Les énigmes de l'Univers

Part 13

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L'_attraction et la répulsion_ apparaissent comme la source primitive de la _volonté_, cet élément de l'âme d'une importance capitale, qui détermine le caractère de l'individu. Les _passions_, qui jouent un si grand rôle dans la vie psychique supérieure, ne sont que des grossissements des «émotions». Et celles-ci sont communes à l'homme et aux animaux, ainsi que ROMANES l'a montré récemment d'une manière éclatante. Au degré le plus primitif de la vie organique, nous trouvons déjà, chez tous les Protistes, ces sentiments élémentaires de plaisir et de peine, qui se manifestent par ce qu'on appelle leurs _tropismes_, dans leur _recherche_ de la lumière ou de l'obscurité, de la chaleur ou du froid, dans leur attitude variable à l'égard de l'électricité positive et négative. Au degré supérieur de la vie psychique, nous trouvons, par contre, chez l'homme civilisé, ces infimes nuances de sentiment, ces tons dégradés du ravissement et de l'horreur, de l'amour et de la haine, qui sont les ressorts de l'histoire et la mine inépuisable de la poésie. Et pourtant ces états élémentaires les plus primitifs du sentiment, réalisés dans le _psychoplasma_ des Protistes monocellulaires, sont reliés par une chaîne continue, faite de tous les intermédiaires imaginables, aux formes supérieures de la passion humaine, dont le siège est dans les cellules ganglionnaires de l'écorce cérébrale. Que ces formes elles-mêmes soient soumises absolument aux lois physiques, c'est ce qu'a déjà exposé le grand SPINOZA dans sa célèbre _Statique des passions_.

=Echelle de la volonté.=--Le terme de _volonté_ est soumis, comme tous les termes psychologiques importants (ceux de représentation, d'âme, d'esprit, etc.), aux interprétations et définitions les plus variées. Tantôt la volonté, au sens le plus large, est considérée comme un attribut _cosmologique_: «le monde comme volonté et représentation» (SCHOPENHAUER); tantôt, au sens le plus étroit, elle est considérée comme un attribut _anthropologique_, comme la propriété exclusive de l'homme; c'est le cas de DESCARTES pour qui les animaux sont des machines sans sensations ni volonté. Dans le langage courant, l'existence de la volonté se déduit du phénomène de mouvement volontaire et on la tient ainsi comme une forme d'activité psychique commune à la plupart des animaux. Si nous analysons la volonté à la lumière de la physiologie et de l'embryologie comparées, nous nous convaincrons--comme dans le cas de la sensation--qu'il s'agit d'une propriété commune à tout _psychoplasma_ vivant. Les mouvements automatiques, aussi bien que les réflexes, déjà observés chez les Protistes monocellulaires, nous sont apparus comme la conséquence d'_aspirations_ liées indissolublement à la notion de vie. Chez les plantes et les animaux inférieurs, eux aussi, les aspirations ou _tropismes_ nous sont apparus comme la résultante des aspirations de toutes les cellules réunies.

C'est seulement lorsque se développe «l'organe réflexe tricellulaire», lorsqu'entre la cellule sensorielle sensible et la cellule musculaire motrice, la troisième cellule indépendante s'intercale, «cellule psychique ou ganglionnaire»,--que nous pouvons reconnaître en celle-ci un organe élémentaire indépendant de la volonté. Mais la volonté, chez les animaux inférieurs où ceci est réalisé, reste encore presque toute _inconsciente_. C'est seulement lorsque, chez les animaux supérieurs, se développe la conscience, comme une réflexion subjective des processus internes objectifs dans le neuroplasma des cellules psychiques, que la volonté atteint ce degré suprême où elle ne diffère plus qualitativement de la volonté humaine et pour lequel le langage courant revendique le prédicat de «_Liberté_». Son libre déploiement et ses effets apparaissent d'autant plus imposants que se développent davantage, avec le mouvement libre et rapide, le systême musculaire et les organes des sens et, en corrélation avec eux, les organes de la pensée, le cerveau.

