Part 7
1º CATHERINE-ANGÉLIQUE, femme du marquis DE DREUX-BREZÉ (1683?-1739).
2º MARIE-THÉRÈSE, femme du duc DE LA FEUILLADE, maréchal de France (1684-1725?).
3º ÉLISABETH-GENEVIÈVE, femme du duc DE DURFORT DE LORGES (1685-1714)[206].
[206] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. II, p. 428. Cette troisième fille de Mme de Chamillard porte les prénoms de Geneviève-Thérèse dans Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 153.
Saint-Simon, dont cette dernière, la duchesse de Lorges, était la belle-sœur, a tracé d'elle un vivant, et vigoureux, et superbe portrait, où nous voyons que cette grande dame était sans doute encore plus passionnée pour le jeu que pour les riches reliures:
«La duchesse de Lorges, troisième fille de Chamillard, mourut à Paris, en couche de son second fils, le dernier mai (1714), jour de la Fête-Dieu, dans sa vingt-huitième année. C'étoit une grande créature, très bien faite, d'un visage agréable, avec de l'esprit et un naturel si simple, si vrai, si surnageant à tout, qu'il en étoit ravissant; la meilleure femme du monde et la plus folle de tout plaisir, surtout du gros jeu. Elle n'avoit quoi que ce soit des sottises de gloire et d'importance des enfants des ministres; mais tout le reste elle le possédoit en plein. Gâtée dès sa première jeunesse par une cour prostituée à la faveur de son père, avec une mère incapable d'aucune éducation, elle ne crut jamais que la France ni le roi pût se passer de son père. Elle ne connut aucun devoir, pas même de bienséance. La chute de son père ne put lui en apprendre aucun, ni émousser la passion du jeu et des plaisirs. Elle l'avouoit tout le plus ingénument du monde, et ajoutoit après qu'elle ne pouvoit se contraindre. Jamais personne si peu soigneuse d'elle-même, si dégingandée: coiffure de travers, habits qui traînoient d'un côté, et tout le reste de même, et tout cela avec une grâce qui réparoit tout. Sa santé, elle n'en faisoit nul compte; et, pour sa dépense, elle ne croyoit pas que terre pût jamais lui manquer. Elle était délicate, et sa poitrine s'altéroit. On le lui disoit: elle le sentoit, mais de se retenir sur rien, elle en étoit incapable. Elle acheva de se pousser à bout de jeu, de courses, de veilles en sa dernière grossesse. Toutes les nuits elle revenoit couchée en travers dans son carrosse. On lui demandoit en cet état quel plaisir elle prenoit. Elle répondoit d'une voix qui de foiblesse avoit peine à se faire entendre qu'elle avoit bien du plaisir. Aussi finit-elle bientôt. Elle avoit été fort bien avec Mme la Dauphine, et dans la plupart de ses confidences. J'étois fort bien avec elle; mais je lui disois toujours que pour rien je n'eusse voulu être son mari. Elle étoit très douce, et, pour qui n'avoit que faire à elle, fort aimable[207].»
[207] SAINT-SIMON, _ouvrage cité_, t. VII, p. 60-61.
MARIE-BÉATRIX-ÉLÉONORE D'ESTE-MODÈNE (1658-1718)[208].
[208] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 124.
La DUCHESSE DE BEAUVILLIERS, ou DE SAINT-AIGNAN-BEAUVILLIERS, fille de Colbert, femme du duc de Beauvilliers, ami intime de Saint-Simon (1658?-1733)[209].
[209] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 413;--SAINT-SIMON, _ouvrage cité_, t. IV, p. 73, et t. VII, p. 130 et suiv.;--Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.
La DUCHESSE DE VENTADOUR, Charlotte-Éléonore-Madeleine de la Mothe-Houdancourt (1661?-1744)[210].
[210] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 205.
MARIE-LOUISE D'ORLÉANS (1662-1689), sœur consanguine du Régent, qui épousa le roi d'Espagne Charles II, possédait de beaux livres, qu'elle faisait timbrer des armes d'Espagne, accolées à celles d'Orléans[211].
[211] Cf. Eugène ASSE, _les Bourbons bibliophiles_, p. 49-50.
LOUISE-FRANÇOISE DE MORTEMART, fille du maréchal de Vivonne, abbesse de Fontevrault en 1704 (1664-1742)[212].
[212] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 188.
