Les énigmes de l'Univers

Part 11

Chapter 112,957 wordsPublic domain

La seconde et la plus importante partie de l'oeuvre de ROMANES, traite de l'_Evolution mentale chez l'homme et de l'origine des facultés humaines_[20] (1893). Le pénétrant psychologue y démontre d'une manière convaincante que _la barrière psychologique entre l'homme et l'animal est vaincue_! La pensée à l'aide des mots, le pouvoir d'abstraction de l'homme, se sont graduellement développés, sortis de degrés inférieurs où la pensée et la représentation ne s'aidaient pas encore de mots, degrés réalisés chez les Mammifères les plus proches de l'homme. Les plus hautes fonctions intellectuelles de l'homme, la _raison_, le _langage_ et la _conscience_ ne sont que les perfectionnements des mêmes fonctions aux degrés inférieurs où elles sont réalisées dans la série des _ancêtres primates_ (Simiens et Prosimiens). L'homme ne possède pas une seule «fonction intellectuelle» qui soit sa propriété exclusive. Sa vie psychique tout entière ne diffère de celles des Mammifères, ses proches, qu'en _degré_, non en _nature_, quantitativement, non qualitativement.

[20] Traduction française par H. de Varigny.

Je renvoie les lecteurs qui s'intéressent à cette capitale «question de l'âme», à l'ouvrage fondamental de ROMANES. Je suis d'accord, sur presque tous les points et toutes les affirmations, avec lui et avec DARWIN; lorsqu'il semble y avoir des différences entre l'opinion de ces auteurs et les vues que j'ai exposées précédemment, elles proviennent soit d'une expression imparfaite chez moi ou d'une différence insignifiante dans l'application des termes fondamentaux. D'ailleurs, c'est une des caractéristiques de cette «science des termes» qu'en ce qui concerne les termes fondamentaux les plus importants, les philosophes les plus marquants aient des manières de voir toutes différentes.

Place de la psychologie dans le système des sciences biologiques.

=Biologie= Science de l'organisme (Anthropologie, Zoologie et Botanique) ^ |--------+-----------------+-------------------+--------------| | | | =Morphologie= | =Biogénie= Science des formes | Histoire du développement |---+--------^-------+-----| | |-------+--------^--------+------| | | | | | =Anatomie= | =Histologie= | =Ontogénie= | =Phylogénie= Science | Science | Histoire | Histoire des organes | des tissus | de l'embryon | de la race |

=Physiologie= Science des fonctions |-----------------------^------------------------------------| | | Physiologie des Physiologie des =fonctions animales= =fonctions végétatives= (Sensation et Mouvement) (Nutrition et Reproduction) |-------+--------^---------+--| |---------+-------^----+--------| | | | | | =Esthématique= | =Phoronomie= =Trophonomie= =Gonimatique= Science | Science Science Science de la sensation | du mouvement des échanges de la | de matériaux génération =Psychologie= Science de l'âme

CHAPITRE VII

Degrés dans la hiérarchie de l'âme.

ÉTUDES MONISTES DE PSYCHOLOGIE COMPARÉE.--L'ÉCHELLE PSYCHOLOGIQUE.--PSYCHOPLASMA ET SYSTÈME NERVEUX.--INSTINCT ET RAISON.

«Le plus merveilleux des phénomènes naturels, celui que nous appelons d'un nom légué par la tradition _esprit_ ou _âme_, est une propriété absolument générale de tout ce qui vit. Dans toute matière vivante, dans tout protoplasma, il faut bien reconnaître l'existence des premiers éléments de la vie psychique, la forme rudimentaire de sensibilité au _plaisir_ et à la _douleur_, la forme rudimentaire de l'_attraction_ et de la _répulsion_. Mais les divers degrés de développement et de composition de cette âme varient avec les divers êtres vivants; ils nous acheminent, depuis la muette _âme cellulaire_, à travers une longue série d'intermédiaires de plus en plus élevés, jusqu'à l'_âme humaine_, consciente et raisonnable».

_Ame cellulaire et cellule psychique_ (1878).

SOMMAIRE DU CHAPITRE VII

Unité psychologique de la nature organique.--Base matérielle de l'âme: le psychoplasma.--Echelle des sensations.--Echelle des mouvements.--Echelle des réflexes.--Réflexes simples et réflexes complexes.--L'acte réflexe et la conscience.--Echelle des représentations.--Représentations inconscientes et représentations conscientes.--Echelle de la mémoire.--Mémoire inconsciente et mémoire consciente.--Association des représentations.--Instincts.--Instincts primaires et instincts secondaires.--Echelle de la raison.--Langage.--Mouvements émotifs et passions.--Volonté--Libre arbitre.

