Les évangiles des quenouilles

Part 4

Chapter 42,302 wordsPublic domain

Glose. Fremine fauvele dist a ce point que quant une femme est acouchie d'une fille il convient l'asseoir sur la poitrine de la mere en disant/ dieu te face predefemme/ et jamais elle n'aura honte de son corps.

Le .xviii.e chappitre.

Quant une femme couchie avec son mari et veult avoir plus tost un filz que une fille elle doit tenir ses mains closes tandis que son mari fait l'euvre de nature/ et pour vray elle aura un filz.

Glose. Aucunes anciennes matrones maintiennent que qui veult faire un filz il le convient faire au matin de jour/ et une fille au vespre et de nuit.

Le .xix.e chappitre.

Une femme qui veult avoir petis enfans tandis qu'elle porte se doit desjuner au matin d'une tostee de pain blanc en vin et sans faulte l'enfant qu'elle porte sera petit.

Glose. Dist une vielle qui la estoit/ je croy mieulx que les petis enfans soient engendrez en faulte de la lune que autrement car par coustume les hommes ont lors deffaulte de moele.

La conclusion de la serie du vendredy.

Pour ceste derraine glose sourdy grande tumulte entre les femmes illec assembleez tant de rire comme de parler toutes ensemble/ et ne sembloit autre chose fors que ce fust un marchié de hire hare sans ordre et sans voloir entendre l'une l'autre ne atendre la fin de leurs raisons pourquoy quant je vey ceste confusion je ploiay mon papier/ estouppay et serray mon escriptoire/ remis ma plume en mon coffin/ et me levay me cuidant embler d'elles/ mais tantost je fus apperceus d'aucunes d'elles qui me retindrent a toute force et pour moy firent aucun pou de silence qui gaires ne dura. en laquele elles me prierent que l'endemain voulsisse retourner entr'elles a l'eure acoustumee affin de parfurnir/ et achever leur intencion et la chose encommencee/ et pour mettre par escript le residu des euvangiles de dame berthe de corne qui estoit la derraine assemblee qu'elles devoient faire/ et ou elles devoient conclurre et faire fin de leurs articles. Moy considerant le commun proverbe qui se dit. Que qui sert et ne parsert son loyer pert: leur ottroiay leur requeste liberalement. Et aprés congié pris d'elles me parti. et m'en alay reposer/ car la teste avoie fort vuide pour les raisons traversaines d'elles que mon entendement n'avoit peu comprendre. Si les laissay illecques trousser leurs bagues et leurs quilles et m'en alay reposer.

La continuacion de la serie du vendredy a celle du sammedy.

Le samedy soir environ six heures aprés le salve de nostre dame/ et que j'eus prise assez legiere refection tant pour l'onneur du jour comme pour l'affeccion que j'avoie pour veoir et oyr a quel fin prenderoient noz dames conclusion de leurs euvangiles: je aprés que j'eus prises mes agoubilles/ papier plume/ et enchre me transportay ou lieu ou le soir precedent avions assemblé.

Et moy illec venus me assis en mon lieu acoustumé/ pluiseurs des escolieres estoient desja venues qui commençoient a desvuider et haspler leurs fuseez. car filer ne povoient pour l'onneur du samedy et de la vierge marie. je n'eus illec gaires sejourné quant vint dame berthe de corne acompaignie de pluiseurs de ses amies et voisines pour son euvangile lire et continuer comme a ce faire estoit esleute. Mais avant que je procede a ses chappitres: je vueil descripre aucune chose de sa genealogie et venue.

Dame berthe de corne estoit de l'eage environ de .iiii.xx. ans ou plus fille avoit esté de regnaut de corne sage homme a merveille qui en son temps avoit estudié a toulette en l'art de gramaire et en geomancie: depuis avoit esté a montpellier ou il avoit estudié en medecine/ et ceste art fut dont il vesqui toute sa vie et introduist dame berthe sa fille en laquelle elle prouffita moult/ et s'en vesqui depuis en tapinage assez honnestement. Elle doncques assise en son siege et silence obtenue commença son euvangile en ceste maniere.

Mes bonnes amies et voisines puis que mon tour est venu que je vous doy faire fin et conclusion de l'euvre par mes dames encommencé: je a mon povoir traitteray de la science que j'ay aprise qui touche medecine. et m'en acquiteray au mieulx que porray. Si vueilliez diligemment entendre et les retenir car elles sont dignes d'estre mises en vostre memoire.

Le premier chappitre.

Et pour mon premier chappitre je vous dy qui a les fievres et il june le premier dimence aprés le premier jour qu'elles l'auront pris sachiez pour vray qu'elles le laisseront.

Le second chappitre.

