Les femmes et les livres

Part 4

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[72] BRANTÔME, _ouvrage cité_, t. X, p. 284, note 2.--Sur Marguerite d'Angoulême, voir Félix FRANK, _Dernier voyage de la reine de Navarre Marguerite d'Angoulême, sœur de François Ier, avec sa fille Jeanne d'Albret, aux bains de Cauterets_ (1549) (Paris, Lechevalier, 1897; in-8, 112 pages).

Le même chroniqueur, parlant de la reine Margot, nous dit[73] qu'«elle est fort curieuse de recouvrer tous les beaux livres nouveaux qui se composent, tant en lettres sainctes qu'humaines; et quand elle a entrepris à lire un livre, tant grand et long soit-il, elle ne le laisse ni s'arreste jamais, jusqu'à ce qu'elle en ayt veu la fin, et bien souvent en perd le manger et le dormir. Elle-mesme compose fort, tant en prose qu'en vers...»

[73] BRANTÔME, _ouvrage cité_, t. X, p. 247.

On sait que la reine Margot possédait parfaitement la langue latine. Lorsque les Polonais, envoyés en ambassade à Paris, «lui vinrent faire la révérence, il y eut l'évesque de Cracovie, le principal et le premier de l'ambassade, qui fist l'harangue pour tous, et en latin, car il estoit un savant et suffisant prélat. La reine lui respondit si pertinemment et si éloquemment, sans s'aider d'aucun truchement, ayant fort bien entendu et compris son harangue, que tous en entrèrent en si grande admiration, que d'une voix il l'appelèrent une seconde Minerve ou déesse d'éloquence[74].»

[74] BRANTÔME, _ouvrage cité_, t. X, p. 205.

On l'appelait aussi volontiers chez elle _Vénus-Uranie_[75], ce qui lui faisait bien des surnoms.

[75] Cf. SAINTE-BEUVE, _ouvrage cité_, t. VI, p. 191.

«Elle aimait les beaux discours sur des sujets relevés de philosophie ou de sentiment. Dans ses dernières années, pendant ses dîners et ses soupers, elle avait ordinairement quatre savants hommes près d'elle, auxquels elle proposait, au commencement du repas, quelque thèse plus ou moins sublime ou subtile, et, quand chacun avait parlé pour ou contre et avait épuisé ses raisons, elle intervenait et les remettait aux prises, provoquant et s'attirant à plaisir leur contradiction même...[76].

[76] SAINTE-BEUVE, _ouvrage cité_, t. VI, p. 191.

«Ce qu'il faut rappeler à l'honneur de la reine Marguerite, ajoute Sainte-Beuve, dans la conclusion de son article[77], c'est son esprit, c'est son talent de bien dire, c'est ce qu'on lit à son sujet dans les Mémoires du cardinal de Richelieu: «Elle étoit le refuge des hommes de lettres, aimoit à les entendre parler; sa table en étoit toujours environnée, et elle apprit tant en leur conversation qu'elle parloit mieux que femme de son temps et écrivoit plus élégamment que la condition ordinaire de son sexe ne portoit.»

[77] _Ouvrage cité_, p. 200.

Tallemant des Réaux nous conte que la reine Margot «estoit belle en sa jeunesse, hors qu'elle avoit les joues un peu pendantes et le visage un peu trop long. Jamais, continue-t-il, il n'y eut une personne plus encline à la galanterie. Elle avoit d'une sorte de papier dont les marges estoient toutes pleines de trophées d'amour; c'estoit le papier dont elle se servoit pour ses billets doux. Elle parloit phébus selon la mode de ce temps-là, mais elle avoit beaucoup d'esprit. On a une pièce d'elle qu'elle a intitulée: _La Ruelle mal assortie_, où l'on peut voir quel estoit son style de galanterie.

«Elle portoit un grand vertugadin qui avoit des pochettes tout autour, en chascune desquelles elle mettoit une boiste où estoit le cœur d'un de ses amants trespassés; car elle estoit soigneuse, à mesure qu'ils mouroient, d'en faire embaumer le cœur. Ce vertugadin se pendoit tous les soirs à un crochet qui fermoit à cadenas, derrière le dossier de son lict.

