Les énigmes de l'Univers

Part 22

Chapter 223,266 wordsPublic domain

=Ether= (_Matière impondérable_).--L'étude de cette partie _impondérable_ de la matière est avant tout l'objet de la _physique_. Après avoir depuis longtemps admis l'existence d'un médium infiniment subtil, remplissant l'espace en dehors de la matière et avoir invoqué cet «éther» pour expliquer divers phénomènes (la _lumière_ surtout)--ce n'est qu'en la seconde moitié du XIXe siècle qu'on est parvenu à connaître plus exactement cette merveilleuse substance et ce progrès se rattache aux surprenantes découvertes empiriques faites dans le domaine de l'_électricité_, à leur connaissance expérimentale, à leur compréhension théorique et à leur application pratique. Signalons en premier lieu ici, comme ayant frayé les voies, les recherches célèbres d'HENRI HERTZ, à Bonn (1888); on ne saurait trop déplorer la mort précoce de ce jeune physicien de génie qui donnait les plus grandes espérances; c'est là, comme la mort trop prématurée de SPINOZA, de RAPHAËL, de SCHUBERT et de tant d'autres jeunes gens de génie, un de ces _faits brutaux_ dans l'histoire de l'humanité qui, par eux-mêmes, suffisent déjà complètement à réfuter le mythe inadmissible d'une «Sage Providence» et d'un «Père céleste qui ne serait qu'amour».

=L'existence de l'éther= ou de l'_éther cosmique_, comme matière réelle, est aujourd'hui (depuis douze ans) un _fait positif_. On peut, il est vrai, lire aujourd'hui encore que l'éther est une «pure hypothèse»; cette affirmation erronée est répétée, non seulement par des philosophes et des écrivains populaires qui ne sont pas au courant des faits, mais encore par quelques «prudents physiciens exacts». Mais on devrait, tout aussi légitimement, nier l'existence de la matière pondérable, de la masse. Sans doute, il y a aujourd'hui encore des métaphysiciens qui en viennent là et dont la suprême sagesse consiste à nier (ou du moins à révoquer en doute) la réalité du monde extérieur; d'après eux, il n'existe, en somme, qu'un seul être réel, à savoir leur chère personne ou plutôt l'âme immortelle qu'elle renferme. Quelques physiologistes éminents ont même, en ces derniers temps, accepté ce point de vue ultra idéaliste qui avait déjà été développé dans la métaphysique de DESCARTES, BERKELEY, FICHTE et autres; ils affirment dans leur _psychomonisme_: «Il n'existe qu'une chose et c'est mon âme». Cette affirmation spiritualiste hardie nous semble reposer sur une déduction fausse tirée de la remarque très juste de KANT: à savoir que nous ne pouvons connaître du monde extérieur que les phénomènes rendus possibles par nos _organes_ humains de connaissance, le cerveau et les organes des sens. Mais si, par leur fonctionnement, nous ne pouvons atteindre qu'à une connaissance imparfaite et limitée du monde des corps, cela ne nous donne pas le droit d'en nier l'existence. Pour moi du moins, l'éther _existe_ aussi certainement que la masse, aussi certainement que moi-même lorsque je réfléchis et que j'écris sur ces questions. Si nous nous convainquons de la réalité de la _matière_ pondérable, par la mesure et le poids, par des expériences mécaniques et chimiques, nous pouvons tout aussi bien nous convaincre de l'existence de l'_éther_ impondérable, par les expériences d'optique et d'électricité.

