Part 8
«Je passe des nuits sans dormir, et ce n'est le plus souvent qu'à midi que j'attrape le sommeil; je me fais lire cinq heures de suite...[264].»
[264] Lettre du 2 avril 1773; t. II, p. 380 (édition Sainte-Aulaire).
Pessimisme et égoïsme, ces deux sentiments apparaissent fréquemment sous la plume de Mme du Deffand:
«Ceux qu'on nomme amis sont ceux par qui on n'a pas à craindre d'être assassiné, mais qui laisseraient faire les assassins[265].»
[265] Lettre du 8 mars 1767; t. I, p. 415 (édition M. de Lescure).
«Je jouis d'une sorte de plaisir, qui est d'observer l'orgueil et la vanité de tout le monde; il n'y a presque personne qui ne prétende à jouer un rôle; il y a peu de bons acteurs[266].»
[266] Lettre du 19 novembre 1771; t. II, p. 87 (édition Sainte-Aulaire).
«...Le plus beau jour de la vie est celui où on la quitte. Cela revient à peu près, Madame, à ce que vous me dites si souvent: que _le plus grand malheur est d'être né_[267].»
[267] Lettre de d'Alembert à la marquise du Deffand, 25 juin 1763; t. I, p. 276 (édition M. de Lescure).
Mme du Deffand déclarait assez cyniquement «qu'elle n'avait _ni tempérament ni roman_, ce qui ne l'empêcha pas d'être galante avant d'être philosophe[268].»
[268] M. DE LESCURE, notice en tête des _Mémoires de Mme de Staal-Delaunay_, t. I, p. 7 (édition Jannet-Picard).
Sainte-Beuve, dans un de ses articles des _Causeries du lundi_[269], fait grand éloge du style et de la valeur littéraire des lettres de Mme du Deffand:
«Mme du Deffand est un de nos classiques par la langue et par la pensée... Elle est avec Voltaire, dans la prose, le classique le plus pur de cette époque, sans même en excepter aucun des grands écrivains.»
[269] Tome I, p. 412 et suiv.
La MARQUISE D'AMBRES, Henriette-Antoinette de Mesmes (1698-1715)[270].
[270] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 132.
La MARQUISE DE PRIE, née Agnès Berthelot de Pleneuf (1698-1727)[271].»
[271] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 438.
Fille d'un financier, «qui s'était gorgé par bien des métiers», dit Saint-Simon[272], cette amie des livres eut une existence très mouvementée. En 1713, elle épouse le marquis de Prie, qui fut ambassadeur à Turin; rentre à Paris, en 1719, et devient la maîtresse du duc de Bourbon, qu'elle domina bientôt entièrement. Elle était belle, très ambitieuse, et quand son amant fut nommé premier ministre après la mort du Régent, elle exerça un pouvoir absolu, dont elle ne fit guère usage que pour satisfaire ses passions et sa rapacité. Dame du palais de Marie Leszczynska, qu'elle avait contribué à faire monter sur le trône, elle voulut faire chasser Fleury, alors évêque de Fréjus. Elle échoua; le duc de Bourbon fut disgracié (juin 1726); et, exilée en Normandie, la marquise de Prie ne put supporter son malheur et s'empoisonna l'année suivante.
[272] _Mémoires_, t. XII, p. 429; voir aussi pages suivantes;--et Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.
La COMTESSE DE GÉLAS, Henriette-Antoinette de Mesmes (1698-....)[273].
[273] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 163.
* * * * *
La VICOMTESSE D'AUCHY, Charlotte des Ursins (....-1646).
Jamais personne ne fut si avide qu'elle de lectures--lectures en public--de toutes sortes, comédies, lettres, harangues et sermons même, dit Tallemant des Réaux[274]. Elle avait le goût des réunions littéraires, et «prestoit son logis avec un extresme plaisir pour de telles assemblées». Elle s'avisa même de créer chez elle «une certaine académie, où tour à tour chacun liroit quelque ouvrage». Cette académie paraît n'avoir été, au commencement du moins, qu'«une vraie cohue», selon l'expression de Tallemant, qui y alla une fois, «par curiosité».
[274] _Les Historiettes_, t. I, p. 228.
