Part 11
«Il y avait, en 1771, dans un château éloigné de Paris[407], une jeune personne éprise d'un goût invincible pour les anciens monuments de notre histoire, et qui, selon le témoignage d'un contemporain[408], s'occupait avec délices des formules de Marculfe, des capitulaires et des lois des peuples barbares. Blâmée d'abord et combattue par sa famille, qui ne voyait dans cette passion qu'un travers bizarre, Mlle de Lézardière, à force de persévérance, triompha de l'opposition de ses parents, et obtint d'eux les moyens de suivre son penchant pour l'étude et les travaux historiques. Elle y consacra ses plus belles années, dans une profonde retraite, ignorée du public, mais soutenue par le suffrage de quelques hommes de science et d'esprit[409], et par l'ambition, un peu téméraire, de combler une lacune laissée par Montesquieu dans le livre de l'_Esprit des lois_[410].»
[407] Au château de la Verrie (ou de la Vérie, Vendée, arrondissement de la Roche-sur-Yon). C'est là que naquit Mlle de Lézardière. Elle mourut au château de la Proutière (même département, arrondissement des Sables-d'Olonne, commune de Poiroux), qui appartient encore à la famille de Lézardière.
[408] GAILLARD, dans le _Journal des savants_, avril 1791.
[409] Malesherbes, entre autres, qui fit envoyer à Mlle de Lézardière des livres de la bibliothèque du roi et du couvent des bénédictins de Poitiers.
[410] Augustin THIERRY, _Considérations sur l'histoire de France_, chap. III, p. 104 (Paris, Furne, 1868).
Bien que terminé en 1791, et tout imprimé, le grand travail de Mlle de Lézardière ne put paraître à cette époque, les magasins du libraire ayant été pillés durant une émeute et l'édition à peu près détruite. Quelques exemplaires furent recueillis, puis circulèrent en 1801; mais ce n'est que longtemps après, en 1844, qu'un frère de Mlle de Lézardière publia une nouvelle édition, en quatre volumes in-8, de l'ouvrage de sa sœur[411].
[411] Cf. ID., _ouvrage cité_, p. 113;--LAROUSSE, _ouvrage cité_;--et Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.
La REINE MARIE-ANTOINETTE, femme de Louis XVI (1755-1793).
Elle avait rassemblé deux importantes bibliothèques, l'une au petit Trianon, l'autre au château des Tuileries. Ces volumes sont, pour la plupart, reliés en maroquin rouge aux armes de France et d'Autriche accolées.
Le catalogue de la bibliothèque de Trianon a été publié par Louis Lacour, sous le titre de: _Livres du boudoir de la reine Marie-Antoinette_ (Paris, Gay, 1862, in-16). Un inventaire de cette même bibliothèque, dressé par ordre de la Convention, a été publié, d'après le manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal, par Paul Lacroix, sous ce titre: _Bibliothèque de la reine Marie-Antoinette au petit Trianon_. Ces livres furent déposés, en 1800, à la Bibliothèque publique de Versailles, et les doubles vendus, en vertu d'une délibération du Conseil municipal de cette ville.
On a prétendu que beaucoup des volumes de la bibliothèque de Trianon étaient d'un genre ultra-léger; Ernest Quentin-Bauchart conteste, avec raison, cette assertion, et estime que ces volumes ne sont pas plus «scandaleux» que ceux de tant d'autres grandes dames de cette époque. Ils n'ont même rien de scandaleux du tout[412].
[412] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 279.--Sur cette bibliothèque de Marie-Antoinette, on consultera avec intérêt un article de Jules Janin (sous le pseudonyme d'Éraste), publié dans _l'Indépendance belge_ et reproduit dans le journal _le Voleur_, no du 24 octobre 1862, p. 409-411. Il en ressort que Marie-Antoinette a possédé surtout des livres futiles, légers même, _Faublas_, par exemple; mais pas de livres obscènes, pas de livres «scandaleux». On rencontrait, en revanche, sur ses rayons, très peu de chefs-d'œuvre, très peu de bons ouvrages: rien de Bossuet, rien de Pascal, de J.-J. Rousseau, de Buffon, etc.
