Les évangiles des quenouilles

Part 1

Chapter 14,113 wordsPublic domain

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Cy commence le traittié intitulé les euvangiles des quenoilles faittes a l'onneur et exaucement des dames.

Maintes gens sont au jour d'huy qui alleguent et auctorisent leurs parolles et raisons par les euvangilles des quenouilles qui gaires ne scevent de quele importance et auctorité elles sont ne qui en furent les sages doctoresses et premieres inventerresses. Et aincoires qui pis est les alleguent plus par derrision et en mocquerie qu'ilz ne font par affection qu'ilz ayent a la grande substance qu'elles contiennent. Et ce font ilz tousjours en l'amoindrissement et reboutement des dames dont c'est pechié et grant honte pour ceulx qui ainsy le font.

Car ilz ygnorent la grande noblesse des dames/ et les grans biens qui d'elles procedent. Car pour ce que la premiere femme fut faitte et cree en lieu hault et noble plain de net et pur air pour ce sont toutes femmes naturelement nobles/ nettes/ douces/ courtoises/ et plaines d'esperit legier et inventif et si tressoubtil: que a bien pou d'ayde elles scevent pluiseurs choses avenir. Car les passeez et presentes scevent de leur propre nature selon les conjectures et dispositions des temps des personnes des auguremens des oyseaulx et des bestes et brief de toutes autres creatures comme il apperra ou procés de ce livre.

Or est ainsi doncques que pour obvier a teles injures et teles mocqueries mettre a neant/ et par contraire exauchier les dames et leurs euvangiles verifier: je qui de pieça et mesmes des mon enfance ay esté leur humble clerc et serviteur/ et dont des biens que d'elles ay receus assez ne me sauroie loer/ je a la requeste d'aucunes mes treschieres/ ay comme cy aprés porrez veoir mis par escript et en ordre ce petit traittié qui contient en soy le texte des euvangiles des quenouilles ensemble pluiseurs gloses et postiles y adjousteez et esclarciez par aucunes sages dames desqueles les noms seront cy ensiuvant mis et escrips.

Les noms des dames qui firent le texte des euvangiles des quenoilles.

Pour entammer doncques ceste euvre il est tout notoire a tous bons et vrais catholicques que pour mettre et redigier par escript a la memoire perpetuele des crestiens les saintes et vraies parolles/ ensambles les vertueuses euvres et fais de nostre benoit sauveur et redempteur jhesus crist/ et de ses sains apostres/ furent esleus quatre preudhommes d'entr'eulx plains de verité et vertus pour faire cestui sainct mistere qui se nomment euvangiles par les escriptures lesqueles la vraye et sainte foy catholique est tenue/ enluminee et corroboree/ et sera jusques en la fin des siecles.

A semblable doncques pour verifier et mettre en en avant les parolles et auctoritez des femmes de jadis/ affin aussi de les nom perdre ne telement evanouyr que la memoire ne puisse estre fresche et recente entre celles du temps present et de cellui ont esté trouveez six matrones sages et prudentes pour reciter et lire lesdittes euvangiles des quenouilles en la maniere que cy aprés sera declairié.

Et pour ce que en tout tesmoingnage de verité il convient trois femmes pour deux hommes: pour faire et acomplir doncques le nombre desdiz quatre euvangelistes il a convenu que six femmes aient esté empeschiez de faire cestui euvre pour plusgrande approbacion de verité. desqueles les noms se ensuivent.

La premiere fut nommee dame ysengrine du glay.

La seconde estoit appellee dame transeline du croq.

La tierce eut nom dame abonde du four.

La quatre fut appellee dame sebile des marez.

La quinte eut nom dame gomberde la faee.

Et la sixiesme eut nom dame berthe de corne.

Ces six dames furent si tressaiges en leur temps que se ce eust esté pour conjurer un bleu dyable ou pour le loyer dessus un coussin: si estoient elles assez expertes et habilles.

Qui fut la premiere femme qui mist avant ces euvangiles. Et comment le composeur de ce livre fut constraint de faire cest euvre.

