Les grandes chroniques de France (1/6) selon que elles sont conservées en l'Eglise de Saint-Denis en France

Part 9

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[155]Le roy Theodorjc qui demouroit en Loraine que il avoit conquise, comme vous avez oy, haoit de mortel haine le roy Clotaire son frère, comme il parut par son fait; car il lui batissoit et appareilloit un piège en traïson, par quoi il le peust occire. Un jor lui manda que il venist à lui parler; mais avant, eut fait tendre une courtine[156] en une des parties de son palais: chevaliers armez fist cacher derriere, puis leur commanda que ils occissent le roy Clotaire tantost comme il seroit devant lui venu. Celui-ci vint à lui, qui pas ne s'apensoit de la traïson. Si comme il vint au palais, il vit les piés des gens armés qui paroient par desous la courtine. Quant il vit ce, il se douta et se tira arrière; sa gent fist armer et leur commanda que ils alassent devant lui. Le roy Theodoric entendit maintenant que son frère s'estoit du barat aperçu; et pour ce qu'il ne voulut que le fait fust adonc plus descouvert, il l'apela et lui fist biau semblant en traïson; puis lui donna un moult biau platel d'argent et le mercia moult du secours et de l'aide que il lui avoit fait encontre ses ennemis: car il avoit esté avec lui en ceste bataille qu'il avoit faite contre le roy Hermenfrois.

Note 155: _Aimoini lib. II, cap. 11_.

Note 156: _Courtine_. Tapis, couverture.

VIII.

ANNEE 530.

_Incidence. Comment Atalus fu délivré de servitude_.

Après ces choses, le roy Clotaire retourna à Mès, qui estoit siège de son royaume; si emmena sa gent qui encore ne s'estoit aperceu de ce fait: mais le roy Theodoric qui moult se doloit du don que il avoit fait à son frère, se complaignoit à sa gent de ce que il avoit ainsi perdu son vaissel d'argent sans raison. Theodebert son fils apela, et lui commanda que il alast à son oncle à Mès, et que il lui raportast le platel que il en avoit porté. Celui-ci fist le commandement son père: à son oncle ala et le raporta sans demeure. Après ces choses le roy Clotaire issit de son païs pour quelques besoignes dont l'histoire ne parle pas: en son retour amena avec lui Radegunde la fille au roy Berthaire. Celle dame fu puis de sainte vie, et elle resplendit de maintes vertus en la cité de Poitiers.

