Part 15
G. H. SCHNEIDER.--_Der Thierische Wille_ (Leipzig 1880). _Der menschliche Wille_ (Berlin 1882).
TH. RIBOT.--_Psychologie contemporaine_, 1870-79.
FRITZ SCHULZE.--_Stammbaum der Philosophie. Tabellarisch-schematischer Grundriss der Geschichte der Philosophie_ (Iéna 1890).
W. WURM.--_Thier und Menschenseele_ (Frankf. 1896).
F. HANSPAUL.--_Die Seelentheorie und die Gesetze des natürlichen Egoïsmus und der Anpassung_, Berlin 1899.
J. LUBBOCK.--_Les débuts de la civilisation et l'état primitif de l'espèce humaine._
M. VERWORN.--_Psychophysiologische Protisten-Studien_ (experimentelle Untersuchungen), Iéna 1889.
E. HAECKEL.--_Systematische Phylogenie_ (3ter Teil), Berlin 1895.
La théorie de la descendance, appuyée sur l'anthropologie, nous a fourni la conviction que l'organisme humain provient d'une longue série d'ancêtres animaux et qu'il s'est développé par des transformations progressives, effectuées lentement au cours de plusieurs millions d'années. Comme, en outre, nous ne pouvons pas séparer la vie psychique de l'homme de ses autres fonctions vitales, mais qu'au contraire nous nous sommes convaincus de l'évolution uniforme du corps et de l'esprit, la tâche s'impose à notre moderne _Psychologie moniste_ de suivre l'évolution historique de l'âme humaine à partir de l'âme animale. C'est la solution de cette tâche que nous entreprenons dans notre _Phylogénie de l'âme_; on peut la désigner aussi, en tant que rameau de la science générale de l'âme, du nom de _psychologie phylogénétique_ ou encore--par opposition à la _biontique_ (individuelle)--du nom de _psychogénie phylétique_. Bien que cette science nouvelle vienne à peine d'être abordée sérieusement, bien que son droit à l'existence soit même contesté par la plupart des psychologues de profession, nous devons néanmoins revendiquer pour elle une importance de premier rang et le plus grand intérêt. Car, d'après notre ferme conviction, elle est appelée plus que tout autre à résoudre la grande «Énigme de l'Univers», relative à son essence et à son apparition.
=Méthodes de la psychogénie phylétique.=--Les voies et les moyens qui nous doivent conduire au but, encore si lointain, de la _psychologie phylogénétique_, à peine discernables pour beaucoup d'yeux dans le brouillard de l'avenir, ne diffèrent pas des voies et des moyens utilisés dans les autres recherches phylogénétiques. C'est, avant tout, ici encore, l'anatomie comparée, la physiologie et l'ontogénie qui sont du plus grand prix. Mais la paléontologie, elle aussi, nous fournit un certain nombre de points d'appui solides; car l'ordre dans lequel se succèdent les débris fossiles des classes de Vertébrés appartenant aux diverses périodes de l'histoire organique de la terre, nous révèle en partie, en même temps que leur enchaînement phylétique, le développement progressif de leur activité psychique. Sans doute, nous sommes forcés ici, comme dans toutes les recherches phylogénétiques, de construire de nombreuses hypothèses destinées à combler les notables lacunes de nos données empiriques; mais celles-ci jettent un jour si lumineux et d'une telle importance, sur les stades principaux de révolution historique, que nous sommes à même d'en suivre assez clairement le cours général.
=Principaux stades de la psychogénie phylétique.=--La psychologie comparée de l'homme et des animaux supérieurs nous permet, dès l'abord, de reconnaître dans les groupes les plus élevés des Mammifères placentaliens, chez les _Primates_, les progrès importants qui ont marqué le passage de l'âme du singe anthropoïde à l'âme de l'homme. La phylogénie des _Mammifères_ et, en remontant encore, celle des Vertébrés inférieurs, nous montre la longue suite d'ancêtres éloignés des Primates ayant évolué, au sein de ce groupe, depuis l'époque silurienne.