On examinait et discutait de singulières questions dans ces séances. Un jour, un certain Boutard, qui devint dans la suite «président des trésories de France, à Montpellier,» et qui se plaisait à berner et mystifier les gens, «traita des diverses façons de cracher; il en trouva cinquante-deux, dont il fit la démonstration aux dépens du tapis de pieds de la vicomtesse[275].»
[275] TALLEMANT DES RÉAUX, _ouvrage cité_, t. IV, p. 135.
LOUISE NOGARET DE LA VALETTE, abbesse à Metz (....-1647)[276].
[276] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 192.
La DUCHESSE DE VILLARS-BRANCAS, Julienne-Hippolyte d'Estrées, mariée, en 1597, à Georges de Brancas, duc de Villars (XVIIe siècle, décédée après 1657)[277].
[277] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 139.
Très coquette, et encore plus dévergondée, c'est ainsi que Tallemant des Réaux nous dépeint la duchesse de Villars. «C'estoit la plus grande escroqueuse du monde, ajoute-t-il[278]. Quand il fallut sortir du Havre, pour ne point faire crier toute la ville, car ils (son mari et elle) devoient à Dieu et au monde, elle fit publier que tous leurs créanciers vinssent un certain jour parler à elle. Elle parla à tous en particulier, leur avoua qu'elle n'avoit point d'argent, mais qu'elle avoit, en deux ou trois lieux qu'elle leur nomma, des magasins de pommes à cidre pour dix ou douze mille escus; qu'elle leur en donneroit pour les deux tiers de leur debte, et une promesse pour le reste payable en tel temps. Elle disoit cela à chacun avec protestation qu'elle ne traitoit pas les autres de la sorte, et qu'il se gardast bien de s'en vanter. Les pauvres gens, les plus contents du monde, prirent chascun en paiement un ordre aux fermiers de donner à l'un pour tant de pommes et pour tant à l'autre; mais quand ils y furent, ils ne trouvèrent en tout que pour cinq cents livres de pommes.»
[278] _Ouvrage cité_, t. I, p. 145.
MARIE-ANNE CHRISTINE DE BAVIÈRE, femme du Grand Dauphin, fils de Louis XIV et de Marie-Thérèse (....-1690).
Elle avait des goûts sérieux, aimait les lettres, et elle protégea Racine[279].
[279] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 415.
MARIE-CATHERINE LE CAMUS DE NICOLAI (....-1698)[280].
[280] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 189.
CHARLOTTE D'ALBERT D'AILLY DE CHAULNES, religieuse à l'Abbaye-aux-Bois, puis à Poissy (....-1707)[281].
[281] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 130.
LOUISE-ISABELLE D'ANGENNES DE RAMBOUILLET, religieuse, abbesse de Saint-Étienne de Reims, décédée presque nonagénaire (....-1707)[282].
[282] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 132.
Mme FRANÇOISE DOUJAT, Madeleine Tiraqueau, dont le mari était maître d'hôtel du roi (....-1709)[283].
[283] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 151.
La MARQUISE DE LAMOIGNON-BAVILLE, Marie-Jeanne Voysin, mariée, en 1674, à Chrétien-François Lamoignon, marquis de Baville (....-1727).
Conseiller au Parlement, puis avocat général, puis président à mortier, Chrétien-François Lamoignon fut nommé membre de l'Académie des inscriptions, en 1704. Comme son père, il était lié avec les beaux esprits du temps, et c'est à lui que Boileau a adressé sa sixième épître. La bibliothèque du président Lamoignon, qui renfermait d'importants manuscrits, est passée en Angleterre[284].
[284] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 169:--et Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.
* * * * *
DIANE-FRANÇOISE D'ALBRET, abbesse de Sainte-Croix de Poitiers de 1650 à 1680 (XVIIe siècle)[285].
[285] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 130.
La COMTESSE DE BERLAYMONT, Marguerite de Lalaing (XVIIe siècle)[286].
[286] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 137.
Mme NICOLAS BOUCOT, née Néthine (XVIIe siècle)[287].
[287] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 138.
La MARQUISE DE BULLION-WIDEVILLE, Marie-Catherine de Beauveau (XVIIe siècle).
Sa bibliothèque contenait une fort belle collection d'œuvres dramatiques[288].
[288] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 141.
HONORÉE DE BUSSY (XVIIe siècle)[289].
[289] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 406.
Mme DUGAS DE BOIS-SAINT-JUST, née Maindestre (XVIIe siècle).
