Part 8
=Transformisme (Goethe).=--On entrevoit aisément que les idées courantes sur l'absolue indépendance des espèces organiques et leur création surnaturelle, ne pouvaient pas satisfaire les penseurs plus profonds. Aussi trouvons-nous, dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, quelques esprits éminents préoccupés de trouver une solution naturelle au «grand problème de la création». Devançant tous les autres, le plus éminent de nos poètes et de nos penseurs, GOETHE, par ses études morphologiques prolongées et assidues, avait déjà clairement reconnu, il y a plus de cent ans, le rapport intime de toutes les formes organiques et il était déjà parvenu à la ferme conviction d'une origine naturelle commune.
Dans sa célèbre _Métamorphose des plantes_ (1790), il faisait dériver les diverses formes de plantes d'une plante originelle et les divers organes d'une même plante d'un organe originel, la feuille. Dans sa théorie vertébrale du crâne, il essayait de montrer que le crâne de tous les Vertébrés--y compris l'homme!--était constitué de la même manière par certains groupes d'os, disposés selon un ordre fixe, et qui n'étaient autre chose que des vertèbres transformées. C'était précisément ses études approfondies d'ostéologie comparée qui avaient conduit GOETHE à la ferme certitude de l'unité d'organisation; il avait reconnu que le squelette de l'homme est constitué d'après le même type que celui de tous les autres Vertébrés, «formé d'après un modèle qui ne s'efface un peu que dans ses parties très constantes et qui, chaque jour, grâce à la reproduction, se développe et se transforme». Goethe tient cette transformation pour la résultante de l'action réciproque de deux forces plastiques: une force interne centripète de l'organisme, la «tendance à la spécification» et une force externe, centrifuge, la «tendance à la variation» ou «l'Idée de métamorphose»; la première correspond à ce que nous appelons aujourd'hui l'_hérédité_, la seconde à l'_adaptation_. Combien GOETHE, par ces études de philosophie scientifique sur «la formation et la transformation des corps organisés de la nature», avait pénétré profondément dans leur essence et combien par suite, on peut le considérer comme le précurseur le plus important de Darwin et de Lamarck, c'est ce qui ressort des passages intéressants de ses oeuvres que j'ai rassemblés dans la 4e leçon de mon _Histoire de la Création Naturelle_[14], (9e édition, p. 65 à 68). Cependant, ces idées d'évolution naturelle exprimées par GOETHE, comme aussi les vues analogues (cf. _op. cit._) de KANT, OKEN, TREVIRANUS et autres philosophes naturalistes du commencement de ce siècle, ne s'étendaient pas au-delà de certaines notions générales. Il y manquait le puissant levier, nécessaire à «l'histoire de la création naturelle» pour se fonder définitivement par la critique du _dogme d'espèce_, et ce levier nous le devons à LAMARCK.
[14] E. HAECKEL. _Die Naturanschauung von Darwin, Goethe und Lamarck._ (Conférence faite à Eisenach, 1882).
=Théorie de la descendance (Lamarck 1809).=--Le premier essai vigoureux en vue de fonder scientifiquement le transformisme, fut fait au début du XIXe siècle par le grand philosophe naturaliste français, LAMARCK, l'adversaire le plus redoutable de son collègue CUVIER, à Paris. Déjà, en 1802, il avait exprimé dans ses _Considérations sur les corps vivants_, les idées toutes nouvelles sur l'instabilité et la transformation des espèces, d'idées qu'il a traitées à fond, en 1809, dans les deux volumes de son ouvrage profond, la _Philosophie zoologique_. LAMARCK développait là, pour la première fois,--en opposition avec le dogme régnant de l'espèce--l'idée juste que l'_espèce_ organique était une _abstraction artificielle_, un terme à valeur relative, aussi bien que les termes plus généraux de genre, de famille, d'ordre et de classe. Il prétendait, en outre, que toutes les espèces étaient variables et provenaient d'espèces plus anciennes, par des transformations opérées au cours de longues périodes. Les formes ancestrales communes, desquelles proviennent les espèces ultérieures, étaient à l'origine des organismes très simples et très inférieurs; les premières et les plus anciennes s'étant produites par parthénogénèse. Tandis que par l'_hérédité_, le type se maintient constant à travers la série des générations, les espèces se transforment insensiblement par l'_adaptation_, l'habitude et l'exercice des organes. Notre organisme humain, lui aussi, provient, de la même manière, des transformations naturelles effectuées à travers une série de mammifères voisins des singes. Pour tous ces processus, comme en général pour tous les phénomènes de la vie de l'esprit aussi bien que de la nature, LAMARCK n'admet exclusivement que des processus _mécaniques_, physiques et chimiques: il ne tient pour vraies que les causes efficientes.
