Part 9
On peut croire que les filles publiques du Palais-Egalité en abusent. La rigueur des saisons inclémentes ne les arrête point. Frimaire et brumaire les voient, sous les Galeries de Bois, parées comme aux plus beaux jours de prairial et de messidor, décolletées comme si un bal les attendait, enveloppées de légères écharpes de gaze ou de mousseline, bras nus et nuques découvertes. Elles laissent aux aristocrates les fourrures qu'on double d'étoffe rouge en signe de platonique protestation contre les fournées, en deuil des parents passés à la «petite fenêtre nationale». Elles ne comprennent pas que le passant peut prendre quelque plaisir à deviner les formes de la nymphe sous le manteau qui l'enveloppe, à discerner parmi les plis de la robe la courbe des hanches voilées. Mais les passants du Palais-Egalité ne s'attardent point à cela. Il s'agit de retenir l'attention, et c'est à quoi s'emploient les marchandes de modes.
A l'égard des robes, les prospectus de l'époque nous apportent des indications précieuses. Voici celui de la citoyenne Lisfrand[185], jadis Teillard, établie à la Maison-Egalité, près du café de Foy. Au cours de leurs promenades, sous les galeries, les filles publiques ont le loisir de constater le merveilleux choix qu'elle possède en robes de demi-parure, de parure, de négligé ou de bal et dans «tous les genres imaginables». C'est que la citoyenne Lisfrand ne tient pas à faire mentir la réputation qu'assure au Palais-Egalité le prospectus d'un nouveau journal, qui le déclare «un séjour enchanteur où les modes se renouvellent de la manière la plus merveilleuse et la plus variée[186]».
[185] Et non «Lisfranc», ainsi que l'écrit L. Augé de Lassus, dans la _Vie au Palais-Royal_, p. 117. Voir le fac-similé que nous donnons, page 163, de ce prospectus.
[186] Prospectus de l'_Annonce des modes les plus récentes, toutes décrites d'une manière intéressante et toutes fidèlement rendues par des planches en taille-douce enluminées; ouvrage qui, en donnant une connaissance exacte et prompte, tant des habillements, des coiffures de l'un et de l'autre sexe, instruit le lecteur de tout ce que les modes ont de plus agréable et de plus simple, soit dans la partie des meubles et des décorations d'appartements, soit dans celle des ouvrages d'orfèvrerie, des bijoux, ou voitures, etc., etc._; Paris, 1790, imprimerie Letellier et André, in-8º, 4 pp.
La citoyenne Lisfrand offre aussi des chapeaux à ses acheteuses, des bonnets à la grecque, à la française, à la romaine, et c'est bien elle et ses propositions insidieuses que le poète de la Terreur peut tourner en couplets:
Donnez-moi donc votre pratique, Mesdames achetez mes chapeaux, Vous n'en verrez pas de plus beaux, J'ai l'élite dans ma boutique: On y cria deux ans, bravo, Sur celui à la Figaro!
Quant à l'utilité des chapeaux:
Un chapeau est toujours utile, Et depuis les bonnes mamans Jusqu'à leurs petits enfans Tout en parle dans cette ville; En effet, qu'est-il de plus beau Que femme avec un bon chapeau?
C'est là un argument assurément indiscutable. Mais il n'est qu'à l'usage de la clientèle honnête dont s'honore la citoyenne Lisfrand. Pour les odalisques des Galeries de Bois, voici des conseils et des exemples auxquels elles ne peuvent que souscrire en achetant de ces bonnets, de ces chapeaux de paille qui valent de 35 livres «jusques au plus haut prix»:
Lucile, jeune et sans fortune, Fait la connaissance d'Orgon. Elle fut au bois avec Damon, C'est un soir, au clair de la lune; Mais elle oublie le damoiseau Pour se donner un bon chapeau.
Pourquoi la Blonde Elancée ou Fanchon n'en feraient-elles point ainsi? Qu'elles méditent cet exemple:
Gripefort, procureur avare, A sa femme ne donnait rien; Survient un Monsieur J. (?) Firmin Et l'argent lui devient moins rare; L'amant fait cent et cent cadeaux: Le mari fournit les chapeaux[187].
