Les Divins Oracles de Zoroastre, ancien Philosophe Grec, Interpretez en Rime Françoise, par François Habert de Berry; Avec un Commentaire moral sur ledit Zoroastre, en Poesie Françoise, et Latine.

Part 4

Chapter 43,806 wordsPublic domain

Felicité? c'est plus tost vanité, Prenez exemple au torment que j'endure, Je fus jadis en haulte dignité, Ores je suis en peine griefve et dure. Plaisir terrien c'est chose qui peu dure, Honeur mondain subit son cours à pris, Bref ce n'est rien du Monde qu'une ordure. Ou encor plus de malheur est compris.

Doncques humains, soyez tant bien apris De délaisser volupté délectable, Suivez l'amour qui conjoinct deux Espris En une chair, à Dieu chose acceptable. Chastes soyez en ce joug venerable, Sans, comme moy, ensuivir amour folle, Lors vous aurez le soulas perdurable, Qui les Espris divinement console.

Pasiphile.

De grand soulas ores le cueur me vole, Le Prince est sain tant d'Esprit que du corps Sappho s'en va, mais dont je me désolé, C'est de Bacchus, duquel je suis records, Car luy et moy faisions joyeux accords Buvans d'autant, o perte nompareille, Ce n'est qu'esmoy, ce ne sont que discords De perdre ainsi la sacree Bouteille.

Bon zele.

Fault desormais que vostre Esprit s'esveille (Roy souverain) en magnanimité, Et à garder une amytié pareille A vostre Espouse ayant tant merité. Vous estes sain, dispos, plein d'equité, Perseverez en toute temperance, Et l'Eternel qui hayt iniquité, Tousjours fera en vous sa demourance.

Le Monarque.

Bon zele, ayez de moy ceste asseurance Que par l'instinct du Seigneur toutpuissant Je me tiendray selon vostre esperance En vertu haulte et honeur florissant, Point ne seray (Dieu aydant) flechissant, Car je cognoys que pour au Ciel attaindre, Et de salut devenir jouissant, Il fault un Dieu aymer, servir, et craindre.

Verité en concluant.

Conclusion, pour les vices estaindre, Et pour avoir l'heritage des Cieux, Craindre il convient l'Eternel, sans se faindre. Et Atropos mettre devant les yeux, Comme avez veu par un Roy vicieux Non amendé du conseil veritable, Mais seulement du regard furieux De ceste Mort à tous espoventable.

O Peuple humain qui d'excessive table Fais ton seul Dieu, pour bien remplir ta pance, Et dont le cueur du Monde insatiable Trop enyvré, rien que tout mal ne pense, Voy que celluy qui bien et mal compense Te damnera, si desir ne te mord De demander pardon de ton offense A Christ, qui faict revivre l'homme mort.

Fin de la Comedie du Monarque.

Deploration sur le trespas de feu monseigneur Jean Bouchetel, Seigneur de Sacy, Conseiller et Secretaire des commandemens du Roy.

Si ma plume autrefois à chanté vers lyriques, Eglogue Pastorale, ou Sonnets heroiques, Si par mainte Elegie on m'à veu resjouir, Les aureilles de ceux qui m'ont voulu ouyr, Je ne veux à present ce Labeur entreprendre Pour d'un stile joyeux quelque liesse prendre. Tramper je veux ma plume au lac d'Aigre Douleur, Et qu'au lieu d'estre blanche, elle ait noire couleur Signifiant le dueil que mon triste cueur porte De voir soubs un Tombeau une personne morte, Ceste personne, Helas, dont le corps est destruict, Avoit assez remply la Gaule de son bruict, Sans qu'on deust reciter par expresse Escriture Les haults dons qu'il avoit, & graces de nature, Mais le triste regret du Peuple pour sa Mort Me contrainct de plorer un tant noble homme mort, Et croy, amy lecteur, qu'en lisant l'ortographe De son nom excellant mis sur son Epitaphe, Avec moy espandras plus de souspirs et pleurs Que Pomone n'avoit en son jardin de fleurs. Las, c'est Jean Bouchetel, ce Royal Secretaire Duquel les grands valeurs ma Muse ne peut taire, Car les haultes vertus dont florissoit son nom Doibvent éterniser son illustre renom. Bourges qui fut le lieu de sa noble naissance, Et qui de son Scavoir avoit la cognoissance, Ayant sceu le trespas d'un homme tant perfaict, Un si horrible cry et grand dueil en à faict, Que toutes les forests et prochaines vallees Se sont d'Arbres, de fleurs, et de fruict despoillees. Et les prochains ruisseaux ont augmenté leurs cours, Des pleurs de ses amys qui pleurent tous les jours Le trespas de celluy, qui en haulte apparence De grand Esprit, avoit servy deux Roys de France, Le Secretaire estant de leurs commandemens, En grand pris et honeur de tous entendemens.