«Elle devint horriblement grosse, et avec cela elle faisoit faire ses quarrures et ses corps de jupe beaucoup plus larges qu'il ne falloit, et ses manches à proportion... Elle estoit coiffée de cheveux blonds d'un blond de filasse blanchis sur l'herbe; elle avoit été chauve de bonne heure. Pour cela, elle avoit de grands valets de pied blonds que l'on tondoit de temps en temps...

«Durant ses repas, elle faisoit tousjours discourir quelque homme de lettres. Pitard, qui a escrit de la morale, estoit à elle, et elle le faisoit parler assez souvent...»

Et Tallemant termine son «historiette» de la reine Margot par cette gauloise anecdote:

«J'ay ouy faire un conte de la reine Marguerite qui est fort plaisant. Un gentilhomme gascon, nommé Salignac (Jean de Gontaut, baron de Salignac), devint, comme elle estoit encore jeune, esperdument amoureux d'elle, mais elle ne l'aimoit point. Un jour, comme il luy reprochoit son ingratitude:

«Or ça, luy dit-elle, que feriez-vous pour me tesmoigner vostre amour?

«--Il n'y a rien que je ne fisse, respondit-il.

«--Prendriez-vous bien du poison?

«--Ouy, pourvu que vous me permissiez d'expirer à vos pieds.

«--Je le veux!» reprit-elle.

«On prend jour; elle luy fait préparer une bonne médecine fort laxative. Il l'avale, et elle l'enferme dans un cabinet, après lui avoir juré de venir avant que le poison opérast.

«Elle le laissa là deux bonnes heures, et la médecine opéra si bien que, quand on luy vint ouvrir, personne ne pouvoit durer autour de luy[78].»

[78] TALLEMANT DES RÉAUX, _les Historiettes_, t. I, p. 101-106 (Paris, Techener, 1862). Une aventure analogue survint à l'abbé de Voisenon (1708-1775), devenu passionnément amoureux d'une dame Potron, dont le mari s'avisa, dans un dîner, de servir au galant abbé certain plat copieusement et traîtreusement assaisonné. Dans son roman _Si jeunesse savait_ (chap. XXII), Frédéric Soulié a aussi eu recours à ce «relâchant» procédé. (Cf. B. JULLIEN, _Thèses d'histoire_, p. 472 et suiv., et p. 475, note 1.)

ANTOINETTE DE BOURBON-VENDÔME (1494-1583), qui épousa, en 1513, Claude de Lorraine,--fils de René II, le vainqueur de Charles le Téméraire,--premier duc de Guise, et fut la mère de toute cette lignée des Guises qui donna tant de soucis aux derniers Valois, au point que ses petits-fils faillirent enlever la couronne à Henri IV, dont elle était la grand'tante,--Antoinette de Bourbon-Vendôme posséda une bibliothèque nombreuse dont la plupart des volumes avaient été reliés par le célèbre Nicolas Ève. «Quelques-uns portaient sur les plats son chiffre formé d'un V et d'un A enlacés (Antoinette de Vendôme), accompagné d'un autre chiffre composé de deux [Grec: LL] (_Lorraine_)[79].»

[79] Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 70-72. Sur cet usage de mettre en lettres grecques ses initiales sur le plat des livres, voir Édouard FOURNIER, _l'Art de la reliure en France_, p. 147 (Paris, Dentu, 1888).

MARIE D'ANGLETERRE (1497-1534), troisième femme de Louis XII, roi de France. On cite deux beaux manuscrits qui lui ont appartenu[80].

[80] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 382-383;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 88.

ÉLÉONORE D'AUTRICHE (1498?-1558), sœur aînée de Charles-Quint; devenue veuve d'Emmanuel le Grand, roi du Portugal, elle épousa, en 1530, François Ier, veuf de Claude de France[81].

[81] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 387.

CLAUDE DE FRANCE (1499-1524), fille aînée de Louis XII, reine de France par son mariage avec François Ier[82].

[82] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. II, p. 384.

DIANE DE POITIERS (1499-1566): c'est à elle que revient en partie l'honneur d'avoir créé la magnifique bibliothèque d'Anet[83].