[187] _Les Soirées de Célie_, 1794.
Mais les chapeaux ne sont point la seule cause de la faveur de cette marchande. C'est par ses robes et leur choix vraiment rare qu'elle triomphe. C'est elle qui pare les filles publiques de ces _robes romaines à la Clio_, de ces _chemises grecques_, de ces _tuniques à l'antique_ et de ces _redingottes (sic) à la Thessalie_ qui les dénudent outre mesure, plaquent sur leurs formes souples les linons transparents, les organdis légers ou les vaporeuses nankinettes.
Chacune de ces robes est d'ailleurs une merveille d'invention et c'est grâce à elles que nous pouvons nous représenter fidèlement les élégances des filles publiques de la Terreur. Voici la _robe romaine à la Clio_. De la clavicule (ainsi parle la citoyenne Lisfrand) elle tombe jusqu'à terre en une queue harmonieuse, offrant l'inestimable propriété de raccourcir la taille de celles-là qui l'ont trop longue ou d'allonger celles qui sont trop courtes. Cette robe prévoit toutes les imperfections, et, grâce à elle, plus de bras trop longs, plus de coudes cagneux. Elles les cache ou les découvre à volonté. De plus, elle est _d'une tournure rare_[188], et son prix varie, suivant l'étoffe, de 450 à 180 livres[189]. Il faut être de la dernière pauvreté pour ne point se l'offrir.
[188] Prospectus de la citoyenne Lisfrand.
[189] Voici les prix des robes romaines, des chemises grecques et des tuniques à l'antique: en pékin ou velouté, 450 livres; en pékiné sans être doublé, 290; en taffetas, 380; en gros de Tours rayé, 290; en grosgrame rayé satiné, 260; en sirfakas, 220; en sicilienne, 190; en joli linon, 200; en beau linon, 350; en organdis, 240; en mousseline unie, 220; en croisière de soie noire, 280; en fortes gazes rayées, 180; en nankinette 240; en toile peinte, 220.
Cette tournure rare ne le cède qu'au _beau simple et d'un superbe effet_ de la chemise grecque qui s'ouvre sur les bras à la manière turque. Ainsi diverses nationalités collaborent au bon goût d'une parure nouvelle. La chemise grecque dégage la poitrine, fait des nymphes vénales une pudique vestale. C'est Athènes et son blanc cortège d'hétaïres que la citoyenne Lisfrand fait errer au Camp des Tartares. La Chevalier ou Georgette peuvent s'en parer aux frais d'un amant libéral, d'autant plus que le prix de la chemise grecque est celui de la robe romaine. Ainsi, pour les amateurs de l'antiquité, Aspasie peut se retrouver sous les traits et le vêtement de Peau d'Ane, laquelle montrera à ses adorateurs autant de complaisance que la femme de Périclès en eut pour les siens.
C'est Sparte et ses brûlantes vierges qu'évoque la _Tunique à l'antique_. Pour la réaliser en pékini ou en gros de Tours, on n'a eu qu'à copier le péplum des statues antiques, Minerve ou Junon. L'agrafe de marbre des effigies romaines ou grecques se retrouve ornée d'attributs civiques, faisceau de lances ou lauriers, aux épaules des filles publiques. Un corsage soutient la gorge sous l'ample pli de la tunique qui flotte et rend la courtisane pareille à la Poppée d'autrefois. Mais un tel costume, sobre, simple, uni, peut paraître quelquefois sans grâce. Aussi, pour l'agrémenter, la citoyenne Lisfrand imagine-t-elle une «ceinture à la sauvage» (oui, à la sauvage!), et, avec cet ajustement imprévu, la tunique sera «d'une grande tournure».