Selon ce que je treuve es anciens registres ces euvangiles furent commenceez des les premiers et second eages du monde ou temps que regnoit le fort et puissant roy zoroastes qui fut le premier qui trouva l'art de nygromancie/ de laquele art il monstra et enseigna partie a la royne sa femme nommee hermofrodita. et laquele depuis fist de beaux principes pour le commencement de ces euvangiles. mais elles ne furent de son temps acheveez. ains d'eage en eage/ et de siecle en siecle elles ont esté multiplieez/ et par legiers espris infusez es corages des prudentes femmes chascunes en son temps selon les auguremens et signes qu'elles povoient concevoir et veoir tant en la terre comme en l'air.

Et depuis ce temps n'a esté aincoires aucun/ voire que j'aye sceu ne qui soit venu a ma congnoissance qui ait volu prendre la paine de les mettre par escript ou en registre/ au moins le tout/ ne par ordre/ mais ce tant pou que fait en a esté/ ce a esté confusiblement et par pieces puis cy puis la sans tenir aucun ordre. et aincoires ce que fait en a esté/ ç'a esté plus par derrision et mocquerie que autrement et toutesfois elles ne deffaillent pas de grant mistere. Et pour vous donner a cognoistre comment je suis venu en ceste temeraire et presumptueuse hardiesse et outrecuidance que de vouloir escripre et mettre par ordre cest euvre: il est verité que un soir aprés souper/ pour cause d'esbat et de passetemps/ es longues nuis entre le noel et la chandeleur derrain passé/ je me transportay en l'ostel d'une assez ancienne damoisselle assez prez ma voisine ou j'avoye acoustumé d'aler souvent deviser/ car pluiseurs des voisines d'environ venoient illec filer et deviser de pluiseurs menus et joieux propos dont je prenoie grant soulas et plaisir. mais pour ceste fois estoient illec les six dames assambleez qui moult fort estoient empeschiez de diverses raisons/ et souvent de la grant haste qu'elles avoient de dire leurs propos: elles anticipoient l'une l'autre et parloient toutes ensemble.

Moy aucunement honteux de ceste ma soudaine avenue entr'elles/ me voulz retraire arriere et pris congié d'elles en moy deportant d'illec. Mais soudainement je fus d'elles rappellez et de fait arrestez par la robe par l'une d'elles dont moitié force moitié requeste je retournay et m'assiz entr'elles et leur priay moult humblement qu'elles me pardonnaissent de ce que si francement et si baudement me estoie embatus entre elles.

L'une prist la parolle pour toutes les autres. et me dist que vrayement je leur estoie le tresbien venus et le mieulx que homme qu'elles sceussent en ce monde. et qu'il leur sembloit que dieu m'avoit illec amené pour estre en leur ayde attendu le fait en quoy elles estoient pour ceste heure occuppeez et empeschiez/ et que mieulx leur drescheroie leur euvre et concept veu que autreffois en autres matieres avoie escript des dames fort a leur honneur. et aincoires de present me prioient que le pareil voulsisse faire a cestui leur tresgrant besoing/ et elles en temps oportun par elles ou par leurs successeurs me feroient tele remuneracion que jusques a souffire/ me priant en oultre que voulsisse entreprendre de mettre par escript un petit volume qui pour son nom prenderoit. les euvangiles des quenoilles en memoire et souvenance perpetuele d'elles/ et a l'adreschement de toutes celles qui vendroient.

Moy aucunement honteux de la loenge qu'elles me donnoient me cuiday excuser. mais tantost je fus sy anticipez de parolles/ et de diverses raisons enveloppez: que tout confus me convint entreprendre ceste charge. En laquele s'il y a a redire ou aucune faulte/ ou mauvais entendement: je vous supplie le me pardonner/ et laditte faulte imputer a celles qui par si tresgrant haste le me disoient: que loisir ne temps n'avoie aucuneffois les bien entendre/ ne ma main qui par vieillesse est devenue pesante/ et mes yeulx obnubilez ne les povoient si hastivement comprendre ne servir si tost qu'elles eussent bien volu.

Ceste charge doncques par moy ainsi prise les dames me remercierent grandement/ et prindrent jour entr'elles et heure de retourner le lendemain aprés souper. Et me chargierent que avec moy aporttaisse largement papier et enchre et plumes car elles vouloient determiner de haultes besoingnes.

