Les grandes chroniques de France (3/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis

Part 2

Chapter 23,323 wordsPublic domain

_Incidence._ Rolland, archevesque d'Arles, empétra en ce temps vers l'empereur et l'empereris Engeberge, l'abbaïe de Sainct-Césaire, en l'isle de Camarie[26]; mais ce ne fu pas sans grans dons et sans grant service: moult estoit cette abbaïe riche et de grande possession. En icelle isle souloient avoir ung port les Sarrasins; pourquoi y pouvoient légièrement arriver. Un chastel y fit cest archevesque de terre tant seulement, et quant il oï dire que Sarrasins venoient, il se mit follement dedans; car il n'estoit né fort né garni pour luy sauver. Les Sarrasins vindrent là, de sa gent occirent plus de trois cens, et au dernier le prindrent et le menèrent tout loié en leur nefs, puis le mistrent à rançon qui fu tauxée à cent cinquante livres d'argent et à cent et cinquante manteaux, et à cent et cinquante espées, et à cent et cinquante présens sans les dons qu'il leur donna d'autre part. Si avint qu'ainsi mourut en les nefs avant qu'il fussent délivrés et que la rançon fust paiée; et les Sarrasins qui le virent, findrent[27] qu'il ne povoient plus illec demourer, et hastèrent forment ceux qui de la rançon paier s'entremestoient, s'il vouloient recevoir leur seigneur. Et quant elle fu toute paiée sans nul deffaut, il prirent le corps de l'archevesque tout revestu en épiscopaux garnemens si comme il l'avoient pris, et l'assistrent en une charrette, et puis l'emportèrent hors des nefs entre bras ainsi comme par honneur. Lors vinrent entour luy ceux qui l'amoient, et quant il cuidèrent parler à luy et faire joie si le trouvèrent mort. Lors l'emportèrent en terre à grans pleurs et le mistrent en terre en ung tombel que luy-meisme avoit fait appareiller pour luy. En ce temps fit Salmon, duc de Bretaigne[28], paix aux Normans qui estoient sur le fleuve de Loire, et fit cueillir à ses Bretons tout le vin qui estoit en sa partie d'Anjou[29]. L'abbé Hue et le comte Geoffroy[30] se combatirent aux Normans, qui habitoient sur le fleuve de Loire, et en occidrent entour soixante. En cette bataille prindrent ung moine apostate (c'est-à-dire renoié de la foy), qui la foy crestienne avoit déguerpie et s'estoit mis avec les Normans. Et pour ce qu'il faisoit aux crestiens moult de mal tant comme il povoit, luy firent-il couper la teste. [31]En ceste tempeste vinrent les Normans la seconde fois jusques à Paris, l'abbaïe de Sainct-Germain robèrent et boutèrent le feu dedans le cellier, et puis retournèrent tous chargiés des despoilles de ce qu'il avoient tolli et robé. En ce temps commanda le roy Charles aux Manceaux et aux Tourangiaus et à ceux qui habitoient delà le fleuve de Saine qu'il fermassent les cités et fissent forteresses contre les assaulx des Normans; et quand les Normans oïrent ce dire, il mandèrent à la gent du païs qu'il leur donnassent une grande somme d'argent, de vins, de fourment et de bestes, s'il vouloient avoir paix et trèves avec eux.

Note 26: _Camarie._ La _Camargue_, sur le Rhône.

Note 27: _Findrent._ Feignirent.

Note 28: _Duc de Bretaigne._ L'annaliste de Metz l'appelle _roi des Bretons_, et il a raison. (_Note de dom Bouquet_.)

Note 29: _En sa partie d'Anjou._ «Et vinum partis suæ de pago Andegavensi cum Britonibus suis collegit.» C'est-à-dire: Et il put récolter, cette année, le vin des vignes plantées du côté de la Loire qui appartenoit au territoire d'Angers, et par conséquent à ses états. M. Guizot a rendu cette phrase ainsi: _Et il récolta le vin des territoires qui lui appartenoient au pays d'Angers_.» La traduction du chroniqueur de Saint-Denis est moins mauvaise.

