Part 34
V.--_Le mépris de la famille professé par le christianisme._--Un des points les plus déplorables de la morale chrétienne, c'est le peu de cas qu'elle fait de la _vie de famille_, c'est-à-dire de cette vie commune, conforme à la nature, partagée avec ceux qui nous sont le plus proches par le sang, et qui est aussi indispensable à l'homme normal qu'à tous les animaux supérieurs sociables. La «famille» passe à bon droit chez nous pour la «base de la société» et la vie de la famille honnête, pour la première condition d'une vie sociale florissante. Tout autre était l'opinion du Christ, dont le regard, dirigé vers l'«au-delà», faisait aussi peu de cas de la femme et de la famille que de tous les autres biens de «cette vie». Les évangiles ne nous disent que très peu de chose des rares points de contact du Christ avec ses parents ou ses frères et soeurs; ses rapports avec sa mère, Marie, n'étaient nullement aussi tendres et intimes que des milliers de beaux tableaux nous représentent les choses, _embellies par la poésie_; lui-même n'était pas marié. L'amour sexuel, qui est pourtant le premier fondement de la constitution de la famille, semblait plutôt à Jésus un mal nécessaire. Son apôtre le plus zélé, PAUL, allait plus loin encore, quand il déclarait que ne pas se marier valait mieux que se marier: «Il est bon pour l'homme de ne point toucher une femme» (1 Corinth. 7, 1, 28-38). Si l'humanité suivait ce bon conseil, il est sûr qu'elle serait bientôt délivrée de toute souffrance et de toute douleur terrestre; par cette cure radicale, elle s'éteindrait dans l'espace d'un siècle.
VI.--_Le mépris de la femme professé par le christianisme._--Le Christ lui-même n'ayant pas connu l'amour de la femme, ignora toujours personnellement ce délicat anoblissement de ce qui fait le fond de la nature humaine et qui ne jaillit que par une intime communauté de vie entre l'homme et la femme. Les rapports sexuels intimes, sur lesquels seuls repose la perpétuité de l'espèce humaine sont aussi importants pour l'amour élevé, que la pénétration intellectuelle des deux sexes et le complément réciproque que chacun des deux fournit à l'autre, tant dans les besoins pratiques de la vie quotidienne, que dans les fonctions idéales les plus élevées de l'activité psychique. Car l'homme et la femme sont deux organismes différents mais d'égale valeur, ayant chacun ses avantages et ses défectuosités. Plus la culture est allée se développant, plus a été reconnue cette valeur idéale de l'amour sexuel et plus est allée croissant l'estime pour la femme, surtout dans la race germanique; n'est-ce pas la source d'où ont jailli les plus belles fleurs de la poésie et de l'art? Ce point de vue, au contraire, est resté étranger au Christ, comme à presque toute l'antiquité; il partageait l'opinion généralement répandue en _Orient_, selon laquelle la femme est inférieure à l'homme et le commerce avec elle «impur». La nature offensée s'est terriblement vengée de ce mépris, dont les tristes conséquences, principalement dans l'histoire de la civilisation du moyen-âge papiste, sont inscrites en lettres de sang.