L'ordonnance de cestui livre mise en termes par dame ysengrine.

L'endemain a heure assignee je furny de mes agoubilles me trouvay ou lieu assigné ouquel estoient desja assambleez les six dames qui aprés moy attendoient. Et elles de ma venue joyeuses comme par samblance elles demonstroient/ aprés qu'elles me eurent preparé mon lieu pour a mon aise oyr et escripre leurs oppinions et doctrines: l'une d'elles et la plus ancienne nommee/ dame ysengrine du glay: commença a parler aprés licence obtenue des autres ses compaignes les parolles qui s'ensuivent.

Mes treschieres voisines et compaignes en ceste vocacion vous voyez/ et aussy il est tout notoire comment les hommes du temps present ne cessent de escripre et faire libelles diffamatoires et livres contagieux poingnans l'onneur de nostre sexe. Et touteffois attendu que eux et nous sommes fais tous d'un ouvrier descendans l'un de l'autre. Et encoires puis que dire le me convient sommes venues et descendues de plus hault et plusnoble lieu qu'ilz ne sont/ et faittes de matiere plus nette et plus clarifiee que eux: il m'est avis a correction de vous toutes que bon seroit que a l'ayde de cestui nostre secretaire et amy nous feissons un petit traittié des chappitres que volons tenir/ et mettre par ordre/ lesquelz depieça de noz grandes et anciennes meres ont esté trouveez affin de les non mettre en oubliance et qu'il puisse venir entre les mains de celles qui aincoires sont a a venir. Lequel traittié contendra les chappitres des euvangiles des quenoilles/ ensemble les gloses que aucunes sages et prudentes matrones y ont adjousté et aincoires feront en multipliant le texte.

Et pour entrer en la matiere et mettre ordre en nostre commencement vous savez qu'ilz sont six jours ouvriers en la sepmaine et nous sommes six qui avons empris ceste besoingne/ et qui avons veu et oy recorder par noz anciennes pluiseurs choses des viel et nouvel testament/ et pluiseurs vraies et bonnes auctoritez. Si m'est avis en conclusion qu'il seroit bon que a lundy prochain venant nous assamblissons en l'ostel de maroie ployarde ou l'en a acoustumé de tenir la serie/ environ sept heures du vespre/ et illec se c'est vostre avis l'une de nous commencera sa lecture/ et ses chappitres recitera en la presence de toutes celles qui illec seront assambleez pour les tenir et mettre en perpetuele memoire.

Les assistentes tantost et sans autre deliberacion dirent toutes a une voix que dame ysengrine avoit tresbien dit. Et de fait lui prierent qu'elle voulsist entreprendre ceste charge de lire la premiere pour ce lundy a l'eure assignee/ et elles sans aucune faulte y seroient et sy prieroient aucunes de leurs voisines vielles et jones pour mieulx auctorisier leur chappitre. Ceste charge prist moult volentiers dame ysengrine et dist qu'elle en feroit son mieulx. En ce disant elle se tourna vers moy et moult amoureusement me requist que son secretaire voulsisse estre/ et pareillement de toutes les autres. et qu'elles me feroient guerredonner par aucunes d'elles des plusjones et a mon chois/ duquel guerredon je les remercie/ et dont desja je me tiens pour content.

L'ordonance de la premiere journee. et de la descripcion de dame ysengrine du glay et qui elle fut.

Le lundy au soir environ entre sept et huit heures aprés souper s'assemblerent lesdites dix dames/ ensembles toutes les voisines qui accoustumé avoient d'y venir et pluiseurs autres qui y furent inviteez qui aincoires n'y avoient esté pour oyr le mistere que illec faire se devoit/ dame ysengrine du glay y vint acompaignie de pluiseurs de sa congnoissance qui toutes apporterent leurs quenoilles/ lin/ fuiseaux/ estandars/ happles/ et toutes agoubilles servans a leur art. Et brief ce sembloit a veoir un droit marchié ou l'en ne vendoit que parolles et raisons a divers propos de pou d'effect/ et de petite valeur.

