Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis
Part 30
Quant celluy Geuffroy fut monté en haut, à tous les gens qu'il menoit, avis luy fu que la journée fu trop petite et qu'il y avoit encore assez du jour à venir; ceux qui le conduisoient par le pays luy firent entendant que un petit oultre avoit plus belle place et meilleur lieu, pour logier l'ost que sur le tertre. Celluy les creut et se hasta d'aller là où il disoient. L'arrière garde cuida, si comme il avoient devisé, que on se deust loger en haut et que c'estoit près, si ne se hastèrent mie, ains commencièrent à aller bellement.
Les Turs, qui tousjours estoient près et espioient nos gens pour sçavoir s'il leur pourroient mal faire, virent que ces deux grosses batailles estoient loing à loing par la voye, et entre deux, et sur la montaigne n'avoit sé gent désarmée non. Tantost cogneurent leur avantaige; en ce se fièrent moult que les voyes estoient roides et estroites: si que c'estoit griefve chose de mettre nos gens ensemble. Pour ce les Turs férirent isnellement des esperons et sourprirent le sommet du tertre, si que les derniers de l'ost n'eussent pu venir aux premiers sé non parmy eux.
Lors commencièrent à courre à nostre gent et à traire moult espesséement des arcs turcois et puis venoient jusques à eulx aux haches et aux espées. Moult trouvèrent les nos à grant meschief pour ce que l'ost estoit ainsi parti et divisié. Tant avoit de sommiers en ces voyes estroictes et d'aultres destourbiers que les preud'hommes et les bons chevaliers qui deffendre se vouloient et venir aux Turs ne povoient venir à eux. Assez y eut lors à celle venue de nos gens occis, mais au dernier se commencièrent à traire ensemble les plus preux et les plus hardis des François et s'entreadmonestoient de bien faire et bien disoient que Turs estoient mauvaises gens en bataille, et n'avoit guères que il le prouvèrent bien quant il les desconfirent légièrement en plaine terre. Lors se deffendirent vigoureusement et avec eux se rallièrent moult des autres si comme il povoient percier. Les Turs parloient en leur langaige et s'entreforçoient de bien faire et ramentevoient entre eux que il n'avoit guères qu'il avoient desconfis l'empereur en bataille, qui plus grant seigneur estoit et plus avoit gent que le roy de France.
[665]En ceste manière dura longuement la bataille fière et aspre. Les preud'hommes se tindrent et se deffendirent durement tant comme il peurent. Assez occirent et navrèrent de leur ennemis; mais les Turs estoient si grant plenté de gens que quant les blessés et les navrés se tiroient arrière, tantost revenoient les frès en leur places. Les nostres n'avoient de quoy il peussent faire tels changes, si ne peurent plus endurer mais furent desconfis. Trop en y eut de mors, mais plus encore en emmenèrent de pris en liens. En celle place furent occis ou pris, ne sçay pas bien le quel, quatre trop bons chevaliers et trop haux hommes dont le povoir de France fu moult affoibli: le conte de Garenne, Gaucher de Monjay, Evrart de Breteuil et Ithier de Maignac. Des aultres y eut assez qui pour le service Jhésucrist moururent en ce jour honnorablement et glorieusement à Dieu. A nulluy ne doivent desplaire les choses que Nostre-Seigneur fait, car toutes ses euvres sont bonnes et droictes; mais selon le jugement des hommes ce fu merveille comme Nostre-Seigneur ce souffri que les François qui sont les gens au monde qui mieux le croient et plus l'honorent furent ainsi destruis par les ennemis de la foy.
Note 665: _Gesta Lud. jun., § 13._
X.
ANNEE: 1147.