=Morale papiste.=--La merveilleuse hiérarchie du papisme romain, qui ne négligeait aucun moyen pour s'assurer la domination absolue des esprits, trouva un excellent instrument dans l'exploitation de cette idée d'«impureté» et dans la propagation de cette théorie ascétique que l'abstention de tout commerce avec la femme constituait en soi-même une vertu. Dès les premiers siècles après Jésus-Christ, beaucoup de prêtres s'abstinrent volontairement du mariage et bientôt la valeur présumée de ce _célibat_ augmenta tellement qu'on le déclara obligatoire. L'immoralité qui, par suite, se propagea, est un fait universellement connu depuis les recherches récentes de l'histoire de la civilisation[64]. Dès le Moyen-Age, la séduction des femmes et des filles honnêtes par le clergé catholique (la confession jouait là un rôle important) était un sujet public de mécontentement; beaucoup de communautés insistaient pour que, dans le but d'éviter ces désordres, on permit aux «chastes» prêtres, le _concubinat_! C'est d'ailleurs ce qui se produisit, sous diverses formes, souvent fort romantiques. C'est ainsi, par exemple, que la loi canonique exigeant que la cuisinière du prêtre n'eût pas moins de quarante ans, fut très judicieusement «interprétée» en ce sens, que le chapelain prenait deux «cuisinières», l'une à la cure, l'autre dehors; si l'une avait 24 ans et l'autre 18, cela faisait en tout 42, c'est-à-dire 2 ans de plus qu'il n'était nécessaire. Pendant les conciles chrétiens, où les hérétiques incroyants étaient brûlés vifs, les cardinaux et les évêques assemblés festoyaient avec toute une troupe de filles de joie. Les désordres publics et privés du clergé catholique étaient devenus si impudents et constituaient un danger général si grand, que déjà avant LUTHER l'indignation était universelle et qu'on réclamait à grands cris une «Réforme de l'Eglise dans ses chefs et dans ses membres». On sait d'ailleurs que ces moeurs immorales existent aujourd'hui encore (quoique plus clandestines) dans les pays catholiques. Autrefois, on en revenait toujours, de temps à temps, à proposer la suppression définitive du célibat, par exemple dans les Chambres du Duché de Bade, de la Bavière, du Hesse, de la Saxe et d'autres pays. Malheureusement, jusqu'ici, cela a été en vain! Au Reichstag allemand, où le centre ultramontain propose aujourd'hui les moyens les plus ridicules pour éviter l'immoralité sexuelle, aucun parti ne pense encore à demander l'abolition du célibat dans l'intérêt de la morale publique. Le prétendu _libéralisme_ et la _social-démocratie_ utopiste briguent les faveurs de ce centre!
[64] CF. Les histoires de la civilisation de Kolb, Hellwald, Scheer, etc.
L'état civilisé moderne, qui ne doit pas seulement élever à un degré supérieur la vie pratique du peuple, mais aussi sa vie morale, a le droit et le devoir de faire cesser un état de choses si indigne et qui est nuisible à tous. Le _célibat obligatoire_ du clergé catholique est aussi pernicieux et immoral que la _confession auriculaire_ et le _commerce des indulgences_; ces trois institutions n'ont _rien_ à voir avec le _christianisme originel_; toutes trois insultent à la pure morale chrétienne; toutes trois sont d'indignes inventions du _papisme_, combinées en vue de maintenir son absolue puissance sur les masses crédules et de les exploiter matériellement autant que possible.
La Némésis de l'histoire prononcera tôt ou tard, contre le papisme romain un châtiment terrible et les millions d'hommes à qui cette religion dégénérée aura enlevé les joies de la vie, serviront à lui porter, au XXe siècle, le coup mortel--du moins dans les véritables «états civilisés». On a récemment calculé que le nombre d'hommes ayant perdu la vie dans les persécutions papistes contre les hérétiques, pendant l'Inquisition, les guerres de religion, etc., s'élevait bien au-delà de dix millions. Mais que signifie ce nombre à coté de celui, dix fois plus grand, des malheureux qui sont devenus les victimes _morales_ des règlements et de la domination des prêtres de l'Eglise chrétienne dégénérée,--à côté du nombre infini de ceux dont la haute vie intellectuelle a été tuée par cette religion, dont la conscience naïve a été torturée, la vie de famille brisée par elle? Vraiment, le mot de GOETHE dans son superbe poème «La fiancée de Corinthe» est bien digne d'être médité:
«Des victimes tombent; ni l'agneau ni le taureau Mais _des victimes humaines, spectacle inouï_!»