Le siege de dame ysengrine estoit preparé a un costé un pou plushault des autres/ et le mien decosté elle devant moy un rondeau ou estoit assise une lampe d'oile pour enluminer sur mon euvre/ et toutes les assistentes avoient tourné leurs visages ou regart de dame ysengrine Laquele aprés licence obtenue commença a parler en ceste maniere. Mais avant que je commence escripre ses chappitres je vous veuil reciter l'estat/ et la genealogie d'elle.

Dame ysengrine estoit eagie de .lxv. ans ou environ/ belle femme avoit esté en son temps mais elle estoit devenue fort ridee. les yeulx avoit enfonssez et la bouce grande et large/ cinq maris avoit eu/ sans les acointes de costé. Elle se mesloit en sa viellesse de recevoir les enfans nouvellement nez. mais en sa jonesse elle recevoit les grans enfans. moult experte fut en pluiseurs ars. Son mari estoit asses jone duquel elle estoit fort jalouse/ et dont elle faisoit souvent grandes complaintes a ses voisines. Touteffois licence comme dit est obtenue/ elle commença son euvangille et prist son thume sur son mari en hongnant et dist.

Cy commencent les chappitres de l'euvangile dame ysengrine du glay pour le lundy.

Mes bonnes compaignes et voisines/ il n'est aucune de vous qui ne sace que je prins mon mari josselin plus pour par sa beaulté que pour sa richesse/ car povre compaignon estoit. Et vela je ne le vey ne hier ne au jour d'huy/ dont j'ay grant doleur au cuer. Et certes il a grant marchié des biens que mes maris ses predecesseurs ont parcidevant a grande paine et doleur assemblez. je croi que ce sera ma mort.

Et a ce propos et pour le premier chappitre/ je dy pour aussy vray comme euvangile que l'omme qui despent indeuement les biens qui lui viennent de par sa femme et sans son gré et congié: il en rendera conte devant dieu comme de chose emblee.

Glose. Sur ce chappitre dist une ancienne matrone nommee griele femme de jehan joquesus. Certes cellui mari qui fait contre ce chappitre/ est mis aprés sa mort ou purgatoire des mauvais maris en un baing plain de soulphre ardant. s'il n'a faitte sa penitance en ce monde par les hospitaux.

Le second chappitre.

Il n'est riens plus certain que le mari qui va au contraire de ce que sa femme lui conseille et veut faire/ et qui la contredist de chose qu'elle dye: il est faulx et desloyal parjur.

Glose. Certes dist gombaude du fossé j'en ay veu pluiseurs miracles de ceulx qui ont transgessé ce chappitre. et mesmes mon parastre se rompy la jambe pour ce qu'il n'avoit volu croire le conseil de ma mere.

Le tiers chappitre.

Homme qui sa femme bat pour quelconque cause que ce soit n'aura jamais pour priere qu'il face faire grace de la vierge marie/ se premierement il n'a obtenu pardon de sa femme.

Glose. Maroie ployarde dist sur ce chappitre que cellui qui bat sa femme fait autel pechié comme s'il se voloit soy mesmes desesperer. Car selon ce j'ay oy dire a no curé/ ce n'est que un corps d'homme et de femme acouplez par mariage.

Le quart chappitre.

Homme qui fait aucune chose sans qu'il le donne a congnoistre a sa femme je vous dy comme euvangile qu'il est en conscience pire que larron qui bien l'oseroit dire.

Glose. Les anciennes matrones ont maintenu pour verité que les enfans qui viennent de tel mariage jamais en ce monde ne devendront riches/ et si seront volentiers menteurs.

Le cinquiesme chappitre.

Mes amies je vous di pour verité qu'il n'est doleur ne angoisse pareille a celle que femme porte quant son mari va autre part porter et donner sa substance. et especialement quant les biens viennent de par elle.

Glose. Pour certain dist une vielle qui estoit nommee flourette la noire. Cellui qui rompt son mariage par adultere est moins a prisier que un juyf ou sarasin. car il est parjur.

Le .vi.e chappitre.

Fille qui veult savoir le nom de son mari a venir/ doit tendre devant son huis le premier fil qu'elle filera cellui jour/ et de tout le premier homme qui par illec passera savoir son nom. sache pour certain que tel nom aura son mari.