Les livres de la seconde bibliothèque de Marie-Antoinette, de la Bibliothèque du château des Tuileries, «portaient presque tous, soit au dos, soit sur les plats, au bas des armes, les initiales couronnées C. T. [Château des Tuileries]. Ils furent transportés, en 1793, à la Bibliothèque nationale, où ils sont aujourd'hui[413].» Le catalogue de cette bibliothèque a été dressé, et forme un volume manuscrit, conservé à la Bibliothèque nationale; il comprend 146 pages in-4. Dans l'avertissement placé au début de ce catalogue, on trouve d'intéressants détails sur le classement et le rangement des livres de la reine:
«Son cabinet de livres est composé de dix armoires séparées chacune par une cloison, et chaque armoire contient huit tablettes ou rayons. Chaque armoire est marquée par une lettre de l'alphabet, à commencer par celle que Sa Majesté a à sa main gauche en passant la porte par laquelle elle va de sa chambre dans sa bibliothèque. Cette armoire est désignée par la lettre A. Celle qui se trouve à droite de la même porte est l'armoire B, et ainsi de suite en faisant le tour jusqu'à la lettre K[414].»
[413] Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 126.
[414] Cf. ID., _ouvrage cité_, p. 127.
Ce catalogue est divisé en deux parties; dans la première les livres sont inscrits par ordre de matière, dans la seconde ils sont rangés par ordre alphabétique. Les divisions par ordre de matière avaient été faites par le roi lui-même: «Pour ces divisions, on a suivi celles que le roi a indiquées lui-même, en faisant le premier arrangement des livres, qui a épargné au bibliothécaire plus de la moitié de son travail[415].»
[415] Cf. Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 127-128.
Les divisions sont au nombre de quatre: Religion, Histoire, Arts (Sciences et Arts), Belles-Lettres.
La division de la Religion comprenait d'abord 53 articles, qui, plus tard, ont été portés à 69; l'Histoire, 140; les Sciences et Arts, 60; les Belles-Lettres, 93. On remarque, dans cette dernière division: _les Femmes illustres_, de Scudéry; _la Princesse de Clèves_ et _Zaïde_, de Mme de la Fayette; _les Aventures de Télémaque_; les _Mémoires du Chevalier de Grammont_, par Hamilton; _Gil-Blas_; les _Contes moraux_, de Marmontel; presque tous les romans de Mme Riccoboni; _Robinson Crusoé_, _Gulliver_, _Tom Jones_, de Fielding; _Clarisse Harlowe_ et _Grandisson_, de Richardson; les _Contes_ _de fées_, de Mme d'Aulnoy; la traduction de Shakespeare, par Letourneur; etc.
La COMTESSE D'ARTOIS, Marie-Thérèse de Savoie, seconde fille du duc Victor-Amédée III, mariée en 1773 au comte d'Artois, futur Charles X, sœur de la comtesse de Provence (1756-1805).
Sa bibliothèque, une des plus importantes de l'époque, fut formée par les soins du littérateur François-Félix Nogaret, l'auteur du _Fond du sac_. Ses livres étaient reliés en maroquin rouge, avec un simple «trois filets», comme ceux de sa sœur, avec lesquels on les confond souvent[416].
[416] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 335.
Le duc de DEVONSHIRE, William (1748-1811), épousa en premières noces la fille du comte Spencer, GEORGINA (1757-1806), et en secondes noces la fille de lord Hervey, ÉLISABETH (1759-1824), qui, toutes les deux, montrèrent un vif penchant pour les lettres et les livres[417].
[417] Cf. LAROUSSE, _ouvrage cité_, article Devonshire.
LOUISE-ADÉLAÏDE DE BOURBON-CONDÉ, tante du duc d'Enghien (1757-1824).
Elle témoigna toute sa vie d'une austère piété, fut abbesse de Remiremont, et vécut pour ainsi dire dans les couvents,--ce qui ne l'empêcha pas d'entretenir, en 1786 et 1787, avec un jeune officier, M. de la Gervaisais, une correspondance galante, qui a été publiée, en 1834, par Ballanche[418].
[418] Cf. Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_, article Condé.
On l'a dite aussi amie des livres.
MADAME ÉLISABETH, Philippine-Marie-Hélène de France, sœur de Louis XVI (1764-1794).
Sa bibliothèque était «la plus considérable après celle de la reine» (Marie-Antoinette).
Madame Élisabeth, qui périt sur l'échafaud, après son frère, «vécut retirée, fuyant les plaisirs, s'appliquant avec ardeur à l'étude des mathématiques»: elle composa même une table de logarithmes très ingénieuse, admirée par le savant Lalande[419].