Note 30: Le latin ajoute: «Cum Transsequanis.» C'est-à-dire: avec ceux qui habitoient au-delà de la Seine ou jusqu'à la Loire.

Note 31: _En ceste tempeste, etc._ Cette phrase ne se trouve que dans le manuscrit du roi des _Annales de Saint-Bertin_. On voit que les Normands tenoient beaucoup aux celliers et aux vendanges.

En la ville de Dussy[32] estoit le roy Charles, quant il oï nouvelles par certains messages de la mort Hermentrude, sa femme, en l'abbaïe de Sainct-Denys en France; et léans meisme fu elle mise en sépulture. Lors manda le roy à Theuberge, qui femme eut esté le roy Lothaire, qu'elle luy envoiast sa fille[33] Richeut par Boson, le fils au comte Bivin, qui frère estoit à ceste Richeut. (Une pièce de temps) la tint sans épouser, ainsi comme concubine; (mais il l'espousa puis, si comme l'histoire le dira ci-après). A celui Boson, son frère, donna l'abbaïe Sainct-Morize et toutes les appartenances, et s'en ala à Ais-la-Chapelle, et mena avec luy cette Richeut, et se hasta moult d'aler pour recevoir le remenant des hommages du royaume Lothaire, si comme il l'avoit mandé; et fit assavoir à tous qu'il seroit à Gondouville[34] dedans la feste Sainct-Martin pour recevoir ceux qui à lui devoient venir de Provence et de la parfonde Bourgoigne[35]: et quant il fu à Ais nul ne vint à luy qu'il n'eust d'abord receu[36]. De là se départit et s'en ala à Gondouville en son palais comme il l'avoit ordonné.

Note 32: _Dussy._ C'est _Douzy_, bourg de Champagne, près de Mouzon, et sur la rivière du Cher.

Note 33: _Sa fille._ Le latin ne dit pas cela; mais la phrase est obscure. «Exequente Bosone filio Bwni quondam comitis hoc missaticum apud matrem et materteram suam Theutbergam Lotharii regis relictam, sororem ipsius Bosonis nomine Richildem mox sibi adduci fecit, et in concubinam accepit.» Je crois voir ici que pendant l'absence de Boson, chargé de la mission d'annoncer à Theutherge la mort d'Hirmantrude, Charles avoit fait venir près de lui Richilde, soeur de Boson, et l'avoit retenue en concubinage.

Note 34: _Gondouville._ «Gundulfi-villa.» C'est _Gondreville_, dans le pays Messin, à une lieue de Toul. Ce palais étoit situé sur la rive droite de la Moselle.

Note 35: _De la parfonde Bourgogne._ «Et de superioribus partibus Burgundiæ.»

Note 36: _Qu'il n'eust d'abord receu._ C'est-à-dire: Dont il n'eut obtenu précédemment la soumission. «Nullum obtinuit quem ante non habuit.»

Avant qu'il partist receut les messages l'apostoile Adrien. Ces messages estoient deux évesques, l'un avoit nom Paul et l'autre Léon, et ne venoient pas au roy tant seulement, mais aux princes et aux prélas du royaume. La forme du mandement estoit telle que nul mortel ne fust si hardi qu'il entrast au royaume qui jadis ot été Lothaire, et qui par droict devoit venir en la main son fils espirituel, né qui osast né troubler né molester les hommes du royaume, ne fortraire par promesses et par dons: et sé nul le fesoit autrement, ce qu'il feroit ne seroit pas tant seulement anéanti par son auctorité, ains seroit celuy qui ce feroit excommunié et dessevré de la compagnie de saincte Églyse; et sé aucun des évesques se consentoit à luy en taisant, si ne seroit plus appelé prestre né pasteur, mais bergier loué; et pour ce, ne luy appartiendroit-il des brebris garder, par conséquent né de la dignité de pasteur. Avec les messages et pour ceste besoigne meisme vint ung autre message[37] qui avoit nom Boderas. Quand les messages l'apostoile s'en furent partis, le roy Charles s'aperceut bien que ceux luy avoient menti qui luy avoient fait entendant par faus messagiers que le roy Loys, son frère, estoit ainsi comme à la mort. Lors se partit de Gondouville, et s'en ala ès parties d'Elisse[38], pour recevoir en amour et en concorde Hue, le fils Geuffroy, et Bernart, son fils[39]. De là s'en retourna pour yverner à Ais-la-Chapelle, et tant y demoura que la Nativité fu passée, en l'an de l'Incarnation huit cent soixante et dix.[40]

Note 37: _Un autre message._ Le latin ajoute: «Missus Hludowici imperatoris venit.»