=Libre arbitre.=--Le problème de la liberté de la volonté humaine est, de toutes les énigmes de l'univers, celle qui, de tous temps, a le plus préoccupé l'homme pensant et cela parce qu'au haut intérêt philosophique de la question s'ajoutent les conséquences les plus importantes pour la philosophie pratique, pour la morale, la pédagogie, la jurisprudence, etc. E. DU BOIS-REYMOND qui traite de la question en tant que septième et dernière de ses «sept énigmes de l'univers» nous dit avec raison, en parlant du problème du libre arbitre: «Il concerne chacun, il semble abordable à chacun, il est étroitement lié aux conditions vitales de la société humaine, il exerce une action profonde sur les croyances religieuses, aussi le problème a-t-il joué dans l'histoire de la civilisation et de la pensée humaine un rôle d'une importance capitale et les diverses solutions qu'il a reçues reflètent-elles nettement les stades d'évolution de la pensée humaine. Peut-être n'est-il pas un objet de la méditation humaine qui ait suscité une plus longue collection d'in-folios jamais ouverts et destinés à moisir dans la poussière des bibliothèques.» L'importance de la question ressort clairement aussi de ce fait que KANT plaçait la croyance au libre arbitre immédiatement à côté de celles en «l'immortalité de l'âme» et en «l'existence de Dieu». Il regardait ces trois grandes questions comme les trois indispensables _postulats de la raison pratique_, après avoir clairement montré que leur réalité ne pouvait se démontrer à la lumière de la raison _pure_!

Ce qu'il y a de plus remarquable dans les débats si grandioses et si obscurs auxquels a donné lieu le problème du libre arbitre, c'est peut-être que, théoriquement, l'existence de ce libre arbitre a été niée non seulement par les plus grands philosophes critiques, mais encore par les partis les plus opposés, tandis qu'en fait, pratiquement, elle est admise comme une chose toute naturelle, aujourd'hui encore, par la plupart des hommes. Des docteurs éminents de l'Eglise chrétienne, des Pères de l'Eglise comme AUGUSTIN, des réformateurs comme CALVIN nient le libre arbitre aussi résolument que les chefs les plus célèbres du matérialisme pur, qu'un d'HOLBACH au XVIIIe ou qu'un BUCHNER au XIXe siècle. Les théologiens chrétiens le nient parce qu'il est inconciliable avec leur profonde croyance en la toute-puissance de Dieu et en la prédestination: Dieu, tout-puissant et omniscient, a tout prévu et tout voulu de toute éternité, aussi a-t-il déterminé, comme le reste, les actions des hommes. Si l'homme, avec sa volonté libre, agissait autrement que Dieu ne l'a, par avance, déterminé à agir, alors Dieu n'aurait pas été tout-puissant et omniscient. Dans le même sens, LEIBNIZ fut, lui aussi, un absolu _déterministe_. Les naturalistes monistes du siècle dernier, mais par-dessus tous LAPLACE, défendirent à leur tour le déterminisme en s'appuyant sur leur philosophie générale moniste et mécaniste.

La lutte ardente entre les _déterministes_ et les _indéterministes_, entre les adversaires et les partisans du libre arbitre, est aujourd'hui, après plus de deux mille ans, définitivement résolue en faveur des premiers. La volonté humaine, est aussi peu libre que celle des animaux supérieurs dont elle ne diffère que par le degré, non par la nature. Tandis qu'au siècle dernier encore on combattait le dogme du libre arbitre avec des arguments généraux, philosophiques et cosmologiques, notre XIXe siècle, au contraire, nous a fourni, pour sa réfutation définitive, de toutes autres armes, à savoir ces armes puissantes dont nous sommes redevables à l'arsenal de la _physiologie et de l'embryologie comparées_. Nous savons aujourd'hui que tout acte de volonté est déterminé par l'organisation de l'individu voulant et sous la dépendance des conditions variables du milieu extérieur, au même titre que toute autre fonction psychique. Le caractère de l'effort est déterminé à l'avance par l'_hérédité_, il vient des parents et des ancêtres; la décision, dans chaque acte nouveau, vient de l'_adaptation_ aux circonstances momentanées, en vertu de quoi le motif le plus fort donne l'impulsion, conformément aux lois qui régissent la statistique des passions. L'_ontogénie_ nous apprend à comprendre le développement individuel de la volonté chez l'enfant, la _phylogénie_, le développement historique de la volonté à travers la série de nos ancêtres vertébrés.

Coup d'oeil rétrospectif sur les stades principaux du développement de la vie psychique.