=Nature de l'éther.=--Bien qu'aujourd'hui presque tous les physiciens considèrent l'existence réelle de l'éther comme un fait positif, et bien que nous connaissions très exactement, grâce à d'innombrables expériences (surtout d'optique et d'électricité) les nombreux _effets_ de cette matière merveilleuse,--cependant nous ne sommes pas encore parvenus à connaître avec clarté et certitude sa vraie _nature_. Au contraire, aujourd'hui encore, les opinions des physiciens les plus éminents, qui ont spécialement étudié la question, divergent profondément; elles se contredisent même sur les points les plus importants. Chacun est donc libre d'adopter, parmi les hypothèses contradictoires, celle qui sera le plus conforme à son degré de connaissance et à la force de son jugement (qui tous deux resteront toujours très imparfaits). L'opinion à laquelle j'en suis venu après avoir mûrement réfléchi (et bien que je ne sois qu'un _dilettante_ sur ce terrain), peut être résumée dans les huit propositions suivantes:

I. L'éther remplit, sous forme de _matière continue_, tout l'espace cosmique, en tant que celui-ci n'est pas occupé par la masse (ou matière pondérable); il comble en outre tous les intervalles laissés entre les atomes de celle-ci; II. L'éther ne possède probablement encore _aucun chimisme_ et n'est pas encore composé d'atomes, comme la masse; si l'on admet qu'il est composé d'atomes identiques, infiniment petits (par exemple de petites sphères d'éther de même grandeur), on doit alors admettre aussi qu'entre celles-ci, il existe encore quelque chose d'autre, soit l'«espace vide», soit un troisième médium tout à fait inconnu, un _Interéther_ tout hypothétique; le problème de son essence soulèverait les mêmes difficultés que lorsqu'il s'agissait de l'éther (_in infinitum_); III. L'hypothèse d'un espace vide et d'une action à distance immédiate, n'étant plus guère possible dans l'état actuel de la science (ou du moins, ne conduisant à aucune claire conception moniste), j'admets une _structure particulière de l'éther_ qui ne serait pas atomistique comme celle de la masse pondérable et qu'on pourrait provisoirement concevoir (sans définition plus précise), comme une structure _éthérique_ ou _dynamique_. IV. L'_état d'agrégat_ de l'éther, par suite de cette hypothèse, serait également particulier et différent de celui de la masse; il ne serait ni gazeux, ni solide, comme le soutiennent certains physiciens; la meilleure façon de se le représenter, c'est peut-être de le comparer à une gelée infiniment ténue, élastique et légère. V. L'éther est une _matière impondérable_, en ce sens que nous ne possédons aucun moyen de déterminer expérimentalement son poids; s'il en a réellement un, ce qui est très vraisemblable, ce poids est infiniment petit et échappe à la mesure de nos plus fines balances. Quelques physiciens ont essayé de calculer le poids de l'éther d'après l'énergie des ondes lumineuses; ils ont trouvé qu'il était quinze trillions de fois plus petit que celui de l'air atmosphérique; en tous cas, une sphère d'éther du même volume que la terre pèserait _au moins_ 250 livres (?). VI. L'état d'agrégat de l'éther peut probablement (en vertu de la théorie pyknotique), dans des conditions déterminées par une condensation croissante, passer à l'état gazeux de la masse, de même que celui-ci, par un refroidissement croissant, pourra redevenir liquide et ensuite solide. VII. Ces _états d'agrégat de la matière_ s'ordonnent par conséquent (ce qui est très important pour la _Cosmogénie_ moniste), suivant une série génétique continue, nous en distinguerons cinq moments: 1º L'état éthérique; 2º le gazeux; 3º le liquide; 4º le liquide-solide (dans le plasma vivant); 5º l'état solide. VIII. L'éther est infini et incommensurable tout comme l'espace qu'il remplit; il est éternellement en mouvement. Ce _motus propre de l'éther_ (qu'on le conçoive comme une vibration, une tension, une condensation, etc.), en réciprocité d'action avec les mouvements de la masse (gravitation), est la cause dernière de tous les phénomènes.