Note 38: _D'Elisse._ «In Elisacias partes.» Vers l'Alsace.

Note 39: _Son fils._ «Bernardi filium.» Bernard, fils de Bernard.

Note 40: La plupart des auteurs du IXème siècle commencent l'année à Noël, comme notre annaliste de Saint-Bertin.

IV.

ANNEE: 870.

_Coment Charles-le-Chauf espousa la royne Richeut, et de la pais aux Normans, et du débat entre Charles-le-Chauf et Loys, son frère, pour la partition du royaume Lothaire, et d'autres choses._

[41]D'Ais-la-Chapelle se parti le roy Charles et s'en retourna en France, et vint en la cité de Noion. Là tint parlement à un prince des Normans qui avoit nom Roric. Ci fu la fin telle qu'il le receust en amour et en alliance. Après espousa Richeut, de qui nous avons devant parlé, qu'il avoit tenue sans mariage. De là retourna à Ais-la-Chapelle. Là oï telles nouvelles dont il ne se donnoit de garde; car Loys, son frère, roi de Germanie, luy manda par ses messages s'il ne s'en issoit tantost de la ville d'Ais et de tout le royaume qui avoit esté Lothaire, son frère, et s'il ne le rendoit en paix ès mains des princes du royaume ainsi comme il le tenoient au jour qu'il trespassa, bien sceut-il qu'il viendroit sur luy à armes et qu'il auroit à luy bataille. Tant allèrent les messages d'une part et d'autre, que la besoigne à ce menèrent que sermens furent faicts des deux parties. De tenir les convenances jura par le roy l'un des messages, et dit ainsi: «Je jure pour le roy Charles, mon seigneur, qu'il se consent à ce que son frère le roy Loys ait une telle partie du royaume Lothaire, leur frère, comme luy-meisme aura; et qu'il soit si loyaument parti et si justement comme ceux le sauroient partir qui par l'accort des deux parties y seront mis; et que ce soit sans barat et sans decevance, sé son frère le roy Loys luy veult garder autelle fermeté et autelle loyaulté comme il luy promet tant comme il vivra.» Quant ces convenances furent ainsi affermées par sermens d'une partie et d'autre, le roy Charles se partit d'Ais et s'en retourna en France, et s'en vint à Compiègne; là célébra la Résurrection.

Note 41: _Annal. S.-Bertini, anno 870._

(Au moys de may qui après vint s'en ala à Atigny[42]). Là viendrent à luy les messagiers Loys son frère, qu'il eut envoiés pour partir le royaume; mais il ne vouldrent pas tenir les convenances qui devant avoient este jurées, si estoient plus fiers et plus hautains pour la prospérité de leur seigneur, pour ce qu'il avoit pris, tant par barat comme par armes, le prince des Wandres qui longuement avoit à luy guerroié et mains dommages luy avoit fais. En moult de manières fu cette partition devisée et mandée aux deux parties par divers messages; n'accorder ne se pouvoient. A la parfin fut ainsi atiré que le roy Charles leur manda que il et Loys son frère assemblassent paisiblement au royaume qui devoit être parti, et fussent faictes loyales parties selon les convenances et les sermens qui avoient esté fais, par le regart des preudes hommes qui à ce faire fussent mis par les parties. Entre ces choses fu assemblé ung conseil d'évesques de dix provinces. Là fu accusé de plusieurs cas Haimart l'évesque de Loon et meismement de deux choses de ce qu'il ne vouloit obéir au roy Charles comme à son prince, né à l'archevesque de Rains comme à son prélat. Mais toutesvoies fu-il contraint à ces deux choses: son libelle escripvit et le rendit en plein conseil. Si contenoit cette sentence: «Je, Haimart, évesque de Loon, regehis et cognois que je dois être et serai désormais obédient et féable au roy Charles, selon mon estat, si comme évesque doit être par droit à son prince terrien et à son roy; et si promets aussi que je ferai obédience à mon pouvoir à l'archevesque de Rains, telle comme je lui dois faire selon les droits et les canons et les décrets des anciens pères, à mon sens et à mon pouvoir.» Et quant il eut ce dict, il mist sa subscription en son libelle.

Note 42: Cette précieuse parenthèse n'est pas traduite des Annales de Saint-Bertin, et ne se trouve que dans le continuateur d'Aimoin. Ce fut effectivement dans le palais d'Attigny qu'Hincmar de Reims obtint la condamnation d'Hincmar de Laon.

Charlemaine le fils le roy Charles, qui estoit nommé abbé de plusieurs abbaïes, faisoit moult de griefs et de dommages à son père; et pour ce perdit-il les abbaïes qu'il tenoit et fu mis en prison à Senlis. (En ce temps tenoient les princes lays aucunes abbaïes.) Entre ces choses envoia le roy Charles ses messages[43] à Loys son frère, Eudes l'évesque de Beauvais, et deux comtes Hardoin et Odon; et luy manda qu'il assemblassent paisiblement pour partir le royaume Lothaire. Après, s'en ala à une ville qui a nom Pontigon[44], là retournèrent à luy les messages qu'il eust envoiés à Loys, son frère, et luy nuncièrent la responce qu'il luy mandoit, qui telle estoit qu'il venist jusques à Haristalle, et il viendroit d'autre part jusques à Marne[45]; et au milieu de ces deux lieux assembleroient à parlement; et amenast chacun tant seulement quatre évesques et dix conseillers et trente que vassaux que chevaliers[46]. Ainsi fu la chose créantée. Le roy Loys mut et s'en vint à Flamereshem en la contrée de Ribuarie[47]; là luy advint telle adventure qu'il chaï d'un solier qui estoit viel et pourri luy et aucuns de sa gent. Blessé fu en sa jambe, mais assez tost fu gari si comme il luy sembloit. (Il se hasta ung peu trop, car la bleceure ne fu pas bien esteinte, si comme nous le dirons ci-après.) A Ais-la-Chapelle s'en alla. Le roy Charles se rapproucha d'autre part au lieu déterminé, et tant coururent messages d'une partie et d'une autre que les deux roys assemblèrent là où il estoit dévisé en la cinquième kalende d'aoust. Là départirent le royaume paisiblement selon les convenances devant dictes.

Note 43: Le latin ajoute: «Ad Franconofurt.»

Note 44: _Pontigon_, aujourd'hui _Pontion_.

Note 45: _Marne._ Mersen.

Note 46: _Que vassaus que chevaliers._ Je ne crois pas qu'il y eût de différence bien sensible avant le XIVe siècle entre ces deux mots. Aussi le latin dit-il _officiers ministériels et chevaliers_. «Inter ministeriales et vassalos.»

Note: 47: _En la contrée de Ribuarie._ «In pago Ribuario.»

Ci-après sont nommés les cités et les villes de la partie du roy Loys: Coloigne, Trèves, Utrehect, Strahasbourt, Baille[48], et maintes autres villes et cités qui pas ne sont à nommer pour eschiver la confusion; et pour ce que les noms sont en langue tioise on ne les peut pas assigner proprement en françois[49]. En celle partie furent adjoutées les deux parties de Frise qui estoient du royaume Lothaire. Et par dessus cette division luy fu encore donnée la cité de Mez, l'abbaïe Saint-Père et Saint-Martin et toutes les villes et les appartenances de cette contrée; et si luy fu donnée pour le bien de paix et de charité une partie des Ardennes tant comme le fleuve qui a nom Urcha en depart jusque à tant qu'elle cheï en Meuse.

Note 48: _Baille._ Basle.

Note 49: En voici la liste exactement copiée du latin: «Coloniam, Treviris, Utrecht, Strasburg, Basulam, Abbatiam Suestre (_Susteren_, dans le duché de Jullers), Berch (_Berge_, près Ruremonde), Niu monasterium (_Nussa_, près Cologne), Castellum (_Kessel_, sur la Meuse), Indam (_Cornelismunster_, près d'Aix-la-Chapelle), Sancti-Maximini (près de Trèves), Ephterniacum (_Esternach_), Horream (_Oeren_, dans Trèves), Sancti-Gangulfi, Faverniacum (_Favernay_, en Franche-Comté), Polemniacum (_Poligny_, en Comté), Luxoium (_Luxem_ _Baume_, dans les Vosges), Luteram (_Lure_, diocèse de Besançon), Balmau, Offonis-villam (_Vellefaux_, diocèse de Besançon), Meyeni-monasterium (_Moyen-Moustier_, dans les Vosges), Eboresheim (dans l'Alsace), Homowa (dans Strasbourg), Masonis-monasterium (_Maesmunster_, en Alsace), Hombroch, Sancti-Stephani, Strasburg, Sancti-Deodati (_Saint-Dyé_), Bodonis monasterium (_Bon-Moustier_, dans les Vosges), Stivagium (_Estival_), Romerici montem (_Remiremont_), Morbach (en Alsace), Sancti-Gregorii (_id._), Mauri-monasterium (_id._), Erenstein (_id._), Sancti-Ursi in Salodoro (_Soleure_), Grandivellem (_Grantfel_, diocèse de Basle), Allam-Petram (près _Moyen-Moustier_), Lustenam (?), Vallem Clusæ (_Vaucluse_, diocèse de Besançon), Castellum-Carnonis (_Chatel-Challon_), Heribodesheim (?), Abbatiam de Aquis, Hoenchirche, Aughtchirche, comitatum Testebrant, Batua (_Batavia_), Harluarias (dans le duché de Gueldres), Masau subterior de ista parte, et Masau superior, quod de illa parte est; Liugas (_Liège_), quod de ista parte est, Districtum Aquense (_Aix_), Districtum Trectis (_Maestricht_). In Ripuarias, comitatus V, Megenensium, Bedagowa, Nitachowa, Sarachowa subterior, Blesitchowa, Selm, Albechowa, Suentisium, Calmontis, Sarachowa superior, Odornense quod Bernardus habuit, Solocense, Basiniacum, Elischowe, Warasch, Scudingum, Emaus, Busalchowa. In Elisatia, Comitatus duo; de Frisia duos partes de regno quod Lotharius habuit.... Civitatem cum Abbatia S.-Petri et S.-Martini, et comitati Moslensi, cum omnibus villis in eo consistentibus tam dominicatis quam et vassalorum. De Arduenna, sicut flumen Urta surgit inter Bislam et Tumbus, decurrit in Mosam et sicut recta via pergit in Bedensi. Exupto quod de Condrusio est, ad partem Orientis, trans Urtiun, et Abbatias Prumiem et Stabelan, et omnibus villis dominicalis et vassalorum.»

Ci-après sont nommées les cités et les bonnes villes de la partie le roy Charles: Lyon sur le Rhosne, Besançon, Vienne, Tongres, Tol, Verdun, Cambray, et moult d'autres villes et cités qui pas ne sont à nommer[50]. Le lendemain que ces parties ainsi furent devisées, les frères revindrent arrière ensemble, congié prindrent l'un à l'autre, et se départirent en paix et en amour. Le roy Loys retourna à Ais-la-Chapelle, le roy Charles en France, et commanda que la reyne Richeut, sa femme, fust admenée encontre luy. A Saint-Quentin en Vermandois vint, et puis ensemble à Senlis, et puis à Compiègne. Là se déporta tout le mois de septembre en gibier et en chasse. De la partie du royaume Lothaire qu'il eut receu fit sa volenté et en donna et départi à sa volenté.