Son mari était échevin de la ville de Lyon en 1658 et prévôt en 1696[290].
[290] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 153.
Mme LOUISE DE DURFORT, fille de Jean de Durfort, mariée, en 1683, à Jean-Louis de Durfort, son cousin (XVIIe siècle)[291].
[291] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 153.
La MARQUISE DE FOUQUET, Marie-Jeanne Guyon (XVIIe siècle)[292].
[292] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 161.
N. DE GROSSOLLES DE FLAMARENS, abbesse des Bénédictines (XVIIe siècle)[293].
[293] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 165.
La PRINCESSE DE GUÉMÉNÉ, mariée, en 1617, à Louis VII de Rohan, prince de Guéméné, son cousin germain (XVIIe siècle)[294].
[294] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 399.
La DUCHESSE DE LA ROCHEFOUCAULD, femme de l'auteur des _Maximes_ (XVIIe siècle)[295].
[295] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. II, p. 406.
MADELEINE DE LÉRIS (XVIIe siècle)[296].
[296] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. II, p. 408.
ERNESTINE DE LIGNE, mariée à Jean, comte de Nassau-Dillenbourg-Siegen, général de la cavalerie de Flandre (XVIIe siècle)[297].
[297] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 178.
CLAUDE DE LORRAINE, fille du duc Henri II de Lorraine, mariée en 1634 (XVIIe siècle)[298].
[298] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 404.
Mme THÉVENOT, femme de Melchisédech Thévenot, garde de la Bibliothèque du roi (XVIIe siècle).
Melchisédech Thévenot (vers 1620-1692), qui avait beaucoup voyagé, avait rapporté en France quantité de livres rares et de manuscrits précieux. Il tenait, dans sa maison d'Issy, des réunions périodiques, où chaque invité rendait compte des expériences et découvertes scientifiques qu'il faisait: ce fut là, dit Ménage, l'origine de l'Académie des sciences.
Un neveu de Melchisédech Thévenot, Jean de Thévenot (avec la particule nobiliaire) (1633-1667), qui fut aussi un infatigable voyageur et qui mourut en Arménie, passe pour être l'introducteur du café en France[299].
[299] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 202, et t. II, p. 447-448;--MICHAUD, _Biographie universelle_;--Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_;--etc.
VI
La reine MARIE LESZCZYNSKA, femme de Louis XV (1703-1768).
Cette princesse, victime résignée, vertueuse, se réfugia dans la religion et aussi dans le culte des arts. Le roi, dans sa froideur était avec la reine «d'une régularité impitoyable. D'Argenson écrit: Il lui fit sept enfants sans lui dire un mot.[300]»
[300] MICHELET, _Histoire de France_, t. XVIII, chap. VII, p. 119 (Paris, Marpon et Flammarion, 1879).
Non seulement elle s'occupait de peinture, de gravure et de musique, mais elle lisait beaucoup, même des ouvrages ardus, principalement des livres pieux et des récits historiques. Sa bibliothèque, peu nombreuse, était composée de volumes traitant surtout de ces deux sujets: religion et histoire. Ses livres, reliés par Padeloup, sont conservés pour la plupart à la Bibliothèque nationale[301].
[301] Cf. Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 118.
La reine Marie Leszczynska avait fait établir une petite imprimerie dans son cabinet, et elle se plaisait à composer et à imprimer de jolis livres de piété, dont elle faisait cadeau à son entourage. Elle avait ainsi fait de l'imprimerie un amusement, et mis cet amusement à la mode[302].
[302] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 40 et suiv. et p. 97, note 1.--Voir aussi Antony VALABRÈGUE, _les Princesses artistes_, p. 18 et suiv. (Paris, Dupret, 1888).
La DUCHESSE D'ORLÉANS, Auguste-Marie-Jeanne de Bade, femme de Louis, duc d'Orléans, belle-fille du Régent, bisaïeule du roi Louis-Philippe (1704-1726)[303].
[303] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 443.
La DUCHESSE DE BOUFFLERS, plus tard DUCHESSE ET MARÉCHALE DE MONTMORENCY-LUXEMBOURG, ou MARÉCHALE DE LUXEMBOURG, Madeleine-Angélique de Neufville de Villeroy (1707-1787)[304].
