Les grandes chroniques de France (2/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis

Part 4

Chapter 43,663 wordsPublic domain

Note 96: _La marastre_, etc. La plupart des manuscrits portent la _preude femme_. C'est une erreur évidente, suivie par tous les précédents éditeurs. J'ai préféré la leçon du nº 1541: «Multoque thesauro à _matrona_ Plectrude accepto, revertebantur gaudentes.» Cela est bien différent. Matrone ne signifie pas ici _preude femme_, mais _veuve_, et Plectrude ne fit pas retourner les _Royaux_, mais une fois leur course terminée, elle leur distribua de ses trésors en les remerciant au contraire du mal qu'ils avoient fait à son fillatre Charles.

Note 97: _Amblaves_. C'est un lieu situé non loin du monastère de Stavelon, dans le pays de Liège.

Note 98: _Vinci_. C'est aujourd'hui une ferme du département du Nord, située sur le terroir de Crevecœur, et dépendant de la paroisse de ce bourg. Elle est à deux lieues de Cambrai, comme nous l'apprennent Balderic et son savant éditeur M. Le Glay.

Note 99: _La tierce calende_. Les _Gesta regum_ portent: XII Kal. Ap. in quadragesima.

Note 100: _Aucunes croniques_. Entre autres celle du second continuateur de Fredegaire. «Quos Carlus persecutus, usque Parisius civitatem properavit.» (Cap. 56.) Ces concordances d'autorités prouvent avec quel soin scrupuleux notre traducteur françois établissait son texte.

Note 101: _Estriva_. Lutta, batailla. Nos paysans de la Champagne gardent le mot _retriver_, dans un sens analogue.

Note 102: _Pitié et miséricorde_. Cette phrase n'est pas dans les _Gesta_, mais dans Sigebert. A° 722. Au reste, ce ne fut que sept ans plus tard que Charles Martel consentit à donner pour lieu de refuge à Rainfroi la ville d'Angers.

Note 103: _En l'abbaye de Chelles_. Ici s'arrête le texte latin des _Gesta regum_, dont l'auteur étoit évidemment contemporain, d'après les derniers mots de son récit: «Franci vero Theudericum..... regem super se statuunt; qui usque nunc in regno subsistit.» Un ancien manuscrit de ces _Gesta_ porte même: «Qui nunc anno sexto in regno subsistit.» Les principaux guides de notre traducteur seront désormais les _continuateurs de Fredegaire_, que l'on feroit mieux d'indiquer: _Anonymes, continuateurs d'un anonyme_. Pour le reste du paragraphe, c'est une addition du traducteur.

[104]En ce tems se rebellèrent les Sennes; le prince Charles assambla ses osts et entra en leur terre; vertueusement les domta et desconfit: après retourna en France à grant victoire. Au chief de cet an mesme assambla ses osts, le Rhin passa. Si avirona et cercha toute Alemaigne et toute Souave, et soumist toutes ces terres à sa seignourie; puis passa tout outre jusques au fleuve de la Dinoe; ès terres et ès régions qui par delà sont conduisit son ost de France; une terre qui est par delà le fleuve conquist, qui a nom Bulgarie[105]. Quant il eut toutes ces terres conquises et les parties devers Orient cerchées[106], il retourna en France à grans victoires et à grant proies de diverses richesses: en son retour amena avec lui dame Plectrude sa marrastre[107] et une sienne nièce qui avoit nom Sinichilde.

Note 104: _Fredeg. cont., cap_. 108.

Note 105: _Bulgarie_. «Fines Bajoarenses occupavit.» Il falloit traduire qui a nom _Bajoarie_ ou _Bavière_.

Note 106: _Et les parties_, etc. Cela est du fait de notre traducteur, dont la mémoire étoit sans doute remplie des chansons de geste populaires.

Note 107: _Dame Plectrude sa marastre_. Le traducteur semble avoir été trompé par le mot _matrona_. Le continuateur de Fredegaire dit: «Cum matronâ quâdam, nomine Bilitrude et nepte suâ Sonichilde regreditur.»

En ce tems, brisa Eudes le duc d'Aquitaine les aliances que il avoit à lui formées. Le prince Charles, qui bien sut ces nouvelles par messages, esmut ses osts, Loire trespassa et chaça le duc bien avant en sa terre; mais prendre ne le put. Maintes richesses conquist sur ses ennemis, puis retourna en France; mais il n'y fist pas long séjour.[108] Ses osts rassambla derechief et mut contre les Sennes, les Alemans, les Bavarois et contre ceus de Souave, qui tous estoient revelés contre lui. Lanfroy le duc d'Alemagne sousmit et humilia par armes: toutes ces terres devant dites destruisist et gasta, puis retourna en France noble vainqueur partout, à grans victoires et à grans despoilles de ses ennemis.

Note 108: Le reste de l'alinéa n'est pas dans le continuateur de Fredegaire, mais semble fait d'après la Chronique de Sigebert; années 724 à 729.

XXVI.

ANNEES: 732/734.

_Comment Charles Martiaus occist en une bataille trois cent quatre-vingt et cinq mille Sarrazins, et comment il tolli les dismes aux églyses_.

Quant le duc Eudes vit que le prince Charles l'eut ainsi abatu et si humilié, et que il ne se porroit vengier sé il ne queroit secours d'aucune part, il s'alia aus Sarrazins d'Espaigne[109] et les apela en son aide contre le prince Charles et contre la crestienté. Lors issirent d'Espaigne les Sarrazins, et leur roy qui avoit nom Abdirames, à tout leurs femmes et leurs enfans et toute leur substance, en si grant plenté que nul ne le povoit nombrer ni estimer; tout leur harnois et quanques[110] ils avoient amenèrent avec eus, ainsi comme se ils deussent tousjours-mais habiter en France. Gironde trespassèrent, en la cité de Bordeaux entrèrent, le peuple occirent, les églyses ardirent et destruisirent tout le païs. Outrepassèrent jusques à Poitiers, tout mirent à destruction aussi comme ils avoient fait à Bordeaux, et ardirent l'églyse Saint-Hilaire, de quoi ce fu grans douleur. De là murent pour aller à la cité de Tours pour destruire l'églyse Saint-Martin, la cité et toute la contrée. Là leur vint au-devant le glorieux prince Charles et quanques il put avoir d'effort[111]; ses batailles ordona et se ferit en eus par merveilleus hardement, ainsi comme le loup affamé fiert entre les brebis. Au nom de la vertu nostre Seignour, là fist si grant occision des ennemis de la foi crestienne, si comme l'histoire tesmoigne, que il en occist en cette bataille trois cent quatre-vingt et cinq mille[112], et leur roy qui avoit nom Abdirames. [113]Lors fu-il primes apelé Martiaus par seurnom, car aussi comme le martiaus debrise et froisse le fer et l'acier et tous les autres métaus, aussi froissoit-il et brisoit par la bataille tous ses ennemis et toutes estranges nacions. Si fu plus grant merveille: car il ne perdi en cette bataille de toute sa gent que mille et cinq cents hommes. Leurs tentes et leurs harnois prist tout, et fist proie de quanques ils avoient, à lui et à ses hommes. Pourla raison de grant besoing prist-il les dismes des églyses pour donner aus chevaliers qui deffendoient la foi crestienne et le royaume, par le conseil et par la voulenté des prélas; et promist que sé Dieu lui donnoit vie, il les restabliroit aus églyses, et leur rendroit largement et ce et autres choses. Ce fist-il pour les grans guerres que il avoit souvent, et pour les continueux assauts de ses ennemis. Eudes, le duc d'Aquitaine, qui si merveilleux peuple de Sarrazins avoit fait venir en France, fist tant que il fu réconcilié au prince Charles Martiaus et occist puis des Sarrazins quanques il en put trouver qui estoient eschapés de la bataille.

Note 109: _Il s'allia aux Sarrasins_. La _Chronicon Moissiacensis Coenobii_, qui semble du VIIIème siècle, dit le contraire. Eudes, après avoir été vaincu par les Sarrasins, auroit demandé secours à Charles Martel.

Note 110: _Quanques_. Tout ce que.

Note 111: _D'effort_. De résistance.

Note 112: _Trois cent quatre-vingt-cinq mille_. Cette énumération ne se trouve que dans _Paul Diacre_ et dans la _Chronique de Sigebert_: «Ex eis CCCCLXXV millia cum rege suo Abdyrama peremit, et MDI suorum amisit.» (Ad ann. 730.) Voyez au reste pour la bataille de Poitiers le précieux travail que vient de publier M. Reynaud _sur les invasions des Sarrasins en France_. Paris, Dondey-Dupré, 1836.

Note 113: _Lors fu primes appelé Martiaus_. Cela et la mention de la prise des dîmes sont empruntés _ad Chronicon S. Richarii, auctore Hariulfo monacho_; elle remonte au XIème siècle. (Voy. lib. II, ad ann. 737.)

[114]En l'année après rassembla ses osts le noble prince Charles Martiaus, et entra en Bourgogne; les contrées du royaume cercha[115], les cités et les chastiaus saisist et garnist de sa gent, et y mist chevetains et chastelains fevetables[116] et loiaus pour le païs justicier, et pour contrester[117] aus rebelles. Quant il eut les choses ordonées à sa volonté, et mis pais par tout le païs, il retourna par la cité de Lyon, et se mist en possession de la cité, puis la livra à garder à ceus à qui il se fia et de là retourna en France. En ce tems morut Eudes le duc d'Aquitaine. Charles Martiaus qui les nouvelles en sut, mut à ost banie[118] pour sa terre saisir par le conseil de ses barons; le fleuve de Loire passa, puis Gironde; la cité de Bordeaux prist, et puis celle de Blaives, toute cette région mist en sa seigneurie, cités et chastiaus. Après retourna en France glorieux et victorieux pour tous ses fais, par l'aide du Roy des roys qui vit et règne sans fin. Mais aucunes chroniques dient[119] ci endroit que avant que il eust Aquitaine conquise, il se combati contre Hunaut et Gaifier les deux fils le duc Eudes.

Note 114: _Cont. Fredeg., cap_. 109.

Note 115: _Cercha_. Parcourut.

Note 116: _Fevetables_. Comme _fievés_, c'est-à-dire hommes dévoués et dont il avoit pris la foi.

Note 117: _Contrester_. Résister.

Note 118: _Mut à ost bannie_. Marcha avec une armée convoquée.

Note 119: _Aucunes chroniques_. Entre autres celle de Sigebert?. ad ann. 733. Mais dans tous les cas, les deux fils d'Eudes étoient _Hatto_ et _Hunaud_. _Gaiffier_ étoit fils de _Hunaud_.

A ce tems advint que les Frisons, qui sont gent cruelle et hardie, se rebellèrent contre lui trop cruellement. Là ne put-on aller par terre: car cette région est enclose de mer; pour ce lui convint-il assambler grant navie de nefs et de galies pour passer en Frise. En mer se mist, et arriva en cette terre par l'aide nostre Seignour: Astrasie et Emstrachie[120], deux contrées de cette région, trespassa toutes et chercha, et mist tout à destruction par feu et par occision.

Note 120: _Astrasie. Westrachia_, aujourd'hui _Westergoe_, qui donne son nom à l'un des quatre quartiers de la Frise; celui qui touche à la côte du _Zuider-Zée_.--_Emstrachie_ (Austrachia), est aujourd'hui _Oostergoe_, le quartier oriental de la même contrée.

Rabode[121] le duc de Frise encontra sur un fleuve qui est apelé Burdonne; à lui se combati, et l'occist et lui et tout son ost, toutes leurs ydoles froissa et ardit. A tant retourna en France en prospérité à grans victoires et à grans despoilles de ses ennemis.[122] En ce point vinrent en France les Wandes, gent cruele et félonesse et sans nulle humanité; les cités prenoient, les églyses destruisoient, les abaïes ardoient et roboient, les chasteaus craventoient, le peuple occioient, et merveilleuse occision et efusion de sang humain faisoient; ainsi vinrent tout le païs gastant jusques à la cité de Sens. Fortement commencièrent à assaillir la ville de javelots, de fondes et de fondoufles[123] et de tels instrumens comme ils avoient. Mais Ebbe l'archevesque de la cité issit hors encontre eus à tant de gent comme il put avoir, armés de foi et d'espérance et de l'aide nostre Seignour; du siége les leva et les fist tourner à fuite. Tant les chaça que ils fussent hors de la contrée.

Note 121: _Rabode_. Le traducteur, ou plutôt le copiste, a écrit ce nom au lieu de _Poppon_, qui est dans le texte.--_Burdonne_. «Super _Burdine_ fluvium.»

Note 122: Tout ce qui se rapporte aux _Wandes_ ou _Wandales_ est tiré d'une chronique anonyme publiée par Duchesne, tome III de ses _Scriptores Francic_., p. 394, d'après un manuscrit du commencement du XIème siècle. On retrouve la même chose dans le début aussi ancien du roman de _Garin le Loherain_ que j'ai publié:

Vielle chanson voire volez oïr, De grant istoire et de merveillous pris? Si com li Wandre vinrent en cest païs, Crestienté ont malement bailli, Les homes morts et art tout le païs, etc.

Note 123: _De javelots, de fondes et de fondoufles_; la chronique anonyme dit seulement: «Omni arte, jaculis et machinis infestare.» Les _fondoufles_ ou _fandoufles_ étoient sans doute une espèce de fronde ou fonde.

[124]Le victorieux prince Charles Martiaus esmut ses osts en ce point, en Bourgoigne entra, et alla jusques à la cité de Lyon; les plus grans et les plus nobles de cette région soumist à sa seignourie: de là vint à Marseille, et puis à Arle le blanc[125], ses séneschaus et ses baillis mist partout; après retourna en France rempli de grans dons et de grans presens. Lors recommencièrent les Saisnes à se rebeller les premiers, par devers ces parties qui habitent sur le Rhin. Mais Charles Martiaus, qui cette présumpcion ne voulut pas souffrir sans vengeance, esmu ses osts, le Rhin trespassa par l'endroit où une rivière court qui est apelée Lippie[126]; une partie de cette région destruisit et gasta, et l'autre fist tributaire et en prist bons ostages: à tant retorna en France.

Note 124: Ici commence le troisième continuateur anonyme de la chronique de Fredegaire. L'auteur écrit par les ordres de Childebrand, frère de Charles Martel.

Note 125: _Arle le blanc_. (Arelatum.) Arles.

Note 126: _Lippie_. Aujourd'hui _la Lippe_.

XXVII.

ANNEES: 737/740.

_Comment Charles Martiaus recouvra la cité d'Avignon et les autres cités que les Sarrazins avoient prises, et comment il morut_.

En ce tems s'esmut une manière de gent forts et cruels, si estoient nommés Ismaëliciens, mais par autre nom sont orendroit[127] apelés Sarrazins. Devers Espaigne vinrent, et trespassèrent le Rhosne et s'aprochièrent jusques à la cite d'Avignon, qui tant est forte et haute que ils ne l'eussent de long tems prise par force né par assaut, sé elle n'eust esté traïe. Mais Maronte, un duc du païs, et aucuns trahiteurs se consentirent à eus et leur ouvrirent les portes; cils entrèrent ens qui jà avoient mis tout le païs à destruction. Quant le prince Charles Martiaus sut ces nouvelles, il envoia avant son frère le duc Childebrant et maint autre prince et duc à grant ost et grant appareillement d'engins et de tourmens[128]: la cité assiégèrent qui trop estoit forte et bien garnie, les engins drecièrent, et ordonnèrent leur gent pour livrer assaut; lors s'aprochièrent et drecièrent eschelles aux murs. En ce point vint le glorieux prince Charles Martiaus à grans effors; lors primes fu l'assaut commencié par merveilleuse vertu; de tous sens cernèrent la ville, les perrières firent lancier, les batailles aprochier, arcs et arbalestes traire et dars ruer; de toutes pars huier[129] trompes et araines sonner, en la manière que l'on fist jadis quant Jérico fu prise. De tous sens assailloient si viguereusement et si asprement, que grant paour povoient avoir ceus dedens. Lors s'esvertuèrent François, et montèrent sus les murs par eschelles et sus les maisons; si s'espandirent par la cité, les Sarrazins prirent et occirent tous; et fu la cité en telle manière recouvrée. Outre le Rhosne conduisist son ost; tout le païs des Ghotiens chercha, et vint jusques à Nerbonne, cité est noble et riche et mestresse de toute cette province; dedens estoit Anthisme un roy Sarrazin à grant plenté de sa gent: Charles Martiaus assist la cité, et les enclost dedens. Quant les plus grans des princes des Sarrazins d'Espaigne oïrent ce dire, ils murent de leur païs à merveilleux ost avec un autre roy paien, qui avoit nom Amour, pour secourir le roy Anthisme. Des nefs issirent car ils estoient venus par mer, et vinrent contre Charles Martiaus tous prests à bataille; et Charles leur revint au-devant, hardiement les encontra en une valée qui est apelée Corbarie, sur un fleuve qui a nom Byrra[130]. Là fu la bataille grant et merveilleuse; mais par la vertu de nostre Seignour le plus grant de leurs roys fu occis, et tous les autres desconfits. Puis que ils virent leur sire mort, ceus qui demeurèrent de l'occision au rivage de la mer fuirent et cuidèrent eschaper par l'aide de leur navie; ès nefs sailloient, par grant estrif[131], ceus qui y povoient avenir, et ceus qui avenir n'y povoient sailloient en la mer par paour et par destrèce de la mort. Mais François qui de près les assailloient, se mirent ès galies et leur coururent sus; les uns noièrent et afondrèrent en la mer, les autres occirent en lançant de dars et de javelos. Ainsi eut victoire le glorieux Charles Martiaus des Sarrazins par l'aide de nostre Seignour, et gagnièrent François leurs despoilles, et quanques ils avoient amené; la terre de Ghotie prirent et mirent à destruction, et prirent le duc Victor[132] et maints autres riches prisonniers; les plus grans cités et les plus nobles du païs abatirent et craventèrent jusques à terre, et boutèrent le feu partout, pour ce que elles estoient habitées de Sarrazins, si comme Nimes et Agens dont la contrée est appelée Aginnois, Bediers et autres cités du païs, et Sustancion, qui ore est apelée Monpellier[133]. Et quant il eut tout ses ennemis vaincus et mis sous pié, il retourna en France vainqueur par tout par l'aide de nostre Seigneur.

Note 127: _Orendroit_. Maintenant.

Note 128: _Tourmens_. Machines de guerre.

Note 129: _Huier_. Variantes: _Huer, crier.--Araines_. Trompettes d'airain, comme on disoit _olifans_, pour _cors d'ivoire_ ou de corne.

Note 130: _En une vallée_, etc. «Super fluvio Birra et valle Corbaria palatio.» La _Berre_ coule au milieu de la _Vallée Corbière_ entre Narbonne et Leucate. Elle prend sa source dans les flancs d'une montagne également appelée le mont Corbière.

Note 131: _Estrif_. Effort.

Note 132: _Le duc Victor_. Voilà un gros contre-sens. Le continuateur de Fredegaire dit: «Captâ multitudine captivorum, cum duce victore regionem gothicam depopulantur.» Il est vrai que d'autres manuscrits suivis par Duchesne et Freher portent: «Cum duce, Victor... depopulatur.» Ce qui feroit croire que dans les prisonniers étoit le chef des Sarrasins. Mais cette leçon ne semble pas admissible, et, dans tous les cas, cet illustre vaincu ne s'appeloit pas Victor.

Note 133: _Si comme_, etc. Variante: Si comme _Victicum, Nemausum, Altimurium, Agatham, Biterris et Substancium_ qui ore est apelée Montpellier. Ce sont Uzès, Nismes, Agde, Beziers et Substancion. J'ignore quelle ville entend le chroniqueur par Altimurium. Pour _Substantion_ elle étoit placée à trois quarts de lieue de Maguelonne, aujourd'hui Montpellier. Le texte du continuateur de Fredegaire dit seulement: «Urbes famosissimas Nemausum, Agatem ac Biterris.... destruens.»

Au second mois de l'an qui après vint[134], envoia le prince Charles Martiaus le duc Childebrant son frère et plusieurs autres princes en Provence à grant ost; lui mesme mut d'autre part droit vers la cité d'Avignon pour le duc Baronte[135] punir, qui dommage lui faisoit en ces parties: il le chaça jusques au rivage de la grant mer, et chercha[136] montagnes et valées si hautes et si périlleuses que il sambloit que nul n'y peust puier[137]: les chastiaus et les forterèces dessus la marine conquist, et toutes ces terres mist à sa seignourie. Après retourna en France glorieux et victorieux et renommé par tous ses fais par l'aide de nostre Seigneur; tant estoit fier et redouté que il ne trouva mais qui vers lui s'osast deffendre.

Note 134: _Au second mois_, etc. Nous lisons maintenant dans le texte du continuateur de Fredegaire qui nous est parvenu: «Denuò curriculo anni illius mense secundo.» Et le P. Lecointe a conjecturé qu'il falloit ainsi restituer ce passage: _Denuò curriculo anni secundo_. Le texte des _Chroniques de Saint-Denis_ doit nous faire penser que le manuscrit du traducteur portoit: «_Secundo curriculo anni, illius mense secundo_.» Ce qui vaut encore mieux.