LITTÉRATURE

CH. DARWIN.--_De l'expression des émotions chez l'homme et chez les animaux._ Trad franç.

W. WUNDT.--_Vorlesungen über die Menschen und Thierseele._ 2te Auflage, Leipzig, 1892.

FRITZ SCHULTZE.--_Vergleichende Seelenkunde._ Leipzig, 1897.

L. BUCHNER.--_Aus dem Geistesleben der Thiere, oder Staaten und Thaten der Kleinen._ 4te Aufl., Berlin, 1897.

A. ESPINAS.--_Les sociétés animales._ Etudes de psychologie comparée.

TITO VIGNOLI.--_De la loi fondamentale de l'intelligence dans le règne animal._ Trad. allem.

C. LLOYD MORGAN.--_Animal life and intelligence._ London, 1890.

W. BOLSCHE.--_Das Liebesleben in der Natur. (Etude sur l'évolution de l'amour)._ Leipzig, 1898.

G. ROMANES.--_L'évolution mentale dans le règne animal et chez l'homme._ Trad. franç.

Les progrès immenses que la psychologie, avec l'aide de la théorie évolutionniste, a accomplis dans la seconde moitié du XIXe siècle, ont abouti à ceci: que nous reconnaissons l'_unité psychologique du monde organique_. La psychologie comparée, conjointement à l'ontogénie et à la phylogénie de l'âme, nous ont convaincus que la vie organique à tous ses degrés, depuis les plus simples protistes monocellulaires jusqu'à l'homme, est le produit des mêmes forces naturelles élémentaires, des mêmes fonctions physiologiques de sensation et de mouvement. La tâche fondamentale pour la psychologie scientifique de l'avenir ne sera donc pas, comme elle l'a été jusqu'à présent, l'analyse exclusivement subjective et introspective de l'âme à son plus haut degré de perfectionnement--de l'âme au sens où l'entendent les philosophes--mais l'étude objective et comparative de la longue série d'échelons, de la longue suite de stades inférieurs et animaux qu'a dû parcourir en se développant l'esprit humain. Distinguer les divers degrés de cette échelle psychologique et démontrer leur enchaînement phylogénétique ininterrompu, telle est la belle tâche à laquelle on ne s'est sérieusement appliqué que depuis quelques dizaines d'années et qui a surtout été abordée dans l'ouvrage remarquable de ROMANES. Nous nous contenterons ici de traiter très brièvement quelques-unes des questions les plus générales auxquelles nous conduit la connaissance de cette suite d'étapes.

=Base matérielle de l'âme.=--Tous les phénomènes de la vie de l'âme sans exception sont liés à des processus matériels ayant lieu dans la substance vivante du corps, dans le _plasma_ ou _protoplasma_. Nous avons désigné la partie de celui-ci qui apparaît comme le support indispensable de l'âme, du nom de _psychoplasma_ («substance de l'âme», au sens moniste) c'est-à-dire que nous n'entendons par là aucune «essence» particulière, mais nous considérons l'_âme comme un concept collectif désignant l'ensemble des fonctions psychiques du plasma_. L'âme, en ce sens, est aussi bien une abstraction physiologique que les termes «échange des matériaux» ou «génération». Chez l'homme et les animaux supérieurs, par suite de l'extrême division du travail dans les organes et les tissus, le psychoplasma est un élément différencié du système nerveux le _neuroplasma_ des cellules ganglionnaires et de leurs prolongements centrifuges, les fibres nerveuses. Chez les animaux inférieurs, par contre, qui ne possèdent pas encore de nerfs ni d'organes des sens distincts, le psychoplasma n'est pas encore parvenu à se différencier pour exister d'une manière indépendante, pas plus que chez les plantes. Chez les protistes monocellulaires, enfin, le psychoplasma est, soit identique au _protoplasma_ vivant tout entier qui constitue la simple cellule, soit à une partie de celui-ci. En tous cas, aussi bien à ces degrés inférieurs qu'aux degrés supérieurs de l'échelle psychologique, une certaine composition _chimique_ du psychoplasma et une certaine manière d'être _physique_ en lui sont indispensables dès que l'«âme» doit fonctionner ou travailler. Cela vaut aussi bien pour l'activité psychique élémentaire (sensation et mouvement plasmatiques) chez les Protozoaires, que pour les fonctions complexes des organes sensoriels et du cerveau chez les animaux supérieurs et, à leur tête, chez l'homme. Le travail du psychoplasma, que nous nommons «âme» est toujours lié à des échanges de matériaux.