[304] Cf. Joannis GUIGARD, ouvrage cité, t. I, p. 187;--_Correspondance de Mme du Deffand_, t. III, p. 475, et _passim_ (édition Sainte-Aulaire);--etc.
Mariée en 1721, à quatorze ans, à Joseph-Marie, duc de Boufflers, mort en 1747, Madeleine-Angélique de Neufville de Villeroy épousa en secondes noces, en 1750, Charles-François-Frédéric de Montmorency-Luxembourg, maréchal de France[305]. C'est sur elle que le comte de Tressan fit la fameuse chanson:
Quand Boufflers parut à la cour, On crut voir la mère d'Amour; Chacun s'empressait à lui plaire, Et chacun l'avait à son tour[306].
[305] Sainte-Beuve, qui la qualifie d'«arbitre souverain de l'usage et de la politesse», dit qu'«elle l'avait pour amant déjà (le maréchal de Luxembourg), depuis quelques années, et n'en faisait point mystère: on a des couplets d'elle, où elle s'en vante à la face de la première duchesse de Luxembourg, laquelle avait pour ami, de son côté, Pont-de-Veyle, de même que Mme du Châtelet avait Voltaire. Toutes ces passions, toutes ces liaisons se mêlaient, s'entre-croisaient, et à ciel découvert... Les mœurs de Mme de Boufflers furent celles du grand monde de son temps, c'est-à-dire plus que légères.» (_Nouveaux Lundis_, t. IV, p. 7 et 8.)
[306] Pour que ce quatrain fût régulier, il faudrait une rime à _plaire_; aussi a-t-on proposé diverses corrections, celles-ci, par exemple:
/* On croyait voir d'Amour la mère; */
ou bien:
/* Venant de l'île de Cythère. */
(Cf. _l'Intermédiaire des chercheurs et curieux_, 7 juillet 1899, col 2.)
«Quand Mme de Boufflers chantait plus tard ce couplet, elle s'arrêtait au dernier vers et disait: _J'ai oublié le reste_. Un jour, elle se mit à marmotter cette chanson devant M. de Tressan lui-même, en disant: «Connaissez-vous l'auteur? Elle est si jolie que non seulement je lui pardonnerais, mais je crois que je l'embrasserais.» Tressan y fut pris comme le corbeau de la fable, et il dit: «Eh bien, c'est moi!» Elle lui appliqua deux bons soufflets[307].»
[307] SAINTE-BEUVE, _Nouveaux Lundis_, t. IV, p. 11.
Il est très fréquemment question de la maréchale de Luxembourg dans les _Confessions_ de Jean-Jacques, qui l'avait connue alors qu'elle était la duchesse de Boufflers, et à qui elle témoigna un vif intérêt.
Trois grandes dames du dix-huitième siècle, toutes trois grandes amies des galants plaisirs mais aussi des livres et des lettres, ont porté le nom de Boufflers[308].
[308] J'en trouve même une quatrième, bibliophile tout au moins celle-ci, la DUCHESSE DE BOUFFLERS, Marie-Anne-Thérèse-Philippe de Montmorency-Laval (....-....), mariée, en 1747, à Charles-Joseph de Boufflers, né en 1731, et mort en 1751, à vingt ans. Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 138.
«Il y eut trois femmes du nom de Boufflers fort célèbres et très à la mode dans le grand monde et dans le même temps, écrit Sainte-Beuve[309]: la duchesse de Boufflers... qui échangea plus tard son nom contre celui de maréchale-duchesse de Luxembourg. Ce fut la dernière figure tout à fait en vue de vieille femme et de grande dame imposante dans l'ancienne société...
[309] _Nouveaux Lundis_, t. IV, p. 164-165.
«Il y avait encore la marquise de Boufflers, la digne mère du léger et spirituel chevalier, l'amie du bon roi Stanislas, et qui faisait les beaux jours de la petite Cour de Lunéville à l'époque où Mme du Châtelet et Voltaire y étaient invités. C'est à elle que le bon vieux roi disait un soir en la quittant et en lui baisant plusieurs fois la main, devant son chancelier, qui passait pour en être lui-même amoureux: «Mon chancelier vous dira le reste.» On citait de sa façon maint couplet, des impromptus de société, des épigrammes, et peu de personnes, nous dit La Harpe, ont mis dans ces sortes de bagatelles une tournure plus piquante. Mais... femme aimable et qu'on aime à rencontrer dans ce monde-là, elle n'a pas, dans l'histoire de la société d'alors, le degré d'importance des deux autres.