_Coment, après celle meschéance, les François s'assemblèrent au miex qu'il purent, et vindrent à Satelie. Et coment le roy se mist en mer, et vint vers la cité de Antioche._
[666]A celle desconfiture n'avoit nul esté de l'avant-garde; ainsois avoient tendus leurs pavillons et se reposoient. Voir est que quant il virent tant demourer après eux l'arrière-garde, grant souspeçon eurent et grant paour qu'il n'eussent aucun encombrier. Le roy Loys avoit esté en celle bataille. Mais quant ses gens commencièrent trop à apetisser entour luy et que les Turs les menoient à leur volenté, ne sçay quels chevaliers de France y eut qui prisient le roy par le frain de son cheval et le tirèrent hors de la presse, et sur le sommet d'un haut tertre qui estoit illec près le menèrent. Là se tindrent à moult petite compaignie jusques à tant qu'il fust anuité. Mais quant la nuyt fu noire et obscure, il dirent qu'il ne demoureroient pas là jusques atant qu'il fust jour; ainsois convenoit qu'il s'en allassent et tenissent aucune voye où qu'elle les menast. Merveilles estoit le roy à grant meschief et en périlleux estat, car ses ennemis estoient de toutes pars, et il avoit ses gens perdues, et nul qui avec luy fust ne sçavoit quelle part tourner. Toutes voies Nostre-Seigneur envoya son conseil au preud'homme; car il n'avoient guères avallé de la montaigne quant il virent bien près les feux que ses gens faisoient où l'avant-garde s'estoit logiée; bien cogneurent que c'estoit les leurs, si se tirèrent vers eux. Mais autres cronicques[667] dient que le roy demoura tout seul sur la montaigne, si avoit assez de ses ennemis entour luy qui forment l'assailloient et ne scavoient mie que ce fust le roy et il se deffendoit tout à pié moult fièrement, si estoit jà ainsi comme noire nuit. Lors se traist sous un arbre qui sur la montaigne estoit et monta dessus et se deffendi ainsi de l'espée moult longuement et moult fièrement. Toutesvoies les Turs se doubtèrent que secours ne venist de l'avant-garde, et pour la nuit mesme si se départirent.
Note 666: _Guillaume de Tyr, liv. XVI, § 26._
Note 667: Celle d'Odon de Deuil, lib. VII.--La fin de cet alinéa n'est pas dans _Guillaume de Tyr_.
[668]Quant les chevaliers de l'avant-garde virent leur seigneur venir et il sceurent certainement la mésaventure si doloureuse qui estoit advenue, si commencièrent à faire trop grant deul, si ne povoient recevoir nul confort. Car il n'y avoit guères celluy qui n'eust perdu aucuns de ses amis; il estoient en grant aventure et n'entendoient sé à plourer non. Et sé les Turs l'eussent sceu, légièrement les eussent pu tous occire ou prendre. L'en ne les povoit tenir qu'il n'allassent huchant[669] l'un son père, l'autre son frère, son cousin, son oncle, chascun ce que il avoit perdu. Aucuns en recouvrèrent de ceulx qui eschappés s'en estoient et avoient quises répostailles telles comme il peurent en buissons et en caves[670], de ceux y eut moult petit envers le nombre des perdus. Ceste chose avint en l'an de l'Incarnacion Nostre-Seigneur Jhésucrist, mil cent quarante-six, au mois de janvier.
Note 668: _Gesta Lud. jun., § 14._
Note 669: _Huchant._ Le latin dit _ululantes_, et sans doute le manuscrit original des Chroniques de Saint-Denis portoit _hulant_.
Note 670: _En buissons et en caves._ «Per dumos et latebras.»
Dès ce jour en avant commencièrent toutes viandes à faillir en cet ost si que né homme né cheval ne se scavoient de quoy soustenir, nulle manière de marchandise ne venoit en leur ost, car il ne trouvèrent nulles gens. Le grant péril estoit encore de ce que nul qui là fust n'avoit oncques mais esté en la terre né il ne scavoient où tourner: une heure alloient à destre et l'autre heure à senestre comme gent esgarée. Au dernier si comme il pleut à Nostre-Seigneur il passèrent tant de haultes montaignes et de parfondes vallées que par grans travaux vindrent à la cité de Satelie. Oncques de Turs n'eurent assaut né encombrier dont il se merveillèrent trop.
