Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis

Part 4

Chapter 43,766 wordsPublic domain

Note 80: _A Neufchatel._ «_Castellum novum apud Pistas._» C'est aujourd'hui Pitres, au confluent de l'Andelle et de la Seine, à peu de distance du _Pont-de-l'Arche_.

Note 81: _Audrieu._ «_Audriacam-villam_.» C'est _Orreville_, près de Doullens, sur les bords de la rivière d'Autie.

[82]En cette année, qui estoit celle de l'Incarnation huit cent soixante-quatorze, fu l'hiver si lonc et si fort de gelées et de nois, que nul homme qui lors vesquit n'avoit oncques veu si fort. Entour la Purification tint le roy parlement à Saint-Quentin en Vermandois. Les jeunes de la quarantaine fit en l'églyse Saint-Denis et léans meisme célébra la Résurrection. Vers le moys de juing tint général parlement dans la ville de Ducy. Là meisme receut les dons et les présens qu'on luy avoit accoutumez à faire ainsi comme chacun an. De là se parti et s'en ala à Compiègne. En cet esté fu si très-grant la sécheresse qu'il ne fu pas foin et blé. [83]En ce point, advint que Rodulphe ung prince des Normans, qui tant de maux avoit fait au royaume Charles et qui à luy ne voult pacifier si comme l'istoire à la dessus conté, fu occis au royaume de Loys son frère, et plus de cinquante Normans qui avec luy estoient. Cette nouvelle fu apportée au roy Charles qui pas n'en fu courroucié.

Note 82: _Annal. S.-Bertini, anno 874._

Note 83: _En ce point._ Ce qui suit est placé dans les Annales de Saint-Bertin, à l'année précédente, et immédiatement avant le récit de la levée du siège d'Angers par les Normands. C'est dans cette ville que Charles-le-Chauve apprit la mort de Rodolphe ou Raoul.

_Incidence._--En ce temps s'espandit planté de langoustes par Allemagne, par France, par Espagne, si que cette pestilence put estre comparée à une des plaies d'Egypte. Au roy Loys de Germanie, qui son parlement devoit tenir en la cité de Mez, vint un message à grant haste et li dist: «Que s'il ne se hastoit de secourre Charlemaine son fils, en la cité de Marc[84] contre les Wandres, jamais ne le verroit.» Tantost après ces nouvelles s'en vint à Renebourg; mais avant qu'il se partit livra-il Charlemaine l'Aveugle, fils le roy Charles son frère, à Lambert l'archevesque de Mayence, et li manda qu'il luy fist donner sa soustenance en l'abbaïe Saint-Aubin, qui est en la cité meisme; et par ce monstra-il bien qu'il li desplaisoit les maux que cil Charles, qui son neveu estoit, avoit fait aux églyses et au peuple, et contre son père meismes tant comme il pot régner né avoir pouvoir de roy. Quant il fu venu à Renebourg, il envoia ses messages aux Wandres et fit paix à eulx au plus honorablement que il pot, pour son fils oster de péril. Les messages d'une gent qui sont appelés Behemes[85] mist en prison pour ce qu'il estoient à luy venus par tricherie comme messagiers, et ainsi comme pour luy et sa gent espier.

Note 84: Marc. «_Monachia._» C'est Munich.

Note 85: _Behemes._ Bohémiens.

[86]_Incidence._--Au roy Charles de France vindrent diverses nouvelles de Salemon, duc de Bretaigne. Les uns disoient qu'il estoit mort et les autres qu'il estoit malade; mais les plus vraies estoient de sa mort en la manière que nous tous dirons. La vérité si est que il estoit haï des plus nobles hommes de Bretaigne, Pascuitan et Urfan[87], et d'aucuns François à qui il avoit fait vilainies et griefs. Ceulx et mains autres le pristrent ung jour en chassant, luy et son fils Bigon. Son fils pristrent et le mistrent en prison; mais Salemon eschapa et s'en fuit en une ville qui en leur langue est appelée Pancheron[88], et s'enfouist en un moustier pour soy garantir. Pris fu de ses hommes meisme et livré à Fulcoart et aux autres François. Les iex li crevèrent et lendemain fu trouvé mort. Si semble que ce fust vengeance de Dieu pour punir sa grant desloyauté, car il avoit chacié Héripone, son droit seigneur, jusques dans un moustier et l'avoit occis dessus l'autel meisme.