=Ether et masse.=--«La colossale question de la nature de l'éther» ainsi qu'HERTZ la nomme avec raison, comprend celle de ses rapports avec la masse; car ces deux éléments principaux de la matière sont non seulement partout en contact extérieur très intime, mais encore en continuelle _réciprocité d'action_ dynamique. On peut répartir les phénomènes naturels les plus généraux, désignés par la physique sous le nom de forces naturelles ou de «fonctions de la matière», en deux groupes, dont l'un comprend _surtout_ (mais pas exclusivement) les fonctions de l'éther, l'autre celles de la masse; on obtient alors le schéma suivant que j'ai donné (1892) dans le _Monisme_:

Univers (= Nature = Substance = Cosmos)

I. =Éther= (IMPONDERABILE | II. =Masse= (PONDERABLE, SUBSTANCE A L'ÉTAT DE TENSION) | A L'ÉTAT DE CONDENSATION) | | 1. _Etat d'agrégat_: éthérique (ni | 1. _Etat d'agrégat_: pas éthérique gazeux, ni liquide, ni solide). | (mais gazeux, liquide ou | solide). | 2. _Structure_: pas atomique, | 2. _Structure_: atomique, continue, composée de particules | discontinue, composée d'infiniment discrètes (atomes). | petites particules (atomes) | discrètes. | 3. _Fonctions principales_: | 3. _Fonctions principales_: lumière, chaleur rayonnante, | pesanteur, inertie, chaleur électricité, magnétisme. | latente, chimisme.

Les deux groupes de fonctions de la matière, opposés l'un à l'autre dans ce schéma, peuvent en quelque mesure être regardés comme résultant de la première division du travail de la matière, comme l'_ergonomie primaire de la matière_. Mais cette distinction ne marque pas une séparation absolue entre les deux groupes opposés; au contraire, tous deux restent unis, conservent un lien et demeurent partout en constante réciprocité d'action. Les processus optiques et électriques de l'éther sont, comme on sait, étroitement liés aux changements mécaniques et chimiques de la masse; la chaleur rayonnante de celui-là passe directement à l'état de chaleur latente ou chaleur mécanique de celle-ci; la gravitation ne peut agir sans que l'éther ne serve d'intermédiaire à l'attraction des atomes séparés, puisque nous ne saurions admettre d'action à distance. La transformation d'une des formes de l'énergie en l'autre, démontrée par la loi de la conservation de la force confirme en même temps la constante réciprocité d'action entre les deux parties essentielles de la substance, l'_éther_ et la _masse_.

=Force et énergie.=--La grande loi fondamentale de la nature, que nous plaçons sous le nom de loi de substance en tête de toutes les considérations d'ordre physique, a été désignée originellement, par R. MEYER qui la formula (1842) et par HELMHOLZ qui la développa (1847), sous le nom de _loi de la conservation de la force_. Dix ans auparavant, déjà, un autre naturaliste allemand, FR. MOHR, de Bonn, en avait clairement exposé l'essentiel (1837). Plus tard, la physique moderne sépara l'ancienne notion de _force_ de celle d'_énergie_, dont elle ne se séparait pas à l'origine. Aussi cette même loi est-elle ordinairement désignée aujourd'hui du nom de loi de la _constance de l'énergie_. Pour l'étude générale, dont je dois me contenter ici et pour le grand principe de la «conservation de la substance», cette distinction subtile n'entre pas en ligne de compte. Le lecteur que cette question intéresserait en trouverait une explication très claire, par exemple, dans le travail remarquable du physicien anglais TYNDALL, sur «la loi fondamentale de la nature»[45]. La portée universelle de cette grande loi cosmologique y est bien mise en lumière, de même que son application aux problèmes les plus importants, dans les domaines les plus différents. Nous nous contenterons de relever ici le fait important qu'aujourd'hui le «principe de l'énergie» et la certitude de l'unité des forces naturelles qui s'y rattache, ainsi que leur origine commune, sont reconnus par tous les physiciens compétents et considérés comme le progrès le plus important de la physique au XIXe siècle. Nous savons aujourd'hui que la chaleur est une forme de _mouvement_ au même titre que le son, l'électricité au même titre que la lumière et le chimisme au même titre que le magnétisme. Nous pouvons, par des procédés appropriés, transformer une de ces forces en l'autre et nous convaincre ainsi, en mesurant avec exactitude, que jamais il ne se perd la plus petite particule de leur somme totale.