Satelie est une cité de Griffons qui est à l'empereur de Constantinoble et siet au rivage de la mer[671]: moult y a bonne terre et plentureuse entour elle qui cultiver la pourroit; mais à ceux du pays elle ne fait nul bien, car les Turs qui sont herbergiés emprès la cité en bonnes forteresses les tiennent si de court qu'il ne peuvent entendre à gaigner ou labourer les terres. Dedens la cité treuve-l'en assez quanques mestier est, car il y a belles fontaines et beaux jardins et arbres qui portent toutes manières de fruit, et beaux lieux et délitables, et de vins y apportent assez les marchéans par la mer si que il n'y a chierté de rien. Néantmoins elle ne péust durer sé elle ne rendoit chascun an aux Turs grant treuage. Les Gregeois l'appellent Atalie, dont la montaigne qui est d'illec dure dès le mont de l'Issodonne jusques en l'isle de près Cypre, et est appellée en Grèce Atalique; mais nos François luy misrent nom le Gouffre de Satelie[672] et ainsi la clame l'on ores communément[673]. Le roy, quant il eut séjourné une pièce laissa en la ville sa gent à pié. Ses chevaliers et ses barons prist avec luy et se mist en mer et laissèrent Ysaure et Sécille[674] à senestre, à dextre mist l'isle de Cypre. Bon vent eurent si qu'il ne demourèrent guères qu'il arrivèrent au port Saint-Syméon. C'est là où le fleuve du Far[675] qui par Antioche court, chiet en la mer, delés une ancienne cité qui a nom Seleuce près d'Antioche à dix milles.
Note 671: Satalie, autrefois _Attalée_, sur la Méditerranée et à l'extrémité du golfe de Satalie.
Note 672: Toute celle phrase si mal rendue n'est intelligible que dans le texte latin de Guillaume de Tyr: «Hanc nostri idiomatis Græci non habentes peritiam corrupto vocabulo Sataliam appellant. Undè et totus ille maris sinus, à promontorio Lissidona usquè in insulam Cyprum, _Attalicus_ dicitur qui vulgari appellatione _Colphus_ Sataliæ nuncupatur.»
Note 673: _Gesta Lud. jun., § 15._
Note 674: _Sécille._ _Cilicie._
Note 675: _Farci fluvius_, traduisent ridiculement les _Gesta. Fauces Orontis_, dit très-bien le latin de _Guillaume de Tyr_.
XI.
ANNEE: 1147.
_Coment le prince d'Antioche reçut le roy de France et ses gens en sa cité, moult honnorablement, et puis le voult traïr._
[676]Raimons le prince d'Antioche oï la nouvelle que le roy Loys de France estoit arrivé en sa terre et près de luy: grant joye en eut, car il avoit moult désirée sa venue. Il prist avec luy des greigneurs barons de sa terre et belle compaignie d'aultres gens et luy alla au devant: grant joye luy fist et grant honneur, dedens la cité d'Antioche le mena luy et toute sa gent. Le clergié et le peuple de la ville le receurent à procession moult honnorablement et liement. Le prince se péna de faire quanqu'il cuida qui deust plaire au roy. En France mesme quant il oï dire qu'il estoit croisié luy avoit-il envoié grans présens et riches joyaulx pour ce qu'il avoit espérance que par l'ayde des François il deust conquerre cités et chasteaux sur ses ennemis et croistre bien en loing la puissance de la cité d'Antioche, bien cuidoit estre seur que la royne de France Alienor luy deust aydier et mettre son seigneur en telle volenté; cuar ele venoit en celui pélerinage, et estoit niepce le prince, fille de son frère ainsné le conte Guillaume de Poictiers. De tous les barons de France qui avec le roy estoient venus n'en y eut oncques nul à qui le conte ne fist grant honneur; et donna grans dons à chascun selon ce qu'il estoit. Par les hostels les alloit veoir, de parolles s'acointa à chascun moult honnorablement et débonnairement. Tant se fioit en l'ayde du roy qu'il luy fu jà advis que les cités de Halape, Césaire et les autres forteresses aux Turs qui près de luy estoient venissent légièrement en sa main. Sans faille ce peust bien estre advenu qu'il pensoit, sé le roy eust eu volenté de ce enprendre, car les Turs avoient grant paour de sa venue, si qu'il ne pensoient mie à tenir contre luy leurs forteresses, ainsois avoient certain propos de tout laissier et de fouyr s'il adressoit celle part.