Note 86: _Annal. S.-Bertini, anno 874._

Note 87: _Pasquitan et Urfan._ Comtes de Vannes et de Rennes.

Note 88: C'étoit un lieu du comté de _Poher_, dans le duché de Rohan.

En ce temps envoia Loys le roy de Germanie message au roy de France Charles, son frère. Ce message fu Charles son fils meisme et autres messagers avec luy, et li mandoit que volentiers auroit à luy parlement sur le fleuve de Muese[89]. Le roy Charles le receut volentiers, et fu pris jour de parlement en lieu déterminé. Mais puis qu'il fu meu luy convint-il demorer; car une maladie le prit en cette voie, qu'on appelle flux. Et pour ce refu pris un autre jour ès kalendes de décembre, sur ce fleuve de Muese, en une ville qui a nom Haristalle. (Au jour du parlement assemblèrent les deux frères. Des besoignes du parlement se taist l'istoire et pour ce nous en convient taire.) Au retour se mist le roy Charles, et s'en vint à Saint-Quentin en Vermandois et puis par Compiègne. Là célébra la Nativité Nostre-Seigneur, et le roy Loys fit cette feste meisme à Ais-la-Chapelle. De Ais se parti pour tenir parlement à Franquefort qui siet par delà le Rin. [90]Et le roy Charles s'en vint au commencement du Caresme en l'abbaïe de Saint-Denis en France. Laiens meisme célébra la solempnité de la Résurrection. La royne Richeut, qui laiens estoit avec luy, accoucha droictement le mercredi devant Pasques par nuict; mais l'enfant mouru tantost comme il fu baptisé. Laiens accompli la royne les jours de sa gésine[91], et le roy s'en parti après la feste et s'en ala à Bar[92]. Après retourna à Saint-Denys aux Lethaines des Rovoisons[93]: puis s'en parti et s'en ala à Compiègne la vigile de Pentecoste. Lors tint parlement Loys de Germanie à Tribures[94], droictement en may. Et pour ce qu'il ne put parfaire ce qu'il cuida, il rassigna parlement là meisme au moys d'aoust. Vers le moys d'aoust s'en ala le roy Charles vers Ardennes, à une ville qui a nom Ducy. Là oï certaines nouvelles de la mort Loys son nepveu, l'empereur d'Ytalie. Pour cette raison mut tantost et s'en ala à Ponty[95] et commanda à tous ceulx qui estoient ses feutables et de son conseil qu'il venissent à luy. De là s'en ala à Langres et attendi ceulx qu'il béoit amener avec luy en Ytalie. La royne Richeut envoia à Senlis[96] par la cité de Rains. Son fils Loys envoia en cette partie du royaume qu'il avoit reçue comme Loys son frère, après la mort Lothaire son neveu. Aux kalendes de septembre mut et s'en ala par Saint-Morise de Chablies; après passa les mons de Montjeu et entra ès plaines de Lombardie.

Note 89: _De Muese._ Il falloit _de Moselle_.

Note 90: _Annal. S.-Bertini, anno 875._

Note 91: _Les jours de sa gesine._ Le temps du repos qui suit l'enfantement. Le latin dit: «Illaque, dies purificationis post parturitionem expectante.»

Note 92: _Bar._ Erreur: le latin dit: «Ad Basivum perrexit.» C'est _Baisieux_, à deux lieues de Corbie et de Buissy.

Note 93: _Rovoisons._ Rogations.

Note 94: _Tribures._ Maison royale entre Mayence et Oppeinheim, sur les bords du Rhin.

Note 95:_Ponty._ Pontyon.

Note 96: _A Senlis._ C'est-à-dire à _Servais_.

VIII.

ANNEES: 875/876.