Sa profonde _Philosophie zoologique_ contient les éléments d'un système de la nature purement moniste, fondé sur la théorie de l'évolution. J'ai exposé en détail les mérites de LAMARCK dans la 4e leçon de mon _Anthropogénie_ (4e édition, p. 63) et dans la 5e leçon de ma _Création naturelle_ (9e édition, p. 89).
On aurait pu s'attendre à ce que ce grandiose essai, en vue de fonder scientifiquement la théorie de la descendance, ait aussitôt ébranlé le mythe régnant de la création des espèces et frayé la voie à une théorie naturelle de l'évolution. Mais, au contraire, LAMARCK fut aussi impuissant contre l'autorité conservatrice de son grand rival CUVIER, que devait l'être, vingt ans plus tard, son collègue et émule GEOFFROY SAINT-HILAIRE. Les combats célèbres que ce philosophe naturaliste eut à soutenir en 1830, au sein de l'Académie française, contre CUVIER se terminèrent par le complet triomphe de ce dernier. J'ai déjà parlé très longuement de ces combats auxquels GOETHE prit un si vif intérêt (_H. de la Cr._, p. 77 à 80). Le puissant développement que prit à cette époque l'étude empirique de la biologie, la quantité d'intéressantes découvertes faites, tant sur le domaine de l'anatomie que sur celui de la physiologie comparée, l'établissement définitif de la théorie cellulaire et les progrès de l'ontogénie, tout cela fournissait aux zoologistes et aux botanistes un tel surcroît de matériaux de travail productif, qu'à côté de cela la difficile et obscure question de l'origine des espèces fut complètement oubliée. On se contenta du vieux dogme traditionnel de la création. Même après que le grand naturaliste anglais $1 (1830), dans ses _Principes de Géologie_ eut réfuté la théorie miraculeuse des cataclysmes de Cuvier et eut démontré que la nature inorganique de notre planète avait suivi une évolution naturelle et continue--même alors, on refusa au principe de continuité si simple de LYELL, toute application à la nature organique. Les germes d'une phylogénie naturelle, enfouis dans les oeuvres de LAMARCK, furent oubliés autant que l'ébauche d'ontogénie naturelle qu'avait tracée, cinquante ans plutôt (1759), G. F. WOLFF dans sa théorie de la génération. Dans les deux cas, il fallut un demi-siècle tout entier avant que les idées essentielles sur le développement naturel, parvinssent à se faire admettre. Ce fut seulement après que DARWIN (1859) eut abordé la solution du problème de la création par un tout autre côté, s'aidant avec succès du trésor de connaissances empiriques acquises depuis, que l'on commença à s'occuper de LAMARCK comme du plus grand parmi les devanciers de DARWIN.
=Théorie de la sélection (Darwin 1859).=--Le succès sans exemple que remporta DARWIN est connu de tous; ce savant apparaît ainsi, à la fin du XIXe siècle, sinon comme le plus grand des naturalistes qu'on y compte, du moins comme celui qui y a exercé le plus d'influence. Car, parmi les grands et nombreux héros de la pensée à notre époque, aucun, au moyen d'un seul ouvrage classique, n'a remporté une victoire aussi colossale, aussi décisive et aussi grosse de conséquences, que DARWIN avec son célèbre ouvrage principal: _De l'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle dans les règnes animal et végétal ou de la survivance des races les_ _mieux organisées dans la lutte pour la vie_[15]. Sans doute, la réforme de l'anatomie et la physiologie comparées, par J. MULLER, a marqué pour la biologie tout entière une époque nouvelle et féconde. Sans doute, l'établissement de la théorie cellulaire par SCHLEIDEN et SCHWANN, la réforme de l'ontogénie par BAER, l'établissement de la loi de substance par ROBERT MAYER et HELMHOLTZ ont été des hauts faits scientifiques de premier ordre: aucun, cependant, quant à l'étendue et la profondeur des conséquences, n'a exercé une action aussi puissante, transformé au même point la science humaine tout entière que ne l'a fait la théorie de DARWIN, sur l'origine naturelle des espèces. Car par là était résolu le «problème mythique de la _Création_» et avec lui la grave «question des questions», le problème de la vraie nature et de l'origine de l'homme lui-même.