[45] JOHN TYNDALL: _Fragments d'histoire naturelle_.

=Force de tension et force vive= (_énergie potentielle et énergie actuelle_).--La somme totale de la force ou énergie dans l'univers reste constante, quels que soient les phénomènes qui nous frappent; elle est éternelle et infinie comme la matière, à laquelle elle est liée indissolublement. Tout le jeu de la nature consiste en l'alternance du repos apparent avec le mouvement; mais les corps immobiles possèdent une quantité indestructible de force, tout comme les corps en mouvement. Dans le mouvement lui-même, la force de tension des premiers se transforme en la force vive des seconds. «Le principe de la conservation de la force concernant aussi bien la répulsion que l'attraction, énonce l'affirmation que la valeur mécanique des forces de tension et des forces vives dans le monde matériel, est une quantité constante. En un mot, le capital de force de l'univers se compose de deux parties qui, d'après un rapport de valeur déterminé, peuvent se transformer l'une en l'autre. La diminution de l'une entraîne l'augmentation de l'autre; la valeur totale de la somme reste cependant immuable». La _force de tension_ ou _énergie potentielle_ et la _force vive_ ou _énergie actuelle_ se transforment continuellement l'une en l'autre, sans que la somme totale infinie de force, dans l'univers infini, éprouve jamais la moindre perte.

=Unité des forces de la nature.=--Après que la physique moderne eût posé la loi de substance à propos des rapports très simples des corps inorganiques, la physiologie en démontra la valeur générale dans le domaine tout entier de la nature organique. Elle montra que toutes les fonctions vitales de l'organisme--sans exception!--reposent sur un continuel _échange de forces_ et sur l'«échange de matériaux» qui s'y rattache, aussi bien que les processus les plus simples de ce qu'on appelle la «nature inanimée». Non seulement la croissance et la nutrition des plantes et des animaux, mais encore leurs fonctions de sensation et de mouvement, leur activité sensorielle et leur vie psychique,--ont pour base la transformation de la force de tension en force vive et inversement. Cette loi suprême régit encore les phénomènes les plus parfaits du système nerveux qu'on désigne, chez les animaux supérieurs et chez l'homme, sous le nom de _vie intellectuelle_.

=Toute-puissance de la loi de substance.=--Notre ferme conviction moniste, que la loi fondamentale cosmologique vaut universellement dans la _nature entière_, est de la plus haute importance. Car non seulement elle démontre _positivement_ l'unité foncière du Cosmos et l'enchaînement causal de tous les phénomènes que nous pouvons connaître, mais elle réalise, en outre, _négativement_, le suprême progrès intellectuel, la chute définitive des _trois dogmes centraux de la métaphysique_: «Dieu, la liberté et l'immortalité». En tant que la loi de substance nous démontre que partout les phénomènes ont des causes mécaniques, elle se rattache à la _loi générale de causalité_.

La loi de substance ou loi nouvelle

A LA LUMIÈRE DE LA PHILOSOPHIE DUALISTE

ET DE LA PHILOSOPHIE MONISTE

=Dualisme= =Monisme= (CONCEPTION TÉLÉOLOGIQUE) (CONCEPTION MÉCANISTE)

1. _Le monde_ (Cosmos) comprend 1. _Le monde_ (Cosmos) ne comprend deux domaines distincts, celui qu'un seul et unique de la _nature_ (des corps matériels) domaine: le _royaume de la et celui de l'_esprit_ (du substance_; ses deux attributs monde psychique immatériel). inséparables sont la _matière_ (substance étendue) et l'_énergie_ (la force efficiente).