_Coment Charles-le-Chauf vint en Lombardie, et coment le roy Loys son frère envoia ses fils contre luy et entra en sa terre. Coment Charles-le-Chauf fu couronné à empereur de Rome, et du concile des prélas en la cité de Mez en la présence l'empereur._

Bien sceut Loys le roy de Germanie les nouvelles de la mort de Loys l'empereur d'Ytalie son neveu, et que le roy de France Charles son frère estoit jà là meu pour cette chose. Tantost envoia Charlon son fils contre luy. Et le roy Charles aussi ala encontre, quant il sceut qu'il venoit; mais cil qui pas ne l'osa attendre s'enfui. De ce fu le père moult courroucié né pour ce ne voult pas la besoigne entrelaissier. Ains envoia Charlemaine son autre fils à grant gent. Le roy Charles, qui plus grant force que li avoit, vint encontre à bataille; mais Charlemaine, qui bien sceut qu'il n'avoit pas pouvoir à son oncle, requist paix. Foy et serment donnèrent l'un à l'autre et puis cil s'en retourna. Quant le roy Loys de Germanie sceut qu'il n'avoient rien fait contre leur oncle, il meisme prit son fils et son ost et s'en vint devant Attigny. Si le fist par le conseil Enguerran qui chambellan avoit esté au roy Charles, mais par la royne Richeut eut été getté de court; (et ce fit-il par mal de luy[97] que il véoit bien que le roy n'estoit pas au pays et qu'elle estoit seule demourée.) Lors manda la royne les plus grans hommes du royaume son seigneur, et leur fist jurer qu'il iroient contre le roy Loys. Le serement firent, mais il ne le gardèrent pas comme faux et mauvais. Car il meisme gastèrent le royaume qu'il avoient juré à garder. Après que le roy Loys ot ainsi adomagié le royaume Charles son frère, tandis comme il n'estoit pas au pays, par l'aide et le conseil des plus grans hommes du royaume meisme, il s'en ala à Attigny et fit la feste de la Nativité; puis s'en ala par la cité de Trèves à Franquefort et amena avec luy aucuns des barons du royaume Charles son frère, qui à luy s'estoient joint et alié. Là demoura tout le Caresme jusques après la résurrection. Avant qu'il s'en partist oï certaines nouvelles de la mort la royne Ermentrus[98] sa femme, qui estoit trespassée à Renebourg. Le roy Charles, qui en Lombardie estoit, manda les barons d'Ytalie qu'il venissent à luy, mains vindrent et aucuns non. A Rome s'en ala par le commandement l'apostoile Jehan qui mandé l'avoit, moult le receut honorablement quant il fu là venu, en la seizième kalende de janvier de l'Incarnation huit cent soixante-seize: [99]moult biaux présens et riches offrit à l'autel Saint-Père, et l'apostoile Jehan li mist sur le chief la couronne impériale, et fu appelé Auguste et empereur des Romains. De Rome se parti et s'en ala à Pavie. Là tint parlement et ordenna de ses besoignes. Boson, le frère Richeut sa femme l'empereris, fist duc et garde de la terre, et li lessa tels gens comme il requist et telle compagnie. Lors se parti l'empereur, les mons passa et s'en vint à Saint-Morise de Chablies. Si se hasta moult de retourner, pour faire la feste de la Résurrection en l'églyse de Saint-Denys en France, et l'empereris Richeut, qui en la cité de Senlis[100] demouroit, ala encontre luy tantost comme elle en oï nouvelles. Si passa parmi Rains et Chalons, parmi Langres et Besançon, jusques à une ville qui a nom Warnifontène[101]. Avec l'empereris retourna par les cités devant dites à Compiègne; de là s'en vint à Saint-Denis pour faire les festes de la Résurrection. Lors manda les messages l'apostoile Jehan, c'est à savoir Jehan de Touscane et Jean d'Arete, et Ansegise de Sane[102]. Par leur conseil et par l'autorité l'apostoile ordenna ung concile général de prélas en la marche de Lorraine, en une ville qui a nom Pontigon. Cil Boson dont nous avons parlé que l'empereur avoit laissié en Ytalie pour la garde, et qui frère estoit sa femme, espousa Ermangart la fille l'empereur Loys. Puis que l'empereur Charles s'en feut retourné en France, par le conseil Evrat le fils Bérangier, en laquelle garde la demoiselle demouroit, sans le sceu l'empereur[103].

Note 97: _Par mal de luy._ Par la haine qu'il portoit à la reine.

Note 98: _Ermentrus._ Le latin la nomme _Emma_.--_Renebourg_, Ratisbonne.

Note 99: _Annal. S. Bertini, anno 876._

Note 100: _Senlis._ Lisez _Servais_.

Note 101: _Warnifontem._ «Warnaril-fontana.»

Note 102: _Sane._ Le latin porte _Senonensem_; Sens.