Note 676: _Guill. de Tyr, liv, XVI., § 27._
Le prince qui la volenté le roy avoit essaiée par plusieurs fois privéement n'y trouvoit mie ce qu'il voulsist. Un jour vint à luy devant ses barons et luy fist les requestes au mieulx qu'il sceut. Maintes raisons luy monstra que s'il vouloit à ce entendre, moult feroit grant proffit à son ame et acquerroit la louenge du siècle, et la crestienté accroistroit de trop grant chose. Le roy se conseilla et puis luy respondi qu'il estoit voué au sépulcre, et que mesmement pour là aller s'estoit-il croisié et que depuis qu'il estoit parti de son pays il avoit eu mains encombriers, pour ce n'avoit talent de prendre nulles guerres jusques atant qu'il eust son pellerinage parfait; et après ce, il orroit volentiers parler le prince et les autres barons de la terre de Surie, et par leur conseil feroit à son pouvoir le profit de la besongne Nostre-Seigneur.
Quant le prince oï qu'il ne feroit rien vers luy de ce qu'il pensoit, trop le prist à mal. Et tant comme il put pourchassa contre le roy et de le courroucier se péna en toutes manières, si que la royne sa femme mist-il en tel point qu'elle le voulut laissier et se départir de luy. Maintes gens firent assavoir au roy que le prince luy pourchassoit mal. Tantost eut conseil à ses hommes celéement et par leur accord s'en yssi de nuit de la cité d'Antioche si que ne le sceurent pas tous; dont n'eut mie telle procession au départir comme il avoit eu à l'entrée. Assez y eut gens qui dirent par la terre[677] que le roy n'avoit pas fait son honneur de s'en partir ainsi du pays.
Note 677: L'auteur des _Gesta_ ajoute: _Nec immerito_. Et Guillaume de Tyr semble pencher pour cette opinion défavorable. Nos chroniques ont jugé convenable de passer ce que dit d'Alienor Guillaume de Tyr: «Uxorem enim in idipsum consentientem, quæ una erat de fatuis mulieribus, aut violenter, aut occultis machinationibus, ab eo rapere proposuit. Erat... mulier imprudens, et contra dignitatem regiam legem negligens maritalem, tori conjugalis fidem oblita.» (Lib. XVI, c. 27.)
XII.
ANNEE: 1147.
_Coment l'empereur d'Alemaigne s'en parti de Constantinoble, li et son ost qui remés li fu, et ala parfaire son pélerinage en la sainte cité de Jherusalem._
[678]Conrat l'empereur d'Allemaigne avoit séjourné tout l'iver en la cité de Constantinoble et l'empereur Manuel luy avoit assez fait mains compaignies et mains honneurs, si comme il afferoit à si haut homme. Quant le nouveau tems fu venu, l'empereur Conrat eut volenté de parfaire son pellerinage et d'aller en Jhérusalem. L'empereur Manuel luy fist appareiller la navie telle comme elle avoit mestier à luy et à ses gens; grant plenté de riches dons luy envoya au départir. Il entra en mer et les barons avec luy qui demourés estoient. Si eurent bon vent si que il ne demoura guères qu'il arrivèrent au port d'Acre. En la ville séjournèrent un peu, et puis montèrent ès chevaux et vindrent en Jhérusalem. Le roy Baudouin et le patriarche Foucher luy vindrent au devant à grant compaignie de chevaliers, de barons et de bourgeois. Les clercs furent revestus et le menèrent à procession dedens la cité, le peuple le receut à grant joye.
Note 678: _Gesta Lud. jun., § 16.--Guill. de Tyr., lib. XVI, § 28._
En celle saison mesme arriva au port d'Acre un vaillant homme du royaume de France bon crestien et de grant cuer, conte de Tholouse; Alphons avoit nom, fils le bon conte Raymont qui fu si bon prince et fist de si grans euvres au premier ost des barons quant il prisdrent Antioche et Jhérusalem. Moult avoit-on cestui attendu longuement en la terre de Surie. Car il avoient espérance qu'il leur deust tenir grant lieu contre les ennemis de la foy. De soy estoit-il saige et de grant emprise; mais encore l'honnouroit-on plus en la terre de Surie pour son père que pour luy. Grans biens eust fait au pays, mais trop tost fu désavancié: car quant il vint d'Acre pour aller en Jhérusalem pour véoir le sépulcre et les autres sains lieux, et vint en la cité de Césaire qui siet en la marine, illecques un fils du déable, l'en ne scet qui ce fu né pour quoy il le fist, mais il l'empoisonna de venin qu'il mist en sa viande. Tantost fu mort le preudomme; grant deul en firent riches et povres par toute Surie.