[419] Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 298, note 1.
«Madame Élisabeth, écrit de son côté Eugène Asse[420], avait reçu une éducation sévère, sous la surveillance de la comtesse de Marsan, gouvernante des Enfants de France, et surtout de la baronne de Mackau, sous-gouvernante. C'est à leurs soins patients que fut due la transformation qui eut lieu dans le caractère de la jeune princesse, née emportée et violente: ce fut une répétition de ce qu'autrefois Fénelon avait fait pour le duc de Bourgogne... Toutefois il est juste de dire, en ce qui concerne Madame Élisabeth, que si l'éducation en fit la plus vertueuse des princesses, elle laissa subsister en elle une énergie qu'on aurait souhaitée à son frère.
[420] _Ouvrage cité_, p. 129 et suiv.
«Elle reçut de Guillaume Le Blond des leçons d'histoire et de géographie, suivit même assidûment les cours de physique de l'abbé Nollet. Le docteur Le Monnier, médecin des Enfants de France, et le docteur Dassy lui apprirent la botanique, dans les longues excursions qu'ils faisaient avec elle dans la forêt de Fontainebleau, pendant les séjours de la cour dans cette résidence royale. La fille de la célèbre Mme Geoffrin, la marquise de la Ferté-Imbault, lui avait donné un goût très vif pour Plutarque, en composant pour elle une analyse des _Vies des hommes illustres_.
«Devenue, à quatorze ans (1778), maîtresse de ses actions, elle s'était arrangé dans sa maison de Montreuil, près de Versailles, une vie toute d'étude et de charité pratique.
«Elle a, pour secrétaire ordinaire et de cabinet, Chamfort l'académicien; pour page, ce jeune Adalbert de Chamisso de Boncourt, que l'émigration jettera en Allemagne, et qui écrira plus tard le roman de _Pierre Schlemihl_ (1814).
«Madame Élisabeth aima les livres. Ceux de sa bibliothèque étaient élégamment reliés, timbrés d'un écusson en losange[421] aux armes de France, surmonté d'une couronne ducale. La Bibliothèque de l'Arsenal en possède un, l'_Office de Saint-Symphorien_, qui rappelle les habitudes pieuses de la jeune princesse, et qui a dû l'accompagner bien souvent dans ses visites à sa paroisse. Cette église de Saint-Symphorien était celle de Montreuil: église très simple, assez laide, au style de temple grec, surmontée d'une sorte de pigeonnier carré, où sonnait une unique cloche, dont Madame Élisabeth avait été la marraine. Comme la maison de Montreuil n'avait pas de chapelle, la princesse s'y rendait à pied par les ruelles, souvent «par une crotte indigne», car l'accès en était difficile aux carrosses.»
[421] Voir ci-dessus, p. 180, note 3.
C'est à propos de cette église que Madame Élisabeth écrivait à Mme de Raigecourt, un lundi de Pâques:
«J'ai l'air d'une vraie campagnarde: c'est que je suis à Montreuil depuis midi. J'ai été à vêpres à la paroisse. Elles sont aussi longues que l'année dernière, et ton cher vicaire chante _O Filii_ d'une manière aussi agréable. Des Essarts a pensé éclater [de rire], et moi de même.»
Les vraies fêtes, les seules fêtes même de l'humble château de Montreuil étaient celles de l'étude et de l'amitié. Entre Mme de Mackau et son vieux maître Le Monnier, qui tous deux habitaient dans le voisinage, «la princesse passait des heures délicieuses». «Le Monnier, raconte Mme d'Armaillé, associait Madame Élisabeth à ses recherches de botanique dans son jardin, à ses expériences de physique dans son cabinet. Le jeune Chamisso y assistait souvent à la suite de la princesse, et il en acquit des connaissances qui, plus tard, ne furent pas inutiles à sa carrière et à sa réputation.
«Chez elle, nous voyons souvent Madame Élisabeth adonnée à de vrais plaisirs de bibliophile. Plus d'une de ses matinées est occupée par le rangement de ses livres.
«Ma bibliothèque est presque finie, écrit-elle à Mme de Raigecourt; les tablettes se placent; tu n'imagines pas quel joli effet font les livres[422].»
[422] Cf. Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 133.