Tous ces _Vertébrés_ se ressemblent quant à la structure et au développement de leur organe psychique caractéristique, le _canal médullaire_. Que ce canal médullaire provienne d'un _acroganglion_ dorsal ou _ganglion cérébroïde_ des ancêtres invertébrés, c'est ce que nous apprend l'anatomie comparée des _Vers_. Remontant plus loin encore, nous découvrons, par l'ontogénie comparée, que cet organe psychique très simple dérive de la couche cellulaire du feuillet germinatif externe de l'ectoderme des _Platodariés_; chez ces Plathelminthes primitifs, qui ne possédaient pas encore de système nerveux spécial, le revêtement cutané externe fonctionnait comme organe universel, à la fois sensoriel et psychique.
Enfin, par l'embryologie comparée nous nous convaincrons que ces Métazoaires, les plus simples, proviennent par gastrulation des _Blastéadés_, c'est-à-dire de _sphères creuses_ dont la paroi était formée par une simple couche cellulaire, _le blastoderme_; et cette science nous apprend en même temps, à comprendre, avec l'aide de la loi fondamentale biogénétique, comment ces cénobies de Protozoaires proviennent d'animaux primitifs monocellulaires, des plus simples.
L'interprétation critique de ces diverses formes embryonnaires, dont on peut suivre la filiation immédiate par l'_observation_ microscopique, nous fournit, au moyen de la loi fondamentale biogénétique, les aperçus les plus importants sur les stades principaux de la phylogénie de notre vie psychique; nous en pouvons distinguer huit: 1. Protozoaires monocellulaires avec une simple _âme cellulaire_: _Infusoires_; 2. Protozoaires pluricellulaires avec une _âme cénobiale_: _Catallactes_; 3. Premiers Métazoaires avec une _âme épithéliale_: _Platodariés_; 4. Ancêtres invertébrés avec un simple _ganglion cérébroïde_: _Vers_; 5. Vertébrés acrâniens avec un simple _canal médullaire_ sans cerveau: _Acraniotes_; 6. Crâniotes avec un _cerveau_ (formé par cinq vésicules cérébrales): _Crâniotes_; 7. Mammifères avec développement proéminent de _l'écorce cérébrale des hémisphères_: _Placentaliens_; 8. Singes anthropoïdes supérieurs et homme, avec des _organes de la pensée_ (dans le cerveau proprement dit): _Anthropomorphes_. Dans ces huit groupes historiques de la phylogénie de l'âme humaine, on peut encore distinguer, avec plus ou moins de clarté, un certain nombre de stades évolutifs secondaires. Bien entendu, quand il s'agit de leur reconstruction, nous sommes réduits aux témoignages très incomplets de la psychologie empirique, que nous fournissent l'anatomie et la physiologie comparées de la faune actuelle. Comme des Crâniotes du sixième stade, et même des vrais Poissons se trouvent déjà à l'état fossile dans le système silurien, nous sommes bien forcés d'admettre que les ancêtres des cinq stades précédents (qui n'ont pu parvenir à se fossiliser!) ont évolué à une époque antérieure, pendant la période présilurienne.
I. =L'âme cellulaire (Cytopsyche)=; _premier des stades principaux de la psychogénèse phylétique_.--Les premiers ancêtres de l'homme, comme de tous les autres animaux, étaient des _animaux primitifs_ monocellulaires (Protozoaires). Cette hypothèse fondamentale de la phylogénie rationnelle se déduit, en vertu de la grande loi biogénétique, de ce _fait_ embryologique bien connu, que tout homme, comme tout autre _Métazoaire_ (tout «animal à tissus», pluricellulaire), est, au début de son existence individuelle, une simple cellule, la _cellule souche_ (cytula) ou «ovule fécondé». Comme celle-ci, depuis le premier moment, a été _animée_, ainsi faut-il admettre qu'il en a été pour cette _forme ancestrale monocellulaire_ qui, dans la série des premiers ancêtres de l'homme, a été représentée par toute une suite de _Protozoaires_ différents.