=Etat et Eglise.=--Dans la grande «_lutte pour la civilisation_» qui, par suite de ce triste état de choses, doit toujours être poursuivie, le premier but que l'on devrait se proposer devrait être la _séparation complète de l'Eglise et de l'Etat_. L'«Eglise libre» doit exister dans l'«Etat libre», c'est-à-dire toute Eglise doit être libre dans l'exercice de son culte et de ses cérémonies, de même que dans la construction de ses poèmes fantaisistes et de ses dogmes superstitieux--à la _condition_, cependant, qu'elle ne menace pas par là l'ordre public ni la moralité. Et alors le même droit doit régner pour tous! Les communautés libres et les sociétés religieuses monistes doivent être tolérées et laissées libres de leurs actes, tout comme les associations protestantes libérales ou les communautés ultramontaines orthodoxes. Mais, pour tous les «croyants» de ces confessions différentes, la _religion doit rester chose privée_; l'Etat ne doit que la surveiller et empêcher ses écarts, mais il ne doit ni l'opprimer ni la soutenir. Avant tout, les contribuables ne devraient pas être tenus de donner leur argent pour le maintien et la propagation d'une «_croyance_» étrangère, qui, d'après leur conviction sincère, n'est qu'une _superstition_ funeste. Dans les Etats-Unis d'Amérique la «séparation complète de l'Eglise et de l'Etat» est, en ce sens, depuis longtemps réalisée et cela à la satisfaction de tous les intéressés. Cela a entraîné, dans ce pays, la séparation non moins importante de l'Eglise et de l'Ecole, raison capitale, incontestablement, du puissant essor que la science et la vie intellectuelle supérieure, en général, ont pris en ces derniers temps en Amérique.
=Eglise et Ecole.=--Il va de soi que l'abstention de l'Eglise dans les choses de l'Ecole, ne doit frapper que la _confession_, la forme spéciale de croyance que le cycle légendaire de chaque Eglise a constituée au cours du temps. Cet «enseignement confessionnel» est chose toute privée, c'est un devoir qui incombe aux parents ou aux tuteurs, ou bien aux prêtres et précepteurs en qui les premiers ont mis personnellement leur confiance. Mais à la place de la «confession» éliminée, il reste à l'école deux importants sujets d'enseignement: premièrement, la morale moniste et secondement, l'histoire comparée des religions. La nouvelle _Esthétique moniste_, édifiée sur le fondement solide de la connaissance moderne de la nature--et avant tout de la _doctrine de l'évolution_--a fourni matière, en ces trente dernières années, à une littérature très étudiée[65]. Notre nouvelle _histoire comparée des religions_ se rattache, naturellement, à l'enseignement élémentaire, tel qu'il existe actuellement, de l'«histoire de la Bible» et de la mythologie de l'antiquité grecque et romaine. Tous deux restent, comme jusqu'à ce jour, des éléments essentiels dans l'éducation de l'esprit. Ce qui se comprend déjà par ce seul fait, que tout notre _art plastique_, domaine principal de notre _Esthétique moniste_, est intimement mêlé aux mythologies chrétienne, hellénique et romaine. Une différence essentielle sera seule introduite dans l'enseignement: c'est que les légendes et mythes chrétiens ne seront plus présentés comme des «_vérités_», mais comme des _fantaisies poétiques_, au même titre que les grecs et les romains; la haute valeur du contenu éthique et esthétique qu'ils renferment ne sera pas pour cela diminuée, mais accrue. Quant à la _Bible_, ce «Livre des livres», elle ne devrait être mise entre les mains des enfants que sous forme d'extraits soigneusement choisis (sous forme de «Bible scolaire»); on éviterait ainsi que l'imagination enfantine ne soit souillée des nombreuses histoires impures et récits immoraux dont l'Ancien Testament, en particulier, est si riche.
[65] Cf. les ouvrages précédemment cités de _Spencer_, _Carneri_, _Vetter_, _Ziegler_, _Ammon_, _Nordau_, etc.