«La comtesse de Boufflers, qu'on a souvent confondue avec la précédente, et qui, sans qu'on veuille en rien faire tort à celle-ci, lui était, au dire de bons témoins, «supérieure en figure, en agréments, en esprit et en raison»; qui avait aussi, il faut en convenir, plus de prétentions qu'elle au bel esprit et à l'influence, a pour qualité distinctive d'avoir été l'amie du prince de Conti, celle de Hume l'historien, de Jean-Jacques, du roi de Suède Gustave III; elle est perpétuellement désignée dans la Correspondance de Mme du Deffand sous le nom de _l'Idole_: le prince de Conti ayant dans sa juridiction le Temple en qualité de grand-prieur, la dame favorite qui y venait, qui même y logeait et y avait son jardin et son hôtel attenant, s'appelait tout naturellement _l'Idole du Temple_ ou, par abréviation, _l'Idole_.»
Voici, toujours empruntées à Sainte-Beuve, quelques anecdotes sur la comtesse de Boufflers:
«Un jour, oubliant qu'elle était la maîtresse du prince de Conti, il lui échappa de dire qu'elle méprisait une femme qui avait (c'était le mot d'alors) un prince du sang. Comme on lui faisait sentir l'inconséquence: «Je veux, dit-elle, rendre à la vertu par mes paroles ce que je lui ôte par mes actions.»
«Un autre jour, elle reprochait vivement à son amie la maréchale de Mirepoix de voir Mme de Pompadour, et, se laissant emporter à la vivacité de l'altercation, elle alla jusqu'à dire: «Ce n'est, au bout du compte, que la première fille du royaume.»--«Ne me forcez pas de compter jusqu'à trois», répliqua la maréchale. La seconde, en effet, eût été Mlle Marquise, maîtresse du duc d'Orléans, et, par ordre de rang ou de préséance, Mme de Boufflers venait la troisième. La repartie était cruelle»[310].
[310] SAINTE-BEUVE, _Nouveaux Lundis_, t. IV, p. 178-179.
Si inconstante et légère qu'elle fût, dans sa jeunesse du moins, la comtesse de Boufflers est l'auteur d'un curieux code de morale mondaine et de sagesse virile, voire stoïque, qui ne laisse pas d'étonner sous sa plume, et dont, souvent et certainement, elle aurait dû mieux faire elle-même son profit:
«Dans la conduite, simplicité et raison.
«Dans l'extérieur, propreté et décence.
«Dans les procédés, justice et générosité.
«Dans l'usage des biens, économie et libéralité.
«Dans les discours, clarté, vérité, précision.
«Dans l'adversité, courage et fierté.
«Dans la prospérité, modestie et modération.
«Dans la société, aménité, obligeance, facilité.
«Dans la vie domestique, rectitude et bonté sans familiarité.
«S'acquitter de ses devoirs selon leur ordre et leur importance.
«Ne s'accorder à soi-même que ce qui vous serait accordé par un tiers éclairé et impartial.
«Éviter de donner des conseils; et, lorsqu'on y est obligé, s'acquitter de ce devoir avec intégrité, quelque danger qu'il puisse y avoir.
«Lorsqu'il s'agit de remplir un devoir important, ne considérer les périls et la mort même que comme des inconvénients et non comme des obstacles.
«Tout sacrifier pour la paix de l'âme.
«Combattre les malheurs et la maladie par la tempérance.
«Indifférent aux louanges, indifférent au blâme, ne se soucier que de bien faire, en respectant, autant qu'il sera possible, le public et les bienséances.
«Ne se permettre que des railleries innocentes, qui ne puissent blesser ni les principes ni le prochain.
«Mépriser le crédit, s'en servir noblement et mériter la considération[311].»
[311] Dans SAINTE-BEUVE, _Nouveaux Lundis_, t. IV, p. 227-228.
La DUCHESSE DE MIREPOIX, Anne-Marguerite-Gabrielle de Beauveau-Craon (1707-1791)[312].
[312] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 183;--et la _Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p. 351, article de M. Maurice Tourneux sur _les Bibliothèques féminines au XVIIIe siècle_.
La DUCHESSE DE MONTMORENCY-BOUTEVILLE, Anne-Angélique de Harlus de Vertilly (1709?-1769)[313].