Cellui qui aura les fievres tierces et il porte a son col en un petit de soie les haulz noms lyez sans doubte il en garira.

Le tiers chappitre.

Se vous avez mari rebelle et qui ne vous vueille baillier argent a vostre besoing prenez le premier neu d'un festu de fromment cueillie auprés de terre la nuit sainct jan tandis qu'on sonne nonne/ et icellui boutez ou trou du coffre ou lieu de la clef: et sans faulte elle s'ouvrira.

Le quart chappitre.

Cellui qui a les fievres quartaines face tant qu'il treuve le tesffle a quatre fueilles/ et s'en desjune par quatre jours/ et pour vray elles le laisseront.

Le .v.e chappitre.

Femme qui est malade de la rougereule doit prendre de l'eaue qui aura esté benoite le dimence et d'icelle en faire un chaudeau et en humer/ et pour certain elle en garira.

Le .vi.e chappitre.

Pluiseurs gens parlent de la maladie des fievres blanches qui gaires ne scevent que c'est/ mais elles sont pires que doubles quartes. touteffois se pevent elles garir par faire une souppe ou vaissel sainct george.

Le .vii.e chappitre.

Pour garir fievres continues il fault escripre trois les premiers mos de la paternoster sur une fueille de sauge nostree et icelle mengier par trois matineez et il garira.

Le .viii.e chappitre.

Se une femme se mespasse le pied telement qu'il soit estors et comme hors du lieu. il convient que son mari voise en pelerinage a monseigneur sainct martin pour sa santé et qu'il raporte des lavemens du pied du cheval sainct martin. et d'iceulx lavemens en lave son pied et tantost elle garira.

Le .ix.e chappitre.

Se une femme est malade des varoles il convient que son mari achate un noir aigneau de l'annee et qu'il couche et lye sa femme en la peau d'icellui agneau toute chaude/ et qu'il face son pelerinage et offrande a saincte arragonde et pour certain elle en garira.

Le .x.e chappitre

Se un cheval s'est estors la gambe ou le pied/ il convient le chevauchier vers l'ostel du prestre et le appeller pardehors et sans parler a lui tantost s'en retourner et pour certain le cheval yra tout droit comme devant sans sentir aucune douleur.

Le .xi.e chappitre.

Je vous diroie merveilles des chevaux et de leurs medecines. Mais pour ce que les hommes ne le prengnent a leur prouffit/ je m'en tairay et parleray d'autre chose/ mais touteffois je vous vueil bien aincoires tant dire que quant vous veez un cheval si terrible qu'il ne vuelt souffrir qu'on monte sur lui/ ou ne veult entrer en un navire/ ou sur un pont/ dittes lui en l'oreille ces parolles. Cheval aussy vray que meschine de prestre est cheval au dyable/ tu vueilles souffrir que je monte sur toy. Et tantost il sera paisible et en ferez vostre volenté.

Le .xii.e chappitre.

Mes amies et voisines aincoires vous dy pour verité que se un homme avoit sur lui ou portoit en bataille la petite peau qu'il apporte du ventre sa mere: sachiez qu'il ne porroit estre blechiez ne navrez en son corps.

Glose. Lors sourdy une vielle matrone d'entr'elles nommee jehanne tost vestue/ et dist oyant toutes que se un homme portoit sur lui quant il doit aler en bataille les haulz noms qui sont telz.

Tart y va loing te tien. S'on s'i combat/ si t'en revien.

que jamais bleschiez ne seroit en la guerre.

Le .xiii.e chappitre.

Je ne me puis retraire de toudis parler des choses a l'avantaige des hommes/ et si sçay bien que de nous ne font gaires de compte/ car ilz tiennent leurs parlemens et gengle de nous toudis en la reproche de nostre sexe mais tant vous vueil aincoires bien dire que a femmes qui a nouvellement pris les fievres s'elle oingt tous ses conduis de miel le premier jeudy aprés qu'elles les aura eues: sachiez qu'elle en sera quitte et delivre.

Le .xiiii.e chappitre.

Quant vous voyez arondelles faire leur nyd en aucune maison sachiez que c'est tout signe de povreté. Et se les moissons y font leur nyd/ c'est signe de prosperité et de toute bonne fortune.

Le .xv.e chappitre.

Je vous dy aincoires pour verité que qui veult boire de toutes manieres de vins et avec toutes manieres de gens sans estre yvre sachiez qu'il ne fault que se desjuner d'une pomme sure au matin et boire un trait de fresche eaue et sans faulte il ne sera ce jour yvre.

Glose. Joly treu le fille de mouscaille dist a ce propos que son pere pour vin qu'il beust oncques ne fut yvre/ mais il reclamoit tousjours sainct nycolas en toutes ses requestes.

