Les fleurs animées - Tome 2

Part 13

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Tous les arts sont tributaires des amentacées; ils sont la richesse et la prospérité des États, et l’existence de ceux-ci y est même attachée. Cette observation n’avait pas échappé au ministre Colbert, qui disait souvent que la destruction des bois amènerait la perte de la France.

Le chêne est certainement une des productions les plus belles et les plus utiles de notre globe. S’il y a des arbres plus élevés et plus gros, il n’en est pas un seul qui offre un bois à la fois plus solide et plus facile à tailler; aussi de tout temps a-t-il été l’emblème de la force. On reconnaît ses feuilles dentelées sur les plus anciennes médailles. Il croît lentement, à peine au bout d’un siècle son tronc a-t-il un mètre de circonférence, et cependant on en voit souvent dont la circonférence est de onze à douze mètres, ce qui suppose onze à douze cents ans d’existence. De vieilles traditions révèlent que, dans les temps de barbarie, les hommes vivaient du fruit du chêne, qu’on nomme _gland_. Cela ne serait pas impossible, puisque parmi les variétés du chêne il en est dont le fruit est doux; mais il ne faut pas, sur ce point, prendre à la lettre le rapport des historiens, car les anciens donnaient le nom de gland à tous les fruits des arbres de haute taille. La faîne s’appelait le gland du hêtre, la noix, le gland de Jupiter, etc.

Une variété remarquable du chêne est celle dont l’écorce épaisse et spongieuse est connue sous le nom de _liége_. Tous les neuf ou dix ans, cette écorce se fend, se détache d’elle-même, et elle est remplacée par une autre qui se forme en dessous. Un arbre peut donner ainsi jusqu’à quinze récoltes avant d’être épuisé. Le chêne-liége croît spontanément dans les parties méridionales de l’Europe: on en trouve beaucoup dans le midi de la France.

Le châtaignier mérite aussi d’être placé au premier rang des arbres les plus beaux et les plus utiles. Non-seulement son bois est excellent pour la charpente, mais ses fruits forment la principale nourriture des habitants de beaucoup de pays. Dans plusieurs parties de la France, telles que le Limousin, le Périgord, les Cévennes, la Corse, les habitants des campagnes ne mangent pas d’autre pain que celui de châtaignes. Il en est de même dans les montagnes des Asturies, en Espagne; dans les Apennins, en Italie, et dans plusieurs cantons de la Sicile. La récolte des châtaignes est presque toujours très-abondante, et elle ne manque jamais entièrement.

Sous le rapport de la beauté, le châtaignier ne le cède à aucun autre: son port est majestueux, et il arrive à une grosseur prodigieuse. Tel est celui que les voyageurs vont visiter sur le mont Etna, dont nous avons parlé plus haut, et qui n’a pas moins de quatre mille ans. On en voit un en France, près de Sancerre, dont le tronc a plus de dix mètres de circonférence, et qui est âgé de plus de mille ans; il y a plus de six cents ans qu’on l’appelait déjà _le gros châtaignier_.

Les aunes sont aussi d’une utilité générale. Les saules forment une division considérable. L’espèce la plus remarquable est le saule pleureur, dont les branches, en retombant, font de si belles arcades de verdure.

Parmi les peupliers, qui sont aussi fort nombreux, on distingue le peuplier d’Italie, celui du Canada, celui d’Athènes, et le peuplier baumier, dont on tire une substance odorante connue sous le nom de tacamahaca.

Les bouleaux se trouvent jusque vers le pôle arctique, où ils sont les derniers vestiges de la végétation ligneuse. Leur séve est, pour les Kamtschakales, une boisson délicieuse. Dans l’Amérique septentrionale, les habitants emploient l’écorce du bouleau pour faire des barques et des pirogues. En France, on en fait des sabots et des balais.

Enfin, c’est aussi aux amentacées qu’appartient le cirier, arbrisseau originaire de l’Amérique, dont le fruit contient une assez grande quantité de cire. Il s’est parfaitement naturalisé dans le midi de la France; mais jusqu’à présent il n’a été considéré que comme plante d’agrément, et l’on n’a pas tenté d’en tirer un parti avantageux.

