Les Francais En Amerique Pendant La Guerre De L Independance De

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LES FRANCAIS EN AMERIQUE PENDANT LA GUERRE DE L'INDEPENDANCE DES ETATS-UNIS

1777-1783

PAR THOMAS BALCH

1872

Cet ouvrage est divise en deux parties: la premiere traite des causes et des origines de la guerre de l'Independance, resume les evenements de cette guerre jusqu'en 1781 et donne une relation complete de l'expedition du corps francais, aux ordres du comte de Rochambeau, jusqu'en 1783.

La seconde partie est specialement consacree:

1 deg. A des Notices historiques sur les regiments francais qui passerent en Amerique et qui y servirent;

2 deg. A des Notices biographiques sur les volontaires francais qui se mirent au service du Congres et sur les principaux officiers qui se trouverent aux sieges de Savannah et d'York, ou qui combattirent sur terre et sur mer en faveur de l'independance des Etats-Unis;

3 deg. A plusieurs episodes et details interessants, parmi lesquels se trouve un apercu de la societe americaine de cette epoque, telle qu'elle s'est presentee aux officiers francais qui parlent dans leurs manuscrits et leurs lettres de la vie intime d'un grand nombre d'honorables familles americaines.

Je ne livre aujourd'hui au public que la premiere partie de cet ouvrage. Pendant qu'elle etait sous presse, j'ai recu pour la seconde un si grand nombre de communications interessantes, que je me suis trouve dans la necessite de reprendre en sous-oeuvre mon manuscrit termine. J'espere que les personnes qui veulent bien trouver quelque interet dans la lecture de cet ouvrage, ou qui m'ont aide et encourage dans sa preparation, n'auront pas a regretter ce retard. Outre qu'il me permettra d'apporter plus de soin et d'exactitude dans l'enumeration des officiers francais et dans la redaction des Notices qui leur sont consacrees, je me plais a croire qu'il me permettra d'utiliser les renseignements que je pourrais encore recueillir d'ici a quelques mois sur le meme sujet. Je les recevrai toujours avec reconnaissance, et je me reserve de faire connaitre dans la seconde partie les nombreux amis qui m'ont aide ou par des renseignements ou par des conseils.

Paris, 18 aout 1870.

AVIS DE L'EDITEUR

Le livre que nous presentons aujourd'hui au public devait paraitre a la fin de 1870; les tristes evenements qui se sont accomplis en ont seuls retarde l'apparition.

Ecrit par un des hommes les plus recommandables des Etats-Unis de l'Amerique du Nord, et mieux place que qui que ce soit pour reunir les documents necessaires, cet ouvrage donne, sur le role que la France a joue pendant la guerre de l'Independance, des apercus nouveaux.

On appreciera d'autant plus cet ouvrage que c'est la premiere fois que ce sujet est traite d'une maniere aussi etendue.

De l'interessant recit de cette guerre, dont les resultats devaient etre si importants pour l'avenir, ressort surtout un evenement considerable, c'est la solidarite de la France et l'influence que cette participation a eue sur son sort politique; l'etroite union de La Fayette et de Rochambeau avec Washington y a contribue pour beaucoup.

En parcourant ce livre, le lecteur se rendra compte du soin extreme que met l'auteur a indiquer les sources auxquelles il a pris ses renseignements. Tous les faits qu'il avance ont ete soigneusement controles. Le chapitre qu'il consacre a l'analyse de ses documents, dont quelques-uns, inedits, sont a l'etat de manuscrit, est des plus instructifs.

Afin d'aider a l'intelligence du recit, et de pouvoir suivre chacune des phases de cette lutte, l'auteur, profitant de la situation qu'il occupe dans sa patrie, a dresse, en quelque sorte sur le terrain, une carte donnant minutieusement tous les endroits ou les troupes ont campe. A cause de l'immense etendue sur laquelle se sont accomplis les evenements, cette carte etait utile a tous egards. Nous avons pense qu'il serait agreable a nos lecteurs d'avoir le dessin des assignats que les treize Etats se virent dans la necessite d'emettre afin de soutenir la lutte. Ils en trouveront le fac-simile a la fin du volume.