O courtisanes de la Rome de Commode et de Néron, vous qui, suivant le poète de l'Anthologie, parfumiez même le parfum, hétaïres de Suburre, porteuses du laurier aguicheur taquinant le passant, prostituées chantées par Palémon le Périégète, mortes du passé, regardez celles qui perpétuent le rite amoureux dont vous fûtes les prêtresses, regardez-les, elles ont vos tuniques et une ceinture _à la sauvage_! Et vous, nobles et blanches Thessaliennes, honneur du Pinde et de Pharsale, vous, danseuses des belles routes chaudes dont la spirale d'un serpent d'or ornait le joli pied, amoureuses de Phocide dont les cheveux, même blancs, servaient encore d'asile aux amours, que vos cendres froides dans les urnes funéraires s'émeuvent: les filles publiques du Palais-Egalité portent des _redingottes à la Thessalie_!... _à la Thessalie_!...
Ceci, si on peut dire, c'est le dernier cri, la suprême invention de la citoyenne Lisfrand. Elle résume tout ce qui distinguait ses autres robes, la simplicité de la tunique à l'antique, la molle élégance de la chemise grecque, les facilités de la robe romaine à la Clio. «Cette forme, annonce le prospectus, dessine la taille avec grâce, dégage le col et la poitrine.» En outre, elle s'orne d'une ceinture à... _la Zaïre_[190]! Mais, pour les filles publiques qu'elle peut séduire, elle a un avantage sans prix. Cette redingote se ferme par un seul noeud de rubans; le noeud défait, la robe tombe, et si la dame n'a que sa chemise, on devine de quel secours ce noeud peut être dans les situations pressées. Quand un amant n'aura que dix minutes à consacrer aux plaisirs de la volupté, il n'aura garde de prendre une partenaire non vêtue par l'ingénieuse marchande de modes de la _redingotte à la Thessalie_. Ce noeud providentiel lui épargnera les bagatelles de la porte devenues superflues. Avec lui point d'agrafes rebelles, de boutonnières qui résistent; ce noeud, c'est toute une providence.
[190] C'est «le souvenir de Voltaire honoré dans la plus célèbre de ses tragédies». L. Augé de Lassus, _vol. cit._, p. 117.
Rapidité, commodité, élégance, c'est le programme de la citoyenne Lisfrand[191].
[191] Les prix de la _redingotte à la Thessalie_ sont sensiblement différents de ceux des autres habillements du même prospectus: en pékin et velouté, 300 livres; en pékiné sans être doublé, 200; en taffetas, 290; en gros de Tours rayé, 190; en grosgrame rayé satiné, 150; en sirfakas rayé, 140; en sicilienne, 120; en raz de soie, 140; en croisière de soie noire, 190; en joli linon et organdis, 140; en fortes gazes rayées, 120; en nankinette, 150.
Outre les robes, elle offre des dentelles, des bijoux, des fleurs (et plumes), des odeurs, des bas, des pommades, des «gans» et des chaussures, ces chaussures qui constituent une des recommandations élégantes (et rimées) du _Tableau de Paris_:
Pour bien amorcer le chaland, Prenez un cordonnier galant Juste à votre mesure, Hé bien! Qui fasse une chaussure, Vous m'entendez bien;
Une chaussure, jeune Hébé, Quoi qu'en dise monsieur l'abbé, Car, pour fille agissante, Hé bien! La mule est trop glissante Vous m'entendez bien;
Glissante, dès qu'à l'unisson Vous répétez mainte chanson Propice au doux mystère, Hé bien! Qu'on célèbre à Cythère, Vous m'entendez bien;
A Cythère, asile où l'Amour Réside avec sa noble cour Aux abbés d'ordinaire, Hé bien! C'est un bon séminaire, Vous m'entendez bien[192]!
[192] _Le Tableau de Paris; étrennes aux beautés parisiennes_, 1789.