Aussi tost que la Mort, furieuse Chimere, Feit à ce Bouchetel sentir la poincte amere De son Dard venimeux, & que le Peuple oyant Si piteuse nouvelle, estoit tout larmoyant, Et mesloit à ses pleurs une triste complaincte, Des Pégasides Seurs la troupe docte & saincte Du mont Pernasse ouyt les regrets & douleurs Du Peuple Berruyer, qui fondoit tout en pleurs, Et pource que ces Seurs avoyent tousjours prisé, Ce noble Secretaire, et fort favorisé A ses doctes Escrits, à sa plume doree, Et à sa Poesie aux Gaules adoree, Apres avoir ouy la desolation Du Peuple regrettant telle perfection, Elles laissent leur mont plaisant et delectable Pour toutes assister au Tombeau lamentable De ce corps deslié d'un Esprit precieux, Qui desja place avoit au sainct repos des Cieux, Qui est aux bons Espris le promis heritage. Allons, mes Seurs, allons (dict Calliope sage) Voir le triste cercueil du noble Bouchetel, Qui pour vivre sans fin, laisse son corps mortel, Allons ouyr les cris de ce Peuple fidele Ou fut de nostre amy la Terre naturelle. Allons pour consoler ses amys et parens, Ses filles, et ses fils en honeur apparens. Car vous scavez, mes Seurs, qu'un tel Esprit cupide Fut à nous honorer, translatant d'Euripide De Grec en son Francois les beaux tragiques vers Qui au nom d'un grand Roy ont bruict par l'univers. Vous scavez, je le scay, que sa plume excellante Tousjours au bien public à esté vigilante, Vous scavez quel honeur par sa noble nature Il à tousjours porté à la litterature, Et de quelle faveur il à usé vers ceux Qui n'ont en Poesie onc esté paresseux. Donc si nous luy avons faict honeur en sa vie, N'ayons apres sa Mort moins favorable envie, Que dy je Mort, mes Seurs, ceux la ne meurent pas Qui ont los immortel à l'heure du trespas.

Soubdain que Calliope accomplie en Scavoir Prononcea ces propos, elle feit émouvoir Ses amiables Seurs, de laisser en arriere Leur sainct Sejour, pour voir la ville Berruyere, Ou le Peuple faisoit un dueil triste & amer Pour cest homme excellant qu'on vouloit inhumer, Adonc ces belles Seurs sainctes, & immortelles, Pour tost y assister, se preparent des Esles, Comme jadis alors que le faux Pirenee Les esperoit forcer d'une amour effrenee. Ainsi elles voloyent aussi legerement Comme voloit jadis Mercure promptement Lors que pour accomplir le vueil de Juppiter, Le Berger à cent yeux il vint descapiter. Donc ces belles neuf Seurs en Scavoir excellantes S'en vont parmy les Cieux legerement volantes, Jusqu'a ce qu'elles voyent de Berry la Contree Ou de Bourges leur est la ville rencontree, Ville de grand valeur, ou les loix et les arts Florissantes on voyt, et ou l'un des Cesars Feit faire (comme on dict) ceste puissante Tour Qui de ses ennemys se défend alentour, Ville qui est bornee aussi de maintes villes, De chasteaux, & de bourgs, et de terres fertiles, De rivieres d'estangs, et de coulans ruisseaux Ou poissons delicats nagent dedans les eaux, De vignobles aussi de Bacchus non indignes Auquel tous sont debteurs les culteurs de noz vignes, Et sur tout d'ysouldun la liqueur excellente Des vins, est au pais doucement violente, Vins pour faire banquets, et grand festivité, Bien que ce soit le lieu de ma nativité.