A. S.

Janvier 1872.

LES FRANCAIS EN AMERIQUE PENDANT LA GUERRE DE L'INDEPENDANCE

1

La guerre que les colonies anglaises d'Amerique soutinrent contre leur metropole vers la fin du siecle dernier n'eut, au point de vue militaire, qu'une importance tres-secondaire. Nous n'y trouvons ni ces troupes nombreuses dont les rencontres sanglantes font date dans l'histoire de l'humanite; ni ces noms retentissants de conquerants ou de guerriers que les generations se transmettent avec un sentiment d'admiration mele de terreur; ni ces elans passionnes, impetueux et destructeurs qui fonderent sur des ruines les empires de l'antiquite ou du moyen age; ni ces manoeuvres grandioses, rapides et savantes qui sont le caractere du genie militaire des temps modernes. La, point de grandes batailles, point de longs sieges, point de faits d'armes extraordinaires ou immediatement decisifs. Pourtant, au point de vue politique, cette lutte, dont j'essaye de rechercher ici les origines et de retracer les peripeties, eut les consequences les plus importantes et les plus imprevues. Ce n'est pas seulement parce que toutes les nations de la vieille Europe prirent une part plus ou moins directe a la guerre de l'independance des Etats-Unis. Si d'un cote, en effet, les princes allemands se laisserent trainer a la remorque de l'Angleterre dans cette lutte, a laquelle les populations semblaient tres-indifferentes en principe,[1] d'autre part la France, l'Espagne, la Hollande, la Suede, la Russie meme, soutinrent les revoltes et s'interesserent a leur triomphe a des degres differents. Les faibles eclats de la fusillade de Lexington eurent aussi de puissants echos sur toutes les mers du globe et jusque dans les colonies anglaises les plus reculees. Mais, je le repete, l'historien impartial ne trouvera guere que des episodes a relater, dans cette periode de huit ans qui s'ecoula entre les premieres reclamations des colons americains et la reconnaissance definitive par l'Angleterre de leur independance.

[Note 1: Voir la brochure de Mirabeau. _Avis aux Hessois._ Amsterdam, 1777.]

C'est qu'un pareil resultat, obtenu par une nation naissante, representait le triomphe d'idees philosophiques et politiques qui n'avaient encore eu nulle part, jusqu'a cette epoque, droit de cite. C'est que la proclamation des _Droits du peuple et du citoyen_ vint saper dans ses bases le vieil ordre social et monarchique, substituer le regne de la justice a celui de la force dans l'organisation des empires, rappeler aux nations quelles etaient les assises veritables de leur prosperite et de leur grandeur.

La reforme religieuse avait suivi de tres-pres la decouverte du nouveau monde. Il semble que cette terre vierge devait etre non-seulement un refuge contre les persecutions, mais une sorte de Terre Promise ou les nouvelles doctrines pourraient s'epanouir dans toute leur splendeur en fondant une puissance, a la fois continentale et maritime, que son developpement rapide et sans precedent devait placer en moins d'un siecle a un rang assez eleve pour contre-balancer la preponderance de l'ancien monde.

Il n'est pas douteux que les evenements qui se passerent en Amerique n'aient hate l'avenement de la Revolution francaise. Je suis loin d'affirmer qu'ils en aient ete l'unique cause, et il suffirait pour s'en convaincre de remarquer que les Francais qui combattirent pour la cause des Americains, soit a titre de volontaires, soit comme attaches au corps expeditionnaire aux ordres du comte de Rochambeau, furent pour la plupart, dans leur patrie, les defenseurs les plus devoues de la royaute et les adversaires les plus acharnes des idees liberales et des reformes. Pourtant ces evenements firent une sensation profonde dans la masse de la nation, qui voulut au jour de son triomphe inscrire en tete de ses codes les principes proclames a Philadelphie en 1776.

