Les Explorateurs du Centre de l'Afrique
Part 2
L'intérieur de ce bassin serait divisé par quelques plateaux en plusieurs régions que l'on regarde encore comme indépendantes l'une de l'autre, bien qu'elles puissent être réunies entre elles par des cours d'eau, ainsi que certains géographes le prétendent. C'est ce que de nouvelles explorations prouveront. La première au S. est celle du lac Nyassa, du Chironé et du Zambèse. Elle est séparée de la deuxième entre le 10e et le 12e degré de lat. S. par le plateau de Moviza ou Motchinga, qui a 1,100 kil. environ d'étendue et une altitude moyenne de 1,200 m., mais quelques points en atteignent 1,500, 1,800 et 2,100. Son versant nord donne naissance à un nombre si considérable de rivières, dit Livingstone, qu'il faudrait la vie d'un homme pour les compter. La seconde contient cinq lacs qui sont, en commençant par le plus méridional: le Bangweolo, qui s'étend de l'E. à l'O., entre 11° et 12° de lat. australe sur un développement de 240 kil. par 1,219 m. d'altitude. Il est couvert d'îles habitées et reçoit le Tchambezi, rivière qui prend ses sources vers 10° de lat. S., au N. du lac Nyassa. De sa partie septentrionale sort le Louapoula; ce cours d'eau va se jeter dans le lac Moero. De celui-ci s'échappe le Loualaba oriental. Cette rivière a de 1,800 à 5,400 m. de largeur et s'ouvre dans le lac Kamolondo, ou bien Oulendje. Ce lac recevrait également sur sa rive occidentale le Loufira, ou Loualaba central, qui descendrait de la région Ouest inexplorée du Moviza et des monts Koné. De ce même point coulerait également au N.-O. le Loualaba occidental, ou Louloua, lequel se réunit au Kasabi, traverse le lac Lincoln ou Moula et va sous le nom de Loeki, ou Lomamé, se joindre au Loualaba central. Tous ces Loualabas qui, dans la langue des indigènes signifient des lacs rivières (bassins lacustres), ne forment qu'un seul cours d'eau qui entre dans le lac Sans-Nom par 4° de lat. australe et 22° 40' de long. orientale et coule au milieu de ses archipels pour en sortir au N. sous le nom de Nyali, Bancaor ou Bakara, incliner entre 1° et 2° de lat. S. vers l'O., et se jeter dans l'Océan sous le nom de Zaïre ou Congo. Ce bassin serait donc celui de ce grand fleuve sur lequel l'un des rois chrétiens du Congo fit lancer deux brigantins afin d'en explorer le cours jusqu'aux lacs où il prend ses sources. C'est ce que nous avons trouvé dans la correspondance de ce prince.
Les habitants du Congo et des États voisins connaissaient donc la région des lacs de l'Afrique centrale. C'est par eux que les Portugais en eurent connaissance et pratiquèrent les routes qui les conduisaient de leurs établissements de la Guinée méridionale à ceux de la côte orientale d'Afrique. Du reste, les noms de Moero et de Moura (Maure), dont le premier est la corruption du second, sont Portugais. Ils révèlent donc le passage des voyageurs de cette nation qui les leur ont imposés. Après les avoir retrouvés, Livingstone leur a donné des noms anglais.
Sur le versant S. du Movitza naissent également deux cours d'eau, le Liambaï ou Zambèse (Palmerston) et le Kafoué, affluent de ce fleuve.
A l'époque des pluies, le fond de ces différentes vallées est tellement inondé que les rivières et les lacs ne forment plus qu'une immense nappe d'eau comme dans la zone parallèle de l'Amérique méridionale.
A l'E. de ce bassin s'étend celui du Tanganika, qui est regardé comme complètement indépendant des autres.
Cependant, d'après les dernières explorations de Baker, il communiquerait avec le Victoria par le Bouzizi, dont les eaux couleraient vers le N. ou le S., selon l'époque différente des pluies ou des crues dans chacun des deux bassins. D'après cette hypothèse, c'est dans le Tanganika qu'il faudrait voir les sources du Nil.
Le bassin le plus septentrional se compose du M'Woutan ou Albert N'yanza (829 m. d'altitude) et du Victoria N'yanza (1,100 m. d'altitude moyenne), d'où sort le Nil Blanc (Bahr-el-Abiad). A l'O. de ce dernier se trouve le lac Baringo.
Le cinquième bassin, celui du lac Tchad, se développe dans le Soudan oriental. Il y a pour affluent le Chari au S. et le Fédé, autre Bahr-el-Gazal (fleuve des Gazelles), distinct de l'affluent du fleuve Blanc. Ce cours d'eau sort du lac, coule pendant 500 kilomètres vers le N.-E. jusqu'au 16° de lat. N. par 17° de long. E. dans le canton des Kreddas. Là, ses eaux disparaissent dans les dunes de sable du Soudan. Cette rivière est donc un exutoire du Tchad, et non un de ses tributaires, comme on l'a cru jusqu'aux explorations du docteur allemand Nachtigal. Le niveau est à 39 m. au-dessous de celui des mers.
LILLE--IMPRIMERIE DANEL.