=Echelle des sensations.=--Tous les organismes vivants, sans exception, sont sensibles; ils distinguent les conditions du milieu extérieur environnant et réagissent sur lui par certains changements produits en eux-mêmes. La lumière et la chaleur, la pesanteur et l'électricité, les processus mécaniques et les phénomènes chimiques du milieu environnant agissent comme _excitants_ sur le _psychoplasma_ sensible et provoquent des changements dans sa composition moléculaire. Comme stades principaux de sa _sensibilité_, nous distinguerons les 5 degrés suivants:

I. Aux stades les plus inférieurs de l'organisation, le _psychoplasma_ tout entier, comme tel, est sensible et réagit à l'action des excitants: c'est le cas des protistes les plus primitifs, de beaucoup de plantes et d'une partie des animaux supérieurs.--II. Au second stade commencent à se développer, à la surface du corps, de simples _instruments sensoriels_ non différenciés, sous forme de poils protoplasmiques et de taches pigmentaires, précurseurs des organes du tact et des yeux; c'est le cas d'une partie des protistes supérieurs, mais aussi de beaucoup d'animaux et de plantes inférieurs.--III. Au troisième stade, de ces éléments simples vont se développer, par _différenciation, des organes sensoriels spécifiques_, ayant chacun une adaptation propre; instruments chimiques de l'odorat et du goût, organes physiques du tact et du sens de la température, de l'ouïe et de la vue. L'«énergie spécifique» de ces organes sensibles supérieurs n'est pas chez eux une qualité originelle, mais une propriété acquise graduellement par une adaptation fonctionnelle et une hérédité progressive.--IV. Au quatrième stade apparaît la centralisation, ou _intégration du système nerveux_ et par là, en même temps, celle de la sensation; par l'association des sensations auparavant isolées ou localisées, se forment les représentations qui, tout d'abord, restent encore inconscientes: c'est le cas chez beaucoup d'animaux inférieurs et supérieurs.--V. Au cinquième stade, par la réflexion des sensations dans une partie centrale du système nerveux, se développe la plus haute fonction psychique, la _sensation consciente_, c'est le cas chez l'homme et les Vertébrés supérieurs, probablement aussi chez une partie des Invertébrés supérieurs, surtout des Articulés.

=Echelle des mouvements.=--Tous les corps vivants de la nature, sans exception, se meuvent spontanément, à l'inverse de ce qui a lieu chez les corps inorganisés, fixés et immobiles (les cristaux, par exemple); c'est-à-dire qu'il se passe dans le _psychoplasma_ vivant des changements de position des parties, par suite de causes internes, lesquelles s'expliquent par la constitution chimique de ce psychoplasma lui-même. Ces mouvements vitaux actifs peuvent être en partie perçus directement, par l'observation, tandis qu'en partie ils ne sont connus qu'indirectement, par leurs effets. Nous en distinguerons 5 degrés: I. Au degré le plus inférieur de la vie organique (chez les Chromacées, beaucoup de protophytes, et chez les métaphytes inférieurs), nous ne constatons que ces mouvements de _croissance_ qui sont communs à tous les organismes. Ils se produisent d'ordinaire si lentement qu'on ne peut pas les observer immédiatement, mais par un procédé indirect, en induisant de leurs résultats, du changement de grandeur et de forme du corps en voie de développement.--II. Beaucoup de protistes, en particulier les algues monocellulaires du groupe des Diatomées et des Desmidiacées, se meuvent en rampant ou en nageant, grâce à une _secrétion_, par la simple excrétion d'une masse muqueuse.--III. D'autres organismes, flottant dans l'eau (par exemple, beaucoup de radiolaires, de Siphonophores, de Cténophores, etc.) s'élèvent ou s'enfoncent dans l'eau en modifiant leur _poids spécifique_, tantôt par osmose, tantôt en expulsant ou emmagasinant de l'air.--IV. Beaucoup de plantes, en particulier les impressionnables sensitives (mimosa) et autres Papilionacées, exécutent, avec leurs feuilles ou d'autres parties, des mouvements au moyen d'un _changement de turgescence_, c'est-à-dire qu'elles modifient la tension du protoplasma et par suite sa pression sur la paroi cellulaire élastique qui l'enveloppe.--V. Les plus importants de tous les mouvements organiques sont les _phénomènes_ _de contraction_, c'est-à-dire les changements de forme de la superficie du corps qui sont liés à des modifications réciproques de position dans ses parties; ils se produisent toujours en traversant deux états différents ou phases du mouvement: la phase de _contraction_ et celle d'_expansion_. On distingue comme quatre formes différentes de concentration du protoplasma: _a. les mouvements amiboïdes_ (chez les Rhizopodes, les globules du sang, les cellules pigmentaires, etc.); _b. les courants plasmiques_, analogues, à l'intérieur de cellules entourées d'une membrane; _c. les mouvements vibratiles_ (mouvement d'un flagellum ou de cils chez les Infusoires, les Spermatozoïdes, les cellules de l'épithélium à cils vibratiles); et enfin _d. le mouvement musculaire_ (chez la plupart des animaux).