La France prit a cette guerre de l'independance americaine une part des plus actives et des plus glorieuses. Son gouvernement, pousse par l'animosite hereditaire de la nation contre l'Angleterre, domine par l'esprit philosophique en faveur a la cour, mu enfin par son propre interet, excita ou entretint d'abord par ses agents le mecontentement des Anglo-Americains; puis, au moment de la lutte, il les aida de sa diplomatie, de son argent, de ses flottes et de ses soldats.

"La France seule fait la guerre pour une idee," a dit son Souverain dans ces dernieres annees. Jamais peut-etre cette ligne de conduite ne fut mise a execution avec autant de desinteressement et de perseverance qu'a l'epoque de l'intervention francaise dans la guerre de l'independance americaine. La politique inauguree par Choiseul fut soutenue par son successeur de Vergennes, au moyen des armees et des flottes de la France, sans egard pour ses finances tres-oberees, au point de susciter dans l'esprit public un mouvement qui ne contribua pas peu a hater la Revolution de 1789. Aussi cette partie de l'histoire, qui appartient aussi bien aux Etats-Unis qu'a la France, offre-t-elle un egal interet pour les deux nations.

Les memoires de Washington, ceux de Rochambeau, et les nombreux ouvrages publies sur les Etats-Unis nous disent bien, d'une maniere generale, quels furent les mouvements militaires de l'expedition francaise. On retrouve aussi dans un grand nombre d'auteurs, dont je rappelle plus loin les oeuvres et les noms, les exploits de quelques officiers que leurs convictions ou leur devoir amenerent en Amerique pendant ces evenements. Mais ces recits trop generaux ou ces episodes isoles ne suffisent pas pour donner une idee bien exacte ou bien precise de la part qui doit etre attribuee a chacun.

Loin de moi la pensee de refaire ici une fade esquisse historique de cette grande lutte dans laquelle on trouve des problemes politiques des plus serieux et dont les details ont le charme d'un poeme epique. Des ouvrages si nombreux et si savants ont deja ete publies sur ce sujet, si grand est le talent de leurs auteurs, si profond est l'interet qu'ils ont excite en Europe et en Amerique, qu'on peut assurer qu'aucune epoque analogue d'une histoire n'a ete plus soigneusement racontee dans son ensemble, plus minutieusement approfondie dans ses principaux details. Quelle histoire pourrait etre mieux elaboree que celle que M. Bancroft a donnee de son pays? Quel plus beau portrait pourrait-on peindre d'un grand homme que celui que M. Guizot nous a trace de Washington?

Ces oeuvres me semblent pourtant offrir une lacune.

Le soin que les Americains durent prendre de leur organisation interieure les empecha de se preoccuper de certains details du conflit dont ils etaient si heureusement sortis, principalement pour ce qui avait rapport aux etrangers venus a leur aide, puis rappeles dans leurs foyers par leurs propres preoccupations. Ils n'oublierent pas neanmoins ces allies, dont ils garderent au contraire le plus profond et le plus sympathique souvenir[2].

[Note 2: J'invoque sur ce point les affirmations des Francais eux-memes. Ceux que les orages politiques ou leur desir de s'instruire pousserent dans le nouveau monde: La Rochefoucault (_Voyage dans les Etats-Unis d'Amerique, 1795-97_, par le duc de La Rochefoucault-Liancourt. Paris, iv, 285) et La Fayette, en particulier, se plaisent a reconnaitre l'accueil amical, sinon enthousiaste, qu'ils ont recu aux Etats-Unis.

Voir: _La Fayette en Amerique_, par M. Regnault-Varin. Paris, 1832.-- _Souvenirs sur la vie privee du general La Fayette_, par Jules Cloquet. Paris, 1836.--_La Fayette en Amerique_, par A. Levasseur, 2 vol. Paris, 1829.--_Voyage du general La Fayette aux Etats-Unis_. Paris, 1826.--_Histoire du general La Fayette_ (traduction). Paris, 1825.

Voir aussi: _Memoires du comte de M***_ (Pontgibaud). Paris, 1828.]