[15] Trad. Ed. Barbier. (Schleicher.)
Si nous comparons entre eux les deux grands fondateurs du transformisme, nous trouvons chez LAMARCK une tendance prépondérante à la _déduction_, à ébaucher l'esquisse d'un système moniste complet,--chez DARWIN, au contraire, prédominent l'emploi de l'_induction_, les efforts prudents pour établir, avec le plus de certitude possible sur l'observation et l'expérience, les diverses parties de la théorie de la descendance. Tandis que le philosophe naturaliste français dépasse de beaucoup le cercle des connaissances empiriques d'alors et esquisse, en somme, le programme des recherches à venir--l'expérimentateur anglais, au contraire, a le grand avantage de poser le principe d'explication qui sera le principe d'unification, permettant de synthétiser une masse de connaissances empiriques accumulées jusqu'alors sans pouvoir être comprises. Ainsi s'explique que le succès de DARWIN ait été aussi triomphant que celui de LAMARCK a été éphémère. DARWIN n'a pas eu seulement le grand mérite de faire converger les résultats généraux des différentes disciplines biologiques au foyer du principe de la descendance et de les expliquer tous par là; il a, en outre, découvert dans le _principe de sélection_, la cause directe du transformisme qui avait échappé à Lamarck. DARWIN praticien, éleveur, ayant appliqué aux organismes à l'état de nature les conclusions tirées de ses expériences de sélection artificielle et ayant découvert dans la _lutte pour la vie_ le principe qui réalise la sélection naturelle, posa son importante théorie de la sélection, ce qu'on appelle proprement le _darwinisme_[16].
[16] ARNOLD LANG: _Zur Charakteristik der Forschungswege von Lamarck und Darwin_, Iéna 1889.
=Généalogie (Phylogénie 1866).=--Parmi les tâches nombreuses et importantes que DARWIN traça à la biologie moderne, l'une des plus pressantes sembla la réforme du _système_, en zoologie comme en botanique. Puisque les innombrables espèces animale et végétale n'étaient pas «créées» par un miracle surnaturel mais avaient «évolué» par transformation naturelle, leur _système naturel_ apparaissait comme leur _arbre généalogique_. La première tentative en vue de transformer en ce sens la systématique est celle que j'ai faite moi-même dans ma _Morphologie générale des organismes_ (1866). Le premier livre de cet ouvrage (_Anatomie générale_) traitait de la «science mécanique des formes constituées», le second volume (_Embryologie générale_), des «formes se constituant». Une «Revue généalogique du système naturel des organismes» servait d'introduction systématique à ce dernier volume. Jusqu'alors, sous le nom d'_embryologie_, tant en botanique qu'en zoologie, on avait entendu exclusivement celle des _individus_ organisés (embryologie et étude des métamorphoses). Je soutins, par contre, l'idée qu'en face de l'embryologie (_ontogénie_) se posait, aussi légitime, une seconde branche étroitement liée à la première, la généalogie (_phylogénie_). Ces deux branches de l'histoire du développement des êtres sont entre elles, à mon avis, dans le rapport causal le plus étroit, ce qui repose sur la réciprocité d'action des lois d'hérédité et d'adaptation et à quoi j'ai donné une expression précise et générale dans ma _loi fondamentale biogénétique_.
=Histoire de la création naturelle (1868).=--Les vues nouvelles que j'avais posées dans ma _Morphologie générale_, en dépit de la façon rigoureusement scientifique dont je les exposais, n'ayant éveillé que peu l'attention des gens compétents et moins encore trouvé de succès près d'eux, j'essayai d'en reproduire la partie la plus importante dans un ouvrage plus petit, d'allure plus populaire, qui fût accessible à un plus grand cercle de lecteurs cultivés. C'est ce que je fis en 1868 dans mon _Histoire de la création naturelle_ (Conférences scientifiques populaires sur la théorie de l'évolution en général et celles de Darwin, Goethe et Lamarck en particulier). Si le succès de la _Morphologie générale_ était resté bien au-dessous de ce que j'étais en droit d'espérer, par contre celui de la _Création naturelle_ dépassa de beaucoup mon attente. Dans l'espace de trente ans, il en parut neuf éditions remaniées et douze traductions différentes. Malgré ses nombreuses lacunes, ce livre a beaucoup contribué à faire pénétrer dans tous les milieux les grandes idées directrices de la théorie de l'évolution.