La DUCHESSE DE MONTESQUIOU-FEZENSAC, Louise-Joséphine de la Live (1764-1832)[423].
[423] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 185.
CHARLOTTE CORDAY, Marianne-Charlotte de Corday d'Armans ou d'Armont, qui assassina Marat (1768-1793).
Elle était arrière-petite-nièce de Corneille et fut élevée à Caen, à l'abbaye des Dames.
«Ses vrais amis étaient ses livres, écrit d'elle Michelet[424]. La philosophie du siècle envahissait les couvents. Lectures fortuites et peu choisies. Raynal pêle-mêle avec Rousseau. «Sa tête, dit un journaliste, était une furie de lectures de toutes sortes.»
[424] _Histoire de la Révolution française_, livre XII, chap. IV, t. VII, p. 321 et suiv. (Paris, Marpon et Flammarion, 1879).
En quittant le domicile de sa tante, à Caen, pour se rendre à Paris et y exécuter son sinistre dessein, «elle distribua ses livres, sauf un volume de Plutarque, qu'elle emporta avec elle», ajoute Michelet, et, la veille du 13 juillet, où elle assassina Marat, «elle passa le jour à lire tranquillement les _Vies_ de Plutarque, la bible des forts».
On a trouvé un volume ayant appartenu à Charlotte Corday: _Typus mundi..._, dont le feuillet de garde porte son nom: C. CORDAY DARMONT[425].
[425] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 462.
MADAME ROYALE, Marie-Thérèse-Charlotte de France, dite Madame Royale, fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, mariée en 1799 à son cousin le duc d'Angoulême (1778-1851).
Elle est mise aussi au rang des bibliophiles par Quentin-Bauchart[426].
[426] Cf. _ouvrage cité_, t. II, p. 459.
Dans ses _Mémoires d'outre-tombe_, particulièrement dans le tome VI, pages 139 et suivantes (édition Edmond Biré), Chateaubriand donne d'abondants et curieux détails sur la duchesse d'Angoulême.
Mme SWETCHINE, née Anne-Sophie Soymonoff (1782-1857). «C'était une grande liseuse, et qui (chose rare chez son sexe) savait lire, ne perdant rien de ses lectures, crayonnant, écrivant à la marge du livre, prenant des notes, copiant des extraits, rédigeant des résumés, tenant des journaux intimes, se formant des recueils de renseignements et d'arguments», dit le critique Jules Levallois[427].
[427] _La Piété au dix-neuvième siècle_, p. 21 (Paris, Michel Lévy, 1864). On possède trente-cinq de ces cahiers d'extraits de lectures, nous apprend Sainte-Beuve qui a consacré à Mme Swetchine deux importants articles (_Nouveaux Lundis_, t. I, p. 209-254).
M. de Falloux a raconté la vie et publié la correspondance et diverses œuvres de Mme Swetchine, qui, de son vivant, a joui d'une grande réputation dans le monde religieux: il a même été question de la canoniser. Elle poussait la piété jusqu'au plus singulier mysticisme, à l'hallucination ou à l'enfantillage, et nombre d'anecdotes ont couru à ce sujet. Elle obligea un jour son mari, de vingt-cinq ans plus âgé qu'elle, à se priver d'une montre à laquelle il tenait beaucoup: «Il faut vous mortifier!» lui déclara-t-elle. Une mouche tombait-elle dans sa baignoire, elle la retirait de l'eau, la mettait au soleil, lui faisait reprendre vie: «N'est-ce pas une petite créature du bon Dieu?[428]»
[428] Cf. Jules LEVALLOIS, _ouvrage cité_, p. 31-32;--et SAINTE-BEUVE, _ouvrage cité_, t. I, p. 254.
MARIE-AMÉLIE DE BOURBON, femme de Louis-Philippe Ier, roi des Français (1782-1866), est aussi classée au nombre des bibliophiles[429].
[429] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 100.
De même, HORTENSE DE BEAUHARNAIS, mariée, en 1802, à Louis Bonaparte, roi de Hollande (1783-1837)[430].
[430] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 123.
Mme DE TRACY, Sarah ou Sara Newton (1789-1850), femme en premières noces du colonel puis général Le Tort, et en secondes noces du marquis Alexandre-César-Victor-Charles Destutt de Tracy, qui fut ministre de la marine en 1848-1849 et protesta contre le coup d'État de Napoléon III.