Les Francais ne furent pas moins vivement detournes d'un examen attentif des faits et gestes de leurs concitoyens en Amerique par les instantes excitations de leurs discordes intestines. Il en resulte que non-seulement on ne possede pas une histoire bien exacte et bien circonstanciee de l'intervention francaise en Amerique pendant la guerre de l'independance, mais encore que les materiaux d'une pareille histoire font defaut ou ont ete de suite egares. Ainsi on n'a publie jusqu'a ce jour ni les noms des regiments francais avec la liste de leurs officiers, ni la composition des escadres, ni la marche exacte des troupes, ni l'ordre precis des combats, ni les pertes subies. En sorte qu'une monographie de cette curieuse partie de l'histoire de la guerre de l'independance, bien que plusieurs fois tentee, reste encore a ecrire.

La lacune que je signale a ete reconnue par bien d'autres avant moi. Mais ils n'ont pas eu la bonne fortune qui m'est echue d'avoir en leur possession des manuscrits inedits ou des documents rares et originaux tels que ceux que je me suis procures et dont je donne ici les titres. Quoique je n'aie pas la pretention d'avoir fait tout ce qu'il y avait a faire sous ce rapport, et que je sois le premier a reconnaitre l'imperfection de mon oeuvre, j'ai l'espoir que mes efforts n'auront pas ete steriles et que j'aurai jete quelque lumiere sur un sujet qui, tout en exigeant de longues recherches, a ete pour moi une source de veritable plaisir.

Avant d'en arriver aux evenements qui font plus specialement l'objet de ce travail et pour mieux faire comprendre la politique francaise avant et pendant le conflit, j'ai cru qu'il etait utile de rappeler sommairement au lecteur quelle fut l'origine des colonies anglaises d'Amerique, quelles relations la France entretint avec elles, et quelles circonstances exciterent leur mecontentement et leur firent prendre les armes.

Je me suis ensuite fait un devoir de rappeler, en leur rendant la justice qui leur est due, les noms de ces hommes qui, sans autre mobile que leur sympathie pour une noble cause et le sentiment desinteresse de l'honneur, ont partage les dangers, les privations et les souffrances de nos peres, et les ont soutenus dans la defense de nos droits et dans la conquete de notre liberte.

Enfin, j'ai l'espoir que ce livre, tout imparfait qu'il soit, sera favorablement accueilli par les Francais et sera considere par eux comme un hommage qui leur est rendu par un descendant de ceux aupres desquels ils ont si genereusement combattu.

II

La tache que je me suis imposee a ete moins laborieuse dans la verification ou la recherche des faits historiques en general que dans la composition de la liste et des notices biographiques des officiers francais qui prirent part a la guerre de l'independance, soit dans l'armee reguliere, soit comme volontaires au service du Congres, soit enfin sur les flottes qui parurent sur les rivages des Etats-Unis. Le nombre et l'importance des documents inedits ou tres-rares qui ont ete les premiers materiaux de mon travail permettront d'apprecier d'abord tout le parti que j'ai pu en tirer. Mais il m'est impossible de faire connaitre, a cause de leur multiplicite, les sources de toute espece auxquelles j'ai puise, pas plus que je ne puis nommer les nombreuses personnes de toutes conditions qui m'ont fourni des renseignements utiles. Les Revues, les eloges funebres, les collections du _Mercure de France_, les _Annuaires militaires_, ont ete minutieusement et fructueusement examines. Que de brochures et de livres n'ai-je pas du parcourir, souvent dans le seul but de decouvrir un nom nouveau, de verifier une date ou de controler un fait! Que de lettres n'ai-je pas recues, que de revelations n'ai-je pas provoquees, pendant le temps que, toujours preoccupe de mon sujet, je cherchais des renseignements partout ou j'avais l'espoir d'en decouvrir![3]

[Note 3: Entre autres je citerai ici deux exemples: M. Michel Chevalier, le savant economiste, en me mettant en relation avec M. Henri Fournel, qui avait ete comme lui un des disciples les plus eminents de Saint-Simon, m'offrit l'occasion de me procurer sur ce celebre reformateur, qui commanda un corps de Francais devant York, l'interessante lettre qu'on trouvera dans les Notices biographiques. M. le marquis de Bouille a bien voulu me soumettre egalement les lettres originales que Washington ecrivit a son grand-pere, a l'occasion de sa nomination dans l'ordre de Cincinnatus.]