XIII.
ANNEE: 1147.
_Coment le roy de France vint en Jhérusalem pour son voiage acomplir. Et coment il firent une assemblée en la cité de Acre, pour traitier du preu de la crestienté._
[679]En la cité de Jhérusalem vint la nouvelle que le roy de France estoit parti d'Antioche et s'en venoit tout droit vers la terre de Triple. Le roy de Jhérusalem eut conseil à ses barons et envoya contre luy le patriarche Foucher, pour luy prier et requerre que sans demourance se tirast vers la saincte cité où l'empereur d'Allemaigne et le roy Baudouin l'attendoient. Sans faille il s'attendoient et se doubtoient que le prince d'Antioche ne s'accordast à luy et le fist retourner vers la sienne terre, ou que le conte de Triple qui son cousin estoit ne le fist demourer en son pays. La terre qui oultre mer estoit que les crestiens tenoient à ce jour estoit toute partie en quatre baronnies. La première estoit devers midi, c'estoit le royaume de Jhérusalem qui commençoit d'un ruisseau qui est entre Gibelet et Barut[680]; ce sont deux cités de la terre de Fenice qui sient en la marine: et finist ès désers qui sont oultre le Daron, si comme l'en va vers Egypte. Je appelle le royaume baronnie, pour ce qu'il estoit ainsi petit. La seconde baronnie estoit devers Bise, c'estoit la conté de Triple, et commencoit au ruisseau que je vous ay dit[681], et duroit jusques à un autre ruisseau qui est entre Marlenée[682] et Valenie, ce sont deux cités près de la marine. La tierce estoit la terre d'Antioche qui commençoit de ce dernier russel et duroit vers soleil couchant jusques à la cité de Tarse en Sécile[683]: la quarte baronnie estoit la conté de Roches qui commençoit d'une forest que l'en appelle Marris et duroit devers Orient oultre le fleuve d'Eufratte jusques en Payennie. Ces quatre princes estoient grans hommes et puissans.
Note 679: _Gesta Lud. jun._, § 17.--_Guill. de Tyr., lib._ XVI, § 29.
Note 680: Les anciennes villes de _Biblos_ et _Beryte_.
Note 681: L'ancien _Tamyras_.
Note 682: _Marlenée._ Les Gesta disent _Marnelia_, et Guillaume de Tyr _Maraclea_; ce doit être _Margat_. L'ancienne _Marathus-Valenie_, l'ancienne _Balanca_.
Note 683: _Secile._ Cilicie.--_Roches._ Edesse.
Quant il oïrent parler premièrement de la venue l'empereur d'Allemaigne et du roy de France, chascun d'eux eut grant espérance que par la venue d'eux peust bouter ses ennemis les Turs arrières, et les termes de son povoir mettre bien avant; car n'y avoit celluy d'eux tous qui n'eust en sa marche bien près de Turs et bonnes cités et fortes que désiroient moult à conquerre s'il eussent peu. Et pour ce estoient tous en grant suspens pour eux accroistre; et chascun avoit envoyé lettres et riches joyaux à ces deux grans princes et aux barons mesmes pour les attraire vers soy. Le roy Baudouin cuidoit avoir meilleur droit en ce que le roy de France venist vers luy que les autres n'avoient, car il estoit parti de son pays pour visiter les sains lieux de Jhérusalem, d'autre part l'empereur estoit jà là qui l'attendoit. Si estoit droit doncques que le roy deust plus tost aller là que demourer ailleurs pour son pellerinage parfaire, et prendre conseil entre luy et l'empereur des besongnes de la crestienté. Toutes voies pour ce qu'il se doubtoit que les autres barons ne le receussent, envoya-il à luy le patriarche, si comme je vous ay dit, qui luy monstra moult bien par maintes raisons qu'il devoit mieux aller en Jhérusalem qu'ailleurs. Le roy le creut et s'en alla sans demourance jusques en Jhérusalem. Là le receut-on à moult grant feste: tous ceux de la ville luy yssirent hors à l'encontre et mesmement les clers à toutes les processions.