[83] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 62 et suiv.

IV

ANNE DE BOLEYN ou BOULEN (1500-1536), dont on connaît la fin tragique, a laissé un exemplaire du Nouveau Testament (édition de Tyndall), conservé aujourd'hui au _British Museum_, et dont les tranches portent son nom en grandes lettres rouges[84].

[84] Cf. Ludovic LALANNE, _Curiosités bibliographiques_, p. 286.

Sur les derniers moments de cette princesse, victime des passions du roi d'Angleterre Henri VIII, son mari, voici quelques émouvants détails que Bossuet, dans son _Histoire des variations_[85], a empruntés à l'historien anglais Burnet:

[85] Livre VII (_OEuvres choisies_, t. III, p. 13; Paris, Hachette, 1865).

«La malheureuse espéra en vain de fléchir le roi, en avouant tout ce qu'il voulait. Cet aveu ne lui sauva que le feu. Henri lui fit couper la tête. Le jour de l'exécution, elle se consola, sur ce qu'elle avait ouï dire que l'exécuteur était fort habile; «et d'ailleurs, ajouta-t-elle, j'ai le cou assez petit». «Au même temps, dit le témoin de sa mort, elle y a porté la main et s'est mise à rire de tout son cœur,» soit par l'ostentation d'une intrépidité outrée, soit que la tête lui eût tourné aux approches de la mort; et il semble, quoi qu'il en soit, que Dieu voulait, quelque affreuse que fût la fin de cette princesse, qu'elle tînt autant du ridicule que du tragique.»

Si habile et si endurci que fût l'exécuteur, deux fois, paraît-il, il essaya de lever la hache, et deux fois ses bras défaillirent, car Anne le regardait.

«Oh! milord, dit-il à Thomas Cromwell, si elle me regarde toujours, je ne pourrai jamais frapper.»

Il fallut qu'Anne détournât sa tête charmante, pour que le bourreau reprît du cœur et accomplît sa fatale mission[86].»

[86] Gilbert BURNET, _Histoire de la réformation en Angleterre_, dans LAROUSSE, _ouvrage cité_, article Boulen ou Boleyn.

CATHERINE DE MÉDICIS (1519-1589), rassembla, dans sa somptueuse résidence de Saint-Maur-des-Fossés, une excellente bibliothèque, qu'elle mettait à la disposition des savants:

Ceste royne d'honneur, de telle race issue, Soigneuse, a fait chercher les livres les plus vieux, Hébreux, grecs et latins, traduits et à traduire, Et par noble despense elle en a fait reluire Son chasteau de Saint-Maur, afin que sans danger Le François fust vainqueur du sçavoir estranger[87].

[87] RONSARD, _le Bocage royal_, dans BRANTÔME, _OEuvres complètes_, t. X, p. 77, note 1.

ANNE DE LORRAINE (1522-1568), mariée, en 1540, au prince d'Orange, et, en secondes noces, en 1548, à Philippe, sire de Croy[88].

[88] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 388.

FRANÇOISE-RENÉE DE LORRAINE (1522-1602), abbesse de Saint-Pierre de Reims et du royal monastère de Montmartre[89].

[89] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. II, p. 390.

Mme JEAN D'AUBIGNÉ, Catherine de l'Estang, mère d'Agrippa d'Aubigné (1530?-1550?), morte dans sa vingtième année, en donnant le jour à son fils, a laissé un volume, un saint Basile en grec, annoté de sa main, et qui atteste l'érudition de cette jeune femme[90].

[90] Cf. le journal _le Temps_, 21 mai 1914, article signé Samuel Rocheblave.

On voit au _British Museum_ une Bible française, imprimée à Lyon en 1566, qui a appartenu à la reine ÉLISABETH D'ANGLETERRE (1533-1606).

«Les livres de cette princesse, dit Ludovic Lalanne[91], étaient en général reliés avec un grand luxe, comme le montre l'inventaire de son trésor, fait la seizième année de son règne. On y remarque surtout le _Golden Manual of prayers_, relié en or massif, et qu'elle portait suspendu à sa ceinture par une chaîne d'or. Sur un des côtés est représenté le jugement de Salomon; sur l'autre, le serpent d'airain entouré des Israélites blessés. Ce livre, dans l'inventaire, est évalué à cent cinquante livres sterling.»