Le .xvi.e chappitre.

Mes amies pour la conclusion finale de mon euvangile/ ensemble pour l'onneur du saint dimenche qui nous approche/ je vous vueil dire un merveilleux secret que pou d'hommes scevent. je vous dy pour certain que les cygoignes qui en l'esté se tiennent en ce pays et en yver s'en retournent en leur pays/ qui est entour le mont de synay: sont pardela creatures comme nous. Et qu'il appere qu'elles ayent raison elles donnent tousjours et paient leurs dismes a dieu quant elles ont fait des petis de l'un d'iceulx.

Glose. A ceste conclusion affermer se leva dame abreye l'enfflee vielle a merveilles/ et dist qu'il estoit vray ce que dame berthe de corne avoit dit. Car elle avoit souvent oy dire a son tayon/ clais van triere que quant il avoit esté a sainte katherine du mont de synay/ et en passant les desers avoit perdu par mortalité toute sa compaignie/ il vey de loing une creature a laquele il ala et commença a demander son chemin en flameng. Celle creature lui respondi tantost et lui enseigna son chemin et de fait ala longuement avec lui. Et lui devisa tout son estat/ et comment elle estoit cygoigne par deça/ et faisoit son nyd en flandres sur l'ostel de son voisin. Clais qui ceste chose ne voloit croire lui pria qu'elle lui baillast certaines enseignes affin que s'il povoit jamais retourner ou pays qu'il la remerciast de sa courtoisie. Adont la cygoigne tira un annel d'or qu'elle avoit recueillie en la place delez sa maison et lui monstra/ et tantost que clais le vey il le recongneut/ car c'estoit l'annel duquel il avoit espousé mal cenglee sa femme. La cygoigne lui rendy son annel par tel si qu'il deffenderoit aux porchiers et vachiers de son hostel qu'ilz ne lui feissent plus de moleste comme paravant ilz avoient acoustumé a faire. Et aprés ces promesses prist mon tayon congié et s'en retourna a bruges ou depuis vesqui si bien qu'il estoit gros de .xiiii. palmes de tour quant il morut.

* * * * *

Grande risee fut illec faitte de toutes les assistentes/ que desja avoient lavé leurs cheveulx et desvuidié leurs fuseez/ et estoient prestes de trousser leurs quilles et agoubilles dont je fus moult joyeux/ car certes je m'en commençoie fort a taner/ pour ce que ce qu'elles avoient dit me sembloient choses toutes sans aucune raison ou aucune bonne consequence/ comme j'avoie au commencement pensé. Mais pour me monstrer non parcial ne aussi vilipendeur ne despriseur de leurs volentez/ je a demy chiere joyeuse/ et non pas trop attendi entr'elles quele fin elles metteroient en leurs euvangilles et auctoritez: et comment mon honneur sauvé je prenderoie congié d'elles. Il n'estoit aincoires apparent que silence fust entr'elles/ pourquoy je me mis en la veue d'elles affin que par mon regard elle eussent aucune vergoingne et honte de leur affaire que certes estoit moult desriglé comme d'une bataille faillie. Enfin les six qui avoient esté inventeresses et presidentes toute la sepmaine vindrent vers moy/ et me remercierent moult de la paine que prise avoie pour elles/ et pour mon salaire me promirent ayde se les requeroie de me avanchier envers quelque damoiselle. Dont je les remerciay en moy excusant par une auctorité joyeuse qui se dist communement. C'est que quant un cheval va boire sans qu'on lui maine/ et un homme va a complie atout un baston: Certes ces deux ont passé leur temps: de ces deux bestes j'en suis l'une.

Conclusion de l'acteur.

Vous messeigneurs et mes dames qui cest petit traittié lirez/ ou avez leut prenez le en passetemps d'oyseuse je vous prie/ et n'ayez regard a aucun des chappitres quant au regard d'acune apparence de verité ne d'aucune bonne introduction/ mais prenez le tout estre dit et escript pour demonstrer la fragilité de celles qui ainsi se devisent souvent quant ensamble se treuvent. Et aincoires plus en ay oy d'elles/ mais il doit souffire quant a present/ pour ma part un autre vendra qui les augmentera.

Note sur la transcription.

On reproduit dans cette version électronique le livre coté Res-Ye-92 de la Bibliothèque nationale de France, édité vers 1479-1482 par Colard Mansion.

On a conservé l'orthographe, la ponctuation et l'usage des majuscules de l'original. Pour le confort de lecture, on a cependant résolu les abréviations par signes conventionnels, introduit apostrophes, accents et cédilles, et distingué u/v et i/j selon l'usage.

Seules les coquilles manifestes (par exemple: qne > que) ont été corrigées.

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