Glose. A ce mot se leva l'une des assistentes nommee geffrine femme de jehan le bleu et dist que ceste chose avoit esprouvee et que ainsi lui en estoit avenu/ dont elle maudissoit l'eure d'avoir encontré un tel homme qui toute couleur et beauté avoit perdue/ et si estoit si tresmauvais mesnagier que autre chose ne povoit faire que dormir.

Le .vii.e chappitre.

Quant femme porte enfant et on veult savoir s'elle porte filz ou fille on doit mettre en dormant sur sa teste du sel si soement que point ne le sache/ et aprés en devisant a elle sachiez quel nom elle nommera s'elle nomme homme ce sera un fils/ et s'elle nomme femme ce sera une fille.

Glose. Ceste mesmes chose m'avint quant je portoie ma fille lise tempremeure/ dist griele du solier/ et le me fist/ et aprist ma tante qui estoit fort ancienne et moult renommee en pluiseurs ars.

Le .viii.e chappitre.

On ne doit point donner a jones filles a mengier de la teste d'un lievre affin qu'elles marieez et par especial enchaintes n'y pensent/ car pour certain leurs enfans en pourroient avoir leurs levres fenduez.

Glose. Dist tantost Margot des bledz. tout ainsi en avint il nagaires a l'une de mes cousines. car pource qu'elle avoit mengié de la teste d'un lievre sa fille dont elle estoit enchainte en apporta sur terre quatre levres.

Le .ix.e chappitre.

On ne doit point aussi laissier mengier aux jones filles a marier de teste de mouton/ de crest de coq ne d'anguille affin qu'elles ne cheent du mal sainct loup par derriere.

Glose. Certainement dist belotte la cornue/ c'est un tresgrant dangier/ car pour ce que ma mere en mengea j'en ay eu trois taches qui comme je croy jamais ne me fauldront. L'une si est que souvent me laisse cheoir par derriere/ La seconde que je hurte volentiers. et la tierce qu'il me croist ou plus secret lieu de mon corps une chose a maniere de la creste d'un coq dont j'ai grant vergoingne.

Le .x.e chappitre.

Je vous jure comme euvangile que quant une jone fille mengue acoustumeement lait bouilly en la paelle/ ou en un pot de terre: qu'il pleut volentiers et par coustume le jour de ses nopces. Et si a volentiers mari merancolieux et hoingnart/ et aussi ne fault elle pas d'estre souvent crottee et mal paree.

Glose. Dist dame abonde/ a cest texte ne fault aucune exposicion/ car la regle en est toute commune/ et jamais n'y a faulte/ comme il apparut a mes nopces ou pluiseurs de vous furent.

Le .xi.e chappitre.

Pour certain et pour aussi vray que euvangile quant un homme couche avec sa femme ou s'amie ayans les piez ors et puans/ et il avient qu'il engendre un filz: il aura puante et mauvaise alaine Et se c'est une fille elle l'aura puante par derriere.

Glose. Maroie ployarde dist sur ce chappitre que de sa cousine germaine en avint ainsi. Car par tout ou elle aloit elle rendoit une odeur si puante de son derriere: que les assistens en estouppoient leurs nez mais ne savoient qui cellui estoit qui estoit en cause.

Le .xii.e chappitre.

Pour aussi vray que euvangile je vous dy que quant un jone homme pucel espouse une fille pucele le premier enfant qu'ilz ont est par coustume fol.

Glose. Berte l'estroite sur ce chappitre dist que ainsi estoit nagaires avenu a l'une de ses filles qu'elle avoit mariee au porchier de son hostel/ car il convint que pour la premiere nuit elle leur enseignast comment ilz devoient faire. dont il est avenu que leur premier filz est fol et pour innocent.

Le .xiii.e chappitre.

Mes voisines et compaignes je vous dy pour euvangile que quant l'enfant est nouvellement né et avant qu'il suche la mamelle/ se on lui donne a mengier d'une pomme cuitte/ jamais aprés toute sa vie il n'en sera si luffres ne gourmant a table en boire/ et en mengier. Et si en sera plus courtois en fais et en parolle entre les dames.