MADEMOISELLE DE BLOIS, Marie-Anne de Bourbon, fille légitimée de Louis XIV et de Mlle de La Vallière, qui épousa Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, est citée parmi les femmes bibliophiles (1666-1739)[213].
[213] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 416.
De même pour une autre MADEMOISELLE DE BLOIS, Françoise-Marie de Bourbon, fille légitimée de Louis XIV et de Mme de Montespan, qui épousa Philippe, duc d'Orléans, et eut ainsi pour belle-mère la princesse Palatine (1677-1749): elle aussi eut le goût des beaux livres[214].
[214] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 5.
MARIE-ANNE-FRANÇOISE BIGNON DE VERTHAMON (1669?-1739)[215].
[215] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 207.
La COMTESSE DE VERRUE (1670-1736), la fameuse _Dame de Volupté_, fille du duc de Luynes, et maîtresse du roi de Sardaigne Victor-Amédée II de Savoie.
Elle avait la passion des collections d'art, et, lorsqu'elle vint habiter Paris, elle réunit, moitié dans son somptueux hôtel de la rue du Cherche-Midi, moitié dans son château de Meudon, une des plus belles bibliothèques de son temps, riche surtout en pièces de théâtre. Nous en savons la composition exacte grâce au catalogue dressé par Gabriel Martin, et qui se trouve à la Bibliothèque nationale.
Ses livres, au nombre d'environ 18.000, étaient «d'un choix exquis», dit Joannis Guigard[216] et, pour la plupart, «habillés par les meilleurs artistes de l'époque».
[216] _Ibid._
La comtesse de Verrue annotait volontiers ses livres, ce qui prouve l'attention avec laquelle elle les lisait, et son goût pour l'étude: un exemplaire de l'ouvrage de Lenglet-Dufresnoy, _De l'usage des romans_, conservé jadis au dépôt du Louvre, était littéralement couvert de notes de sa main[217].
[217] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 207.
Elle-même avait composé son épitaphe:
Ci-gît, dans une paix profonde, Cette Dame de Volupté, Qui, pour plus grande sûreté, Fit son paradis en ce monde[218].
[218] Cf. G. DE LÉRIS, _la Comtesse de Verrue_, p. 208-226 et _passim_ (Paris, Quantin, 1881);--et Édouard FOURNIER, _l'Art de la reliure en France_, p. 189.
ÉLISABETH-ROSALIE D'ESTRÉES, fille de Jean, comte d'Estrées (1672?-1750)[219].
[219] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 159.
Mme DE CAYLUS, Marthe-Marguerite Le Valois de Villette de Mursay, nièce à la mode de Bretagne de Mme de Maintenon (1673-1729)[220].
[220] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 418;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 143.
Elle a laissé de très intéressants souvenirs, remplis d'anecdotes, de portraits, de fines et judicieuses remarques. Sainte-Beuve, qui lui a consacré un article[221], l'a intitulé: _Mme de Caylus et de ce qu'on appelle_ URBANITÉ, confirmant un jugement de l'abbé Gédoyn qui «trouvait, dans Mme de Caylus, l'image la plus achevée et le plus parfait modèle de l'_urbanité_[222]».
[221] _Causeries du lundi_, t. III, p. 56 et suiv.
[222] Cf. M. DE LESCURE, _Notice sur la marquise de Caylus_, en tête de ses _Souvenirs_, p. 30 (édition Jannet-Picard).
MADEMOISELLE DE NANTES, Louise-Françoise de Bourbon, fille légitimée de Louis XIV et de Mme de Montespan, femme de Louis III, duc de Bourbon, prince de Condé (1673-1743).
Elle lisait beaucoup et annotait ses livres, et elle avait rassemblé une intéressante bibliothèque[223].
[223] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 320.
De son mariage avec le duc de Bourbon, prince de Condé, Mademoiselle de Nantes eut plusieurs enfants, dont cinq filles, qui témoignèrent des mêmes goûts que leur mère pour les livres:
1º MARIE-ANNE-GABRIELLE-ÉLÉONORE, religieuse à Fontevrault, puis abbesse de Saint-Antoine des Champs (1690-1760)[224];
2º LOUISE-ÉLISABETH, dite MADEMOISELLE DE CHAROLAIS; mariée, en 1713, à Louis-Armand DE BOURBON, prince DE CONTI (1693-1775).