La dernière famille est celle des _conifères_, ou arbres toujours verts, à la tête de laquelle il faut placer le cèdre majestueux qui élève sa tête dans les nues; le second rang appartient aux sapins, ces fiers enfants du Nord; le pin se place ensuite, puis les mélèzes, les cyprès, les ifs et l’éphédra, derniers et humbles enfants de cette famille de géants.

Ici finit la tâche du botaniste, que nous quittons pour entreprendre celle de l’horticulteur. Après avoir tenté de faire connaître les plantes, nous essayerons de dire comment naissent les plus jolies, l’éducation qui leur convient, les dangers dont il faut les garantir, les défauts dont il importe de les corriger. Nous ferons de l’hygiène, de la pathologie, de la thérapeutique de parterre, et là, au moins, nous ne serons pas forcé d’avoir recours à un langage barbare pour raconter et faire comprendre de douces et gracieuses choses.

HORTICULTURE DES DAMES

HORTICULTURE

DES DAMES

INTRODUCTION

PAR

ALPHONSE KARR

N’aurez-vous donc jamais, Mesdames, aucune pitié de ces pauvres fleurs, le tribut le plus ordinaire que l’on apporte à vos pieds?--Ne songez-vous jamais qu’on les sépare de leur tige, et qu’on se hâte de vous les livrer pour que vous les voyiez mourir,--pour que vous respiriez leur dernier soupir parfumé?

Celles que je plains le plus ne sont pas celles qu’on vous donne en bouquet: celles-là reçoivent du sécateur une mort assez rapide;--mais que dirai-je de ces pauvres malheureuses qu’on vous offre en pots ou en caisses, avec un peu de terre au pied, et dont l’agonie est si longue et si douloureuse!--Avez-vous donc quelque cruel plaisir à les voir souffrir ainsi?--Les poètes dont les vers s’enroulent autour des mirlitons ou se plient en quatre dans les diablotins, à force de vous dire qu’elles sont vos rivales, vous ont-ils inspiré contre elles de mauvais sentiments?

Elles, vos rivales! elles ne font qu’ajouter à votre beauté,--elles qui, en foule, viennent mourir chaque jour dans vos cheveux et sur votre sein, ou, mort plus cruelle! oubliées sur le marbre d’une console,--ou sur le velours d’une banquette--au bal ou au théâtre!

Non, il est impossible que vous n’aimiez pas les fleurs, impossible que vous n’ayez pas quelquefois le désir de soulager celles qui jaunissent, se fanent et meurent dans vos jardinières;--mais pour cela, il faut apprendre un peu,--car l’eau qui sauvera l’une en humectant son pied sera mortelle pour l’autre et la noiera;--celle-ci aime l’air et celle-là la chaleur.--Le tussilage, l’héliotrope d’hiver, meurt de ce qui fait fleurir le camélia,--de la chaleur de vos appartements.

Ne s’attacherait-il pas quelque chose qui tiendrait de l’amitié à la plante qui fleurirait chez vous pour la seconde fois?--à celle qui vous devrait ses éclatantes couleurs et ses suaves parfums?--On aime ceux à qui on fait du bien. Les moralistes ont dit cent sottises en exigeant du dévouement de l’obligé,--c’est le bienfaiteur qui a tout le bonheur du bienfait, c’est lui qui doit et qui a la reconnaissance.--S’il l’attend, c’est un fou; s’il l’exige, c’est un usurier.

Cette fleur que j’ai soignée, cette plante qui se penchait faible et languissante, à laquelle j’ai rendu la vie et la santé,--ce n’est plus une plante ni une fleur, c’est ma fleur et ma plante à moi.