2. Par suite, le royaume de la 2. Par suite, le royaume tout science se divise en deux domaines entier de la science, forme un distincts: _sciences naturelles_ domaine, unique; les sciences (théorie empirique des dites _de l'esprit_ ne sont que processus mécaniques) et _sciences certaines parties des _sciences de l'esprit_ (théorie transcendentale naturelles_ universelles; toute des processus psychiques). véritable science repose sur l'empirisme, non sur la transcendance.

3. La connaissance des _phénomènes 3. La connaissance de _tous_ les naturels_ s'acquiert par phénomènes (aussi bien de la la méthode _empirique_, par _nature_ que de la vie de l'observation, l'expérience et l'_esprit_) s'acquiert l'association des représentations. exclusivement par la méthode La connaissance des _phénomènes _empirique_ (par le de l'esprit_, au contraire, travail de nos organes des sens n'est possible que par et de notre cerveau). Toute des procédés surnaturels, par prétendue _révélation_ ou la _révélation_. transcendance repose sur une _illusion_, consciente ou inconsciente.

4. La _loi de substance_ avec ses 4. _La loi de substance_ a une _deux_ parties (Conservation de valeur absolument _universelle_, la matière et de l'énergie) n'a aussi bien dans le domaine de de valeur que dans le domaine la _nature_ que dans celui de de la _nature_; c'est ici seulement l'_esprit_--sans exception!--Même que la matière et la force dans les plus hautes fonctions sont indissolublement liées. intellectuelles (représentation Dans le domaine de l'_esprit_, et pensée) le travail des par contre, l'activité de l'âme cellules nerveuses efficientes est libre et n'est pas liée à des est aussi nécessairement changements physico-chimiques lié aux changements matériels dans la substance de ses de leur substance (plasma organes. nerveux), que dans tout autre processus naturel la force et la matière sont liées l'une à l'autre.

CHAPITRE XIII

Histoire du développement de l'Univers.

ÉTUDES MONISTES SUR L'ÉTERNELLE ÉVOLUTION DE L'UNIVERS.--CRÉATION, COMMENCEMENT ET FIN DU MONDE.--COSMOGÉNIE CRÉATISTE ET COSMOGÉNIE GÉNÉTIQUE.

La dernière énigme de l'Univers ne sera certes pas résolue par les libres esprits de la philosophie moniste à venir. Mais ils ne se contenteront plus de prendre l'apparence pour la réalité, et l'illusion pour la vérité. La grande loi de l'_évolution_ prendra la place de l'hypothèse de la création, la croyance à un ordre naturel du monde, la place du miracle, la vive et gaie réalité, celle de la phrase et de l'imagination, le _monisme_ conforme à la nature, celle du faux dualisme, l'idéal positif (pratique), celle du fol idéal (théorique).

L. BÜCHNER (1898).

SOMMAIRE DU CHAPITRE XIII

Notion de création.--Miracle.--Création de l'Univers en général et des choses particulières.--Création de la substance (créatisme cosmologique).--Déisme: Un jour de la création.--Création des choses particulières.--Cinq formes du créatisme ontologique.--Notion d'évolution (_genesis_, _evolutio_).--I. Cosmogénie moniste.--Commencement et fin du monde.--Infinité et éternité de l'Univers. Espace et temps.--_Universum perpetuum mobile._ Entropie de l'Univers.--II. Géogénie moniste.--Histoire de la terre inorganique et histoire organique.--III. Biogénie moniste. Transformisme et théorie de la descendance. Lamarck et Darwin.--IV. Anthropogénie moniste.--Descendance de l'homme.

LITTÉRATURE

KANT.--_Allgemeine Naturgeschichte und Theorie des Himmels._ 1755.

ALEX. HUMBOLDT.--_Kosmos. Entwurf einer physischen Weltbeschreibung._ 4 Bd. 1845-1854.

W. BÖLSCHE.--_Entwicklungsgeschichte der Natur._ 1896.

CARUS STERNE (E. KRAUSE).--_Werden und Vergehen. Eine Entwicklungsgesch. des Naturganzen in gemeinverst. Fassung_ (4te Aufl.) Berlin, 1899.