Souvent une circonstance fortuite me faisait mettre la main sur un livre ignore se rapportant par quelque point inattendu a mon sujet; d'autres fois c'etait une personne que des liens de famille rattachaient a quelque ancien officier de Rochambeau, qui voulait bien me faire part de ses archives particulieres ou de ses souvenirs personnels. Si, dans le courant de mon recit, j'avais du citer toutes ces origines, l'etendue de cet ouvrage aurait ete, sans profit pour le lecteur, augmentee dans une proportion exageree; force m'a donc ete de reserver la mention des sources ou j'ai puise mes renseignements pour les points les plus importants, les moins connus ou les plus susceptibles de soulever la critique.

ARCHIVES DE LA GUERRE (France).

Il existe a la Societe historique de Pennsylvanie un manuscrit dresse d'apres les archives du ministere de la guerre de France, contenant la liste des officiers du corps expeditionnaire aux ordres de M. de Rochambeau. Ce manuscrit, dont je possede une copie, a ete obtenu grace a l'influence de M. Richard Rush, alors ministre des Etats-Unis a Paris. Mais l'acces de ces archives est tres-difficile. La bienveillante intervention du general Fave, commandant de l'ecole Polytechnique, aupres du marechal Niel, m'a fait obtenir l'autorisation de faire moi-meme de nouvelles recherches. J'ai reussi a me procurer une autre liste, dressee d'apres les dossiers des officiers, differente en quelques parties de la premiere. D'ailleurs ces deux listes sont l'une et l'autre tres-incompletes, non-seulement quant aux noms des officiers, mais aussi quant a leurs notices biographiques.

Elles ne font, par exemple, aucune mention du duc de Lauzun ni de sa legion, qui rendit de si importants services au corps expeditionnaire. Les _Annuaires militaires_ de l'epoque sont egalement muets sur ce sujet.

ARCHIVES DE LA MARINE (France).

S. Exc. M. le Ministre de la marine m'a accorde l'autorisation de parcourir ces archives, et M. Avalle, bibliothecaire a ce ministere, a mis a ma disposition, avec une bienveillance que je me plais a reconnaitre ici, les documents places sous sa direction, et en particulier les _Memoires du comte de Grasse_, inscrits sous les n deg. 15186 et 6397.

Mais l'histoire des Campagnes maritimes a ete tres-exactement et tres-completement ecrite par Le Bouchet, de Kerguelen et plusieurs autres plus ou moins connus[4]. Il m'a semble superflu des lors de m'appesantir sur ce meme sujet.

JOURNAL DE CLAUDE BLANCHARD, commissaire principal des guerres attache a l'expedition de Rochambeau, comprenant les campagnes de 1780-81-82 et 83[5].

Je dois la communication de ce precieux manuscrit a la bienveillance de M. Maurice La Chesnais, arriere petit-fils de Blanchard. Tout en faisant mon profit des renseignements que je trouvais dans ces pages, ecrites avec une grande exactitude, pour ainsi dire sous L'influence des evenements, j'ai du me contenter de leur faire de courts emprunts, puisqu'elles seront bientot livrees au public par leur possesseur actuel, qui en a donne tout recemment une notice[6].

JOURNAL DU COMTE DE MENONVILLE[7].

[Note 4: _Histoire de la derniere guerre entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis d'Amerique, de 1775 a 1783_, par Julien Odet Le Bouchet. Paris, 1787, in-4 deg.. _Relation des combats et des evenements de la guerre maritime_, par Y.J. Kerguelen, ancien contre-amiral. Paris, 1796.]

[Note 5: Voir la _Notice biographique_ que j'ai consacree a l'auteur de ce journal.]

[Note 6: Voir _Revue militaire francaise_, 1869.]

[Note 7: Voir _Notices biographiques_.]