[224] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 113;--et M.-N. BOUILLET, _Atlas universel d'histoire et de géographie_, p. 520-521.
La bibliothèque de la princesse de Conti, dont le catalogue, dressé par Prault fils, comprenait 1711 nos, fut vendue à Paris le 14 septembre 1775 et jours suivants. «Le catalogue très rare de cette bibliothèque mérite à bon droit d'être recherché, écrit M. Maurice Tourneux[225]. On y remarque, au milieu d'une foule de bons livres, un recueil de pièces de l'ancien théâtre français en 50 volumes in-4, maroquin bleu; une collection singulièrement riche de romans, nouvelles et contes (nos 535-955); et la série complète du _Mercure_ (y compris les extraordinaires) de 1673 à 1774, en 853 volumes in-12.»
[225] _Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p. 350.
3º MARIE-ANNE, dite MADEMOISELLE DE CLERMONT (1697-1741);
4º HENRIETTE-LOUISE-FRANÇOISE-GABRIELLE, dite MADEMOISELLE DE VERMANDOIS, religieuse (1703-1772);
5º ÉLISABETH-ALEXANDRINE dite MADEMOISELLE DE SENS (1705-1765)[226].
[226] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 432;--Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 114-115;--et Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_, article Condé (Louis III, prince de).
La MARQUISE DE GRIGNAN, Anne-Marguerite de Saint-Amant ou Saint-Amand (1674?-1736)[227].
[227] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 164.
Son mari, qui était petit-fils de Mme de Sévigné, et fils du lieutenant général ou gouverneur de la Provence, avait reçu les prénoms de Louis-Provence: on lui avait donné, comme à un fils de souverain, le nom de cette province[228].
[228] Cf. Paul MESNARD, notice biographique, en tête des _Lettres de Mme de Sévigné_, édition des Grands Écrivains, t. I, p. 228.
Mlle de Saint-Amand avait dix-huit ans, lors de son mariage, et était, au jugement de Mme de Sévigné, «jolie, aimable, sage, bien élevée, raisonnable au dernier point[229].» Au bout de quelques mois, comme il advient souvent dans ces unions formées par la vanité des uns et les vues intéressées des autres, il y avait déjà mésintelligence dans le ménage[230].
[229] ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 298.
[230] Cf. Paul MESNARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 298.
Louis-Provence de Grignan, né en 1671 et mort en 1704, brigadier des armées du roi, fut l'ami de Saint-Simon, et voici en quels termes le grand mémorialiste parle du marquis et de la marquise de Grignan:
«Je perdis un ami avec qui j'avais été élevé, qui était un très galant homme, et qui promettait fort: c'était le fils unique du comte de Grignan et de cette Mme de Grignan si adorée dans les lettres de Mme de Sévigné, sa mère, dont cette éternelle répétition est tout le défaut. Le comte de Grignan, chevalier de l'ordre en 1688, s'était ruiné à commander en Provence, dont il était seul lieutenant général. Ils marièrent donc leur fils à la fille d'un fermier général fort riche. Mme de Grignan, en la présentant au monde, en faisait ses excuses; et avec ses minauderies en radoucissant ses petits yeux, disait qu'il fallait bien de temps en temps du fumier sur les meilleures terres. Elle se savait un gré infini de ce bon mot, qu'avec raison chacun trouva impertinent, quand on a fait un mariage, et le dire entre bas et haut devant sa belle-fille. Saint-Amant, son père, qui se prêtait à tout pour leurs dettes, l'apprit enfin, et s'en trouva si offensé qu'il ferma le robinet. Sa pauvre fille n'en fut pas mieux traitée; mais cela ne dura pas longtemps. Son mari, qui s'était fort distingué à la bataille d'Hochstedt, mourut au commencement d'octobre (1704), à Thionville; on dit que ce fut de la petite vérole. Il avait un régiment, était brigadier et sur le point d'avancer. Sa veuve, qui n'eut point d'enfants, était une sainte, mais la plus triste et la plus silencieuse que je vis jamais. Elle s'enferma dans sa maison, où elle passa le reste de sa vie, peut-être une vingtaine d'années, sans en sortir que pour aller à l'église, et sans voir qui que ce fût[231]».
[231] SAINT-SIMON, _ouvrage cité_, t. III, p. 121-122.
ÉLISABETH-CHARLOTTE D'ORLÉANS, sœur du Régent Philippe d'Orléans, et femme de Léopold Ier, duc de Lorraine (1676-1744)[232].