=État et École.=--Après que notre État civilisé moderne se sera délivré et l'École avec lui, des chaînes où l'Église les tenait esclaves, il ne pourra que mieux consacrer ses forces et ses soins à l'organisation de l'_école_. Nous avons d'autant mieux pris conscience de l'inappréciable valeur d'une bonne instruction, qu'au cours du XIXe siècle, toutes les branches de la culture sont allées se déployant plus richement et réalisant des progrès plus grandioses. Mais l'évolution des méthodes d'enseignement est loin d'avoir marché du même pas. La nécessité d'une _réforme scolaire_ générale se fait sentir à nous toujours plus vive. Sur cette grave question également on a beaucoup écrit au cours de ces quarante dernières années. Nous nous contenterons de relever quelques-uns des points de vue généraux qui nous ont paru les plus importants: 1º dans l'enseignement tel qu'on l'a donné jusqu'à nos jours, c'est l'_homme_ qui a joué le rôle principal et en particulier l'étude grammaticale de sa _langue_; l'étude de la Nature a été complètement négligée; 2º dans l'école moderne, la _nature_ deviendra l'objet principal des études; l'homme devra se faire une idée juste du monde dans lequel il vit; il ne devra pas rester en dehors de la Nature ou en opposition avec elle, mais il devra s'apparaître comme son produit le plus élevé et le plus noble; 3º l'étude des _langues classiques_ (latin et grec) qui a absorbé jusqu'ici la plus grande partie du temps et du travail des élèves, demeure sans doute précieuse mais doit être fort restreinte et réduite aux éléments (le grec facultatif, le latin obligatoire); 4º il n'en faudra cultiver que plus, dans toutes les écoles supérieures, les _langues modernes_ des peuples civilisés (l'anglais et le français obligatoires, mais l'italien facultatif); 5º l'enseignement de l'histoire doit s'attacher davantage à la vie intellectuelle, à la civilisation intérieure et moins à l'histoire extérieure des peuples (sort des dynasties, guerres, etc.); 6º les grands traits de la _doctrine de l'évolution_ doivent être enseignés conjointement avec ceux de la _cosmologie_, la géologie en même temps que la géographie, l'anthropologie avec la biologie; 7º les grands traits de la _biologie_ doivent être possédés par tout homme instruit; «l'enseignement de la contemplation» moderne favorise l'attrayante initiation aux sciences biologiques (anthropologie, zoologie, botanique). Au commencement, on partira de la systématique descriptive (simultanément avec l'oecologie ou bionomie), plus tard, on y ajoutera des éléments d'anatomie et de physiologie; 8º en outre tout homme instruit devra connaître les grands points de la _physique_ et de la _chimie_, de même que leur validation exacte par les mathématiques; 9º tout élève devra apprendre à bien _dessiner_ et à le faire d'après nature; si possible il peindra aussi à l'aquarelle. Les esquisses de dessins et d'aquarelles d'après nature (de fleurs, d'animaux, de paysages, de nuages, etc.), éveillent non seulement l'intérêt pour la Nature et conservent le souvenir du plaisir éprouvé à la contempler, mais, en outre, ce n'est que comme cela que les élèves apprennent à bien _voir_ et à _comprendre_ ce qu'ils ont vu; 10º on devra consacrer beaucoup plus de soin et de temps qu'on ne l'a fait jusqu'ici à l'_éducation corporelle_, à la gymnastique et à la natation; il y aura avantage à faire chaque semaine, des _promenades_ en commun et à entreprendre chaque année, pendant les vacances, plusieurs _voyages à pied_; la leçon de contemplation, qui s'offrira dans ces circonstances, aura la plus grande valeur.