=Les cinq groupes psychologiques | =Les cinq stades de développement du monde organique.= | des organes de l'âme.= | | V.--L'homme, les Vertébrés | V.--Système nerveux avec supérieurs, Arthropodes et | un organe central très développé: Mollusques. | neuropsyche avec conscience. | IV.--Vertébrés inférieurs, la | IV.--Système nerveux avec plupart des Invertébrés. | un organe central simple: | neuropsyche sans conscience. | III.--Invertébrés tout à fait | III.--Le système nerveux inférieurs (polypes, éponges); | manque; âme d'un tissu la plupart des plantes. | pluricellulaire; histopsyche | sans conscience. | II.--Cénobies de protistes: | II.--Psychoplasma composé; colonies cellulaires de | âme cellulaire sociale; cytopsyche Protozoaires (carchesium) et | _socialis_. de Protophytes (volvox). | | I.--Protistes mous cellulaires: | I.--Psychoplasma simple; Protozoaires et Protophytes | âme cellulaire isolée, cytopsyche solitaires. | _solitaria_.

CHAPITRE VIII

Embryologie de l'âme.

ÉTUDES MONISTES DE PSYCHOLOGIE ONTOGÉNÉTIQUE. DÉVELOPPEMENT DE LA VIE PSYCHIQUE AU COURS DE LA VIE INDIVIDUELLE DE LA PERSONNE.

«Les faits merveilleux de la _fécondation_ sont du plus haut intérêt pour la psychologie, en particulier pour la théorie de l'_âme cellulaire_, dont ils sont le fondement naturel. Car les processus importants de la conception (par lesquels le spermatozoïde mâle se fusionne avec l'ovule femelle pour former une nouvelle cellule) ne peuvent se comprendre et s'expliquer que si nous attribuons à ces deux cellules sexuelles une sorte d'activité psychique inférieure. Toutes deux, elles _sentent_ réciproquement leur voisinage; toutes deux, elles sont attirées l'une vers l'autre par une impulsion _sensible_ (probablement quelque chose d'analogue à une sensation d'odeur); toutes deux, elles se meuvent l'une vers l'autre et ne se reposent qu'après s'être fusionnées. Le mélange particulier des deux noyaux cellulaires, parents, détermine en chaque enfant son caractère individuel, psychique.»

_Anthropogénie_ (1891).

SOMMAIRE DU CHAPITRE VIII

Importance de l'ontogénie pour la psychologie.--Développement de l'âme de l'enfant.--Commencement d'existence de l'âme individuelle.--Emboîtement de l'âme.--Mythologie de l'origine de l'âme.--Physiologie de l'origine de l'âme.--Processus élémentaires de la fécondation.--Copulation entre l'ovule femelle et le spermatozoïde mâle.--L'amour cellulaire.--Transmission héréditaire de l'âme des parents et des ancêtres.--Leur nature physiologique, mécanique du plasma.--Fusion des âmes (amphigonie psychique).--Répercussion, atavisme psychologique.--La loi fondamentale biogénétique en psychologie.--Répétition palingénétique et modification cénogénétique.--Psychogénie embryonnaire et post-embryonnaire.

LITTÉRATURE

J. ROMANES.--_L'évolution mentale chez l'homme. Origine des facultés humaines._ Trad. française.

W. PREYER.--_L'âme de l'enfant._ Observations sur l'évolution mentale de l'homme durant les premières années de sa vie. Trad. française.

E. HAECKEL.--_Bildungsgeschichte unseres Nervensystems. Anthropogénie_ 4te Aufl., 1891.

J. LAMETTRIE.--_L'homme-machine._

TH. RIBOT.--_L'hérédité psychologique. Les maladies de la mémoire._

A. FOREL.--_Das Gedaechtniss und seine Abnorlitaeten._ Zurich, 1885.

W. PREYER.--_Specielle physiologie des Embryo. Untersuchungen über die Lebenserscheinungen vor der Geburt._ Leipzig, 1884.

E. HAECKEL.--_Zellseelen und Seelenzellen. Ursprung und Entwickelung der Sinneswerkzeuge (Gesammelte populaere Vortraege aus dem Gebiete der Entwickelungslehre._ I und II Heft). Bonn, 1878.