[91] _Curiosités bibliographiques_, p. 287.

L'infortunée JEANNE GREY (1537-1554), morte si jeune et si courageusement, qui lisait le _Phédon_ en grec, et à qui l'amour de l'étude et de la science faisait oublier ses malheurs, a droit aussi d'être mise au nombre des plus nobles amies des livres[92].

[92] Cf. François FERTIAULT, _les Amoureux du livre_, p. 340.

DIANE DE FRANCE, duchesse d'Angoulême, fille légitimée de Henri II (1538?-1619)[93].

[93] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 392;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 117.

MARIE STUART (1542-1587), «estant en l'aage de treize à quatorze ans, desclama devant le roy Henry, la royne et toute la Cour, publiquement en la salle du Louvre, une oraison en latin qu'elle avoit faicte, soubtenant et deffendant, contre l'opinion commune, qu'il estoit bien seant aux femmes de sçavoir les lettres et arts libéraux.

«Songez--c'est toujours Brantôme qui parle[94]--quelle rare chose c'estoit et admirable de voir ceste belle et sçavante reine ainsi orer (parler: d'où pérorer) en latin, qu'elle entendoit et parloit fort bien; car je l'ai vue là; et fust si curieuse de faire faire à Antoine Fochin (Fouquelin), de Chauny en Vermandois (et l'adresse [il dédie cet ouvrage] à ladite reine), une rhétorique en françois, que nous avons encore en lumière... Aussi la faisoit-il bon voir parler, fust aux plus grands ou fust aux plus petits. Et tant qu'elle a esté en France, elle se réservoit tousjours deux heures du jour pour estudier et lire: aussi il n'y avoit guères de sciences humaines qu'elle n'en discourût bien. Surtout elle aimoit la poésie et les poètes, mais sur tous M. de Ronsard[95], M. du Bellay et M. de Maisonfleur, qui ont fait de belles poésies et élégies pour elle, et mesme sur son partement (départ) de la France, que j'ai vu souvent lire à elle-mesme en France et en Écosse, les larmes à l'œil et les souspirs au cœur.

[94] _Ouvrage cité_, t. X, p. 112 et suiv.

[95] Voyez, dans les _OEuvres_ de Ronsard, la place importante qu'il fait à Marie Stuart.

«Elle se mesloit d'estre poëte, et composoit des vers, dont j'en ai vu aucuns (quelques-uns) de beaux et très bien faicts, et nullement ressemblants à ceux qu'on lui a mis à sus avoir faicts (qu'on lui a attribués) sur l'amour du comte Baudouel (Bothwell): ils sont trop grossiers et mal polis pour estre sortis de sa belle boutique. M. de Ronsard estoit bien de mon opinion en cela, ainsi que nous en discourions un jour, et que nous les lisions. Elle en composoit bien de plus beaux et de plus gentils, et promptement, comme je l'ai vue souvent qu'elle se retiroit en son cabinet, et sortoit aussitôt pour nous en monstrer à aucuns honnestes gens que nous estions là[96]. De plus, elle escrivoit fort bien en prose, surtout en lettres, que j'ai vues très belles et très éloquentes et hautes.»

[96] Ses poésies ne sont pas arrivées jusqu'à nous. On ne connaît guère d'elle qu'une pièce, très touchante complainte, publiée par Brantôme (t. X, p. 118-120), et quelques stances. (Note de l'édition de Brantôme de la Bibliothèque elzévirienne, t. X, p. 114.) Quant aux célèbres _Adieux de Marie Stuart à la France_:

Adieu, plaisant pays de France, O ma patrie La plus chérie, Qui as nourri ma jeune enfance! Adieu, France; adieu, mes beaux jours; Etc., etc.,

ils ne sont pas de Marie Stuart, mais du polygraphe Meusnier de Querlon (1702-1780). (Cf. STAAFF, _la Littérature française_, t. I, p. 28.)