On a publié d'elle trois volumes d'_Essais, Lettres et Pensées_[431], auxquels Sainte-Beuve a consacré un très intéressant article[432].
[431] Paris, Plon, 1852; non mis en vente.
[432] _Causeries du lundi_, t. XIII, p. 189-209.
Mme de Tracy, qui appartenait à la famille du grand Newton, avait la passion de la lecture et de l'étude, et dissertait longuement sur ce double sujet avec son amie Mme de Coigny. «Mme de Coigny me donne des leçons de prononciation, de ponctuation, et me recommande de faire des notes sur tout ce que je lis, et d'écrire tous les jours ce que je pense: c'est une façon de savoir si on est bête[433].»
[433] Cf. SAINTE-BEUVE, _ouvrage cité_, t. XIII, p. 195.
C'est à Mlle Newton que l'helléniste Boissonade adressait un jour ce reproche et ces très sagaces conseils:
«Vous ne savez pas lire. _Vous lisez comme si vous mangiez des cerises._ Une fois la lecture faite, vous ne pensez plus à ce que vous avez lu, et il ne vous en reste rien. Il ne faut pas lire toutes sortes de choses au hasard; il faut mettre de l'ordre dans ses lectures, y réfléchir, et s'en rendre compte[434].»
[434] Cf. SAINTE-BEUVE, _ouvrage cité_, t. XIII, p. 195-196.
Les notes recueillies par Mme de Tracy sont, au point de vue de l'étude et de la lecture, très dignes d'attention, des plus fructueuses, et prouvent bien qu'elle était loin d'«être bête».
«J'ai organisé mon travail, et je suis décidée à traduire tout de bon le livre des _Offices_ de saint Ambroise, dont je n'avais fait que de courts extraits. Quel bonheur d'avoir de la volonté et de l'aptitude pour une occupation quelconque. Que de charme à voir là, devant moi, cette multitude de gros volumes que je n'aurai jamais le temps de lire jusqu'au bout!»
«...Je retire chaque jour de mes lectures un fruit inappréciable. Je goûte le bonheur d'avoir devant moi une occupation plus longue que la vie. _Ne pas savoir se créer une occupation sérieuse lorsque la vieillesse commence, c'est vouloir mourir d'une mort anticipée._ Que font de leur vie les femmes oisives, quand elles ne peuvent plus la dépenser dans le monde? elles la passent dans leur lit. La vieillesse est pour elles comme l'Enfer de Dante, à la porte duquel on laisse toutes les espérances[435].
[435] Cf. SAINTE-BEUVE, _ouvrage cité_, t. XIII, p. 203-204.
«La vraie philosophie, écrit-elle encore[436], c'est de préférer ce qu'on a, et de voir toutes choses du bon côté. De même, le vrai Christianisme consiste à faire à tous les êtres animés, bêtes et gens, le plus de bien possible, et à attendre la mort sans crainte comme sans impatience.»
[436] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. XIII, p. 207.
Une étrange particularité à signaler à propos de cette femme remarquable: «elle regretta si vivement son premier mari, le général Le Tort, qu'elle s'obstina à garder, assure-t-on, le cercueil du mort dans sa chambre à coucher, jusque dans les premiers temps de son second mariage[437]».
[437] ID., _ouvrage cité_, t. XIII, p. 209, note 1.
La PRINCESSE D'ISENGHIEN, Marguerite-Camille Grimaldi (1790-....)[438].
[438] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 166.
La DUCHESSE DE BERRY, Marie-Caroline, fille du roi de Naples Ferdinand Ier, mariée, en 1816, à Charles-Ferdinand de Bourbon, duc de Berry, deuxième fils du comte d'Artois, depuis Charles X (1798-1870).
Elle avait un esprit très vif et l'amour des lettres et des arts, remarque Eugène Asse, dans son étude sur _les Bourbons bibliophiles_[439]. Même après l'assassinat de son mari, frappé d'un coup de poignard par Louvel, à la porte de l'Opéra, en 1820, elle resta la protectrice des artistes et des gens de lettres. Sa collection de tableaux et la bibliothèque qu'elle s'était formée au château de Rosny, près de Mantes, furent également célèbres. Les événements de 1830 les dispersèrent l'une et l'autre.
[439] Page 134.