Grand admiration receurent ces neuf Muses De voir de ce pais les Richesses diffuses. Si tost qu'en ceste ville ou lon faisoit le dueil, Elle virent le Peuple espandant larmes d'oeil, Une griefve douleur va saisir leur Poictrine Pour le dueil qu'on faisoit du Pere de Doctrine, Et du bon Mecenas de Poésie aussi, Du noble Bouchetel, le Seigneur de Saci, Et n'eust esté que c'est le naturel des Dieux Des Déesses aussi, n'espandre l'armes d'yeux, On eust veu tant plorer les filles de Mémoire, Qu'on eust veu de leurs pleurs un lac grand, comme Loire, Toutefois pour monstrer leurs ennuys et douleurs, Elles feirent de grands souspirs au lieu de pleurs, Et d'un habit de dueil elles se sont parees, Pour à la sepulture estre mieux preparees. Le Peuple désolé en conduisant le corps Mesloit aux pleurs les cris, faisant tristes accords, D'autre costé la Mort espouventable et fiere Fort se glorifioit de voir en une Biere Le corps par elle occis, pource qu'il est charnel, Car son pouvoir n'ha rien sur l'Esprit éternel. Le Peuple Berruyer voyant en l'Er la Mort Tant se glorifier de ce noble corps mort, Ses pleurs change en vengence, et son dueil en grand ire Et tous ces mots piquans à la Mort il va dire.