LOUISE DE LORRAINE (1553-1601), fille de Nicolas de Lorraine, comte de Vaudémont et de Marguerite d'Egmont; femme de Henri III, roi de France.

Devenue veuve, elle se retira dans son château de Chenonceaux, et y rassembla une bibliothèque composée de livres splendidement reliés[97].

[97] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. I, p. 615;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 89.

La sœur de Henri IV, CATHERINE DE BOURBON (1559-1604), qui épousa Henri II de Lorraine, duc de Bar, avait étudié les langues anciennes, l'hébreu même, et était aussi habile à chanter qu'à toucher du luth. Elle vécut longtemps au château de Pau, et en enrichit notablement la bibliothèque. On y remarquait surtout une belle collection de classiques grecs et latins, de rares manuscrits et quantité de lettres autographes des principaux personnages de l'époque.

«La plupart des livres de Catherine de Bourbon, dit le bibliographe Joannis Guigard[98], étaient reliés à la manière de Clovis Ève, qui, bien certainement, a dû travailler pour elle. Beaucoup d'entre eux portaient sur les plats six doubles C entrelacés formant croix, avec une flamme au centre, le tout dans un ovale feuilleté.»

[98] _Ouvrage cité_, t. I, p. 119.

MARIE DE JARS DE GOURNAY (1565-1645), qui est restée célèbre surtout par son affection et son culte pour Montaigne, dont elle devint la _fille d'alliance_. Elle publia, en 1595, une édition complète des _Essais_, qu'elle réédita quarante ans plus tard[99].

[99] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 395.

Tallemant des Réaux a consacré à Mlle de Gournay une de ses amusantes _historiettes_[100], et je ne répéterai pas ici la farce que lui jouèrent, à elle et à Racan, deux endiablés amis de ce poète, et que j'ai contée dans mes _Mystifications littéraires et théâtrales_[101]. Voici, en revanche, une originale et très juste remarque de critique littéraire faite par Mlle de Gournay, et citée et confirmée par Sainte-Beuve:

«La vraie touche des esprits, c'est l'examen d'un nouvel auteur; et celui qui le lit se met à l'épreuve plus qu'il ne l'y met[102].»

[100] Tome II, p. 151-154 (Paris, Techener, 1862).

[101] Pages 152-159 (Paris, Fontemoing, 1913).--Cf. aussi TALLEMANT DES RÉAUX, _ouvrage cité_, t. II, p. 158 et suiv. (Racan).

[102] Dans SAINTE-BEUVE, _Chateaubriand et son groupe littéraire_, t. II, p. 116, 21e leçon.

GABRIELLE D'ESTRÉES, duchesse de Beaufort, maîtresse de Henri IV (1571?-1599)[103].

[103] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 159.

MARIE DE MÉDICIS (1573-1642), deuxième femme de Henri IV, donna aussi des preuves de son amour pour les livres[104].

[104] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. I, p. 610.

CATHERINE DE BOURBON, marquise d'Isle, fille de Henri de Bourbon (1574-1594)[105].

[105] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 111.

La PRINCESSE DE BOURBON-CONTI, Louise-Marguerite de Lorraine, fille du duc de Guise, dit le Balafré, mariée en secondes noces au maréchal de Bassompierre (1577-1631)[106].

[106] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 116.

RENÉE DE LORRAINE, fille de Henri Ier de Lorraine, duc de Guise, assassiné à Blois, abbesse de Saint-Pierre de Reims (1585?-1626)[107].

[107] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 120.

La MARQUISE DE RAMBOUILLET (1588-1665) et sa fille JULIE-LUCINE[108] D'ANGENNES, DUCHESSE DE MONTAUSIER (1607-1671): «La marquise lit toute une journée sans la moindre incommodité, et c'est ce qui la divertit le plus,» au dire de Tallemant des Réaux[109], un de ses familiers.

[108] «Mme de Montausier s'appelle Julie-Lucine d'Angennes. Lucine est le nom d'une sainte de la maison des Savelles. Sa mère et sa grand'mère l'ont porté toutes les deux; et, pour l'ordinaire, dans cette maison, on adjoustoit tousjours ce nom à celuy qu'on donnoit aux filles en les baptisant.» (TALLEMANT DES RÉAUX, _ouvrage cité_, t. II, p. 286.)