L’ombre est plus douce sous ces arbres que j’ai plantés moi-même;--cette belle glycine aux grappes bleues si odorantes qui tapisse ma maison, je songe que c’est moi qui l’ai rendue si vigoureuse et si bien portante;--c’est moi qui lui ai mis au pied cette bonne terre de bruyère qu’elle aime; c’est moi qui l’ai palissadée au midi;--ses parfums m’appartiennent mieux et j’en jouis davantage; elle a l’air si heureux, sa végétation est si luxuriante!

Voilà une douce science,--une science permise,--une science que le cœur cherche.

Ce n’est pas comme la botanique,--qui vous apprend à dessécher les fleurs et à les injurier en grec.

L’horticulture vous enseigne à les rendre plus belles et plus heureuses.

Reprenez aux hommes ce qu’on appelle encore en province _le sceptre de Flore_.--Ce n’est pas une femme qui aurait jeté ces pauvres fleurs dans les agitations politiques et dans les fureurs des partis!

Le lis et la violette ont été tour à tour triomphants et proscrits;--l’impériale a été guillotinée en 1815.--Ce n’est pas une femme qui ferait jouer ce rôle ridicule aux œillets rouges,--au moyen desquels certains hommes réussissent à faire croire, à dix pas, qu’ils sont décorés, et à faire voir, à trois pas, qu’ils sont des sots.

Créer des fleurs,--c’est le seul ouvrage pour lequel Dieu accepte des collaborateurs.--L’art a créé des fleurs;--quel doux orgueil s’il naissait une plante nouvelle semée par vous,--une plante qui n’existerait que dans votre jardin,--dont personne ne verrait les couleurs et ne respirerait les parfums que ceux à qui vous les donneriez, comme Dieu a donné les autres plantes à tout le monde.

Que d’autres savants découvrent une nouvelle planète qui ne nous donne rien, ni chaleur ni lumière,--mais qu’une femme découvre et crée une rose inconnue qui nous donnera un parfum nouveau.

J’ai connu deux amants qui, désunis par une triste destinée,--sont morts tous deux sans se revoir, après une longue séparation. Ils ne pouvaient s’écrire,--mais je ne sais lequel des deux eut une idée ingénieuse: sans exciter de soupçons, ils échangeaient de loin les graines des fleurs qu’ils cultivaient;--ils savaient qu’à deux cents lieues de distance,--ils prenaient les mêmes soins,--voyaient les mêmes fleurs s’épanouir dans la même saison et le même jour;--ils respiraient les mêmes odeurs.--Ç’a été un bonheur, et le seul bonheur de toute leur vie.

ALPHONSE KARR.

PREMIÈRE PARTIE

PRINCIPES ÉLÉMENTAIRES

Cultiver les fleurs, dans un jardin, sur une terrasse, aux balcons des fenêtres et même dans l’intérieur des appartements; voir naître, se développer, s’épanouir ces beaux enfants du soleil; guider leurs premiers mouvements, les soutenir, pourvoir à leurs besoins, à leur sûreté; être témoin de leurs chastes amours, recueillir et protéger leur nombreuse postérité, est un des plus doux et des plus innocents passe-temps qui se puissent imaginer. Il y a là de délicieuses émotions pour chaque mois de l’année, pour chaque jour du mois, pour chaque heure du jour. Ce doit être et c’est en effet le délassement des belles âmes, des cœurs purs et des nobles intelligences.

A ces charmants travaux nous nous proposons d’initier les profanes qui jusqu’ici se sont contentés d’admirer les fleurs, de se laisser éblouir et embaumer par elles. De blanches mains, de jolis doigts aux ongles rosés y perdent bien momentanément quelque peu de leur éclat, mais cet inconvénient passager doit avoir de si nombreuses et de si ravissantes compensations, que les plus belles mains du monde s’y risqueront.

TERRES

Trois sortes de terres sont employées dans la culture des fleurs, savoir: la _terre franche_, la _terre légère_ et la _terre de bruyère_. La terre franche a pour base l’argile. Elle se trouve partout; elle est parfois jaunâtre, quelquefois grise; mais elle ne s’emploie presque jamais pour les fleurs sans être mélangée de terreau, car sans mélange elle serait trop forte, c’est-à-dire trop compacte, et par conséquent trop froide pour la plupart des fleurs.