Glose. Maroie morele dist sur ce texte que quant un enfant est né qui lui porteroit le petit boyau jusques au chief: il en auroit longue vie/ douce alaine/ bonne voix/ et gracieuse loquense.

Le .xiiii.e chappitre.

Je vous asseure pour aussy vray qu'euvangile que pour faire avoir aux enfans cheveux crespés. tantost aprés qu'ilz sont desobez/ il convient laver leur chief de vin blanc. et en leur baing soit mise la rachine de blanche vigne.

Glose. Dame hermofrode sur ce pas dist en corroborant le texte que qui feroit/ sechier par deux enfans jones et beaulx l'aubette du petit enfant sur la pointe d'une espee tranchant/ et clere que l'enfant sera toute sa vie beaux et hardis/ et bien venus entre les nobles.

Le .xv.e chappitre.

Or entendez bien vous toutes qui cy estes presentes/ je vous avertis que jamais on ne doit tirer espee nue ne autre long trenchant devant femme grosse que premier que riens s'en face ne lui va doucement touchier du plat/ sur son chief/ affin qu'ele demeure asseuree. et que son fruit en soit toute sa vie plushardy.

Glose. Peronne bevette dist que pour ce que on ne fist point ainsi a sa mere quant elle le portoit/ elle a esté et aincoires est si paoureuse qu'elle n'oseroit couchier seule sans avoir compaignie d'hommes.

Le .xvi.e chappitre.

Je vous di pour aussi vray que euvangile que jones filles ne doivent jamais mengier cerises a la derraine avec leurs amoureux car souvent avient que cellui a qui vient la derreniere: demeure le derrenier de tous a marier.

Glose. Dame sebile des mares dist sur ce pas que les filles ne doivent point mengier a cachelouche leur potage avec leurs amoureux. car par coustume il avient souvent que leurs maris ont acointe apart et non pas les femmes.

Le .xvii.e chappitre.

Aincoires vous dy que dieu et raison deffendent le parler ou le ramentevoir devant aucune femme mariee en eage de porter enfans ou qui est enchainte de quelconque chose pour mengier qui pour le present et au besoing ne se pourroit trouver affin que le fruict qu'elle porte n'en apporte enseigne sur son corps.

Glose. Dame abonde du four dist que par ruer ou visage de la femme qui porte enfant/ aucunes cerises frezes ou vin vermeil l'enfant en apportera sur soy aucune enseigne.

Le .xviii.e chappitre.

Sachiez que homme qui se double en mariage est inhabile de parvenir a aucune dignité. Et se sa femme lui faisoit le pareil cas/ sans faulte il seroit cause de l'ung et de l'autre mal. et elle deveroit estre jugié quitte et sans pugnicion.

Glose. Dame ysoree la courte dist sur ce pas que la femme qui veult que son mari point ne se desvoye avec autres femmes si face par trois lundis chanter messe de saincte avoie. et je vous dy pour certain que les dames de paris en entretiennent/ ainsi leurs maris.

Le .xix.e chappitre.

Quant on baptise aucun enfant soit filz soit fille. se la fille a deux parrins elle aura deux barons ou plus. et aussi se le filz a deux marrines et il vit eage d'homme il aura deux femmes ou pluiseurs.

Glose. Certainement dist ampelune hucquette. je doy bien mauldire l'eure que vvillequin mon mari en eut oncques tant. car il en a trois accointes sans celles que point ne sçay.

Le .xx.e chappitre.

Quant on voit ces petis enfans courir parmi les rues a chevaulx de bois/ a tout lances/ et desguisez par maniere de gens de guerre. c'est tout vray signe de prochainement avoir guerre et dissencion ou pays.

Glose. Perrine hulottote dist sur ce pas que quant les petis enfans portent bannieres/ et confanons en chantant par les rues/ c'est tout signe de mortalité.

Le .xxi.e chappitre.

Se femme veult certainement savoir se son mari se double/ si avise se une plaine lune se passe sans elle approchier/ certes s'elle y a souspecion se n'est pas sans cause.

Glose. Ceste euvangile est bien vraye dist maroie ployarde car il y a plus de trois lunoisons que jan ployart mon baron ne fist ne cou ne quoy/ et si suis aincoires femme assez pour l'endurer.

Le .xxii.e chappitre.