Note 103: Le latin porte: «Par le conseil de Béranger, fils d'Evrard,» et ajoute: «_Iniquo conludio_ in matrimonium sumpsit.»

Quant le terme du concile approcha, l'empereur Charles et les messages l'apostoile murent et s'en alèrent par Rains et par Chaalons, et quant tous furent rassemblés, prélas et autres personnes, et il furent revestis des aornemens de saincte Églyse, et tapis et carpites[4] furent estendus et le tiexte des Évangiles fust mis sus ung leutrin, droict devant le siège où l'empereur devoit seoir, en plein senne[5], il entra au concile vestu de draps à or, à la guise de France, luy et les messagiers l'apostoile Jehan. Lors commencièrent une anthienne _Exaudi nos Domine_. Après fu chanté le _Te Deum_ et le _Gloria_, et dit à la fin l'oraison l'évesque Jehan de Toscane. Atant s'assit l'empereur et tous les prélats. Lors se dreça cil Jehan message l'apostoile en plein concile, et commença à lire les épistres l'apostoile que il envoioit au concile. Après en lut une autre de la primacie Ansegise l'archevesque de Sens, qui contenoit telle sentence: «Qu'il eut pouvoir d'assembler concile et de faire autres semblables choses par toute la France et Allemagne toutes les fois que mestier en seroit, par l'auctorité l'apostoile, et que les décrès du siège de l'apostole fussent manifestés par luy, et ce que l'en feroit fu par luy mandé à la cour de Rome; et plus, que s'il avenoit que l'on eust mestier de conseil sur aucun grief cas, si que il convenist que l'apostoile en ordennast ou donnast sentence, que par luy fust la besoigne requise et rapportée. Lors requistrent les prélas que l'en leur laissast lire la lettre ainsi que elle estoit envoiée. A ce ne s'accorda pas l'empereur, ains leur demanda qu'il respondroient au mandement l'apostoile? Et il respondirent que volentiers obéiroient au mandement, mais que les droicts et les privilèges de leurs éveschiés, qui estoient donnés selon les canons, leur feussent gardés. Moult s'efforça de rechief l'empereur et les messages à ce qu'il respondissent simplement et absolument à ce que l'apostoile mandoit de la primacie en l'églyse; mais oncques autre response que la première n'en porent avoir; fors que tant que Frotaire l'archevesque de Bordiaus respondit par flaterie ce qu'il cuidoit qui deust plaire à l'empereur, pour ce qu'il estoit venu de Bordiaus à Poitiers et de Poitiers à Borges, contre les droits des canons, par le déport et par l'assentement du prince. Lors s'esmu l'empereur et dict que l'apostoile avoit donné son pouvoir à Ansegise au concile et que il tendroit son commandement. Lors prit l'épistre tout enroulée luy et le message et la baillèrent à Ansegise, et luy fit apporter une chaire, et la fit mestre par dessus tous les évesques du royaume de cà les mons, de lès Jehan de Toscane message l'apostole qui séoit de lès luy; et commanda à Ansegise qu'il passast tout oultre par dessus tous les autres qui avant devoient séoir par ordre, et séist en la chaire. Lors commencia à crier devant tous l'archevesque de Rains, que c'estoit contre les rieules[106] et contre les droicts des saints canons; mais toutes-voies demoura l'empereur en son propos. Après ce, requistrent les prélas de rechief qu'il eussent l'exemplaire de l'épistre qui à eulx estoit envoiée; né oncques avoir ne la porent, et en telle manière se départi le concile sans rien plus faire en cette journée.

Note 104: _Tapis et carpites._ Les _carpites_ ou _carpetes_ étoient des tapis de pieds. (Voyez Ducange au mot _Carpetta_.) Le latin porte: «_Domo ac sedilibus palliis protensis._»

Note 105: _Senne._ Synode, assemblée solennelle. (Suite du chapitre VIII.)

Note 106: _Rieules._ Règles.

En la dixième kalende de ce moys meisme assemblèrent les prélas. En ce concile furent leues les épistres que l'apostoile envoioit aux lais, et si fu leue la manière coment l'empereur fu esleu et la confirmation des prélas du royaume d'Ytalie, et les chapistres qu'il establi et qu'il fist confermer à tous et qu'il commanda à confermer aux évesques de cà les mons: et atant départi le concile à cette journée.