H. WOLFF.--_Kosmos. Die Weltentwickl. nach monistisch. psychol. Prinzipien auf Grundlage der exacten Naturforsch. dargestellt_ (2 Bd.) Leipzig, 1890.

K. A. SPECHT.--_Populäre Entwicklungsgeschichte der Welt._

L. ZEHNDER.--_Die Mechanik des Weltalls._ 1897.

M. NEUMAYR.--_Erdgeschichte_ (2te Aufl. von V. Uhlig). 1895.

J. WALTHER.--_Einleit. In die Geologie als historische Wissenschaft._

C. RADENHAUSEN.--_Osiris. Weltgesetze in der Erdgeschichte._

L. NOIRE.--_Die Welt als Entwickl. des Geistes. Bausteine zu einer monistichen Weltanschauung._ 1874.

Entre toutes les énigmes de l'Univers, la plus grande, la plus difficile à résoudre, celle qui embrasse le plus de problèmes, c'est celle de l'apparition et du développement de l'Univers, appelée d'ordinaire d'un mot la _question de la création_. A la solution de cette énigme, difficile entre toutes, notre XIXe siècle, une fois encore, a plus contribué que tous ses prédécesseurs; il a même, jusqu'à un certain point, réussi à la donner. Du moins voyons-nous que toutes les diverses questions particulières, relatives à la création sont liées entre elles inséparablement, qu'elles ne forment toutes qu'un unique et total _problème cosmique universel_--et que la clef qui donne la solution de cette «question cosmique» nous est fournie par un seul mot magique: _évolution!_ Les grandes questions de la création de l'homme, de celle des animaux et des plantes, de celle de la terre et du soleil, etc., ne sont toutes que des parties de cette question universelle: Comment l'Univers tout entier est-il apparu? A-t-il été _créé_ par des procédés surnaturels, ou bien s'est-il _graduellement produit_ par des procédés naturels? De quelle nature sont les causes et les procédés de cette évolution? Si nous parvenons à trouver une réponse certaine à ces questions en ce qui concerne l'un de ces problèmes _partiels_, nous aurons alors, d'après notre conception moniste de la nature, trouvé en même temps un flambeau qui nous éclairera et nous montrera la réponse à ces questions en ce qui concerne le problème cosmique _tout entier_.

=Création= (_creatio_).--L'opinion presque partout admise, aux siècles passés, relativement à l'origine du monde, c'était la _croyance à sa création_. Cette croyance a trouvé des expressions différentes dans des milliers de légendes et de poëmes intéressants, plus ou moins fabuleux, dans les _cosmogonies_ et dans les _mythes relatifs à la création_. Seuls, quelques grands philosophes restèrent réfractaires à cette croyance, surtout ces admirables libres penseurs de l'antiquité classique qui, les premiers, conçurent l'idée d'une _évolution_ naturelle. A l'inverse, tous les mythes relatifs à la création portaient le caractère du _surnaturel_, du merveilleux ou du transcendant. Incapable de saisir l'essence du monde en elle-même et d'expliquer l'apparition de ce monde par des causes naturelles, la raison encore peu développée devait naturellement recourir au _miracle_. Dans la plupart des légendes relatives à la création, le miracle s'allie à l'_anthropisme_. De même que l'homme crée ses oeuvres avec une intention et en faisant preuve d'art, de même le «Dieu» créateur devait avoir produit le monde conformément à un plan; l'idée de ce Dieu était presque toujours tout anthropomorphique; il s'agissait manifestement d'un _créatisme anthropistique_. Le «tout-puissant créateur du ciel et de la terre», d'après le premier livre de Moïse et d'après le catéchisme encore aujourd'hui admis, est conçu créant d'une façon aussi purement humaine que le créateur moderne d'AGASSIZ ou de REINKE ou que l'intelligent «ingénieur machiniste» d'autres biologistes contemporains.