Ainsi parées, ayant sur la nuque les milles bouclettes bien étagées qu'exige la «coiffure à la lucarne», l'oreille garnie de petites guillotines d'or ou d'argent[193],--tragiques et sinistres bijoux,--serrées, dès 1795, dans de pourpres _ceintures à la victime_[194], on peut les regarder passer avec un certain plaisir, ces belles courtisanes de l'ère jacobine, ainsi que les évoquent les charmantes et fraîches aquarelles de Debucourt. Elles donnent à ce siècle, de par leurs modes, une légèreté que n'acquit jamais l'époque où, sur Versailles, l'Europe prenait le ton, le bon ton. Tout est vaporeux, aérien, ailé, semble-t-il, dans ces grandes robes onduleuses, transparentes que la fille Cabarrus rendra indécentes sous le Directoire, qui montreront alors ce que les filles publiques du Jardin-Egalité se contentent de laisser deviner maintenant. C'est que la Révolution, encore austère suivant l'idéal brisé de Robespierre, les condamne à la rue, au jardin-lupanar, leur ferme les salons, c'est-à-dire les lieux de réunion où la crapule thermidorienne les fera monter. On ne parlera plus alors, comme le maigre avocat artésien, de la morale publique outragée, puisque la morale politique s'incarnera dans la femme Tallien, la veuve Beauharnais et la déconcertante Juliette Récamier. Ces filles-là n'auront pas la franchise de leur métier, elles en laisseront l'honneur, si la décence excuse ce mot, aux promeneuses des Galeries de Bois, pour n'en estimer et conserver que le bénéfice et les profits.
[193] Sébastien Mercier, _Le Nouveau Paris_.
[194] _Le vrai double Matthieu Laensberg ou le bon astrologue pour 1839_; Lille, 1838, p. 79.
On peut préférer les dernières.
Elles, du moins, ne déguisent ni ne dissimulent rien. On n'a pas avec elles la surprise d'un tarif établi après coup. Si elles réclament, ce n'est que pour des faveurs supplémentaires non inscrites au programme, et voilà tout. C'est pourquoi il faut savoir leur rendre justice, car est-ce leur faute, à elles, si elles n'ont point eu dans leur lit un Barras ou un Bonaparte?
IV
Le jeu sous la Monarchie.--Le tripot de l'Autrichienne.--L'ambassadeur croupier.--Chevaliers de Saint-Louis, taillez!--Les trente-deux maisons de jeu du Palais-Egalité.--«Avez-vous du pouvoir exécutif de pique?»--Un écumeur du tapis vert.--Le policier Monti, ennemi du jeu.
Entre le tapis vert du tripot et la table du traiteur, s'encadre la vie de la fille publique au Jardin-Egalité. Ce ne serait en faire qu'un tableau très incomplet que d'oublier l'un ou l'autre de ces éléments dont elle est le soutien, la richesse, la prospérité. C'est le sourire de la prostituée qui mène l'étranger au creps, à la roulette, au trente-et-un, au passe-dix, au biribi.
Le jeu, c'est une plaie de la Révolution, oui, mais ce n'est pas une plaie due à la Révolution. Cette plante vénéneuse, elle l'a trouvée en fleur à son aurore, et le courage ou la force lui manquèrent pour l'arracher du sol français. Ses racines tenaient trop profondément à la société, et il semblait que l'énergie de la Révolution se fût épuisée à abattre la Royauté. Elle désarma devant le jeu comme elle désarma devant la prostitution.
C'est de haut qu'était venu le funeste exemple qui devait causer tant de ruines, tant de malheurs et assurer aux tripots la tragique auréole avec laquelle ils comparaissent devant l'histoire. Aux beaux jours de Versailles, le jeu avait été la passion de Marie-Antoinette. Son frère, Joseph II, visitant un jour son salon, fut témoin du scandale qu'il offrait et le mot _tripot_, dont il le qualifia, pouvait, en toute vérité, lui être appliqué. Pour 7 000 louis gagnés par l'Autrichienne, un soir, à Marly[195], que de sommes laissées par elle sur les tables de Trianon et de Versailles! C'est là que la comtesse d'Artois perdit 25 000 livres et qu'un coup de cartes chiffra la perte de Madame à 50 000 livres. C'est là encore qu'un soir le comte Arthur Dillon fut volé d'un portefeuille bourré de billets de la Caisse d'Escompte avec lequel il était venu au jeu de la reine; là aussi que des dés marqués, c'est-à-dire pipés, devaient être trouvés en de nobles mains.