Le roy Theodoric et le roy Clotaire, qui frères germains estoient d'un père et d'une mère, estoient conjoints par nature: mais ils estoient désunis par discorde et par haines. Maintes émotions et maintes assamblées firent l'un contre l'autre; mais toutes voies pacifièrent ensamble et demourèrent les batailles d'eus et de leurs gens. Ceste concorde ne dura pas moult longuement qu'elle ne fust brisiée par la perversité d'aucuns mauvais hommes qui s'esjoïssent des mutations des choses, quant ils les voient souvent avenir. De quoi il avint que les ostages qui estoient donnés et d'une part et d'autre pour la confirmation de la pais, nés et extraits de hautes gens, furent vendus en servitude, entre lesquels Atalus, un noble enfant et extrait de grant lignage, fu vendu à un barbarin en la cité de Trèves. Cet Atalus estoit neveu de saint Grigoire l'évesque de Langres, qui moult estoit dolent de lui. Ses messages envoia à Trèves à celui qui son neveu tenoit en servitude. Cet homme estoit l'un des plus grans et des plus riches de la cité. Quant ils parlèrent à lui de l'enfant racheter, il respondi: «Cet enfant qui est de si grant lignage ne m'eschapera pas, si je n'ai dix livres d'or pour sa rançon.» Lors retournèrent à leur seigneur et lui noncièrent la réponse. Lors se trait ayant un sien queu[157] qui lui appareilloit ses viandes, si avoit nom Lyon; à l'évesque dist ainsi: «Sire, laissez-moi aller, et j'espère que je délivrerai l'enfant à l'aide de Dieu.» L'évesque s'i acorda moult volontiers. Quant Lyon fu à Trèves venu, il vint à un homme du païs, et lui dist que il le vendist au seigneur de cet enfant, comme son propre serviteur et le pris retint à soi en guerredon de ceste bonté. Cet homme s'i acorda volentiers pour son preu; car le pris de ce marché monta à douze besans. Celui qui Lyon acheta lui demanda quel mestier il savoit: «Je suis,» dist-il, «si bon queu, que nul n'est meilleur que moi.» Lors lui commanda que il appareillast un manger tel que tous ses amis, qui avec lui devoient manger le dimanche, le tinssent à merveille. Lyon qui moult fu curieux de bien faire la besogne, lui fit un manger de poucins tel que tous ceus qui en goustèrent dirent que onques, meismes à la table le roy, n'avoient mangé de si bonne viande, ni si bien appareillée. Pour ceste chose le reçut son sire à si grant amour que il le fist tout seigneur de son celier et de son hostel: et celui-ci entendit à lui servir au mieux et au plus loiaument que il put. Un an après avint que Lyon alla jouer ès prés où celui Atalus le neveu l'évesque gardoit les chevaus son seigneur: quant ils eurent tourné le dos les uns aus autres, pour ce que on n'aperçut qu'ils parlassent ensemble, il dit à l'enfant Atalus: «Il est désormais temps que nous pensions de retourner en nostre païs. Quant tu venras donques encore à nuit et que tu ramenras ces chevaux, garde que tu ne soies endormis, si que tu aies appareillié nostre erre[158] au mieux que tu pourras, quant tu orras que je t'apelerai.» Le soir avint que Lyon convoioit le gendre son seigneur à son hostel, et que celui-ci lui dist en jouant: «Dis moi, vallet, si tu as encore pourveu en quel nuit tu désires retourner en ton païs.» Et Lyon lui respondit ainsi que par moquerie, (mais toutes voies lui dist-il voir), «en celle mesme nuit, mès que Dieu l'en vousist aidier.» Et celui-ci respondit après: «Je vueil,» dist-il, «donques que mes serviteurs me gardent mieux que ils n'ont coutume, que tu n'enportes rien du mien ostel.» Quant ce vint après le premier somme, Lyon ala à l'enfant et lui demanda s'il avoit point d'espée, il dist que non. Lors ala Lyon au chevet son seigneur, si prist son espée et son bouclier. Le sire qui bien l'oï, demanda que ce estoit. «Je suis,» dist-il, «qui vais esveiller Atalon pour les chevaus mener ès prés, qui dort si fortement que il semble qu'il fust hier soir yvre.» Il se tut à tant, pour ce que il cuida que celui-ci lui dist vrai. Puis s'en alla à l'enfant; quant il eut pris aucun harnois dont ils avoient mestier, ils montèrent sur deus bons chevaus, puis chevauchièrent pendant trois jours et trois nuits sans boire et sans mangier. Tant errèrent que ils vindrent à un fleuve qui est apelé Muese: là furent détenus et perdirent leurs chevaus; mais toutes voies passèrent-ils outre à quelque peine. Quant ils eurent l'eaue passée, ils trouvèrent un arbre chargié de fruit, assez en cueillèrent et bien s'en saoulèrent en alant. Une nuit avint ainsi comme ils erroient, qu'ils oïrent bruit de chevaus qui après eux acouroient. Lors dist Lyon à l'enfant: «Baissons nous vers terre que nous ne soions vus.» Ils se tapirent derrière le tronc d'un arbre qui près d'eux estoit; mais avant tirèrent leurs espées pour eus défendre, si mestier leur fut. Ceus qui après eus chevauchoient s'arrestèrent là endroit pour leurs chevaus établer; lors dit l'un à l'autre: «Hastons-nous que ces larrons s'enfuient; certes si je les puis trouver, je pendrai l'un parmi la gueule, et l'autre occirai de mon espée.» Celui qui ce disoit estoit leur sire mesme. A tant, heurtèrent chevaus des esperons, et s'en passerent outre. Ils se remistrent au chemin, et errèrent tant que ils vindrent à Rains celle nuit mesme: là les reçut un prestre qui estoit nommé Paulelins: deux jours les tint en son hostel pour récréacion dont ils avoient bien mestier; puis s'en allèrent à Langres à l'évesque Grigoire, qui moult fu liés de leur venue. A Lyon son bon serjant donna terre et l'affranchi et lui et sa femme et ses enfans en guerredon de son bon servise.