La terre légère ou sablonneuse n’est autre chose que la terre franche ou végétale, mêlée de sable et de détritus de végétaux; le sable qu’elle contient la rend meuble et poreuse; modifiée par le terreau, elle est, pour beaucoup de fleurs, d’une grande fécondité.

La terre de bruyère est la plus convenable et la plus généralement employée pour la culture des fleurs; elle est le résultat du détritus des masses de bruyères qui végètent sur le sable, s’y mêlent et le rendent très-fertile. Cette terre convient particulièrement aux fleurs à racines bulbeuses.

En général, les terres qu’on se propose d’employer à la culture des fleurs doivent être préalablement ameublies et passées à la claie, afin qu’il ne s’y trouve ni pierres ni autres corps étrangers.

Le terreau est à peu près le seul engrais nécessaire à la culture des fleurs; il y en a de deux sortes: celui qui provient de la décomposition des matières animales, et celui qui résulte de la décomposition des matières végétales. Le premier convient particulièrement aux arbustes et aux plantes à racines fibreuses; le second est excellent pour les plantes à oignons et convient à toutes les plantes bulbeuses.

Dans un jardin, il ne s’agit toujours que de modifier la terre qui s’y trouve; mais quand on veut garnir de fleurs une terrasse, un balcon, une simple fenêtre, tout est à faire. Le meilleur, le plus sûr, dans ces circonstances, est d’acheter la terre nécessaire chez les jardiniers fleuristes de profession, où toutes les sortes de terres et d’engrais se trouvent à profusion. A Paris, les quatre marchés aux fleurs en sont toujours abondamment approvisionnés, et les marchands grainiers en réputation, non-seulement en vendent, mais en enseignent très-volontiers la manipulation.

EXPOSITIONS

L’exposition du midi convient aux plantes et racines bulbeuses ou à oignons, toutes les plantes de pleine terre à racines fibreuses se plaisent au levant, quelques-unes de ces dernières réussissent également au couchant; on ne peut guère cultiver, à l’exposition du nord, que les arbustes toujours verts, et certaines fleurs qui craignent le soleil, comme les primevères, les pervenches, les oreilles-d’ours, etc. Dans tous les cas, l’exposition du midi est la préférable, parce qu’on peut aisément ajouter aux avantages qu’elle possède ceux des autres expositions, au moyen des tentes, des abris et des arrosements.

On ne doit pas oublier que l’air et l’eau sont aussi indispensables à la végétation que le soleil; ainsi, une plante qui s’étiolera à la fenêtre d’un premier étage, recouvrera toute sa force, sa vigueur, sa beauté, deux étages plus haut: c’est ce qui fait que les fenêtres du pauvre, dans les grandes villes, sont toujours plus brillantes, sous ce rapport, que celles du riche, de même que les enfants du village sont plus robustes, plus vigoureux que ceux des villes.

A Paris, il n’est pas rare de voir des maisons de cinq, six, huit, dix étages (celles traversées par le passage Radziville, par exemple), au sommet desquelles se trouvent des terrasses plombées, offrant l’aspect et étant en effet de charmants jardins, ornés des plus belles fleurs et même d’arbres fruitiers d’une grande fécondité. Et puis, il en est des plantes comme de certaines jolies personnes: elles ne sont pas exemptes de caprices, de bizarreries; celle qui, cultivée avec soin, sera chétive et souffrante, poussera des jets vigoureux dans la fente d’un mur où le vent aura jeté un peu de poussière et le ciel un peu d’eau.

Hâtons-nous de dire toutefois que c’est là l’exception, et que les soins donnés aux fleurs et aux femmes sont rarement perdus.