[313] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 186.
La DUCHESSE DE RUFFEC, Marie-Jeanne-Louise Bauyn d'Angervilliers, veuve en premières noces du président de Maisons, ami de Voltaire, et en second lieu d'Armand-Jean de Saint-Simon, duc de Ruffec, pair de France, maréchal de camp, grand d'Espagne de première classe (1711?-1761).
Très instruite dans l'histoire et les lettres, douée d'un esprit vif et d'un jugement sûr, la duchesse de Ruffec avait rassemblé une collection de livres qui passait, avec raison, pour l'une des plus remarquables de son temps.
La vente de cette importante bibliothèque eut lieu à Paris, le 8 mars 1762 et jours suivants, peu après le décès de la duchesse[314].
[314] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 198;--et la _Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p. 349, article de M. Maurice Tourneux.
La DUCHESSE DE BRANCAS ou DE VILLARS-BRANCAS, Louise-Diane-Françoise de Clermont-Gallerande (1711-1784).
Sa bibliothèque, composée de 3000 à 4000 volumes, tous d'un très bon choix, bien conditionnés, dont beaucoup étaient reliés en maroquin, et qui contenait «quelques livres d'histoire naturelle enluminés avec soin», fut mise en vente à Paris, après le décès de la duchesse, le 28 décembre 1784 et jours suivants[315].
[315] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 140;--et la _Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p. 350, article de M. Maurice Tourneux.
La DUCHESSE DE BRANCAS-LAURAGUAIS, Diane-Adélaïde de Mailly (1714-1769).
Sa bibliothèque fut mise en vente à Paris le 21 mai 1770[316].
[316] _Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p. 350, article de M. Maurice Tourneux.
Mme DE WATTEVILLE (ou VATTEVILLE), Marie-Louise-Rosalie Phelypeaux de Pontchartrain, marquise de Conflans (1714-....)[317].
[317] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 205.
Mme DUREY DE NOINVILLE, Marie-Suzanne-Françoise-Pauline de Simiane (1715-....)[318].
[318] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 153.
La DUCHESSE DE BEAUVILLIERS DE SAINT-AIGNAN, Marie-Suzanne-Françoise de Creil de Bournezeau (1716-....).
«Pieuse et riche, dit le duc de Luynes, la duchesse de Beauvilliers avait réuni un grand nombre d'ouvrages, la plupart sur des matières religieuses[319].»
[319] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 136.
La PRINCESSE DE LA TOUR D'AUVERGNE, Louise-Henriette-Gabrielle de Lorraine, dite Mademoiselle de Marsan (1718-....)[320].
[320] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 443;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 172.--Marsan était une branche de la maison de Lorraine: cf. Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_, article Marsan.
Mme THIROUX D'ARCONVILLE, Marie-Geneviève-Charlotte Darlus (1720-1805).
Mariée à quatorze ans à Thiroux, conseiller au Parlement, elle fut atteinte de la petite vérole à vingt-trois ans, et on la vit alors abandonner les plaisirs du monde, prendre le costume d'une vieille femme, et ne plus s'occuper que des plaisirs de l'esprit. Elle étudia l'histoire, la médecine, la physique, la chimie, etc., suivit les cours d'anatomie et de botanique du Jardin du roi, et acquit des connaissances aussi étendues que variées. Elle réunissait dans son salon les hommes les plus distingués de son temps, et elle a publié de nombreux ouvrages: romans, histoire, morale, etc.[321].
[321] Joannis GUIGARD (_ouvrage cité_, t. I, p. 203) donne à Mlle Marie-Geneviève-Charlotte Darlus le nom de Thiroux de Lailly et la fait mourir en 1766.--Cf. Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_:--MICHAUD, _ouvrage cité_;--LAROUSSE, _ouvrage cité_;--etc.
Comme la reine Marie Leszczynska, sa rivale auprès du roi, la MARQUISE DE POMPADOUR (1721-1764) avait le goût des arts, s'amusait à dessiner et à graver, et on avait constaté que le burin de la maîtresse triomphait de celui de l'épouse[322].
[322] Cf. Antony VALABRÈGUE, _ouvrage cité_, p. 25.
La marquise de Pompadour aimait aussi les livres et la lecture. Elle protégea les artistes, les philosophes, les savants, et elle a été l'inspiratrice du goût artistique de son époque.