Note 157: _Queu_. Cuisinier. (Coquus.)

Note 158: _Erre_ Course. Formé par contraction de _iter_.

IX.

ANNEE 526.

_Comment le roy Clotaire et le roy Childebert occirent leurs neveus_.

[159]La bonne dame Crotilde demouroit adonc à Paris; là nourrissoit ses neveus les fils du roy Clodomire en grant chierté et en grant honneur. Childebert qui roy estoit de Paris avoit bien grant mauvais vouloir et bien grant envie de ce que il véoit que elle les tenoit si chiers; car il cuidoit que l'amour et l'afection que sa mère deust avoir vers lui fust amoindri en ce que elle les amoit tant. Pour occasion de ceste jalousie apella son frère Clotaire le roy de Mez: ensamble se conseillèrent comment ils pourroient avoir les enfans par devers eux pour occire. Pour ce que mauvais ont tost trouvé voie et occasion de faire leur mal, ils mandèrent à leur mère qu'elle leur envoiast leurs neveus, car ils les vouloient veoir, et savoir s'ils estoient en aage de leur terre tenir, que ils leur voloient livrer. La royne qui pas ne savoit la desloiauté qu'ils avoient pourparlée, leur envoia les enfans. Moult avoit grant joie de ce que il lui sambloit que ils les amoient et que ils avoient bon conseil vers eus. Livrés furent aus mesages qui les estoient venus querre. Quant ils s'en furent partis, et ils eurent les enfans livrés à leurs oncles, autres mesages revindrent maintenant à la royne de par ses fils, qui lui aportèrent une espée et unes forces.[160] Quant elle vit ce, elle demanda que ce ségnifioit. L'un des mesages qui Veridaire[161] avoit nom lui respondit: «Ce te mandent les tiens fils que tu eslises et prennes lequel que tu voudras de ces deux choses, ou que tes neveux soient mis en religion et tondus de ces forces, ou que ils soient occis de ceste espée: car il convient faire le quel que soit de ces deux choses.» Quant la royne oy ce, elle gémi et soupira profondément; puis respondit: «Ha! pitié est morte; bonne chose est que je meure avec mes enfans: ore est le temps venu que nul conseil n'a mestier à trouver remède contre ce mal. Ce est une nouvelle manière de tourment que les oncles convoitent la mort de leurs neveus simples et innocens. Certes moult ai grant deuil quant je ai enfanté enfans homicides et, meurtriers de leurs parens et de leur chair mesme. S'ils ont autres de leurs parens occis qui desservi l'avoient et pour vengier la douleur de leur mère, de ceus ne parole-je pas, mais de ceus où l'en ne puet trouver nule cause de haine ni de mesprise. Ils n'ont nule raison de leur mort, mais pour ce seulement les veulent occire que ils veulent avoir leur héritage et le royaume leur père. Ha! ils périssent; et leur mort leur profite, à moi est à douleur. Lasse, dolente quel enfantement ai-je fait! pourquoi tendi-ge onques mes mameles à ceus qui me tollent l'amour que je avoie à mes neveus doux! Hé! mes enfans, je suis cause de votre perdition, qui par mon mauvais amonestement conduisis vostre père au péril de mort, duquel vous demeurastes orphelins. Je avoie esté mère mauvaise et la plus malheureuse, ore voloie estre aieule plus heureuse. Je vois le terme de ma vie aprocher: si voloie à mes neveus conseillier; or les veulent ceus-là occire, qui contre tous hommes les deussent garantir, et en qui ils deussent trouver pitié et miséricorde selonc nature. Souverain Dieu, ne mets pas les ames d'eus avecques les