=Echelle des réflexes= (phénomènes réflexes, mouvements réflexes, etc.).--L'activité élémentaire de l'âme, produite par la liaison d'une sensation à un mouvement, est désignée par nous du nom de _réflexe_ (au sens le plus large), ou de _fonction réflexe_, ou mieux encore d'_action réflexe_. Le mouvement (n'importe de quelle sorte) apparaît ici comme la suite immédiate de l'_excitation_ provoquée par l'impression; c'est pourquoi, dans le cas le plus simple (chez les protistes) on l'a désigné du simple nom de _mouvement d'excitation_. Tout protoplasma vivant est irritable. Tout changement physique ou chimique du milieu extérieur environnant peut, dans certaines circonstances, agir comme excitant sur le psychoplasma et produire ou «contrebalancer» un mouvement. Nous verrons, plus tard, comment l'importante notion physique d'_équilibre_ rattache immédiatement les plus simples réflexes organiques aux mouvements mécaniques analogues dans la nature inorganique (par exemple, l'explosion de la poudre par une étincelle, de la dynamite par un choc). Nous distinguons dans l'échelle des réflexes les sept degrés suivants:

I.--Au stade le plus bas de l'organisation, chez les protistes inférieurs, les excitations du monde extérieur (lumière, chaleur, électricité, etc.), ne provoquent dans le _protoplasma_ non différencié, que ces indispensables mouvements internes de croissance et d'échange qui sont communs à tous les organismes et indispensables à leur conservation. Il en va de même pour la plupart des plantes.

II.--Chez beaucoup de Protistes qui se meuvent librement (surtout chez les Amibes, les Héliozoaires et surtout les Rhizopodes) les excitations extérieures provoquent sur tous les points de la superficie du corps monocellulaire, des mouvements qui se traduisent par des changements de lieu (mouvements amiboïdes, formation de pseudopodes, contraction et extension des pseudopodes); ces prolongements mal déterminés et modifiables du protoplasma ne sont pas encore des organes constants. L'excitabilité organique générale se traduit de la même façon, par un _réflexe non différencié_, chez les impressionnables sensitives et chez les Métazoaires inférieurs; chez ces organismes pluricellulaires, les excitations peuvent être transmises d'une cellule à l'autre, puisque toutes les cellules, par leurs prolongements, sont en rapport de contiguïté.

III.--Chez beaucoup de Protistes, et en particulier chez les Protozoaires ayant atteint un haut degré de développement, le corps monocellulaire se différencie déjà en deux sortes d'organes des plus rudimentaires: organes sensibles du tact et organes moteurs du mouvement; les deux instruments sont des prolongements directs et externes du protoplasma; l'excitation qui atteint le premier de ces organes est transmise immédiatement au second par le psychoplasma du corps monocellulaire et en provoque la contraction. Ce phénomène s'observe surtout clairement (ou se démontre expérimentalement) chez beaucoup d'Infusoires fixés (par exemple chez le poteriodendron parmi les Flagellés, chez la vorticelle parmi les Ciliés). La plus faible excitation qui atteint les prolongements vibratiles très impressionnables (flagellum ou cils) situés à l'extrémité libre de la cellule, produit aussitôt une contraction de l'un des bouts en forme de fil, à l'autre bout fixé. On désigne ce phénomène du nom d'_arc réflexe simple_[21].

[21] MAX VERWORN. _Allgemeine Physiologie_, 2te Aufl., 1897.