L'âme humaine--quelqu'idée qu'on se fasse de son «essence» subit au cours de notre vie individuelle une évolution continue. Cette _donnée ontogénétique_ est d'une importance fondamentale pour notre psychologie moniste, bien que la plupart des «psychologues de profession» ne lui accordent que peu ou pas d'attention. L'embryologie individuelle étant, d'après l'expression de BAER--et conformément à la conviction générale des biologistes,--le «vrai fanal pour toutes les recherches relatives aux corps organiques», cette science seule pourra aussi éclairer d'un vrai jour les secrets les plus importants de la vie psychique de ces corps.

Quoique l'«embryologie de l'âme humaine» soit des plus importantes et des plus intéressantes, elle n'a trouvé jusqu'ici que dans une mesure restreinte l'attention qu'elle mérite. Ce sont presque exclusivement les _pédagogues_ qui, jusqu'ici, se sont occupés de cette embryologie, et partiellement; appelés par leur profession à surveiller et à diriger le développement de l'activité de l'âme chez l'enfant, ils en sont venus à trouver un intérêt théorique aux faits psychogénétiques qu'ils observaient. Cependant ces pédagogues--en tant du moins qu'ils réfléchissaient!--aujourd'hui comme dans l'antiquité, demeuraient presque tous sous le joug de la psychologie dualiste régnante; mais, par contre, ils ignoraient pour la plupart les faits les plus importants de la psychologie comparée, ainsi que l'organisation et les fonctions du cerveau. Leurs observations, d'ailleurs, concernaient presque toujours les enfants à l'âge où ils vont en classe ou dans les années immédiatement précédentes. Les phénomènes merveilleux que présente la psychogénie individuelle de l'enfant, précisément durant ses premières années, et que les parents intelligents admirent avec joie, n'avaient presque jamais été l'objet d'études scientifiques approfondies. C'est G. PREYER (1881) qui a frayé la voie par son intéressant ouvrage sur l'_Ame de l'enfant. Observations sur l'évolution mentale de l'homme durant les premières années de sa vie_. Au surplus, pour comprendre les choses avec une absolue clarté, il nous faut remonter plus loin encore, jusqu'à la première apparition de l'âme dans l'oeuf fécondé.

=Apparition de l'âme individuelle.=--L'origine et la première apparition de l'_individu humain_--tant le corps que l'âme--passaient encore, au début du XIXe siècle, pour être des secrets absolus. Sans doute le grand C.-F. WOLFF, dès 1759 avait révélé, dans sa _Theoria generationis_ la vraie nature du développement embryonnaire et montré, s'appuyant sur l'observation critique, que dans le développement du germe aux dépens d'une simple cellule oeuf, il se produisait une véritable _épigénèse_, c'est-à-dire une série de processus de néoformations des plus remarquables[29]. Mais la physiologie d'alors, ayant à sa tête le célèbre HALLER, écartait carrément ces données _empiriques_, qui se pouvaient immédiatement démontrer à l'aide du microscope--et s'en tenait fermement au dogme traditionnel de la _préformation_ embryonnaire. Conformément à ce dogme, on admettait que dans l'oeuf humain--comme dans l'oeuf de tous les animaux--l'organisme avec toutes ses parties préexistait déjà, était déjà préformé; le «développement» du germe ne consistait proprement qu'en une «expansion» (_evolutio_) des parties incluses. La conséquence nécessaire de cette erreur, c'était la théorie de l'emboîtement, mentionnée plus haut; comme dans l'embryon féminin l'ovaire était déjà présent, on devait admettre que dans ses oeufs déjà les germes de la génération suivante étaient emboîtés et ainsi de suite, _in infinitum!_ A ce dogme de l'école des _ovulistes_, s'en opposait un autre, non moins erroné, celui des _Animalculistes_; ceux-ci croyaient que le germe proprement dit résidait, non pas dans l'ovule féminin de la mère, mais dans le spermatozoïde mâle du père, et qu'il fallait chercher dans cet «animalcule spermatique» (_spermatozoon_) la série emboîtée des suites de générations.

[29] E. HAECKEL. _Anthropologie_ (4te Aufl., 1891), S. 23-38.