POTS, CAISSES, INSTRUMENTS

Bien que certaines fleurs se plaisent mieux en pleine terre que partout ailleurs, il n’en est pas cependant qu’on ne puisse cultiver avec succès en caisses et en pots, pourvu que ces vaisseaux soient bien construits et d’une capacité suffisante. Le vase peut être plus grand qu’il ne faut sans danger; mais s’il est trop petit, si la racine est gênée, la plante souffre et meurt; pour les petites plantes, le vase doit avoir de quinze à dix-huit centimètres de diamètre. A partir de là, il faut que la largeur et la profondeur soient graduées selon la force de la plante. Le pot, comme la caisse, doit être percé au fond pour faciliter l’écoulement de l’eau, et il est bon, avant d’y mettre la terre, de placer sur le trou une écaille d’huître ou quelque morceau de poterie un peu convexe, pour que l’eau s’échappe plus facilement. Dans les pots ou caisses destinés aux plantes qui craignent l’humidité, on placera, au fond, une couche de plâtre de sept à huit centimètres d’épaisseur. C’est une méthode excellente, généralement suivie par les jardiniers fleuristes de Paris, qui sont les plus habiles du monde, et c’est la présence de ce plâtre bienfaisant qui a fait croire aux amateurs peu éclairés de la capitale que ces jardiniers mettaient de la chaux au pied des plantes qu’ils exposaient en vente, afin qu’elles périssent promptement, et qu’on fût obligé de revenir plus souvent à la charge. La chaux morte, au fond d’un pot, serait peu dangereuse, elle pourrait même avoir quelquefois de bons résultats. Il en est de cette substance comme du sel: on l’a trop longtemps calomniée. Autrefois, quand un noble était condamné pour crime de haute trahison, on brûlait ses armes, on rasait ses châteaux, on coupait par le milieu du tronc les arbres de ses forêts, et l’on semait du sel sur ses terres afin de les rendre à jamais stériles. Heureusement _nous avons changé tout cela_, et le sel est aujourd’hui un des plus puissants engrais qui se puissent employer.

Il y a des caisses de plusieurs sortes, des caisses mobiles et des caisses à demeure. Les caisses mobiles sont employées de la même manière que les pots; c’est-à-dire que la caisse, construite solidement, revêtue d’une ou de deux couches de peinture à l’huile, afin d’avoir moins à redouter les effets de l’humidité, doit avoir une capacité proportionnée à la plante qu’on veut y placer. S’il s’agit d’une plante vivace de grande dimension, d’un arbuste ou d’un arbrisseau, la caisse devra être faite à panneaux mobiles, afin qu’il soit facile d’en changer la terre, lorsque cela est nécessaire, sans blesser les racines.

Les caisses à demeure, que l’on appelle aussi _caisses-parterres_, contiennent ordinairement un certain nombre de plantes ou arbustes; on les construit le plus ordinairement sur les balcons. Ces caisses, dont la dimension dépend du lieu où on les construit ou de la fantaisie du constructeur, ne doivent pas avoir moins de cinquante centimètres de profondeur. Elles offrent, quand elles sont assez vastes, tous les avantages de la pleine terre.

La caisse construite, ce qui est la chose la plus simple du monde, on la garnira de la terre la plus convenable aux plantes que l’on se proposera d’y placer; mais si l’on voulait y mettre des plantes diverses dont la culture demande des terres différentes, on la remplirait de terre ainsi mélangée: terre franche, cinq dixièmes; terre légère, trois dixièmes; terre de bruyère, deux dixièmes; le tout bien mêlé, et modifié de temps en temps par un peu de terreau.

Si la caisse-parterre est placée à l’exposition du midi, il faudra agencer à un mètre et demi au-dessus une petite tente qui puisse se déployer facilement, afin de garantir les fleurs des ardeurs du soleil vers le milieu du jour. Cette tente, faite en toile imperméable, peut aussi servir à garantir les plantations des pluies trop fréquentes ou trop abondantes, et des brouillards froids de l’automne.