En la cinquième nonne de juillet[107], s'assemblèrent de rechief les prélas sans l'empereur. Là ot contens et plainctes des prestres des diverses paroisses qui se plaignoient aux messages l'apostoile d'aucuns griefs: et atant départi le concile sans plus faire à cette journée.

Note 107: _Juillet._ Le latin dit: _Juin_.

En la quatrième nonne du meisme moys, assemblèrent les prélas, si fu lors l'empereur présent. Là meisme oï les messages Loys son frère, le roy de Germanie, Gilebert l'archevesque de Couloigne, et deux contes Adalart et Maingaut. De par leur seigneur requéroient partie du règne l'empereur Loys le fils Lothaire, qui par droict héritage luy aferoit, ensi comme luy-meisme l'avoit créanté par son serement. Lors commença Jehan le Toscan à lire l'épistre l'apostoile Jehan qu'il envoioit aux évesques du royaume Loys, si en bailla l'exemplaire à Gilebert l'archevesque de Couloigne, et li commanda que il l'aportast aux évesques à qui elle estoit envoiée: et atant départi le concile à cette journée.

En la sixième yde de juing[108], assemblèrent les évesques derechief; et entour l'eure de nonne vint le message l'apostoile Léon, évesque et nepveu l'apostoile, et ung autre qui Pierre avoit nom. Si apportoient épistres à l'empereur et à l'empereris et salut aux évesques. Atant se départi le concile en cette journée.

Note 108: _Juin._ Le latin dit: _Juillet_.

En la cinquième yde de juing assemblèrent les prélas. Là fut lue l'épistre de la dampnation de Georges, l'évesque de Formose[109], et tous ceulx qui à luy se consentoient. Là furent présentées à l'empereur de par l'apostoile et entre les autres ung sceptre et ung baston d'or, et à l'empereris draps de soie et ung fermail à pierres précieuses. Atant départi le concile à cette journée.

Note 109: _De Georges, l'évesque de Formose._ Il falloit: _De l'évêque Formose_. Le latin porte: «Lecta est Apostoli epistola de damnatione Formosi episcopi, Gregorii Nomenclatoris et consentientium eis.»

IX.

ANNEE: 876.

_Coment le concile assembla de rechief, et coment les causes des églyses furent débatues. Coment aucuns des Normans furent baptisiés qui puis retournèrent à la mescréandise. De la mort le roy Loys de Germanie. Des ormans qui se mistrent en Saine atout cent barges._

Le jour devant la première yde de juing rassembla le concile; mais avant qu'il fust commencié i envoia l'empereur les messages l'apostoile pour parler aux archevesques et aux évesques, pour eulx reprendre de ce qu'il n'estoient pas venus le jour, si comme il leur avoit mandé; mais il respondirent si raisonnablement que l'en s'en dust tenir apaié. De rechief fut leue l'épistre l'apostoile de l'archevesque Ansegise, par le commandement l'empereur: et la lut Jehan le Toscan, l'un des messages l'apostoile. Si fu demandé de rechief aux prélas nouvelle responce, et il respondirent que volentiers obéiroient, selon la rieule des canons, ainsi comme leurs ancesseurs avoient obéis aux siens. Lors fu leur responce plus légièrement receue que elle n'avoit esté devant, en la présence de l'empereur. Après ce, fu parlé et disputé par devant les messages l'apostoile de la clameur des prestres des diverses paroisses. Après ce, refu oïe la cause et la complaincte Frotaire l'archevesque de Bordeaux, de ce qu'il ne pouvoit demourer en sa cité, pour le grief que les Sarrasins li faisoient. Pour ce requieroit qu'il peust venir à l'archeveschié de Borges; mais sa requeste fut contredite de tous les évesques. Lors commandèrent les messages l'apostoile qu'il assemblassent tous de rechief en la dix-septième kalende d'aoust, bon matin; et quant il furent assemblés à cette journée si vint l'empereur au concile, entour l'eure de nonne, couronné et appareillé à la guise de Griex; et si l'amenoient les messages l'apostoile qui estoient vestus à la guise de Rome, et le conduisirent jusques au milieu des évesques qui estoient aussi revestus en aornemens de saincte Églyse. Si avoient leurs mitres en leurs chiefs et leurs croces en leurs mains. Lors fu chantée cette anthienne _Exaudi nos Domine_, à tout vers, et le _Gloria_. Après le _Kyriel_ dist l'oraison l'évesque Léon, et quant tous furent assis, Jehan l'évesque d'Arete, message l'apostoile, lut devant tous un libelle dont la sentence estoit sans raison et sans auctorité. Après, se leva Hues l'évesque de Beauvais, et lut une cédule que les messagiers l'apostoile, et Ansegise, archevesque de Sens, et il meisme avoient faicte et dictée sans l'assentement du concile; dans laquelle aucuns chapistres estoient contenus qui entre eulx-meismes estoient contraires et discordables. Et pour ce ne feurent pas là mis qu'il n'avoient né raison né auctorité. De rechief fu mené question de la primacie en l'églyse l'archevesque de Sens, et quant l'empereur et les messages l'apostoile en eurent assez parlé et discuté entre les prélas, si n'en fut-il plus que il en ot esté à la première journée du concile. Adonc se levèrent Pierre l'archevesque de Forosimpre[110], et Jehan le Toscan; en la chambre le roy s'en alèrent et amenèrent l'empereris toute couronnée, en estant se tint de lès l'empereur. Lors se levèrent tous les prélas en estant en leur ordre, Léon l'archevesque et le Touscan Jehan commencèrent leurs loenges et graces à Dieu que l'évesque Léon accomplit par une oraison. Si se départit le concile atant. Aux messages l'apostole l'empereur donna dons et présens, congié pristrent atant et retournèrent à Rome. Avec eulx envoia l'empereur en message Ansegise l'archevesque de Sens, et Algaires l'archevesque d'Ostun.