mauvais, que eles ne soient pas tourmentées ès paines d'enfer, ains veilles qu'elles soient en perdurable vie!» Quant la royne eut ainsi faite sa lamentation sur ses neveus, la voix lui rompit en parlant par la grant compassion et par la grant dolour qu'elle sentoit au cuer. Quant elle fu revenue et elle eut repris son esprit, elle dist: «Puis qu'il est ainsi que la condition d'élire l'un des deux m'est offerte, quoique il aviègne d'eux, je ne veil pas que ils soient clers.» La bonne dame eslut ceste voie, car elle ne cuidoit que pour rien ils les occissent, ains avoit espérance que pitié et nature les fléchiroit à ne faire telle déloiauté et telle félonie: jasoit ce[162] qu'elle sut bien la déloiauté de Clotaire, elle ne povoit croire que il durast en sa félonie jusques au meurtre de ses neveus. Moult autrement avint que elle ne cuida; car le desloial Clotaire prist l'aîné des enfans, le jeta contre terre, et lui lança un coutel parmi le corps, si lui toli sa vie et son règne. Quant le moins agé vit que son frère fu occis, il fu moult espouventé, et ce ne fu pas de merveille. Au roy Childebert s'en courut pleurant, puis s'attacha à ses jambes, merci lui cria moult piteusement, et le pria que il apaisast le courroux de son oncle envers lui. Celui-ci qui estoit meu de pitié, ou fit semblant qu'il en fust meu, dist à son frère que il amollist la colère de son cuer par la contemplacion de nature, et que il mist droit naturel sur le mouvement d'ire, et s'il vouloit ce faire, il lui promettoit tel guerredon comme il voudroit, pour ceste chose et en lieu de ceste bonté. Le roy Clotaire lui respondit: «Tu qui es ministre de ce fait, pourquoi fais-tu semblant que tu vueilles avoir pitié de lui? jette le ensus de toi,[163] ou tu mourras en lieu de lui.» Childebert qui douta la cruauté de son frère ne put ni ne voulut aller contre sa volenté, et bouta l'enfant qui à lui s'estoit attaché: celui-ci le combra[164] tantost et l'occit en telle manière comme il avoit l'autre occis. Clodoual le troisième des enfans, qui eut vu ses deux frères occire, fu moult plus attentif à sauver sa vie que à requérir son règne; il eschapa de ce péril par l'aide d'aucuns prudhommes qui pitié en eurent; puis fu-il prestre sucré et homme de sainte vie et de sainte conversation. Mort fu et mis en sépulture au terroir de Paris en une ville qui a nom Nogent[165]. Les miracles que nostre Sire fist puis pour lui sont signes que il soit en perdurable vie. Quant le desloial eut ainsi occis ses deux neveus, ce ne lui fu pas assez, ainz occist leurs nourrices en telle manière comme les enfans, puis monta entre lui et sa gent[166], si partit de Paris. La sainte royne Crotilde prist les corps de ses neveus en grans pleurs et en grandes larmes, atourner et embaumer les fist, puis les fist enterrer en l'églyse Saint-Pierre (qui aujourd'hui est apelée Sainte-Geneviève), delez leur aïeul le roy Clovis.

Note 159: _Aimoini lib. II, cap. 12_.

Note 160: _Unes forces_. Des ciseaux. «Forcipes.» (Aimoin.)

Note 161: _Veridaire_. Notre brave traducteur n'entend pas ici le _veredarius_ d'Aimoin, qui signifie _courrier_ et dont il fait un nom d'homme.

Note 162: _Jasoit ce que_. Bien que.

Note 163: «Puerum à te expelle.» (Aimoin).

Note 164: _Combra_. Saisit.

Note 165: On sait que cet endroit a depuis, du nom de _Clodoual_, été nommé _Saint-Cloud_.