Aucune partie de ce journal n'a ete publiee, et je n'ai trouve nulle part de renseignements imprimes sur l'auteur; mais son petit-fils, chef actuel de la famille, a bien voulu me communiquer des documents et des details importants. Il etait aide-major general de l'armee de Rochambeau (_Blanchard_), mais il fut promu en novembre 1781 au grade de major-general. Ce manuscrit inedit offre aussi le plus grand interet par une exactitude de details bien rare dans les ecrits de ce temps qui me sont parvenus.

MEMOIRES DE GEORGES-ARISTIDE-AUBERT DUPETIT-THOUARS, capitaine de vaisseau: manuscrit.

Ces memoires sont relatifs a la guerre d'Amerique de 1779 a 1783, et leur auteur les destinait a l'impression. Ils ne contiennent que de faibles lacunes.

La _Biographie maritime_, ouvrage que j'ai utilement consulte[8], dit: "Dupetit-Thouars a laisse plusieurs manuscrits, que sa soeur, Mlle Felicite Dupetit-Thouars, a reunis en 3 _volumes in_-8 deg., sous le titre de LETTRES, MEMOIRES ET OPUSCULES d'Aristide DUPETIT-THOUARS, capitaine de vaisseau, enseveli sous les debris du _Tonnant_, au combat d'Aboukir, ouvrage dont nous nous sommes beaucoup aide pour la redaction de cette notice."

Or Guerard[9] dit qu'un seul volume fut publie par le frere et la soeur.[10] "Il contient, dit-il, une longue lettre sur la guerre de 1778-83 adressee au commandant Du Lomieu en 1785, ou l'on reconnait le capitaine instruit et avide d'enrichir la science de faits nouveaux."

[Note 8: Il porte comme sous-titre: _Notices historiques sur la vie et les campagnes des marins celebres_, par Hennequin, chef de bureau au ministere de la marine, 3 vol. in-8. Paris, Regnault, 1837.]

[Note 9: _La France litteraire ou la litterature contemporaine_. Paris, 1842.]

[Note 10: Chez Dentu et Arthur Bechard. Paris, 1822, in-8. Livre que je n'ai trouve nulle part.]

Le manuscrit que je possede ne se rapporte nullement a cette indication, et renferme des lettres et des renseignements qui me donnent tout lieu de croire qu'il n'a jamais ete publie et qu'il n'est pas de la main du capitaine Dupetit-Thouars lui-meme, malgre l'affirmation de l'expert, M. Chavaray, consignee dans son catalogue et repetee dans la piece qui constate l'authenticite de ce manuscrit. Je pense qu'il a ete dresse sur les notes du capitaine, par son frere le botaniste.

Bien que l'histoire des campagnes maritimes ait ete tres-exactement et tres-completement ecrite, comme je l'ai constate plus haut, les memoires de Dupetit-Thouars m'ont fourni d'utiles renseignements sur les mouvements des flottes et aussi de l'armee de terre, en particulier au siege de Savannah.

J'ai acquis ce manuscrit chez M. Chavaray, a Paris, le 7 decembre 1869. M. Margry, le savant archiviste du ministere de la marine, qui a bien voulu appeler mon attention sur ce document avant la vente publique pour laquelle il etait annonce, exprime l'opinion qu'il contenait des faits et des informations d'une grande valeur pour les archives de la marine.

Journal de mon sejour en Amerique, depuis mon depart de France, en mars 1780, jusqu'au 19 octobre 1781. Manuscrit anonyme inedit.

Une copie de ce manuscrit a ete vendue a Paris en 1868, et je dois a l'obligeance de M. Norton, l'acquereur, d'en avoir pu prendre connaissance. Celle que je possede est rectifiee en quelques points et est augmentee de nouveaux documents. Elles ne semblent, du reste, l'une et l'autre que des copies des notes laissees par un aide de camp de Rochambeau; car non-seulement les noms des villes et des rivieres traversees par les troupes francaises y sont defigures au point d'etre meconnaissables; mais meme les noms des officiers de cette armee. Or ceux-ci devaient etre bien connus de l'auteur du manuscrit.

Quoi qu'il en soit, il donne des renseignements interessants sur la marche des troupes, sur le siege d'York et sur la societe americaine a cette epoque.