la ville. Et lors ainsi ceux de Bruges reprenant l'esprit du rebellement, la gent d'un port de mer prochain (que l'en appelle Dam) à eux tantost s'accordèrent, et de maintenant degastèrent et chacièrent d'avec eux les gens du roy vilainement qui députés estoient et establis à la garde du port. Et lors après ce fait, les Flamens de Bruges et aucuns autres Flamens, Guy de Namur fils Guy conte de Flandres qui en France tenoit prison appellèrent pour venir en leur aide, et icelui comme deffendeur et seigneur receurent; lequel enforcié de grant multitude de soudoiers Alemens et Tyois venans à eux, les encouragea à eux plus fort rebeller; et en toutes les manières qu'il pot les esmut et atisa et donna conseil à eux esmouvoir.

[Note 169: _A Courtray_. Il semble qu'on devroit lire ici: _A Bruges_, comme dans la continuation latine de Nangis.]

XLII.

_De la bataille de Courtray._