Nous sommes renseignés sur l'activité psychique de ces organismes monocellulaires par la physiologie comparée des Protistes encore vivants aujourd'hui; tant, d'une part, l'observation exacte, que de l'autre, l'expérimentation bien conduite, nous ont ouvert, durant la seconde moitié du XIXe siècle, un nouveau domaine fécond en phénomènes du plus haut intérêt. Le meilleur exposé en a été donné en 1889 par $1, dans ses profondes _Etudes_, appuyées sur des expériences personnelles, études sur la _Psychophysiologie des Protistes_. Les quelques observations antérieures sur la «vie psychique des Protistes» sont réunies à ces études. VERWORN a acquis la ferme conviction que, chez tous les Protistes, les processus psychiques sont encore _inconscients_, que ceux de la sensation et du mouvement se confondent encore ici avec les processus vitaux moléculaires du plasma lui-même, et que les causes premières en doivent être cherchées dans les propriétés des _molécules de plasma_ (des plastidules).
«Les processus psychiques, chez les Protistes, forment ainsi le pont qui réunit les processus chimiques de la nature inorganique à la vie psychique des animaux supérieurs; ils représentent l'embryon des phénomènes psychiques les plus élevés, qu'on observe chez les Métazoaires et chez l'homme».
Les observations soigneuses et les nombreuses expériences de VERWORN, jointes à celles de W. ENGELMANN, W. PREYER, R. HERTWIG et autres savants adonnés à l'étude des Protistes, fournissent une preuve concluante à ma _théorie moniste de l'âme cellulaire_ (1866). M'appuyant sur des recherches poursuivies pendant de longues années sur divers Protistes, surtout des Rhizopodes et des Infusoires, j'avais déjà, il y a 33 ans, formulé cette affirmation que toute cellule vivante possède des propriétés psychiques et que, par suite, la vie psychique des plantes et des animaux pluricellulaires n'est que le résultat des fonctions psychiques des cellules composant leur corps. Dans les groupes inférieurs (par exemple les algues et les éponges) _toutes_ les cellules du corps y contribuent pour une part égale (ou avec de très petites différences); au contraire, dans les groupes supérieurs, en vertu de la loi de la division du travail, ce rôle n'incombe qu'à une partie des cellules, les élues, les «cellules psychiques». Les conséquences de cette _psychologie cellulaire_, de la plus haute importance, ont été exposées en partie (1876) dans mon travail sur la «Périgenèse des plastidules», en partie enfin (1877) dans mon discours de Münich sur «la Théorie de l'évolution actuelle dans son rapport avec l'ensemble de la science». On en trouvera un exposé plus populaire dans mes deux conférences de Vienne (1878), sur «l'Origine et l'évolution des instruments sensoriels» et sur «l'Ame cellulaire et la cellule psychique»[31].
[31] E. HAECKEL, _Gesammelte populaere Vortraege aus dem Gebiete der Entwickelungslehre_. Bonn, 1878.
La simple _âme cellulaire_ présente déjà, d'ailleurs, au sein du groupe des Protistes, une longue suite de stades évolutifs, depuis des états d'âme primitifs, très simples jusqu'à d'autres très parfaits et élevés. Chez les plus anciens et les plus simples des Protistes, la sensation et le mouvement sont répartis également sur le plasma tout entier du corpuscule homogène; dans les formes supérieures, par contre, des «instruments sensoriels spéciaux» se différencient en organes physiologiques: ce sont des _Organelles_. Comme parties cellulaires motrices analogues, nous citerons les pseudopodes des Rhizopodes, les cils vibratiles, les flagellums et les cils des Infusoires. On considère, dans la vie cellulaire, comme un organe central interne le noyau, qui fait encore défaut chez les plus anciens et les plus inférieurs des Protistes. Au point de vue physiologico-chimique, ce qu'il faut surtout signaler, c'est que les Protistes originels les plus anciens étaient des _Plasmodomes_ qui échangeaient des matériaux nutritifs avec les plantes, par suite que c'était des _Protophytes_ ou «plantes originelles»; c'est d'elles que proviennent, secondairement, par métasitisme, les premiers _plasmophages_, qui échangeaient des matériaux nutritifs avec les animaux, par suite étaient des _Protozoaires_ ou «animaux originels»[32]. Ce _métasitisme_, l'«inversion des matériaux nutritifs» marque un important progrès psychologique, car c'est le point de départ de l'évolution des traits caractéristiques de «l'âme animale» qui font encore défaut à «l'âme végétale».