[232] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 421.
La DUCHESSE DU MAINE, Anne-Louise-Bénédicte de Bourbon, femme de Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, fils naturel de Louis XIV et de Mme de Montespan (1676-1753).
Elle aimait beaucoup les livres, et elle tint à Sceaux une véritable cour littéraire, où Fontenelle, Malézieux, La Fare, Sainte-Aulaire, Chaulieu, et plus tard Voltaire faisaient avec elle assaut d'esprit[233].
[233] Cf. Mme DE CAYLUS, _Souvenirs_, p. 193-194 (édition Jannet-Picard);--Mme DE STAAL-DELAUNAY, _Mémoires_, p. 112 et suiv. et _passim_ (édition Jannet-Picard);--Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 107-108;--et Eugène ASSE, _les Bourbons bibliophiles_, p. 93-94.
Ces goûts littéraires ne l'empêchèrent pas de s'occuper de politique, comme le prouve cette conspiration de Cellamare dont elle fut l'inspiratrice. Souvent même, ainsi qu'on l'a remarqué[234], «la littérature fut pour elle le masque de la politique; et l'emblème dont elle timbrait ses livres était aussi le ralliement de ses alliés, les chevaliers de la Mouche à miel. Sur ses livres, en effet, étaient frappées des abeilles d'or, avec, autour de leur ruche, cette devise, tirée de _l'Aminte_ du Tasse: _Piccola si ma fa pur gravi le ferite_ (Je suis petite, mais je fais cependant de graves blessures),--allusion à la petite taille de la princesse et à l'ordre galant de la Mouche à miel, qu'elle avait fondé en 1703.»
[234] Eugène ASSE, _ibid._
La DUCHESSE DE BRANCAS, Marie-Angélique Frémyn de Moras, femme de Louis-Antoine de Brancas, duc de Villars, comte de Lauraguais (1676-1763).
Sa bibliothèque, dont le catalogue, dressé par Prault, comprenait 750 nos, fut vendue, à Paris, peu après la mort de la duchesse, le 14 novembre 1763 et jours suivants[235].
[235] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 140;--et la _Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p. 349, article de M. Maurice Tourneux: _Bibliothèques féminines au XVIIIe siècle_.
La duchesse de Brancas, qui porta longtemps le titre de duchesse de Villars, a écrit ou plutôt dicté, dans sa vieillesse, de très piquants _Mémoires_, qui ont été publiés pour la première fois, en 1802, par son petit-fils le comte de Lauraguais; puis réédités, en 1865, par Louis Lacour, et, en 1890, par Eugène Asse.
La duchesse de Brancas était bien une femme de son époque, et que la sévérité des mœurs n'embarrassait guère. Saint-Simon nous a laissé d'elle et de son digne époux, qui était livré à «une infâme débauche[236]», ce sanglant et admirable portrait:
«Le duc de Villars et sa femme, sans estime réciproque, qu'en effet ils ne pouvoient avoir, vivoient fort bien ensemble dans une entière et réciproque liberté, dont elle usoit avec aussi peu de ménagement de sa part que le mari de la sienne, qui le trouvoit fort bon, et en parloit même indifféremment quelquefois et jusqu'à elle-même devant le monde, et l'un et l'autre sans le moindre embarras. Mais elle étoit méchante, adroite, insinuante, intéressée comme une crasse de sa sorte, ambitieuse, avec cela artificieuse, rusée, beaucoup d'esprit d'intrigue, mais désagréable plus encore que son mari; et tous les deux bas, souples, rampants, prêts à tout faire pour leurs vues, et rien de sacré pour y réussir, sans affection, sans reconnaissance, sans honte et sans pudeur, avec un extérieur doux, poli, prévenant, et l'usage, l'air, la connaissance et le langage du grand monde[237].»
[236] SAINT-SIMON, _ouvrage cité_, t. VIII, p. 438.
[237] ID., _ibid._
«En 1740, la duchesse de Villars, qui, depuis deux ans, portait le titre de duchesse de Brancas, par suite de la mort de son beau-père, avait soixante-quatre ans. C'était, écrit Eugène Asse[238], une femme à l'esprit gaulois, dont l'anecdote suivante peut aider à se faire une idée: «Hier, M. de Richelieu, raconte d'Argenson[239], donna un grand souper à sa petite maison, par delà la barrière de Vaugirard. Tout y est en galanteries..., les lambris... ont des figures fort immondes. Le beau du début de ce souper étoit de voir la vieille duchesse de Brancas vouloir voir ces figures, mettre ses lunettes, et, avec une bouche pincée, les considérer froidement, pendant que M. de Richelieu tenoit la bougie et les lui expliquoit.»