Le but principal de la culture supérieure donnée dans les écoles est resté jusqu'à ce jour, dans la plupart des États civilisés, la préparation à la profession ultérieure, l'acquisition d'une certaine dose de connaissances et le dressage aux devoirs de citoyen. L'école du XXe siècle, au contraire, poursuivra comme but principal, le développement de la _pensée indépendante_, la claire compréhension des choses acquises et la découverte de l'enchaînement naturel des phénomènes. Puisque l'état civilisé moderne reconnaît à tout citoyen un droit égal à l'éligibilité, il doit aussi lui fournir les moyens, par une bonne préparation donnée à l'école, de développer son intelligence afin que chacun l'emploie raisonnablement pour le plus grand bien de tous.
Opposition des principes fondamentaux
~DANS LE DOMAINE DE LA PHILOSOPHIE MONISTE~
~ET DANS CELUI DE LA PHILOSOPHIE DUALISTE~
1. =Monisme= (_Conception | 1. =Dualisme= (_Conception unitaire_): Le monde corporel | dualiste_): Le monde corporel matériel et le monde spirituel | matériel et le monde spirituel immatériel forment un Univers unique, | immatériel forment deux domaines inséparable et qui comprend tout. | complètement distincts | (complètement indépendants l'un | de l'autre). | 2. =Panthéisme= (et _Athéisme_), | 2. =Théisme= (et _Déisme_), _Deus _Deus intramundanus_: Le monde et | extramundanus_: Dieu et le monde Dieu sont une seule substance (la | sont deux substances distinctes matière et l'énergie sont des | (la matière et l'énergie ne sont attributs inséparables). | que partiellement unies). | 3. =Génétisme= (_Evolutionnisme_), | 3. =Créatisme= (_Démiurgique_), _Théorie de l'évolution_: Le Cosmos | _Théorie de la création_: Le (Univers) est éternel et infini, | Cosmos (_Universum_) n'est ni n'a jamais été créé et évolue | éternel, ni infini, mais a été d'après des lois naturelles | tiré une fois (ou plusieurs fois) éternelles. | du néant par Dieu. | 4. =Naturalisme= (et _Rationalisme_): | 4. =Supranaturalisme= (et La _loi de substance_ (conservation | _Mysticisme_): La _loi de de la matière et de l'énergie) | substance_ ne régit qu'une partie régit tous les phénomènes sans | de la nature; les phénomènes de exception; tout se ramène à des | la vie intellectuelle en sont choses naturelles. | indépendants et sont surnaturels. | 5. =Mécanisme= (et _Hylozoïsme_): | 5. =Vitalisme= (et _Théologie_): Il n'existe pas de _force vitale | _La force vitale_ (_vis spéciale_ qui puisse se poser | vitalis_) agit dans la nature indépendante en face des forces | organique conformément à un but, physiques et chimiques. | indépendante des forces physiques | et chimiques. | 6. =Thanatisme= (_Croyance en la | 6. =Athanisme= (_Croyance en mortalité_): L'âme de l'homme | l'immortalité_): L'âme de l'homme n'est pas une substance indépendante, | est une substance indépendante, immortelle, mais elle | immortelle, créée par une voie est issue, par des voies naturelles, | surnaturelle, partiellement ou de l'âme animale: c'est un complexus | complètement indépendante des de fonctions cérébrales. | fonctions cérébrales.
CHAPITRE XX
Solution des énigmes de l'Univers.
COUP D'OEIL RÉTROSPECTIF SUR LES PROGRÈS DE LA CONNAISSANCE SCIENTIFIQUE DE L'UNIVERS AU XIXE SIÈCLE.--RÉPONSES DONNÉES AUX ÉNIGMES DE L'UNIVERS PAR LA PHILOSOPHIE NATURELLE MONISTE.
Vaste Univers et longue vie, Effort sincère poursuivi pendant de nombreuses années Toujours scruté, toujours fondé Jamais achevé, souvent arrondi; L'ancien conservé fidèlement, Le nouveau amicalement accueilli... L'esprit serein, le but noble Allons! On avancera bien un peu!
GOETHE.