IV.--A ces processus qui se passent dans l'organisme monocellulaire des Infusoires, se rattache immédiatement le mécanisme intéressant des _cellules neuromusculaires_, que nous trouvons dans le corps pluricellulaire de beaucoup de Métazoaires inférieurs, en particulier chez les Cnidiés (polypes, coraux). Chaque cellule neuro-musculaire, prise individuellement, est _organe réflexe isolé_; elle possède, à la surface de son corps, une partie sensible, au bout opposé et interne un filament musculaire mobile: celui-ci se contracte aussitôt que l'autre est excité.

V.--Chez d'autres Cnidiés, en particulier chez les Méduses qui nagent librement (et qui sont proches parentes des polypes fixés),--la _cellule neuro-musculaire_ simple se subdivise en deux cellules différentes mais encore réunies par un filament: une _cellule sensorielle_ externe (dans l'épiderme) et une _cellule musculaire_ interne (sous la peau); dans cet _organe réflexe bicellulaire_, la première cellule est l'organe élémentaire de la sensation, la seconde celui du mouvement; le filament de psychoplasma qui les relie est un pont qui permet à l'excitation de passer de la première à la seconde.

VI.--Le progrès le plus important dans le développement progressif du mécanisme réflexe, c'est la différenciation de _trois_ cellules; à la place du simple pont dont nous venons de parler apparaît une troisième cellule indépendante, la _cellule psychique_ ou cellule ganglionnaire; en même temps survient une nouvelle fonction psychique, la _représentation_ inconsciente qui a son siège précisément dans cette cellule centrale. L'excitation est transmise, de la cellule sensorielle sensible tout d'abord à cette cellule représentative intermédiaire (cellule psychique) et de celle-ci, elle passe sous forme de commandement au mouvement, à la cellule musculaire motrice. Ces _organes réflexes tricellulaires_ prédominent chez la grande majorité des Invertébrés.

VII.--A la place de cette combinaison, on trouve chez la plupart des Vertébrés l'_organe réflexe quadricellulaire_ consistant en ceci qu'entre la cellule sensorielle sensible et la cellule musculaire motrice, non plus une, mais deux cellules psychiques différentes sont intercalées. L'excitation externe passe ici de la cellule sensorielle, par voie centripète, à la _cellule sensitive_ (cellule psychique sensible), puis de celle-ci à la _cellule de la volition_ (cellule psychique motrice) et c'est seulement cette dernière qui la transmet à la cellule musculaire contractile. Par le fait que de nombreux organes réflexes analogues s'associent, et que de nouvelles cellules psychiques sont intercalées, se constitue le mécanisme compliqué réflexe de l'homme et des Vertébrés supérieurs.

=Réflexes simples et réflexes complexes.=--La différence importante que nous avons établie aux points de vue morphologique et physiologique entre les organismes monocellulaires (Protistes) et les pluricellulaires (Histones) existe de même quand il s'agit de l'activité psychique élémentaire, de l'action réflexe. Chez les _Protistes monocellulaires_ (aussi bien chez les plantes primitives plasmodomes, les Protophytes, que chez les animaux primitifs plasmophages, les Protozoaires) le processus physique du réflexe tout entier se passe à l'intérieur du protoplasma d'une cellule unique; leur «âme cellulaire» apparaît encore comme une fonction unique du psychoplasma, ses diverses phases ne commençant à se différencier qu'au cours de la différenciation d'organes distincts. Déjà chez les Protistes cénobiontes, dans les _colonies cellulaires_ (par exemple le volvox, le carchesium) apparaît le deuxième stade d'activité cellulaire, l'_action réflexe composée_. Les nombreuses cellules sociales qui composent ces colonies cellulaires ou cénobies, sont toujours en rapport plus ou moins étroit, souvent reliées directement les unes aux autres par des filaments, véritables ponts de plasma. Une excitation qui atteint une ou plusieurs des cellules de cette association est communiquée aux autres par les ponts de réunion et peut provoquer chez toutes, une contraction collective. Cette association existe aussi dans les tissus des plantes et des animaux pluricellulaires. Tandis qu'on admettait autrefois, à tort, que les cellules des tissus végétaux existaient contiguës mais isolées les unes des autres, aujourd'hui on démontre partout l'existence de fins filaments protoplasmiques qui traversent les épaisses membranes cellulaires et maintiennent partout des rapports matériels et psychologiques entre leurs protoplasmas vivants. Ainsi s'explique que l'ébranlement de l'impressionnable racine du mimosa, provoqué par les pas du promeneur sur le sol, transmette aussitôt l'excitation à toutes les cellules de la plante, amenant toutes les feuilles délicates à se reployer, tous les pétioles à tomber.