Je ne pouvais, bien entendu, indiquer là que dans ses traits généraux, la transformation phylogénétique du système naturel, ce qui était mon but principal. Je me suis rattrapé plus tard en établissant tout au long ce que je n'avais pu faire ici, le système phylogénétique et cela dans un ouvrage plus important, la _Phylogénie systématique_ (Esquisse d'un système naturel des organismes fondé sur leur généalogie). Le premier volume (1894) traite des Protistes et des plantes; le second (1896) des Invertébrés; le troisième (1895) des Vertébrés. Les _arbres généalogiques_ des groupes, petits et grands, sont étendus aussi loin que me l'ont permis mes connaissances dans les trois grandes «chartes d'origine»: paléontologie, ontogénie et morphologie.
=Loi fondamentale biogénétique.=--Le rapport causal étroit qui, à mon avis, unit les deux branches de l'histoire organique du développement des êtres, avait déjà été souligné par moi dans ma _Morphologie générale_ (à la fin du Ve livre), comme l'une des notions les plus importantes du transformisme et j'avais donné à ce fait une expression précise dans plusieurs «Thèses sur le lien causal entre le développement ontogénique et le phylétique»: _L'ontogénie est une récapitulation abrégée et accélérée de la phylogénie_, conditionnée par les fonctions physiologiques de l'hérédité (reproduction) et de l'adaptation (nutrition). Déjà DARWIN (1859) avait insisté sur la grande importance de sa théorie pour expliquer l'embryologie, et FRITZ MULLER avait essayé (1864) d'en donner la preuve en prenant pour exemple une classe précise d'animaux, les Crustacés, dans son ingénieux petit travail intitulé: _Pour Darwin_. J'ai cherché, à mon tour, à démontrer la valeur générale et la portée fondamentale de cette grande loi biogénétique, dans une série de travaux, en particulier dans _La biologie des éponges calcaires_ (1872) et dans les _Etudes sur la théorie gastréenne_ (1873-1884). Les principes que j'y posais de l'homologie des feuillets germinatifs, et des rapports entre la _palingénie_ (histoire de l'abréviation) et la _cénogénie_ (histoire des altérations) ont été confirmés depuis par les nombreux travaux d'autres zoologistes; par eux il est devenu possible de démontrer l'_unité_ des lois naturelles à travers la diversité de l'embryologie animale; on en conclut, quant à l'histoire généalogique des animaux, à leur commune descendance d'une forme ancestrale des plus simples.
=Anthropogénie (1874).=--Le fondateur de la théorie de la descendance, LAMARCK, dont le regard portait si loin, avait très justement reconnu, dès 1809, que sa théorie valait universellement et que, par suite, l'_homme_, en tant que Mammifère le plus perfectionné, provenait de la même souche que tous les autres et ceux-ci, à leur tour, de la même branche plus ancienne de l'arbre généalogique, que les autres Vertébrés. Il avait même déjà indiqué par quels processus pouvait être expliqué scientifiquement le fait que l'_homme descend du singe_, en tant que Mammifère le plus voisin de lui. DARWIN, arrivé naturellement aux mêmes convictions, laissa avec intention de côté, dans son ouvrage capital (1859), cette conséquence de sa doctrine, qui soulevait tant de révoltes et il ne l'a développée, avec esprit, que plus tard (1871) dans un ouvrage en deux volumes sur _Les ancêtres directs de l'homme et la sélection sexuelle_. Mais, dans l'intervalle, son ami HUXLEY (1863) avait déjà discuté avec beaucoup de pénétration cette conséquence, la plus importante de la théorie de la descendance, dans son célèbre petit ouvrage sur _Les faits qui témoignent de la place de l'homme dans la nature_. Disposant de l'anatomie et de l'ontogénie comparées et s'appuyant sur les faits de la paléontologie, HUXLEY montra dans cette proposition que «l'homme descend du singe», conséquence nécessaire du darwinisme--et qu'on ne pouvait donner aucune autre explication scientifique de l'origine de la race humaine. Cette conviction était, alors déjà, partagée par C. GEGENBAUR, le représentant le plus éminent de l'anatomie comparée, qui a fait faire à cette science importante d'immenses progrès par l'application conséquente et judicieuse qu'il y a faite de la théorie de la descendance.