[32] E. HAECKEL: _Systematische Phylogénie_, Bd. 1 (1894), § 38.
Le plus haut degré de développement de l'âme cellulaire animale est réalisé dans la classe des _Ciliés_ ou _Infusoires ciliés_. Lorsque nous comparons ce que nous observons chez eux avec les fonctions psychiques correspondantes d'animaux pluricellulaires, plus élevés, il ne semble presque pas y avoir de différence psychologique; les organelles sensibles et moteurs de ces Protozoaires paraissent accomplir les mêmes fonctions que les organes sensoriels, les nerfs et les muscles des Métazoaires. On a même regardé le _gros noyau cellulaire_ (meganucleus) des Infusoires comme un organe central d'activité psychique, qui jouerait, dans leur organisme monocellulaire, un rôle analogue à celui du cerveau dans la vie psychique des animaux supérieurs. Au reste, il est très difficile de décider dans quelle mesure ces comparaisons sont légitimes; les opinions des savants qui ont étudié d'une manière spéciale les infusoires diffèrent beaucoup sur ce point. Les uns considèrent, chez ces animaux, tous les mouvements spontanés du corps comme automatiques ou impulsifs, tous les mouvements d'excitation comme des réflexes; les autres voient là en partie des mouvements volontaires et intentionnels. Tandis que ces derniers auteurs attribuent déjà aux Infusoires une certaine conscience, une représentation d'un moi synthétique--les premiers se refusent à les leur reconnaître. De quelque façon qu'on résolve cette difficile question, ce qui est en tous cas certain, c'est que ces Protozoaires monocellulaires nous présentent une _âme cellulaire_ des plus développées qui est du plus haut intérêt pour l'appréciation exacte de ce qu'était l'âme chez nos premiers ancêtres monocellulaires.
II. =Ame d'une colonie cellulaire= ou âme cénobiale (Cenopsyche); _deuxième des stades principaux de la psychogénèse phylétique_. --L'évolution individuelle commence chez l'homme, comme chez tous les autres animaux pluricellulaires, par des divisions répétées chez une simple cellule. La _cellule souche_ (Cytula) ou «ovule fécondé» se divise, d'après le processus de la division indirecte ordinaire, tout d'abord en deux cellules filles; ce processus venant à se répéter, il se produit (par des «sillons équatoriaux»), successivement 4, 8, 16, 32, 64 «cellules par sillonnement, ou blastomères» identiques. D'ordinaire, chez la plupart des animaux, survient, plus ou moins tard, à la place de cette division primitive régulière, un accroissement irrégulier. Mais dans tous les cas le résultat est le même: formation d'une masse (le plus souvent sphérique), d'un ballot de cellules non différenciées, toutes identiques au début. Nous appelons ce stade _Morula_ (cf. _Anthropogénie_, p. 159).
D'ordinaire s'amasse alors à l'intérieur de cet agrégat cellulaire, en forme de petite mûre, un liquide, par suite de quoi la morula se transforme en une petite vésicule sphérique; toutes les cellules se portent à la surface et s'ordonnent en une simple couche cellulaire, le _blastoderme_. La _sphère creuse_ ainsi constituée est le stade le plus important de la _blastula_ ou _blastosphère_ (_Anthropogénie_, p. 150).