Note 110: _Forosimpre._ Le latin porte: _Forum Sempronii_. C'est aujourd'hui _Fossombrone_, dans le duché d'Urbin.

_Incidence._--Entre ces choses fit l'abbé Hues baptiser aucuns Normans qui puis furent amenés à l'empereur qui leur fist donner dons. Atant retournèrent à leur gent et puis repristrent leur mescréandise et vesquirent païens comme devant. En la quinte kalende d'aoust se parti l'empereur de Pontigon et retourna en France par Chalons. Là demoura jusques aux ydes d'aoust pour une maladie qui le prist. En la dix-septième kalende de septembre, vint à Rains et de Rains droict à Senlis; deux messages l'apostoile qui estoient demourés, Jehan l'évesque d'Arete et Jehan le Touscan, et l'évesque Hues de Beauvais envoia en message à Loys son frère le roy de Germanie. Ces trois n'envoia par tant seulement, ains y envoia ses fils et autres princes du royaume. Mais après qu'il furent mus, vindrent nouvelles à l'empereur que son frère Loys, à qui il envoioit ses messages, estoit trespassé en son palais de Franquefort, en la cinquième kalende de septembre, et estoit ensépulturé en l'églyse Saint-Nazaire. Tantost se parti l'empereur de Carisy et s'en ala à Satenai[111]. Ses messages envoia aux barons du royaume, et s'appensa qu'il iroit tandis en la cité de Mez pour eulx attendre là et récevoir. De propos changea et s'en ala à Ais-la-Chapelle et mena avec soi les deux messages l'apostoile. De Ais s'en ala à Couloigne. Assez fit-on de mal en cette voie; car ceulx qui avec li estoient tolloient quoi qu'ils trouvoient, sans nul regart de pitié.

Note 111: _Satanacum._ Stenay.

_Incidence._--En ce temps vindrent Normans en France par mer et entrèrent en Saine à tout cent barges. Ces nouvelles furent contées à l'empereur en la cité de Couloigne; mais oncques pour ce ne laissa à faire ce qu'il avoit en propos.

X.

ANNEE: 876.

_De Loys le neveu Charles-le-Chauf et des juises[112] qu'il fist de trente hommes pour savoir sé son oncle avoit droict. Et coment Charles le cuida seurprendre. Et coment il et sa gent feurent desconfits. Et coment la reyne Richeut s'enfuit et enfanta en la voie, et coment les Normans entrèrent de rechief en Saine à navires._

Note 112: _Juises._ Jugemens. Et mieux ici: Epreuves judiciaires. Le latin dit: «Hludowicus, Hludowici regis filius, decem homines aqua calida, et decem ferro calido, et decem aqua frigida ad judicium misit coram eis qui cum illo erant.»