«La bibliothèque du château de Rosny fut une des mieux choisies, des plus élégantes par ses exemplaires et par ses reliures, que l'on ait comptées dans la première moitié du dix-neuvième siècle. Les livres en étaient presque tous timbrés sur le plat recto aux armes de la duchesse: _de France à la bordure engrêlée de gueules qui est de Berry, accolé des Deux-Siciles_; sur le plat verso, de son chiffre C couronné[440].»
[440] Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 134-135.
La vente de cette bibliothèque eut lieu en 1837. Le _Catalogue_, où figurent, sur la feuille de titre, les armes de la duchesse, très finement gravées en taille-douce, entourées de la cordelière des veuves et de deux branches de lis, comprend 2578 numéros pour les livres et 74 pour les estampes. La théologie y est représentée par 141 articles, la jurisprudence par 36, les sciences et arts par 445, les belles-lettres par 565, l'histoire par 1163; les manuscrits sont au nombre de 86 et les lettres autographes de 54.
L'auteur de la préface de ce _Catalogue_[441] considère comme «superflu» l'éloge de cette bibliothèque, où chaque article annonce presque toujours le plus bel exemplaire, enrichi de gravures, de portraits ou d'une somptueuse et élégante reliure. Les manuscrits doivent exciter la curiosité à un très haut degré. Depuis plus de trente ans, ajoute l'auteur de cette préface, il ne s'est pas présenté de collection aussi précieuse sous le rapport de l'antiquité historique; une grande partie de ces richesses proviennent du célèbre Pithou et ont été recueillies par lui.
[441] Paris, Bonange père, Techener et Bataillard, in-8, 264 pages.
Parmi ces manuscrits nous mentionnerons: le _Code Théodosien_, du sixième siècle, qu'une note de Pithou (XVIe siècle) dit avoir servi à Cujas pour sa publication des Codes;--le _Roman de la Rose_, manuscrit sur vélin, du treizième siècle;--le _Roman de Gaides_, en vers, manuscrit de la fin du treizième siècle.
Quelques années avant la mort de la duchesse de Berry, survenue en 1870, eut lieu une seconde vente de manuscrits lui ayant appartenu. Cette collection avait été distraite de la première, et ne comprenait que 35 articles. La vente produisit 98.085 francs. Un seul _Livre d'heures_--l'incomparable _Livre d'heures_ de Henri II et de Catherine de Médicis,--fut adjugé au prix de 60.000 francs pour le Musée des Souverains[442].
[442] Cf. Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 139;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 106-107.
La COMTESSE DE CHESSY-FOURCY, Madeleine Boucherat (....-1714).
Son mari était prévôt des marchands de Paris en 1684[443].
[443] Cf. ID. _ouvrage cité_, t. I, p. 161.
La DUCHESSE DE DURFORT DE DURAS, Marguerite-Félicité de Lévis-Ventadour (....-1717)[444].
[444] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 154.
Mme DE SÉGUR, Charlotte-Émilie Le Fèvre de Caumartin, femme du président de Ségur (....-1729)[445].
[445] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 201.
La DUCHESSE DE NOAILLES, Françoise-Charlotte-Amable d'Aubigné, nièce de Mme de Maintenon, épouse du duc de Noailles, maréchal de France (....-1739)[446].
[446] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 190.
ÉLISABETH DE LA ROCHEFOUCAULD DE ROYE DE ROUCY, religieuse, abbesse de Saint-Pierre de Reims (....-1744)[447].
[447] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 170.
La MARQUISE D'ARGOUGES, Françoise Le Pelletier (....-1745)[448].
[448] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 133.
ÉLISABETH-ÉLÉONORE DE LA TOUR D'AUVERGNE, abbesse de Thorigny, en Normandie (....-1746)[449].
[449] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 172.
La DUCHESSE DE MONTMORENCY-LUXEMBOURG, Marie-Sophie-Honorate Colbert de Seignelay (....-1747)[450].
[450] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 187.
MARIE-ANNE DE LA VIEFVILLE, abbesse de Gomerfontaine (....-1751)[451].
[451] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 424.
La DUCHESSE D'AUMONT, Victoire-Félicité de Durfort-Duras (....-1753)[452].
[452] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 133.
La MARQUISE DE MONTMORENCY-LAVAL, Marie-Thérèse de Hautefort (....-1753)[453].
[453] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 188.
La COMTESSE ou MARQUISE D'ANGENNES, Marie-Françoise de Mailly (....-1760).