[109] _Ouvrage cité_, t. II, p. 285.

«Elle a toujours aimé les belles choses, écrit-il encore[110], et elle alloit apprendre le latin, seulement pour lire Virgile, quand une maladie l'en empescha. Depuis, elle n'y a pas songé, et s'est contentée de l'espagnol. C'est une personne habile en toutes choses. Elle fut elle-mesme l'architecte de l'hostel de Rambouillet, qui estoit la maison de son père...

[110] _Ouvrage cité_, t. II, p. 261.

«Il n'y a pas au monde de personne moins intéressée. Elle dit qu'elle ne conçoit pas de plus grand plaisir au monde que d'envoyer de l'argent aux gens, sans qu'ils puissent sçavoir d'où il vient. Elle passe bien plus avant que ceux qui disent que donner est un plaisir de roy, car elle dit que c'est un plaisir de Dieu[111].»

[111] _Ouvrage cité_, t. II, p. 264.

Une particularité de Mme de Rambouillet, particularité assez rare à son époque, c'était d'apprécier les charmes de la campagne, d'aimer la nature: «Personne n'a jamais tant aimé à se promener et à considérer les beaux endroits du paysage de Paris[112].»

[112] TALLEMANT DES RÉAUX, _ouvrage cité_, t. II, p. 280.

Ajoutons qu'elle se montrait, non seulement très charitable et généreuse, comme on vient de le voir, mais de la plus grande bienveillance, d'une extrême indulgence, envers tous: «Personne ne fut plus aimé de ses gens ni des gens de ses amis, que Mme de Rambouillet[113]».

[113] ID., _ouvrage cité_, t. II, p. 443.

L'hôtel de Rambouillet fut, comme on le sait, le rendez-vous de quantité d'écrivains; il fut aussi le quartier général des _Précieuses_.

C'est de l'hôtel de Rambouillet que sortit _la Guirlande de Julie_, ce très curieux et superbe manuscrit, qui appartient aujourd'hui à Mme la duchesse d'Uzès. Voici quelques détails sur la formation et la genèse de ce chef-d'œuvre.

«Le marquis de Montausier, qui se préparait à partir pour l'armée avec le maréchal de Guébriand (1641), avait imaginé une galanterie en l'honneur de Julie d'Angennes, qui lui avait promis de l'épouser dès qu'il aurait abjuré la religion protestante. Il fit peindre sur vélin, par Robert, excellent miniaturiste, une suite de belles fleurs, que Julie avait choisies elle-même, et que les poètes de l'hôtel de Rambouillet faisaient parler en vers pour célébrer ses grâces, ses talents et ses vertus. Ces pièces de poésie, écrites de la main du fameux Jarry au-dessous des fleurs, étaient signées par le marquis de Montausier, Arnauld d'Andilly père et fils, Conrart, Mme de Scudéry, Malleville, Colletet, les trois Habert, Arnauld de Corbeville, Tallemant des Réaux, Gombauld, Godeau, le marquis de Briot, Pinchesne, Desmarets. Deux pièces ne portaient pas de nom: on les attribua toutes deux au grand Corneille, et Voiture, que Montausier ne pouvait souffrir, fut seul excepté dans l'hommage collectif que les amis de Mme de Rambouillet rendaient à sa fille. Ce précieux recueil avait pour titre: _La Guirlande de Julie. Pour Mademoiselle de Rambouillet, Julie-Lucine d'Angennes_.

«Montausier ne quitta pas sans regret Julie d'Angennes, en lui laissant ce beau livre relié en maroquin et couvert de ses chiffres en or: il fut fait prisonnier et ne recouvra la liberté qu'au bout de dix mois. De retour en France, il s'empressa d'embrasser la religion catholique, et se maria enfin, le 4 juillet 1645, à l'âge de trente-cinq ans, avec Mlle de Rambouillet, qui en avait trente-huit. «Ce mariage, dit Rœderer, fut la première cause qui mit fin à ce qu'on peut appeler _le règne de l'hôtel de Rambouillet_[114].»