[195] Gaston Maugras, _Le Monde, le jeu, les courses à la cour de Marie-Antoinette_, 1894.
«On sait, écrit M. H. Monin, combien le jeu de la Reine et des princes était excessif. Le comte d'Artois perdit une nuit 800 000 livres et osa le lendemain demander un million à son frère pour faire la somme ronde: cela en 1787[196].»
[196] H. Monin. _L'Etat de Paris en 1789, études et documents sur l'ancien régime à Paris_ (collection des documents relatifs à l'histoire de Paris pendant la Révolution française, publiée sous le patronage du Conseil municipal); Paris, 1889, p. 417.
Il est vraisemblable que, de la ville, la gangrène avait gagné la cour. Là, le jeu s'était acclimaté dans des conditions de sécurité éminemment favorables. En effet, par une singulière compréhension des devoirs diplomatiques et de leurs responsabilités, par un mépris au moins abusif du respect de l'hospitalité et de ses obligations, les ambassadeurs de quelques puissances avaient fait de leur hôtel de véritables maisons de jeu. En 1781, le lieutenant de police Lenoir osa les dénoncer au Parlement. Un haut magistrat pouvait seul s'autoriser cette audace qui fit d'ailleurs scandale, mais ne mit en pratique aucun remède. Lenoir disait:
M. le chevalier Zeno, ci devant ambassadeur de Venise, a aussi établi toutes sortes de jeux de hasard dans son hôtel. Là, toutes personnes de tous états, connues ou inconnues, étaient admises. Les joueurs s'y portant en foule on y a multiplié les salles où les joueurs avaient un libre accès. Une de ces salles, plus particulièrement ouverte aux personnes d'un état vil et obscur, était appelée l'_Enfer_. Cette maison où le désordre et le scandale ont subsisté pendant longtemps et dont j'ai été instruit plutôt par la notoriété publique que par les agents de la police, auxquels la porte en était interdite, n'a été fermée qu'au départ de cet ambassadeur, envers qui toutes les représentations ont été vaines. Mais depuis et successivement on a ouvert des jeux de hasard chez trois autres ministres étrangers: le premier, place du Louvre, dans un hôtel ayant pour inscription: _Ecuries de M. l'ambassadeur de Suède_; un autre, rue de Choiseul, sous le nom de M. l'Envoyé de Prusse; et le troisième, rue Poissonnière, chez M. l'Envoyé de Hesse-Cassel[197].
[197] Compte rendu fait au Parlement, le 13 février 1781, par le lieutenant de police de la quantité des jeux, tant publics que particuliers, des noms et qualités de ceux qui donnent à jouer et des banquiers des jeux; _Archives nationales_, série X 1B 8975.
La conduite pour le moins étrange de ces singuliers ambassadeurs se qualifie d'elle-même, mais que dire du souverain dont l'inertie et le silence donnent une sanction publique à ce scandale, source de ruines et de suicides? Il est vrai qu'en proscrivant les jeux clandestins ou publics de la ville, Louis XVI s'obligeait tacitement à supprimer ceux de la cour. Mais c'était là une autre affaire, et on n'ignore pas que la volonté de l'Autrichienne fut toujours celle du roi. Pour tolérer le jeu de la reine à Versailles, on permit le jeu des ambassadeurs à Paris. Ce n'était là qu'un des nombreux désordres qui devaient nécessairement, par une fatalité aussi logique qu'implacable, conduire la monarchie à sa ruine et préparer les voies à la Révolution, car il est incontestable que le mouvement populaire de 89 aurait eu d'autres résistances à vaincre s'il s'était attaqué à un régime honnête, sinon austère, d'un passé digne et probe.
On comprend aisément que l'exemple venu de haut ne tarda pas à être suivi par les autres fractions de la société. Des ambassadeurs, le jeu descend chez les nobles et les gens de moindre qualité. C'est encore Lenoir qui donne ces détails: