Part 9
Sa bibliothèque était considérable: «la partie du théâtre est la plus complète qui ait existé avant La Vallière»[323]. Ses livres, bien choisis, «habillés avec soin par Biziaux, qui fut plus tard le relieur de Beaumarchais, sont tous fort recherchés. Quelques-uns portent une inscription qui fait sourire quand on pense à la favorite qui les posséda la première. On lit au-dessus de ses armes: _Menus plaisirs du Roi!_ C'est un souvenir de leur passage dans l'établissement où fut portée, après la mort de Mme de Pompadour, une partie de sa bibliothèque[324].»
[323] Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 65.
[324] Édouard FOURNIER, _ouvrage cité_, p. 193. Encore une remarque empruntée au grand ouvrage d'Ernest Quentin-Bauchart (Avertissement, p. 3): «Diane de Poitiers, Catherine de Médicis, au XVIe siècle,--la Grande Mademoiselle et la comtesse de Verrue, au XVIIe,--Mme de Pompadour, au XVIIIe,--sont les seules qui aient laissé de véritables bibliothèques; et si d'autres, telles que Marie de Médicis, Anne d'Autriche, la duchesse de Bourgogne, la marquise de Maintenon, etc., ont possédé des livres qui jouissent également d'une grande faveur auprès des amateurs, c'est moins à leur valeur intrinsèque que cette faveur est due qu'à la beauté de leur reliure et à leur origine.»
Mme de Pompadour s'est, tout comme Marie Leszczynska, occupée d'imprimerie. «Elle fit imprimer à Versailles, dans sa chambre, sous ses yeux, le _Cantique des Cantiques_ et le _Précis de l'Ecclésiaste_ paraphrasés par Voltaire; elle fit aussi imprimer _Rodogune, princesse des Parthes_, AU NORD, 1760, in-4, pour l'édition de laquelle M. de la Fizelière rapporte la curieuse note de M. de Marigny, qui se trouvait sur l'exemplaire du comte d'Ourche, de Nancy:
«Ma sœur eut un jour la curiosité de voir imprimer. Le Roi fit venir un petit détachement de l'Imprimerie royale, et l'on fit imprimer dans la chambre de Mme de Pompadour, à Versailles, et sous ses yeux, la présente tragédie de _Rodogune_. Il en a été tiré très peu d'exemplaires.»
«Comme l'appartement de ma sœur était situé au Nord, on a mis pour lieu d'impression: _Au Nord_.
«Elle a gravé elle-même à l'eau-forte, d'après Boucher, la planche qu'on voit en tête du volume[325].»
[325] Edmond et Jules DE GONCOURT, _Mme de Pompadour_, p. 255, note 1 (Paris, Firmin Didot, 1888, in-4).
La DUCHESSE DE FLEURY, Anne-Madeleine-François (sic) d'Auxy de Monceaux (1721-....)[326].
[326] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 160.
La MARQUISE DE GAMACHES, Jeanne-Gabrielle de la Mothe-Houdancourt, chanoinesse d'honneur du chapitre des dames de Neufville, diocèse de Lyon (1723?-1777)[327].
[327] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 162.
MARIE-LOUISE DE MONTMORENCY-LAVAL, dernière abbesse de l'abbaye de Montmartre (1723-1794).
Elle périt sur l'échafaud, durant la Révolution, et comme elle était d'une surdité complète, Fouquier-Tinville fit sur elle ce sinistre jeu de mots:
«Elle a dû conspirer, mais elle a conspiré sourdement[328].»
[328] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 448.
La MARQUISE DE LA CROIX DE CASTRIES, Marie-Louise-Angélique de Talaru de Chalmazel (1723-....)[329].
[329] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 166.
Mme DE CLERMONT, Alison ou Alise Tranquille (1724-1752)[330].
[330] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 147.
MARIE-AMÉLIE-CHRISTINE DE SAXE, fille de Frédéric-Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne, mariée, en 1738, à Charles III, roi d'Espagne (1724-1760)[331].
[331] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 127.
La DUCHESSE DE NOAILLES, Catherine-Françoise-Charlotte Cossé-Brissac, morte sur l'échafaud (1724?-1793)[332].
[332] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 191.
Mme D'ÉPINAY, Louise-Florence-Pétronille d'Esclavelle de la Live, marquise d'Épinay (1725-1783).
Elle avait épousé un fermier général, et a été l'amie de J.-J. Rousseau, de Voltaire, de Diderot, de Duclos, de Grimm, de Saint-Lambert, de l'abbé Galiani, etc. Elle a laissé des _Mémoires_, qui, a-t-on dit, «sont peut-être l'ouvrage qui nous fait le mieux connaître la société polie du dix-huitième siècle[333]».
[333] Paul BOITEAU, Introduction aux _Mémoires de Mme d'Épinay_, t. I, p. 1 (Paris, Charpentier, s. d.).--Cf. aussi Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 449.
MARIE-THÉRÈSE-ANTOINETTE D'ESPAGNE, première femme du Dauphin, Louis de France, fils de Louis XV (1726-1746)[334].
[334] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. II, p. 448.
La MARQUISE DE VASSÉ, Louise-Madeleine Courtarvel de Pezé (1727-1763)[335].
[335] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 205.
La MARQUISE DE DURFORT-CIVRAC, Marie-Françoise de Pardaillan de Gondrin d'Antin (1728-1764)[336].
[336] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 154.
La PRINCESSE DE GRIMALDI, Marie-Christine-Chrétienne de Saint-Simon de Rouvray (1728-1774)[337].
[337] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 165.
La DUCHESSE DE NOAILLES, Anne-Claude-Louise d'Arpajon, duchesse de Mouchy et de Noailles; morte, ainsi que son mari, sur l'échafaud (1728?-1794)[338].
[338] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 191;--et Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 450.
La CHEVALIÈRE ou plutôt le CHEVALIER D'ÉON, Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Timothée de Beaumont d'Éon (1728-1810), célèbre aventurier, a laissé une bibliothèque intéressante[339].
[339] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. II, p. 451-452.
En 1763, Louis XV l'autorisa ou lui ordonna, on ne sait trop pourquoi, de porter des habillements de femme, et ce costume, que le chevalier d'Éon conserva le reste de sa vie, fit naître, sur la nature de son sexe, des doutes qui ne furent levés définitivement qu'après sa mort et par le procès-verbal de son autopsie. On a de lui treize volumes d'histoire, d'économie politique, etc.[340].
[340] Cf. Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.--Voir aussi une note de la _Correspondance de la marquise du Deffand_, édition M. de Lescure, t. II, p. 111, note 3. Louis Jourdan a publié, sur le chevalier d'Éon, une sorte de roman, _un Hermaphrodite_ (Paris, Dentu, 1861), dont la paternité lui a été contestée par Frédéric Gaillardet: cf. LORENZ, _Catalogue général..._ 1840-1865. t. III, p. 47, article Jourdan (Louis).
L'IMPÉRATRICE CATHERINE II, de Russie (1729-1796).
Elle avait orné son esprit et fortifié son caractère par les lectures les plus sérieuses: Tacite, Plutarque, Bayle, Montesquieu, Voltaire, etc. Voltaire la nommait _la Sémiramis du Nord_. Elle attira Diderot à sa cour, mais ne put l'y retenir que quelques mois. Elle lui vint très délicatement en aide, en lui achetant sa bibliothèque au prix de 15.000 francs, «mais à la condition qu'il la garderait sa vie durant, et consentirait à en être le bibliothécaire avec un traitement annuel de 1.000 francs». Elle poussa même la générosité jusqu'à lui payer cinquante ans d'avance,--soit 50.000 francs[341].
[341] Cf. LAROUSSE, _ouvrage cité_, article Diderot.
Mme D'ALIGRE, Françoise-Madeleine Talon, première femme du président d'Aligre (1730-1767)[342].
[342] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 131.
La DUCHESSE DE GRAMONT-CHOISEUL, Béatrix de Choiseul-Stainville, l'altière et impérieuse sœur du duc de Choiseul, ministre de Louis XV (1730-1794).
Elle posséda une belle bibliothèque, bien composée, et témoigna de son amour pour les arts et les lettres. Il est très fréquemment question d'elle dans la correspondance de Mme du Deffand.
Incarcérée pendant la Révolution, la duchesse de Gramont (ou Grammont) fut interrogée par Fouquier-Tinville, qui lui demanda si elle n'avait pas envoyé d'argent aux émigrés. «J'allais dire non, répondit-elle, mais ma vie ne vaut pas un mensonge.» Elle périt sur l'échafaud, fièrement, comme elle avait vécu[343].
[343] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 108;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 163.
La COMTESSE D'HOUDETOT, Élisabeth-Françoise-Sophie de la Live de Bellegarde (1730-1813), qui était la belle-sœur de Mme d'Épinay, se plaisait à versifier[344], et elle est surtout connue par sa longue liaison avec le poète Saint-Lambert, et la passion qu'elle inspira à Jean-Jacques.
[344] Elle a même composé une scabreuse pièce de vers, dont Diderot parle dans une de ses lettres à Mlle Voland (Lettre XLI, 30 septembre 1760, t. I, p. 282-283; Paris, Paulin, 1830): «Mme d'Houdetot fait de très jolis vers; elle m'en a récité quelques-uns qui m'ont fait grand plaisir. Il y a tout plein de simplicité et de délicatesse. Je n'ai osé les lui demander; mais si je puis lui arracher un _Hymne aux tétons_ qui pétille de feu, de chaleur, d'images et de volupté, je vous l'enverrai. Quoiqu'elle ait eu le courage de me le montrer, je n'ai pas eu celui de le demander.»
La bibliothèque de «Mme veuve d'Houdetot» fut vendue à Paris le 18 mai 1813 et jours suivants. Le catalogue en avait été dressé par Merlin. «Le no 596 était le manuscrit de _Julie ou la Nouvelle Héloïse_ (6 vol. in-8) transcrit par Jean-Jacques pour Mme d'Houdetot de 1757 à 1758, c'est-à-dire deux ans avant la publication. «La grande netteté qui règne dans les six volumes, dit une note de Merlin, atteste le soin que Rousseau apporta dans ce travail. On peut juger, par une note de Mme d'Houdetot mise en tête du premier volume, du cas que cette dame faisait du livre et de l'auteur[345].»
[345] _Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p. 351, article de M. Maurice Tourneux.
La comtesse d'Houdetot avait une belle-fille du même nom, la VICOMTESSE D'HOUDETOT, «femme aimable, spirituelle, morte de très bonne heure; elle laissa quelques vers que ses amis se plurent à recueillir après elle et à faire imprimer en un tout petit volume (_Poésies de la vicomtesse d'Houdetot_, 1782). Or, on y lit en tête une notice, qu'on sait être de la plume du cardinal Loménie de Brienne. Le prélat, le croirait-on? y loue cette jeune dame de son incrédulité:
«Jamais on n'a vu, dit-il, dans une si jeune personne autant de philosophie; et cette philosophie influait également sur ses opinions et sur sa conduite. Elle n'admettait que ce qui lui paraissait évidemment prouvé, aimait à disputer, parce qu'elle avait presque toujours une opinion à elle, et ne cédait qu'à la conviction ou enfin à la convenance.»
«Et lorsqu'il en vient à raconter la dernière maladie de cette jeune femme, le cardinal écrit:
«Elle craignait la mort parce qu'elle devait la séparer de tout ce qui lui était cher. _Ma vie peut être remplie de peines_, disait-elle, _mais il est affreux de n'être rien; je crois la souffrance préférable au néant_.»
«Le cardinal n'ajoute rien qui corrige cette opinion du néant après la mort, ni qui avertisse qu'il ne la partageait pas; c'est qu'il la partageait en effet,» conclut Sainte-Beuve[346].
[346] _Causeries du lundi_, t. XV, p. 229.
Mme DE SARTINE, Marie-Anne Hardy du Plessis (1730-....).
Son mari était le lieutenant général de police Sartine (1729-1801), qui, avec un zèle opiniâtre, avait rassemblé une collection considérable de documents sur l'histoire de Paris[347].
[347] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 200.
MARIE-JOSÈPHE DE SAXE, seconde femme du Dauphin, fils de Louis XV, et mère de Louis XVI, de Louis XVIII et de Charles X (1731-1767).
Elle fut mariée à quatorze ans, et son mari passa sa nuit de noces à pleurer sa première femme.
Elle vécut toujours très retirée, et possédait une réelle érudition. Elle avait le goût des livres, et elle en imprima elle-même quelques-uns, sous la direction de Ch.-J.-B. Delespine, ancien imprimeur du roi, devenu l'huissier de son cabinet[348].
[348] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 97. «En 1758, sous la direction de Delespine, paraît un livre exécuté à Versailles, dans l'imprimerie de la Dauphine, mère de Louis XVI, intitulé _Élévation du cœur à Jésus-Christ_, etc., _imprimé de la main de madame la Dauphine_, in-16.» (Ambroise FIRMIN-DIDOT. _Essai sur la typographie_, colonne 847; Paris, Didot, 1851.)
La PRINCESSE DE CONTI, Fortunée-Marie d'Este, fille du duc de Modène (1731-1803)[349].
[349] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 117.
La DUCHESSE DE VILLEROI ou DE NEUFVILLE DE VILLEROY ou DE NEUVILLE-VILLEROI, Jeanne-Louise-Constance d'Aumont (1731-1816), a laissé une très importante bibliothèque, composée surtout de poésies et de romans, et qui se distinguait par la beauté des exemplaires et l'élégance des reliures. «Elle eut, de son temps, une grande réputation d'indépendance et d'originalité, et fournit des articles piquants aux _Actes des apôtres_ et au _Petit-Gauthier_, deux feuilles royalistes des premiers temps de la Révolution. On lui doit aussi une traduction de l'_Histoire de la Grèce_ de Gillies, Goldsmith et Gast, revue par Leuliette (Paris, 1808, 2 vol. in-8)[350].
[350] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 454-455;--Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 189;--et LAROUSSE, _ouvrage cité_.
La DUCHESSE DE CRUSSOL, Madeleine-Julie-Victoire de Pardaillan-Gondrin (1731-....)[351].
[351] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 148.
MESDAMES DE FRANCE, filles de Louis XV:
MARIE-ADÉLAÏDE (1732-1800);
VICTOIRE-LOUISE-MARIE-THÉRÈSE (1733-1799);
SOPHIE-PHILIPPINE-ÉLISABETH-JUSTINE (1734-1782).
Madame Adélaïde (Marie-Adélaïde), que son père appelait familièrement _Loque_, apprit l'anglais, l'italien, les hautes mathématiques, etc. Au dire de Quentin-Bauchart, c'est la seule des trois qui «fut une véritable bibliophile[352]». Elle faisait relier ses livres en maroquin rouge.
[352] _Ouvrage cité_, t. II, p. 131.
Madame Victoire, surnommée de même _Coche_ par Louis XV, faisait relier ses livres en maroquin vert.
Madame Sophie, _Graille_ pour son père, les faisait relier en maroquin citron[353].
[353] Cf. Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 123.
Tous ces volumes étaient timbrés aux armes de France dans un écu en losange[354] surmonté d'une couronne ducale.
[354] «L'écu des filles non mariées a la forme d'un losange; plus généralement elles le portent en ovale.» (H. GOURDON DE GENOUILLAC, _l'Art héraldique_, chap. I, p. 14; Bibliothèque de l'enseignement des beaux-arts.)
Les trois sœurs étaient de grandes liseuses: «elles faisaient, dit le duc de Luynes, des entreprises de grande lecture, dont elles venaient à bout[355].»
[355] Dans Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 120.
Les catalogues manuscrits des livres de «Mesdames» se trouvent actuellement à la Bibliothèque de l'Arsenal. Celui de la bibliothèque de Madame Adélaïde, daté de 1786, comprend 430 pages et 5286 articles; il forme un superbe in-folio, écrit en belle bâtarde et en ronde, et est orné d'un frontispice colorié, où Madame Adélaïde est représentée en Minerve, casque en tête, devant un bureau chargé de livres, de cartes et d'instruments de physique.
Notons que Madame Victoire contractait volontiers des emprunts dans les collections publiques et ne restituait pas toujours ce qui lui avait été prêté. «Nombre d'estampes demandées par elle en communication ne sont jamais rentrées», nous apprend un ancien conservateur de la Bibliothèque nationale, Henri Bouchot[356].
[356] _Les Reliures d'art à la Bibliothèque nationale_, p. XXI.--Voir aussi, sur Mesdames Adélaïde, Victoire et Sophie,--«que l'on connaissait sans envie du bien, sans âme, sans caractère, sans franchise, sans amour pour leur père... Madame Sophie était une manière d'automate, aussi nulle pour l'esprit que pour le caractère...»--le DUC DE LA ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT, _Mémoire sur la mort de Louis XV_, _dans_ SAINTE-BEUVE, _Portraits littéraires_, t. III, p. 533;--et _Nouveaux Lundis_, t. VIII, p. 326, article sur Marie-Antoinette.
Une autre fille de Louis XV, la dernière, Madame LOUISE (Louise-Marie: 1737-1787), qui fut religieuse aux Carmélites de Saint-Denis, était encore plus passionnée que ses sœurs pour la lecture. A une certaine époque, «Mme Campan la lui faisait cinq heures par jour; et comme ce n'était pas sans fatigue, la princesse lui préparait elle-même de l'eau sucrée, et s'excusait de la faire lire si longtemps, sur la nécessité d'achever un cours de lecture qu'elle s'était prescrit»[357].
[357] Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 122.
C'est Madame Louise, qui, durant ses derniers moments, redevenue princesse dans son délire sans cesser d'être nonne, et croyant toujours commander à son cocher ou à son écuyer, lui intimait cet ordre, de sa voix défaillante: «Au paradis, vite, vite! au grand galop!»[358].
[358] Cf. SAINTE-BEUVE, _Nouveaux lundis_, t. VIII, p. 130, note 1.
La MARQUISE DE LAMETH, Marie-Thérèse de Broglie (1732-1819)[359].
[359] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 169.
La DUCHESSE DE ROHAN-CHABOT, Émilie de Crussol d'Uzès (1732-....)[360].
[360] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 197.
La MARQUISE DE VOYER D'ARGENSON, Jeanne-Marie-Constance de Mailly (1734-1783)[361].
[361] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 209.
La DUCHESSE DE MAZARIN, Louise-Jeanne de Durfort (1735-1781).
La vente de ses livres eut lieu à Paris, peu après sa mort, le 12 janvier 1782 et jours suivants[362].
[362] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 182;--et la _Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p. 350, article de M. Maurice Tourneux.
La DUCHESSE DE CHOISEUL-STAINVILLE, Louise-Honorine Crozat du Châtel, femme du ministre de Louis XV (1735?-1802).
De même que son père, que son mari, et que sa belle-sœur, la duchesse de Gramont-Choiseul, mentionnée ci-dessus à son rang chronologique, la duchesse de Choiseul aima passionnément les livres. Elle protégea les savants et les gens de lettres et particulièrement l'abbé Barthélemy[363]. C'est elle qui, en vrai philosophe de son siècle, écrivait un jour à son amie Mme du Deffand qu'«il ne faut parler de Dieu ni en bien ni en mal»[364].
[363] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 452-453;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 146.
[364] Lettre à Mme du Deffand, 23 juin 1771 (_Correspondance de Mme du Deffand_, t. I, p. 443; édition Sainte-Aulaire).
La DUCHESSE DE RIOCOURT ou RIOCOUR, Madeleine-Jeanne-Claire Morel, dame de Vitry-la-Ville, Vauciennes, Chappes, etc., baronne du Bois ou de Boys (1735-1812)[365].
[365] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 197;--et Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.
La PRINCESSE DE CONDÉ, Charlotte-Godefride-Élisabeth de Rohan-Soubise, femme de Louis-Joseph, duc de Bourbon, prince de Condé (1737?-1760)[366].
[366] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 453.
Mme LE PELLETIER ou LE PELETIER, Louise-Suzanne de Beaupré (1737?-1762).
Son mari était président à mortier au Parlement de Paris[367].
[367] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 176.
Mme DE MONTESSON, Charlotte-Jeanne Béraud de la Haie de Riou, marquise de Montesson (1737-1806).
Devenue veuve, en 1769, du marquis de Montesson, elle inspira à Louis-Philippe, duc d'Orléans, petit-fils du Régent, une passion si vive qu'il l'épousa secrètement. «Le roi, écrit M. Paul Chaponnière[368], donna son consentement verbal (à ce mariage), à condition que la marquise ne prendrait jamais le nom de duchesse d'Orléans ni les armes de la famille. Elle n'en habita pas moins le Palais-Royal, mais la famille royale s'abstint d'assister aux spectacles organisés par le duc d'Orléans. Celui-ci, selon un mot de l'ambassadeur de Naples, ne pouvant faire Mme de Montesson duchesse d'Orléans, s'était fait lui-même M. de Montesson.»
[368] _Madame de Montesson et ses œuvres anonymes_, dans la _Revue des livres anciens_, année 1894, t. II, p. 111-112.
La marquise de Montesson était sœur utérine de la mère de Mme de Genlis, par conséquent tante de cette dernière.
Bien que, au dire de sa nièce, «elle fût d'une ignorance extrême et n'eût pas la moindre instruction», elle eut l'idée singulière de devenir auteur[369], et elle a composé, après avoir sommairement étudié sans doute les règles de la grammaire et de la prosodie, un grand nombre de pièces de théâtre, qu'elle faisait représenter chez elle, et où elle jouait elle-même. Elle a laissé une importante bibliothèque qui a été acquise par M. de Soleinne[370].
[369] Cf. Paul CHAPONNIÈRE, _ouvrage cité_, p. 112-113.
[370] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 456;--et Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.
Alexandre Dumas, qui a eu occasion, dans son enfance, d'aller chez Mme de Montesson et de la voir de près, donne sur elle, dans ses _Mémoires_[371], d'intéressants renseignements:
«Le caractère excellent de Mme de Montesson fit longtemps le bonheur de ce prince (du duc d'Orléans) et son propre bonheur.
«Elle s'occupait de musique et des chasses, dont elle partageait les plaisirs avec le prince.
«Elle avait un théâtre dans l'hôtel qu'elle habitait à la Chaussée d'Antin, théâtre sur lequel elle jouait avec lui. Le duc d'Orléans, né bonhomme et naïf, réussissait dans les rôles de paysan, et Mme de Montesson dans ceux de bergère et d'amante.
«Feu Mme la duchesse d'Orléans avait prostitué cette maison au point que les dames n'y venaient qu'avec des réserves étudiées et suivies. Mme de Montesson y rétablit le bon ton, la dignité, rouvrit la porte aux plaisirs délicats, et ranima le goût des arts, du bel esprit, et y ramena souvent la gaieté et la bonhomie.»
[371] Tome I, chap. I, p. 11. Voir aussi même tome, chap. XVIII, p. 215.
En mourant, Mme de Montesson laissa toute sa fortune au comte de Valence, qui avait épousé Mlle de Genlis. Celle-ci, qui l'appelait sa _tantâtre_, a parlé d'elle dans ses Souvenirs, et généralement, ainsi que nous l'avons vu tout à l'heure, elle ne la juge pas très favorablement. «Mme de Montesson, dit-elle encore, jouait à mon gré fort mal la comédie, parce qu'en cela, comme en toutes choses, elle manquait de naturel.»
Entre autres ouvrages, on doit à Mme de Montesson un recueil intitulé _OEuvres anonymes_ (Paris, 1782-1785, 8 vol. in-8), comprenant des mélanges et des pièces de théâtre, qui n'a été tiré qu'à douze exemplaires, est devenu très rare, et, à cause de cette rareté, est recherché des bibliophiles[372].
[372] Cf. LAROUSSE, _ouvrage cité_;--MICHAUD, _ouvrage cité_. M. Paul CHAPONNIÈRE (_ouvrage cité_, p. 114 et suiv.) donne en détail la bibliographie des œuvres de Mme de Montesson.
ANNE-THÉRÈSE-PHILIPPINE D'YVE (1738-1814), dame belge, née à Bruxelles. Elle fut «un des beaux esprits de son temps», dit Joannis Guigard[373]; ses idées démocratiques et l'amour du bien la rendirent célèbre en Belgique. Sa bibliothèque passait, à juste titre, pour l'une des plus riches de l'Europe, soit par la rareté des ouvrages, soit par l'excellence de la condition des volumes.
[373] _Ouvrage cité_, t. I, p. 209-210.
MADELEINE-CHARLES-ÉMILIE LE FÈVRE-CAUMARTIN DE LA COUR (1738?-1814)[374].
[374] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 166.
La MARQUISE DE PIGNATELLI D'EGMONT, Jeanne-Sophie-Élisabeth-Louise-Armande-Septimanie de Richelieu (1740-1773)[375].
[375] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 192.
La MARQUISE DE FOUQUET, Hélène-Julie-Rosalie Mancini-Mazarini, dite Mademoiselle de Nevers (1740-1780?)[376].
[376] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 161.
Mme DU BARRY, Marie-Jeanne Gomard Vaubernier, comtesse du Barry, maîtresse de Louis XV (1743-1793)[377].
[377] La date de naissance de la fameuse courtisane a été très contestée: les uns ont dit 1744, d'autres 1746. Les Goncourt, dans leur ouvrage sur _La Du Barry_, pages 6 et 25 (Paris, Charpentier, 1891) ont traité cette question et publié l'acte authentique.
«Jeanne, fille naturelle d'Anne Béqus dite Quantiny, est née le dix-neuvième août de l'an mil sept cent quarante-trois...»
Elle était fille naturelle d'une couturière nommée Bécu ou Béqus, dite Quantiny ou Cantigny; elle savait à peine lire, et écrivait plus mal encore qu'elle ne lisait.