Note 166: «Ascenso equo unà cum suis.» (Aimoin.)

X.

ANNEE 532.

_Incidence. De qui les Lombars descendirent_.

[167]Après ces choses faites, le roy Theodoric fist espouser à son fils Theodebert Guisegarde[168] la fille de Wacon[169] le roy de Lombardie. Mais puisque ci avons fait des Lombars mention, nous raconterons brièvement l'original de cette nacion et reprendrons aucunes choses qui là dessus ont esté déterminées. Celle gent qui sont apelés Lombars, furent premièrement apelé Guimes[170]: d'une île d'Alemaigne vinrent qui en leur langue est dite Scandinavie. Deux ducs avoient, desquels l'un estoit nommé Ibor et l'autre Maion[171]. Pour habiter, entrèrent en une région qui estoit apelée Scoringue; mais quant ils virent que cette terre n'estoit pas habondante et que ils ne pourroient pas guérir[172], ils passèrent en une autre qui est apellée Mauringue. Lors firent un roy de leur gent pour eus gouverner qui avoit nom Agelmont: fils estoit Maion, l'un de ces deux princes que ils eurent devant eu. Ce roy Agelmont régna trente ans; après lui régna Lamis; après Lamis Lehus; après Lehus Hildehoc; après Hildehoc reçut le royaume Gudehoc; mais après la bataille qui fu entre Odoacre et Pheletée, dont nous parlasmes là dessus[173], se départirent les Lombars de la terre de Gollande, et entrèrent en une autre qui estoit apelée Rugiland en leur langue, qui vaut autant en françois comme _païs de Rugiens_; car celle sillabe _Land_ vaut autant comme _païs_. Quant Gudehoc leur roy fu mort, si régna après lui un sien fils, qui avoit nom Kaffo; après lui régna Taco. Au temps de cestui roy guerpirent la terre de Rugiland, et vindrent habiter en des champs grans et larges qui en langue barbarine sont apelés Flech.[174] En ce temps que ils demouroient là, Rodulphe roy d'une gent qui estoit nommé Heruliens, fit alliance à Taco le roy des Lombards: peu de temps dura cette alliance; car le roy Rodulphe s'aperçut que la fille du roy Taco avoit fait mourir un sien frère de trop cruelle mort: pour ce appareilla bataille contre lui; mais il fu desconfit lui et sa gent, et fu occis en cele bataille. En celle desconfiture avint à sa gent une merveilleuse chose; car ils estoient tous si déçus et si enchantés, que ils cuidoient des blez qui verdoyoient parmi les champs, que ce fussent grans fleuves; et si comme ils levoient les bras aussi comme pour noïer[175], leurs ennemis les occisoient assez légièrement. Celui roy Taco occit Wacon qui son neveu estoit, fils de son frère. Quant il eut occis son oncle, il saisit le royaume et fu le huitième roy sur les Lombars. La fille de ce roy Wacon épousa Theodebert le fils au roy Theodoric, si comme vous avez oy; mais il la guerpit puis après la mort son père, et prit une autre qui avoit nom Deuthere[176] née du lignage de Rome.

Note 167: _Aimoini lib. II, cap. 13_.

Note 168: «Wisegardam.» (Aimoin.)

Note 169: Paul Diacre le nomme _Baco_.

Note 170: _Guimes_. «Winili.» (Aimoin.)

Note 171: _Maion_. «Agio.» (Paul Diacre.)

Note 172: _Guerir_. Subsister.

Note 173: Liv. I, ch. 11.

Note 174: _Flech_. Aimoin écrit _Felth_, et P. Diacre _Filden_ C'est le même mot que _Feld_, champ.

Note 175: _Noier_. Nager.

Note 176: «Deutherlam.» (Aimoin.)