Toujours par suite de cette _théorie pithécoïde_ (ou origine simiesque de l'homme) une tâche plus difficile s'imposait: c'était de rechercher non seulement les _ancêtres de l'homme_ les plus directs, parmi les Mammifères de la période tertiaire, mais aussi la longue série de formes animales qui avaient vécu à des époques antérieures de l'histoire de la Terre et qui s'étaient développées à travers un nombre incalculable de millions d'années. J'avais déjà commencé à chercher une solution hypothétique à ce grand problème historique, en 1866, dans ma _Morphologie générale_; j'ai continué à la développer en 1874 dans mon _Anthropogénie_ (Ire partie: Embryologie; IIe partie: Généalogie). La quatrième édition remaniée de ce livre (1891) contient, à mon avis, l'exposé de l'évolution de la race humaine qui, dans l'état actuel de nos connaissances des sources, se rapproche le plus du but lointain de la vérité; je me suis constamment efforcé de recourir également et en les accordant entre elles aux trois sources empiriques de la _paléontologie_, de l'_ontogénie_ et de la _morphologie_ (anatomie comparée). Sans doute, les hypothèses sur la descendance, données ici, seront plus tard confirmées et complétées, chacune en particulier, par les recherches phylogénétiques à venir; mais je suis tout aussi convaincu que la hiérarchie que j'ai tracée des ancêtres de l'homme répond en gros à la vérité. Car _la série historique des fossiles de Vertébrés_ correspond absolument à la série évolutive morphologique, que nous font connaître l'anatomie et l'ontogénie comparées: aux Poissons siluriens succèdent les Poissons amphibies du dévonien[17], les Amphibies du carbonifère, les Reptiles permiques et les Mézozoïques mammifères; parmi eux apparaissent d'abord, pendant la période du trias, les formes inférieures, les Monotrèmes, puis pendant la période jurassique les Marsupiaux, enfin pendant la période calcaire, les plus anciens Placentaliens. Parmi ceux-ci apparaissent d'abord, au début de la période tertiaire (éocène) les plus anciens des Primates ancestraux, les Prosimiens, puis, pendant le miocène les Singes véritables et parmi les Catarrhiniens tout d'abord les Cynopithèques, ensuite les Anthropomorphes; un rameau de ces derniers a donné naissance, pendant le pliocène, à l'_homme singe_ encore muet (_Pithecanthropus alalus_) et de celui-ci descend enfin l'homme doué de la parole.
[17] Les dipneustes (N. du T.).
On rencontre bien plus de difficulté et d'incertitude en cherchant à reconstruire la série des ancêtres invertébrés qui ont précédé nos _ancêtres vertébrés_; car nous n'avons pas de restes pétrifiés de leurs corps mous et sans squelette; la paléontologie ne peut nous fournir aucune preuve certaine. D'autant plus précieuses deviennent les sources de l'anatomie et de l'ontogénie comparées. Comme l'embryon humain passe par le même stade «chordula» que l'embryon de tous les autres Vertébrés, comme il se développe aux dépens des deux feuillets d'une «gastrula», nous en concluons, d'après la grande loi biogénétique, à l'existence passée de formes ancestrales correspondantes (Vermaliés, Gastréadés). Mais ce qui est surtout important, c'est ce fait fondamental, que l'embryon de l'homme, comme celui de tous les autres animaux, se développe primitivement aux dépens d'une simple cellule; car cette _cellule-souche_ (cytula)--«ovule fécondé»--témoigne indiscutablement d'une forme ancestrale correspondante monocellulaire, d'un antique ancêtre (période laurentienne) _Protozoaire_.
Pour notre _philosophie moniste_ il importe d'ailleurs assez peu de savoir comment on établira avec plus de certitude encore, dans le détail, la série de nos ancêtres animaux. Il n'en reste pas moins ce _fait historique certain_, cette donnée grosse de conséquences, que l'_homme descend directement du singe_ et par delà, d'une longue série de Vertébrés inférieurs. J'ai déjà insisté en 1866, au septième livre de ma _Morphologie générale_ sur le fondement logique de ce principe pithécométrique: «Cette proposition que l'homme descend de Vertébrés inférieurs et directement des singes est un cas particulier de syllogisme déductif qui résulte avec une absolue nécessité, en vertu de la loi générale d'induction, de la théorie de la descendance.»