Note 135: _Baronte_. Lisez _Maronte_.

Note 136: _Chercha_. Parcourut.

Note 137: _Puier_. Monter. De _Pui_ montagne. D'où nos mots _appui_ et _appuyer_.

[138]Puis retournèrent d'Espaigne les Sarrazins, la cité d'Arle-le-blanc prirent et gastèrent tout le païs: mais Charles Martiaus leur courut au devant, si eut en son aide Liuprant le roy des Lombars. Tant eurent grant paour de lui que ils s'enfuirent sans bataille, pour la renommée de son nom tant seulement. Ainsi chassa les Sarrazins et leur tolit espérance de jamais retourner en France; quant devant avoient conquises presque toutes les régions d'Aise et de toute Libbie, (qui autant vaut comme Afrique) et grant partie d'Europe. [139]Le duc Baronte prist qui les Sarrazins avoit apelés d'Espaigne, si comme l'histoire a là sus conté; puis retourna en France glorieux vainqueur par la vertu de celui qui règne et régnera sans fin. [140]Dès lors en avant commença à afleboier, et le prist une maladie en une ville qui a à nom Vermerie[141], qui siet sur la rivière d'Aise. [142]Devant ce avoit formées aliances à Liupran le roy des Lombars: Pepin le moins agé de ses fils lui envoia premier, pour ce que il lui tondist les cheveux et fust son père spirituel, selon la coustume du tems de lors. Le roy Liupran le fist moult volontiers, et le renvoia à son père honouré de grans dons.

Note 138: _Chronic. Sigib. mon. A° 738_.

Note 139: _Le duc Baronte_. Notre traducteur, passant de Fredegaire à Sigebert, répète ici ce qu'il avoit dit d'après sa première autorité quelques lignes au-dessus.

Note 140: _Cont. Fredeg., cap_. 109.

Note 141: _Vermerie_. Aujourd'hui _Verberie_, petite ville du département de l'Oise (Picardie).

Note 142: _Paul Diacre, lib. VI, cap_. 53.

[143]Droit en ce tems lui envoia saint Grigoire, l'apostole de Rome, les clés du saint sépulcre et les liens dont saint Pierre l'apostole fu lié, et tant de présens et si grans que nul n'avoit onques veu ni oy parler de tels; par telle condicion que il mist les choses célestiales avant les terriennes, et deffendist l'Eglyse de Rome de la cruauté des Lombars, laissast leur familiarité et leur acointance, et venist à Rome, et fust prince et conseiller des Romains[144]. Les messages qui ces dons et ces nouvelles lui aportèrent reçut-il moult honnorablement, et leur donna moult larges dons au départir; grans dons et grandes richesses envoia à l'églyse Saint-Pierre de Rome par ses propres messages, par Singobert[145] l'abbé de Saint-Denis en France, et par Grimon l'abbé de Saint-Pierre de Corbie.

Note 143: _Cont. Fredeg., cap_. 110.

Note 144: On a conservé les deux lettres que Grégoire III écrivit en cette occasion à Charles Martel. On peut les voir dans le _Recueil des historiens de France_, tom. IV, pag. 92 et 93.

Note 145: _Singobert, l'abbé_.... Le texte du continuateur porte seulement: «Et Sigobertum reclusum sancti Dionisii.» Mais notre traducteur, qui connois soit l'histoire de son abbaye, a très-bien corrigé: _Singobert abbé_. Il fut élu, en effet, peu de temps après son retour de Rome.

Par le conseil de ses barons départi-il son royaume à ses fils à son vivant: à Charlemaines[146] l'aisné donna Austrasie, Souave et Thoringe; à l'autre plus jone, qui Pepin avoit nom, donna France, Bourgoigne, Provence et Neustrie, (qui ore est apelée Normendie).[147] Au tiers, qui Grifon avoit nom et estoit l'aisné de tous, n'assena[148] point de terre; dont il sourdit contens[149] après sa mort. En cette mesme année mut Pepin en Bourgoigne entre lui et Childebrant son oncle, à grant ost: toute la terre chercha, et se mist en saisine du don que son père lui avoit fait.

Note 146: _Charlemaines_. (Carlomanno.)