Le roy et les autres barons le menèrent par les sains lieux qu'il avoit moult désiré à véoir.
Quant il eut faites ses oroisons, à son hostel le menèrent qui fu riche et habandonné. La court fu plenière et habondant de toutes choses[684]. Le lendemain prindrent conseil l'empereur, le roy de France et le roy de Surie, le patriarche et les autres qui là estoient, des affaires de la terre, coment il seroient menés. Et par la volenté de tous fu accordé que l'en prist un jour qu'il assemblassent tous en la cité d'Acre et regardassent tous en quelle manière il pourroient mieux faire le preu de la crestienté. Le jour vint, si s'assemblèrent tous les grans hommes qui venir y peurent.
Note 684: _Gesta Lud. jun._, § 18.
XIV.
ANNEE: 1147.
_Des noms de ceulx qui furent à ceste assemblée en Acre, pour faire la besoigne Nostre-Seigneur._
[685]Conrat l'empereur d'Allemaigne fu à ce parlement et messire Othes son frère qui preux estoit et clerc, et évesque de Frisingue; Estienne évesque de Mez en Loheraine; Henry évesque de Toul frère le conte Thierry de Flandres; Theodins qui né estoit de Thiesche terre, évesque de Port[686], qui par le commandement l'apostole estoit légat en l'ost l'empereur. Des princes de l'empire y fu Henry duc d'Ostrice frère l'empereur et un autre duc qui avoit nom Guelphes, riche homme et puissant; Ferry le duc de Souave nepveu de l'empereur, fils de son frère ainsné qui fu empereur, et bien gouverna l'empire par sens et par vigueur; Hernault le marquis de Véronne et Bertous de Andes qui puis fu duc de Bavière; Guillaume le marquis de Montferrat serourge l'empereur; le conte de Blandras qui avoit la seur au marquis Guillaume espousée; ambeduis estoient haulx hommes de Lombardie. Tous furent avec l'empereur, des autres y eut assez.
Note 685: _Guill. de Tyr, liv._ XVII, § 1.
Note 686: _De Port._ «Portuensis.»--_Tiesche._ Allemande.
De l'autre part fu Loys le roy de France, et Geuffroy l'évesque de Lengres, Arnoul évesque de Lisieux, Guillaume de Florence prestre cardinal de l'églyse de Rome, au titre Sainte Chrysogone, légat du pape en l'ost du roy de France; le conte Robert du Perche qui estoit frère le roy; Henry le fils du viel conte Thibaut de Champaigne, jeune homme vaillant et large et de grant cuer, et avoit à femme la contesse Marie fille le roy de France. Avec eux estoit le conte Thierry de Flandres, riche prince et puissant, serourge estoit le roy Baudouin. Si estoit là Yves de Neesle en l'éveschié de Noyon, un home biaus et saige; mains autres preudomes eut du royaume de France que l'on ne peut mie tous nommer. De la terre d'outre mer fu le roy Baudoin et sa mère la bonne dame, saige et vigoreuse et de bonne contenance. Évesques y avoit assez; il y fu Fouchier le patriarche de Jhérusalem, Baudouin archevesque de Césaire, Robert archevesque de Nazareth, Roger évesque d'Acre, Bernard évesque de Saiette, Guillaume évesque de Baruth, Adan évesque de Belinas[687], Girard évesque de Bethleem, Robert maistre du temple, Raymont maistre de l'ospital.
Note 687: _Belinas._ L'ancienne _Panéas_.
Des barons y furent Manassier, le connestable le roy Baudouin, Elinans de Tabarie, Gérard de Saiette, Gaultier de Césaire, Payen sire de la terre outre le fleuve Jourdain, Hunfrois de Thoron, Guillaume de Baruth. Assez en y eut d'autres qui tous estoient assemblés dedens la cité d'Acre pour prendre conseil en quelle partie on pourroit mieux faire la besongne Nostre-Seigneur de affébloier ses ennemis et de croistre le povoir des crestiens.
XV.
ANNEE: 1147.
_Coment le conseil fu pour aler assegier la cité de Damas._