Les _phénomènes psychologiques_ que nous pouvons constater immédiatement, dans la formation de la blastula, sont en partie des mouvements, en partie des sensations de cette colonie cellulaire. Les _mouvements_ se répartissent en deux groupes: I. Mouvements internes, qui se répètent partout suivant un mode essentiellement analogue, dans le phénomène de la division cellulaire ordinaire (indirecte): formation du fuseau nucléaire, mytose, caryokinèse, etc.; II. mouvements externes, qui apparaissent dans le changement normal de position des cellules assemblées et dans leur groupement pour former le blastoderme. Nous tenons ces mouvements pour _héréditaires_ et inconscients, parce qu'ils sont partout conditionnés de la même manière, grâce à l'hérédité transmise à eux par les premières séries ancestrales de Protistes. Quant aux _sensations_, on en peut distinguer également deux groupes: I. Sensations des cellules isolées, qu'elles expriment par l'affirmation de leur indépendance individuelle et par leur attitude à l'égard des cellules voisines (avec lesquelles elles sont en contact, reliées même en partie directement par des ponts de plasma). II. La sensation synthétique de la colonie cellulaire ou _cénobium_ tout entier, qui se manifeste par la formation individuelle de la _blastula_ en _sphère creuse_ (_Anthropogénie_, p. 491).
La compréhension de la cause de la formation de la _blastula_ nous est facilitée par la _loi fondamentale biogénétique_, qui en explique les phénomènes immédiatement observables par l'_hérédité_, et les ramène à des processus historiques analogues qui se seraient accomplis à l'origine, lors de l'apparition des premières cénobies de Protistes, des _Blastéadés_ (_Pylog. Syst._, III, 22-26). Mais ces processus physiologiques et psychologiques importants ayant eu leur siège dans les premières _associations cellulaires_, nous deviennent clairs par l'observation et l'expérimentation faites sur les cénobies encore aujourd'hui vivantes. Ces _colonies cellulaires_ stables ou hordes cellulaires (désignées encore des noms de «communautés cellulaires», «pied de cellules»,) sont aujourd'hui encore très répandues, tant parmi les _plantes originelles plasmodomes_ (paulotomées, diatomées, volvocinées) que parmi les _animaux originels plasmophages_ (Infusoires et Rhizopodes). Dans toutes ces cénobies nous pouvons déjà distinguer, à côté l'un de l'autre, deux stades divers d'activité psychique: I. _L'âme cellulaire_ des individus cellulaires isolés (en tant qu'«organismes élémentaires») et II. _l'âme cénobiale_ de la colonie cellulaire tout entière.
III. =Ame des tissus (Histopsyche)=; _troisième des stades principaux de la psychogénèse phylétique_.--Chez toutes les plantes pluricellulaires possédant des tissus (métaphytes ou _plantes à tissus_), de même que chez les _animaux à tissus_ (Métazoaires) inférieurs, dépourvus de système nerveux, nous pouvons distinguer de suite deux formes différentes d'activité psychique, à savoir: A. l'âme des _cellules_ isolées qui composent les tissus, et B. l'âme des _tissus_ eux-mêmes ou de la «république cellulaire» constituée par les cellules. Cette _âme des tissus_ est partout la fonction psychologique la plus élevée, celle qui nous révèle dans l'organisme pluricellulaire complexe, un _bion_ synthétique, un _individu physiologique_, une véritable «république cellulaire». Elle gouverne toutes les «âmes cellulaires» isolées des cellules sociales qui, en tant que «citoyens» indépendants, constituent la république cellulaire unifiée. Cette _duplicité fondamentale de la psyche_ chez les Métaphytes et chez les Métazoaires inférieurs, dépourvus de système nerveux, est chose très importante; on en démontre l'existence immédiatement par une observation impartiale et des expériences bien conduites: tout d'abord, chaque cellule isolée possède sa sensation et son mouvement et ensuite chaque tissu et chaque organe, composé d'un certain nombre de cellules identiques, témoigne d'une excitabilité spéciale et d'une unité psychique (par exemple, le pollen et les étamines).