Après la mort du fort roy Clovis, envahirent les Gots plusieurs terres que ils avoient perdues à son temps. Pour cette raison envoya le roy Theodoric Theodebert son fils contre eux pour recouvrer ce que ils avoient sur lui conquis. Quant il eut amené son ost jusques à une cité qui estoit apelée Bittere[177], il manda par ses mesages aus bourgeois du chatel qui estoit nommez Capraire, que ils lui rendissent le chatel et lui ouvrissent les portes. Cette dame Deuthère, que nous avons dessus nommée, qui estoit sage et de noble lignée des Romains descendue, et estoit venue avec son mari en ce chatel à garant pour ses ennemis, lui manda que il vint seurement et il seroit en païs reçu. Quant il aprocha du chatel, elle issi hors et ala encontre lui; maintenant fut espris de son amor, quant il la vit pleine de si grant biauté: puis la prit-il et guerpi Guisegarde la fille au roy Wacon de Lombardie, que il avoit avant espousée.

Note 177: _Bittere_. C'est Beziers.

XI.

ANNEE 532.

_Comment le roy Theodoric mourut_.

En ce temps occit le roy Theodoric Sigivalt qui son cousin estoit; puis manda tout secrètement à Theodebert que il occist son fils qui avec lui estoit en l'ost. Mais quant Theodebert eut reçu le commandement de son père, il ne le voulut pas accomplir, pour ce que l'enfant estoit son filleul; car il l'avoit levé des fons. Quant il lui eut les lettres de sa mort monstrées, que son père lui avoit envoie, il lui dit que il s'enfuist et détournast jusques après la mort de son père, puis revinst après à lui. Celui-ci se détourna en telle manière et en tel païs que nul ne sut onques puis nouvelles de lui. Lors vinrent mesage à Theodebert, qui lui noncièrent la grave maladie de son père. Il laissa toutes besognes, quant il eut ces nouvelles oïes, et Deuthère au chastel d'Auvergne; puis retourna en France au plus tost que il put. Le roy Theodoric fu forment agrevé de maladie; il trespassa de ce siècle, quant il eut régné trente ans. Le règne reçut après Theodebert son fils, il ne ressembla pas à son père, car il fu sage, atrempé[178] et débonnaire à toutes gens. Plus grant vertu lui eut encore Dieu donnée, car il fu loial et droiturier en justice. Le roy Childebert et le roy Clotaire qui estoient ses oncles, lui cuidèrent tolir sa terre, mais il les supplia et amollit leur orgueil en telle manière, que il reçut son royaume sagement et en pais; puis envoia querre Deuthère que il avoit lessiée au dit devant chastel, et l'épousa par mariage. Le roy Childebert qui toujours à mal pensoit, sut bien et aperçut que il ne pourroit surmonter ni vaincre Theodebert par force, si sut bien que ce estoit plus profitable chose à soi que il le tinst à amour, que il esmeust vers lui, chose dont il ne put venir à chief. Pour ce lui manda que il vinst parler à lui. Quant venu fu, il lui fist grant joie et belle chière par dehors et lui donna assez de ses ornemens et de ses joyaux. Quant Givals oy[179] dire que Theodebert régnoit au lieu de son père, il retourna à lui. Le roy le conjoï moult et le baisa comme son filleul; tout son héritage et toute la terre que son père tint, lui rendit et avec ce la tierce partie des meubles et des choses que on avoit receues de son père. Deuthère que le roy avoit nouvelement épousée, avoit une fille de son premier seigneur, grande estoi et parcreue[180]: moult eut grant peur que son sire le roy Theodebert ne la convoitast, pour ce la fist mettre en un char et tirer par boeufs qui onques n'avoient esté domptés, puis fu par son commandement gétée en Muese à une ville qui est appelée Verdun. Quant le roy Theodebert, qui assez avoit de bonnes graces et bien estoit morigéné, sut que elle eut ce fait, il la guerpit et reprit Wisegarde que il eut devant épousée.

Note 178: _Atrempé_, modéré.

Note 179: «Ginaldus autem Siginaldi filius.» (Aimoin.)

Note 180: _Grande et parcreue_. «Valde adultum.» (Aimoin.)

XII.

ANNEE 534.

_De Justinien l'empereour et de Bélisaire_.