LEIBNITZ appliqua très logiquement cette théorie de l'emboîtement à l'_âme_ humaine; il lui dénia un développement véritable (Epigenesis), ainsi qu'il le déniait au corps et déclara dans sa Théodicée: «Ainsi je prétends que les âmes, qui deviendront un jour des âmes humaines, étaient présentes dans le sperme, ainsi que celles des autres espèces; qu'elles ont toujours existé, sous la forme de corps organisés, chez les ancêtres jusqu'à Adam, c'est-à-dire depuis le commencement des choses». Des idées analogues ont persisté, tant dans la biologie que dans la philosophie, jusque vers 1830, époque où la réforme de l'embryologie par BAER leur a porté le coup mortel. Mais dans le domaine de la psychologie elles ont su se maintenir, même jusqu'à nos jours; elles ne représentent qu'un groupe de ces nombreuses et étranges idées mystiques qu'on rencontre aujourd'hui encore dans l'ontogénie de l'âme.

=Mythologie de l'origine de l'âme.=--Les informations précises que nous avons acquises en ces derniers temps par l'ethnologie comparée, relativement à la manière dont les divers mythes se sont formés chez les anciens peuples civilisés et chez les peuples primitifs actuels, sont aussi d'un grand intérêt pour la psychogénie; mais nous serions entraînés trop loin si nous voulions entrer ici dans des développements, nous renvoyons à l'ouvrage excellent de A. SVOBODA: _Les formes de la croyance_ (1897). Du point de vue de leur contenu scientifique ou poétique, les _mythes psychogénétiques_ considérés peuvent être classés, de la manière suivante, en cinq groupes: I. Mythe de la _métempsychose_: l'âme existait auparavant dans le corps d'un autre animal et n'a fait que passer de celui-ci dans le corps de l'homme; les prêtres égyptiens, par exemple, affirmaient que l'âme humaine, après la mort du corps, errait à travers toutes les espèces animales et, après trois mille ans, rentrait dans un corps humain. II. Mythe de l'_implantation_: l'âme existait indépendante en un autre lieu, dans une chambre de réserve psychogénétique (dans une sorte de _sommeil embryonnaire_ ou de vie latente); un oiseau vient la chercher (parfois représenté comme un aigle, généralement comme une «cigogne à sonnettes»), et il la transporte dans un corps humain. III. Mythe de la _création_: le Créateur divin, conçu comme «Dieu-Père» crée les âmes et les tient en réserve, tantôt dans un étang à âmes (où elles sont conçues comme formant un «Plankton» vivant), tantôt sur un arbre à âmes (elles sont alors comme les fruits d'une plante phanérogame); le Créateur les prend et les transporte (pendant l'acte de la génération), dans un germe humain. IV. Mythe de l'_emboîtement des âmes_ (celui de Leibniz, mentionné plus haut). V. Mythe de la _division des âmes_ (celui de R. WAGNER (1855), admis aussi par d'autres physiologistes[30]); pendant l'acte de la génération, une partie des deux âmes (immatérielles!) qui habitent le corps des deux parents, se détache; le morceau d'âme maternelle chevauche sur l'ovule, le morceau d'âme paternelle sur le spermatozoïde mobile: ces deux cellules venant à se fusionner, les deux fragments d'âme qui les accompagnaient se mêlent également pour former une nouvelle âme immatérielle.

[30] Cf. G. VOGT, _Koehlerglaube und Wissenschaft_ (1855).

=Physiologie de l'origine de l'âme.=--Bien que ces fantaisies poétiques sur l'origine des âmes humaines individuelles soient encore répandues et admises aujourd'hui, leur caractère purement mythologique est cependant démontré comme certain à cette heure. Les recherches d'un si haut intérêt et si dignes d'admiration, entreprises pendant ces vingt-cinq dernières années, pour connaître en détail les processus de la fécondation et de la germination de l'oeuf, ont montré que ces phénomènes mystérieux rentrent tous dans le domaine de la _Physiologie cellulaire_. Le germe féminin, l'ovule, et le corpuscule fécondant masculin, le spermatozoïde, sont de _simples cellules_. Ces cellules vivantes possèdent une somme de propriétés physiologiques que nous réunissons sous le terme d'_âme cellulaire_, absolument comme chez les protistes qui demeurent toujours monocellulaires. Les deux sortes de cellules sexuelles possèdent la propriété de sentir et de se mouvoir. Le jeune ovule, ou «oeuf primitif», se meut à la façon d'une _amibe_; les minuscules spermatozoïdes, dont chaque goutte de sperme muqueux renferme des millions, sont des cellules flagellées qui se meuvent au moyen de leur flagellum vibratile et nagent au milieu du sperme aussi vite que les _Infusoires flagellés_ ordinaires (flagellates).