III. _A._ =L'âme des plantes (phytopsyche).=--C'est pour nous le terme qui résume toute l'activité psychique des _plantes pluricellulaires_, possédant des tissus (Métaphytes, à l'exclusion des Protophytes monocellulaires); elle a été l'objet des opinions les plus diverses jusqu'à ce jour. On trouvait autrefois une différence fondamentale entre les plantes et les animaux en ce qu'on attribuait d'ordinaire à ceux-ci une «âme» qu'on refusait à celles-là. Cependant, une comparaison impartiale de l'excitabilité et des mouvements, chez diverses plantes supérieures et chez des animaux inférieurs, avait convaincu, dès le commencement du siècle, quelques chercheurs isolés, que les uns et les autres devaient être pareillement animés.
Plus tard, FECHNER, LEITGEB entre autres, défendirent vivement l'hypothèse d'une _Ame des plantes_. On n'en comprit mieux la nature qu'après que la _théorie cellulaire_ (1838) eût démontré, dans les plantes et les animaux, l'identité de structure élémentaire, et surtout depuis que la _théorie du plasma_ de MAX SCHULZE (1859) eût reconnu, chez les uns et les autres, la même attitude du plasma actif et vivant. La physiologie comparée récente (en ces 30 dernières années) a montré, en outre, que l'attitude physiologique, en réaction aux diverses excitations (lumière, électricité, chaleur, pesanteur, frottement, influences chimiques) était absolument la même dans les parties _sensibles_ du corps de beaucoup de plantes et d'animaux,--que les _mouvements réflexes_, enfin, provoqués par les excitations, se produisaient absolument de la même manière. Si donc on attribue ces modes d'activité chez les Métazoaires inférieurs, dépourvus de système nerveux (éponges, polypes), à une «âme» particulière, on est autorisé à admettre la présence de cette même âme chez beaucoup de Métaphytes (même chez tous), au moins chez les très «sensibles» plantes impressionnables (mimosa), chez les attrape-mouches (dionaea, drosera) et chez les nombreuses plantes grimpantes.
Il est vrai, la physiologie végétale récente a donné de ces «mouvements d'excitation» ou _tropismes_ une explication toute physique, les ramenant à des rapports particuliers de croissance, à des oscillations de tension, etc. Mais ces causes mécaniques ne sont ni plus ni moins _psychophysiques_ que les «mouvements réflexes» analogues chez les éponges, les polypes et autres Métazoaires dépourvus de système nerveux, même si le mécanisme était ici tout différent. Le caractère de l'histopsyche ou _âme cellulaire_ se manifeste également dans les deux cas par ce fait que les cellules du tissu (de l'association cellulaire régulièrement ordonnée) conduisent les excitations reçues en un point et provoquent ainsi des mouvements en d'autres points ou dans tout l'organe. Cette _conduction de l'excitation_ peut aussi bien être regardée comme une «activité psychique», que la forme plus parfaite qu'elle présente chez les animaux pourvus de système nerveux; elle s'explique anatomiquement parce que les cellules sociales du tissu (ou association cellulaire), loin d'être, comme on le supposait autrefois, séparées les unes des autres, sont partout reliées entre elles par de fins filaments ou ponts de plasma. Lorsque les plantes impressionnables nuisibles (mimosa), qu'on vient à toucher ou ébranler, replient leurs feuilles étalées et laissent pencher leurs pétioles--lorsque les excitables attrape-mouches (dionaea) au contact imprimé à leurs feuilles, les referment vivement et attrapent la mouche,--la sensation semble, certes, plus vive, la conduction de l'excitation plus rapide et le mouvement plus énergique que la réaction réflexe d'une éponge officinale (ou d'autres éponges) excitée.
III. _B._ =Ame des Métazoaires dépourvus de système nerveux.=--L'activité psychique de ces _Métazoaires inférieurs_ qui possèdent, il est vrai, des tissus et souvent même des organes différenciés, mais ni nerfs ni organes des sens spéciaux, est d'un intérêt tout particulier pour la psychologie comparée en général, et pour la phylogénie de l'âme animale en particulier. On distingue, parmi eux, quatre groupes différents de _Coelentérés_ primitifs, à savoir: 1. Les _Gastréadés_; 2. les _Platodariés_; 3. les _Eponges_; 4. les _Hydropolypes_, formes inférieures des Cnidiés.