Aux approches des grandes gelées, on garnira les côtés de la caisse, en dehors, avec du fumier de cheval, et l’on couvrira la surface de paille sèche et brisée, en ayant soin d’enlever cette couverture de temps en temps à l’heure où le froid sera le moins vif, afin que les plantes ne soient pas entièrement privées d’air.

Les instruments nécessaires à la culture des fleurs dans ces proportions sont peu nombreux: deux arrosoirs, quelques cloches de verre, une serpette, un greffoir, un sécateur, instrument à deux lames, dont on se sert d’une seule main, et qui peut remplacer la serpette; un transplantoir et une houlette pour faire l’office de bêche: voilà tout, et cela est trop connu, d’un maniement trop facile, pour qu’il soit nécessaire d’en donner ici la description.

SERRES

Les plantes en pots ou en caisses mobiles ne pourraient supporter la gelée comme elles le supporteraient en pleine terre; car, dans ce dernier cas, la gelée n’a de prise que sur la surface, tandis que les pots et les caisses en sont frappés de tous les côtés. Il est donc nécessaire de les placer, pendant la mauvaise saison, dans une serre froide ou orangerie où la température ne soit jamais moindre de trois degrés au-dessus de zéro. A défaut de serre, on pourra facilement disposer une chambre de manière à ce qu’elle en tienne lieu. Il suffira que cette chambre soit bien éclairée, point humide et assez grande pour que les plantes y soient à l’aise. La cheminée, s’il y en a une, sera bouchée, et l’on placera au milieu de cette pièce un poêle, à l’aide duquel on entretiendra une température à peu près égale, sans jamais dépasser cinq degrés centigrades au-dessus de zéro. L’eau avec laquelle on arrosera les plantes de temps en temps devra être au même degré que l’atmosphère de la chambre. La chambre-serre ne doit pas être habitée, les personnes et les plantes se trouveraient également mal d’une cohabitation. L’air de la serre doit être souvent renouvelé, et l’on choisit pour cela le moment de la journée où le froid est le moins vif. On ouvre alors les fenêtres, en ayant soin de consulter le thermomètre. L’expérience apprendra aisément quelles sont les plantes auxquelles le grand jour est le plus nécessaire, et celles-ci seront placées près des fenêtres.

On pourrait encore faire construire ce que l’on est convenu d’appeler des serres-fenêtres; mais cela est dispendieux, dangereux et incommode. Cependant il est facile de convertir, sans inconvénient, en serres les fenêtres à doubles croisées entre lesquelles la distance serait assez grande.

Au reste, il ne saurait y avoir sur ce point des règles particulières; c’est le cas de prendre conseil des circonstances, des localités, des dispositions, etc.

MULTIPLICATION DES PLANTES

On a vu dans la botanique que toute graine renferme le germe d’un végétal aussi complet que celui qui l’a produite, et qu’il suffit de confier cette graine à la terre pour que la reproduction s’accomplisse; mais les plantes ne se reproduisent pas seulement par ce moyen: la vie est si puissante en elles, elles sont si heureusement douées, que presque chacune de leurs parties est un tout qui ne demande pour se développer qu’un peu de terre, d’air et de soleil; ainsi, indépendamment de la reproduction par semis, les plantes se multiplient par caïeux, par bulbes, œilletons, rejetons, boutures, éclats de racines, marcottes, greffes, etc.

MULTIPLICATION PAR GRAINES

Ce moyen de reproduction est le plus naturel, mais il est aussi le plus lent. C’est par semis qu’on obtient des variétés de la même espèce; les sujets obtenus de cette manière s’acclimatent mieux au lieu qu’on leur assigne; ils sont plus vigoureux que ceux résultant des autres procédés; ils vivent de leur vie propre, tandis que la vie des plantes obtenues de toute autre manière est en quelque sorte entée sur celle d’autres sujets. Mais il est fort difficile de se procurer de bonnes graines, même chez les marchands les plus renommés. Le plus sûr est de les récolter soi-même et de les étiqueter soigneusement, afin de ne pas éprouver de ces déceptions d’autant plus fâcheuses que le mal est sans remède. En voici un exemple entre mille.