Note 50: Voici les autres noms: «Vivarias, Vatiam, Montem-Falconis, Sancti-Michaelis, Gildini-monasterium, S.-Mariæ in Bisantione, S.-Martini in eodem loco, S.-Augentil, S.-Marcelli; S.-Laurentii Leudensi, Sennonem, Abbatiam Niellam, Molburium, Laubias, S.-Gaugerici, S.-Salvii, Crispinno, Fossas, Marilias, Honulficurt, S.-Servatii, Maalinas, Ledi, Sunniacum, Autonium, Condatum, Mesrebecchi, Tidivinni, Lutosa, Calmontis, S.-Mariac in Desmant, Echa, Andana, Wasloi, Altummontem, Comitatus Texandrum. In Bracbanto, Comitatus quatuor Cameracensim, Hainoum, Lomensem. In Hasbanio, Comitatus quatuor, Masau superiur, Masau subterrior, Liugas quod pertinet ad Veosutum; Scarponense, Viridunense, Dulmense, Arlon, Waurense, Comitatus duo, Mosminse, Castricium, Condrust. De Arduennâ sicut flumen Urta surget inter Bislanc et Tumbas, ac decurrit ex hac parte in Mosam, et sicut recta via ex hac parte Occidentis pergit in Bedensi. Tollense, aliud Odornense quod Tremarus habuit; Barrense, Portense, Salmoringum, Lugdunense, Viennense, Vivarias, Ucericium. De Frisiâ tertiam partem.»

V.

ANNEE: 870.

_Des messages l'apostoile Adrien au roy Loys qu'il rendist le royaume Lothaire à son nepveu Loys. Du contens le roy Loys, coment il envoya joyaux à l'Eglyse de Rome et coment il prit Vienne._

Le roy Loys qui à Ais fu retourné, n'estoit pas encore bien guary de la bleceure de sa jambe qu'il prist quant il chaï du solier, si comme l'istoire ci devant conte, pour ce qu'il ne povoit pas bien endurer les cures des physiciens. Et pour ce que la bleceure se tournoit à pueur et à pourreture se fist-il tranchier toute la maladie[51], si en demeura plus longuement en la ville qu'il ne cuida, car il acoucha du tout au lit et fu aussi comme prest de la mort. En ce temps viendrent les messages de l'apostoile à Ais, et de Loys l'empereur. Les messages l'apostoile furent Johan et Pierre, cardinaulx de l'Églyse de Rome; les messages à l'empereur furent l'évesque Vibode et li quens Bernart. Tel mandement apportoient au roy Loys que de rien ne s'entreméist du royaume Lothaire son nepveu, qui par droict devoit escheoir à l'empereur Loys son frère. Assez briesvement leur rendit responce et congié, et puis si les envoia au roy Charles son frère. Quand il fu guari de sa maladie et il put chevauchier, il se partit et s'en alla à Renebourg[52]. Restice[53] le roy des Wandres qu'il tenoit en prison[54] fit traire hors, et luy fit les yeux sachier, et puis commanda qu'il fust tondu en une abbaïe. Après manda à ses fils Charlon et Loys qu'il venissent à luy. Mais il ne y vouldrent pas venir, car il sentoient bien qu'il avoit meilleure volenté à Charlemaine son frère que vers eulx. De Renebourg se partit et s'en alla à Frenquefort vers le commencement du caresme pour tenir le parlement pour le contens apaisier de luy et de ses fils. Allèrent tant messages d'une part et d'autre que trève fut donnée jusques au moys de may, que le père les assura qu'il n'auroient par luy nul mal, et il promistrent d'autre part qu'il ne feroient nul mal au royaume si comme il avoient commencié. Quant ce feust accordé et le parlement feust fini, le roy se départi de Franquefort et s'en alla à Renebourg.

Note 51: _La maladie_. C'est-à-dire: _La chair pourrie_.

Note 52: _Renebourg._ Ratisbonne.

Note 53: _Restice_ ou _Ratislas_, prince de Moravie; le même qui demanda à l'empereur Michel saints Cyrille et Methodius, pour prêcher l'évangile à ses peuples.

Note 54: _En prison._ Le latin ajoute: «A Carlomanno per dolum nepotis ipsius Restitii captum.»