[238] _Mémoires de la duchesse de Brancas_, Préface par Eugène Asse, p. XXXI (Paris, Jouaust, 1890).
[239] _Journal_, 22 novembre 1740 (édition Rathery).
La MARQUISE DE VIEUXBOURG ou DE VIEILBOURG, Louise-Françoise de Harlay de Cély (1680-1735).
«La marquise de Vieilbourg, remarquable par son intelligence et sa beauté, était passionnée pour les hautes spéculations de l'esprit. Elle avait colligé un superbe cabinet d'objets d'art et de curiosité, et une bibliothèque du meilleur goût[240].»
[240] Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 208.--Voir aussi Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 422.
Cette bibliothèque fut vendue après le décès de la marquise, en 1735; le catalogue, comprenant 1043 nos, avait été dressé et rédigé en latin par le libraire et bibliographe Gabriel Martin[241].
[241] _Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p. 348, article de M. Maurice Tourneux.
La MARQUISE DE VASSÉ, Anne-Bénigne-Fare-Thérèse de Beringhen, femme d'Emmanuel-Armand, marquis de Vassé, brigadier des armées du Roi (1682?-1749).
Sa bibliothèque, riche surtout en romans de chevalerie, et dont le catalogue comprenait 184 articles, fut vendue en 1750, peu après la mort de la marquise[242].
[242] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 425;--Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 204;--et la _Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p. 349, article de M. Maurice Tourneux.
La COMTESSE DE BISSY, Sylvie-Angélique Andrault de Langeron (1684?-1771)[243].
[243] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 137.
La DUCHESSE DE LA VALLIÈRE, Marie-Thérèse de Noailles (1684-1784).
Son mari était le neveu de la maîtresse de Louis XIV, sœur Louise de la Miséricorde. La duchesse de la Vallière eut deux enfants, dont l'un fut Louis-César, duc de la Vallière, le bibliophile si connu[244].
[244] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 173-174.
La DUCHESSE DE BOURGOGNE, Marie-Adélaïde de Savoie (1685-1712)[245].
[245] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. I, p. 620.
On sait l'influence que la duchesse de Bourgogne, la Dauphine, exerça sur Louis XIV et Mme de Maintenon. Elle avait «beaucoup d'esprit naturel, dit Saint-Simon[246], beaucoup de qualités aimables... Douce, timide, mais adroite, bonne jusqu'à craindre de faire la moindre peine à personne, et, toute légère et vive qu'elle étoit, très capable de vues et de suite de la plus longue haleine, la contrainte jusqu'à la gêne, dont elle sentoit tout le poids, sembloit ne lui rien coûter. La complaisance lui étoit naturelle, couloit de source; elle en avoit jusque pour sa cour.»
[246] _Ouvrage cité_, t. VI, p. 230-231.
ÉLISABETH-MARGUERITE-ARMANDE DU PLESSIS ou DUPLESSIS DE RICHELIEU, dite Mademoiselle de Fronsac, prieure perpétuelle des Bénédictines de la Présentation, à Paris (1686-1744)[247].
[247] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 195.
Mme LE PELLETIER ou LE PELETIER, Marie-Madeleine de Lamoignon, femme du ministre d'État (1687?-1744)[248].
[248] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 176.
La COMTESSE DE TOULOUSE, Victoire de Noailles, femme du comte de Toulouse, fils légitimé de Louis XIV et de Mme de Montespan (1688-1766)[249].
[249] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 429.
La PRINCESSE DE BAUFFREMONT, Hélène, princesse de Courtenay (1689-1768)[250].
[250] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 134.
MARIE-GABRIELLE-ÉLISABETH DU PLESSIS ou DUPLESSIS DE RICHELIEU (1689-....). Amie des livres, comme sa sœur Élisabeth-Marguerite-Armande (Mademoiselle de Fronsac) précédemment nommée, Marie-Gabrielle-Élisabeth du Plessis de Richelieu a d'abord été religieuse à Port-Royal, puis, en 1724, abbesse du Trésor (abbaye cistercienne du diocèse de Rouen)[251].