SOMMAIRE DU CHAPITRE XX
Coup d'oeil rétrospectif sur les progrès du XIXe siècle vers la solution des énigmes de l'Univers.--I. Progrès de l'astronomie et de la cosmologie. Unité physique et chimique de l'Univers.--Métamorphose du Cosmos.--Evolution des systèmes planétaires.--Analogie des processus phylogénétiques sur la Terre et dans les autres planètes.--Habitants organiques des autres corps célestes.--Alternance périodique des formations cosmiques.--II. Progrès de la géologie et de la paléontologie.--Neptunisme et vulcanisme.--Théorie de la continuité.--III. Progrès de la physique et de la chimie.--IV. Progrès de la biologie.--Théorie cellulaire et théorie de la descendance.--V. Anthropologie.--Origine de l'homme.--Considérations générales finales.
LITTÉRATURE
W. GOETHE.--_Faust._ _Dieu et le Monde._ _Prométhée._ _Sur les Sciences naturelles en général._
ALEX. HUMBOLDT.--_Kosmos. Entwurf einer physischen Weltbeschreibung._
CARUS STERNE (E. KRAUSE).--_Werden und Vergehen._ (4te Aufl. Berlin, 1899.)
W. BÖLSCHE.--_Entwickelungsgeschichte der Natur._ (2 Bde. 1896.)
G. HART.--_Der neue Gott. Ein Ausblick auf das neue Jahrhundert_ (Leipzig, 1899).
G. G. VOGT.--_Entstehen und Vergehen der Welt auf Grund eines einheitlichen Substanz-Begriffes_ (2te Aufl. Leipzig, 1897).
G. SPICKER.--_Der Kampf zweier Weltanschauungen. Eine Kritik der alten und neuesten Philosophie, mit Einschluss der christlichen Offenbarung_ (Stuttgart, 1898).
L. BÜCHNER.--_An Sterbelager des Jahrhunderts. Blicke eines freien Denkers aus der Zeit in Die Zeit_ (1898).
E. HAECKEL.--_Histoire de la Création naturelle_ (Trad. Letourneau).
Parvenus au terme de nos études philosophiques sur les Enigmes de l'Univers, nous pouvons avec confiance tenter de répondre à cette grave question: Dans quelle mesure nous sommes-nous approchés de leur solution? Que valent les progrès inouïs qu'a faits le XIXe siècle finissant dans la véritable connaissance de la nature? Et quels horizons nous entr'ouvrent-ils pour l'avenir, pour le développement ultérieur de notre conception du monde, pendant le XXe siècle au seuil duquel nous sommes parvenus? Tout penseur non prévenu, qui aura pu suivre quelque peu les progrès réels de nos connaissances empiriques et l'interprétation que nous en avons donnée à la lumière d'une philosophie unitaire, partagera notre opinion: le XIXe siècle a accompli dans la connaissance de la nature et dans la compréhension de son essence, de plus grands progrès que tous les siècles antérieurs; il a résolu beaucoup et d'importantes «énigmes de l'Univers» qui, à son aurore, passaient pour insolubles; il nous a dévoilé, dans la Science et dans la connaissance, de nouveaux domaines, dont l'homme ne soupçonnait pas l'existence il y a cent ans. Avant tout, il a mis nettement devant nos yeux le but élevé de la _Cosmologie moniste_ et nous a montré le chemin qui seul nous en rapprochera, le chemin de l'étude exacte, empirique des _faits_ et de la connaissance génétique, critique de leurs _causes_. La grande loi abstraite de la _causalité mécanique_ dont notre _loi cosmologique fondamentale_, la _loi de substance_, n'est qu'une autre expression concrète, régit maintenant l'Univers aussi bien que l'esprit humain; elle est devenue l'étoile conductrice sûre et fixe, dont la claire lumière nous indique la route à travers l'obscur labyrinthe des innombrables phénomènes isolés. Pour nous en convaincre, nous allons jeter un rapide coup d'oeil rétrospectif sur les étonnants progrès qu'ont faits, en ce mémorable siècle, les branches principales des Sciences Naturelles.