[251] Cf. le Père ANSELME, _Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France..._;--_Gallia Christiana_;--et Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 428, qui date de 1714 la nomination de cette religieuse comme abbesse du Trésor.
VICTOIRE-MARIE-ANNE DE SAVOIE, mariée, en 1714, à Victor-Amédée de Savoie, prince de Carignan (1690-1766)[252].
[252] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 129. «Victoire-Françoise», dit M.-N. BOUILLET, _Atlas universel d'histoire et de géographie_, p. 753 et 754.
MARIE-URANIE DE NOAILLES, fille du duc de Noailles, pair et maréchal de France, religieuse au couvent de la Visitation de Paris (1691-1710)[253].
[253] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 190.
CHARLOTTE-FRANÇOISE DE DIENNE (1691-....)[254].
[254] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 150.
ÉLISABETH FARNÈSE, fille d'Édouard II Farnèse, prince de Parme, mariée, en 1714, à Philippe V, roi d'Espagne (1692-1766)[255].
[255] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 126.
La DUCHESSE DE BERRY, Marie-Louise-Élisabeth, fille aînée du Régent, Philippe d'Orléans (1695-1719).
On connaît sa vie scandaleuse et toutes les folies commises par cette princesse. Quoique morte très jeune, et malgré sa dissipation et ses débauches, elle trouva le temps de se former une belle et luxueuse bibliothèque[256].
[256] Cf. Eugène ASSE, _les Bourbons bibliophiles_, p. 49.
«La duchesse de Berry, si connue par ses goûts singuliers et l'excentricité de son caractère, dit de son côté Joannis Guigard[257], aimait beaucoup les livres; mais, si l'on en croit les _Mémoires_ de la princesse Palatine, sa grand'mère, elle n'eut guère le temps de les lire, tant elle avait besoin de divertissements. Quoi qu'il en soit, ses livres étaient nombreux, choisis et bien reliés.»
[257] _Ouvrage cité_, t. I, p. 101.
Trois autres filles du Régent, Philippe II d'Orléans, ont été classées au nombre des bibliophiles:
LOUISE-ADÉLAÏDE D'ORLÉANS, dite MADEMOISELLE DE CHARTRES, seconde fille du Régent (1698-1743).
Elle devint abbesse de Chelles, en 1719, «épouse de Jésus-Christ», et c'est à son sujet que le Régent déclarait être brouillé avec son gendre[258].
[258] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 20.
Une autre, LOUISE-ÉLISABETH D'ORLÉANS, dite MADEMOISELLE DE MONTPENSIER (1709-1742), qui fut reine d'Espagne, devint veuve en 1724, puis regagna la France en 1725, où elle se plongea dans une profonde dévotion, «fit exécuter un assez joli livre d'heures quelque temps avant sa mort»: d'où son titre de bibliophile[259].
[259] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. II, p. 26.
Une autre encore, PHILIPPE-ÉLISABETH D'ORLÉANS, dite MADEMOISELLE DE BEAUJOLAIS (1714-1734), morte très jeune et sans alliance, a été, comme ses susdites sœurs, réputée pour son amour des livres[260].
[260] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 110.
Bibliophile également, LOUISE-ADÉLAÏDE DE BOURBON-CONTI, dite MADEMOISELLE DE LA ROCHE-SUR-YON (1696-1750)[261].
[261] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 434;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 116.
LA MARQUISE DU DEFFAND, née Marie de Vichy-Chamrond (1697-1780)[262].
[262] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 437.
Sa correspondance, qui est très volumineuse (2 vol. in-8, édition M. de Lescure; Paris, Plon, 1865;--3 vol. in-8, édition Sainte-Aulaire; Paris, Calmann-Lévy, 1877; etc.) est des plus intéressantes pour l'histoire des mœurs et des lettres au dix-huitième siècle. Devenue aveugle en 1753, Mme du Deffand, chez qui se réunissaient nombre d'hommes et de femmes remarquables, se faisait faire de longues lectures:
«...Je suis obligée de lire cinq ou six heures par jour; je commence à six heures du matin, et cela dure souvent jusqu'à onze heures ou midi; les insomnies allongent mes jours et abrègent ma vie. On en pourrait faire une énigme[263].»
[263] Lettre du 22 février 1772; t. II, p. 219 (édition M. de Lescure).