Je m'esbahis comment, o laid Monstre, inhumain, Monstre horrible, & cruel, repeu de sang humain, Tu es tant effrené, et plein de violence, De tousjours faire effort à la grand excellence. O Chimere insensee, enragee Atropos, Pourquoy troubles tu tant des humains le repos, Te monstrant la plus grand de toutes les meurtrieres De nous priver souvent des choses singulieres? Il ne te suffist pas de mettre fin amere Aux enfans nouveaux nez du ventre de leur mere, Qui (s'ils eussent vescu) de sublime vertu Eussent abondamment eu l'Esprit revestu, Mais à ceux qui font fruict à une République Tu fais sentir l'effort de ta mortelle Pique. Tu le m'as faict scavoir, quand par toy assailli Fut ce Jaques Thiboust, Seigneur de Quantilli, Conjoinct par amitié à la personne morte Qu'en ce triste Tombeau, pour l'inhumer on porte. Et croy qu'a ce Thiboust tu vins oster la vie Par l'aguillon poignant de malheureuse envie, Pource qu'il estoit fort liberal aux douceurs De l'Escrit agreable aux Pernassides Seurs. De cela non contente O Chimere execrable Tu rends pasture aux vers ce corps tant honorable Du scavant Bouchetel, secretaire des Roys, Dont reparer ce tort oncques tu ne pourroys. Bourges avoit esté fertile et plantureuse D'avoir produict ce fruict qui la rendoit heureuse, Mais par ton grand outrage elle à perdu ce bien Qui tant luy profitoit, et ne te sert de rien, Sinon pour le monstrer Chimere furieuse, D'espandre sang humain en tout temps curieuse, Et pour monstrer en toy plus grande Tyrannie Qu'aux Tigres affamez qui sont en Hyrcanie, Tu m'as ravy l'honeur du gracieux Scavoir Duquel l'homme meschant ne veult notice avoir. Tu m'as osté la fleur des neuf Seurs Pégasides, Et le vray ennemy des folles Pierides. Tu m'as privé du fruict lequel avoit produict Bourges, belle Cité, digne d'immortel bruict, Ainsi Moutons paissans en l'herbageuse Plaine Point ne portent pour eux dessus leur Doz la laine, Semblablement pour eux petis oiseaux paissans Ne bastissent leur nid, mais pour hommes passans. Ainsi pour eux aussi les Beufs que le Joug serre, Ne vont roulans l'Ereau sur la fertile Terre. Ainsi pour leur proffit Abeilles amoureuses Ne font de leur doux Miel les liqueurs savoureuses. Donc, o cruelle Mort, considere l'outrage Qu'a present tu me fais par tyrannique rage. Considere le tort tant grand que tu m'as faict De me priver ainsi d'un homme tant perfaict. Si j'estoys l'Orateur dont l'Arpine se vente, Ou le Grec Démosthene en parole eloquente, Tu entendroys de moy des mots qui valent pis, O Chimere passant le venin des Aspics. Mais si ma langue n'est assez prompte & active Pour me plaindre de toy de piquante invective, Les bons autheurs Francoys qui mes cris entendront, A ta grand cruauté par Escrit respondront, Parquoy tu recevras tel vitupere et honte Que tu ne serviras que de fable et de compte Au Peuple simple et bas, qui de toy escrira La grand iniquité, laquelle il publira. Oste toy de mes yeux, O Alecto villaine, Qui fais mourir les fleurs de ta puante alaine. Absente toy d'icy tant les soirs que matins O maudicte Atropos, aux cheveux serpentins. Tu m'as assez grevé de m'oster au meur age Ce secretaire exquis, tant noble personnage, Et qui tant de faveur aux vertueux portoit, Et les adversitez des pauvres supportoit, Se monstrant mieux aymer des vertus l'exercice Que les thresors acquis par mondaine avarice. Assez m'as offensé, o Royne des Chimeres De me faire sentir tant de douleurs ameres, Me privant de celluy par mortel desarroy Qui tant estoit utile à mon Gallique Roy, Mais avec ton effort, de son ame immortelle Tu ne triompheras, comme de la mortelle Et transitoire chair de caduque action Qui tombe en un moment à putrefaction, Et dont j'appaiseray mon dueil, comme j'espere, C'est que ce bon Seigneur en fortune prospere A laissé beaux enfans de si nobles Espris, Qu'ils ne mourront encor que tu les eusses pris, Et par eux mon honeur apparent, on verra Tant que des Bouchetelz le Tige durera, Desquelz le doux regard et gracieuse forme Aux divines vertus du Pere se conforme, En démonstrant les dons de leur perfection Aupres de l'oeil Royal, par admiration Ou de leur vertu haulte et grace bien aymee Immortelle sera la noble Renommee. Le Peuple Berruyer tous ces regrets faisoit Quand la cruelle Mort (qui adonc s'amusoit A escouter les cris de ce Peuple fidele) A faict sortir ces Dicts de sa bouche cruelle.

Je ne mesbahis point si avec triste habit Qu'on porte par coustume au lamentable obit, O Peuple humain par trop endormy en tenebres Tu fais un si hault cry en tes Pompes funebres, C'est faulte d'approuver l'ordonnance de Dieu, Qui ceux qu'il ayme mieux, de ce terrestre lieu Tire tousjours à soy, pour monstrer que ce Monde Au pris de son Sejour, de vray plaisir n'abonde. Le plaisir terrien passe comme fumee, Ou comme seche Paille en cendres consumee, Mais le plaisir d'enhault dure éternellement, Que Dieu promect aux bons vivans fidelement. En ce divin Sejour sont plaisirs delectables Plus qu'on ne voyt au Ciel d'estoilles agreables, De ces plaisirs divins il convient estimer Le nombre estre plus grand, que des Sablons de Mer, Et qu'il n'y à d'Espis dedans les jaunes Blez Qui sont parmy les champs de Céres assemblez, Et qu'on ne voyt de pluye et de neige arriver, En la froyde saison du glacial Hyver. Dy moy (Peuple troublé de dueil melancholique) Dy tant que tu voudras que je te vexe & pique, Que je porte nuisance en mettant à l'envers Tant de corps, qui seront la nourriture aux vers. Tant que voudras, dy moy meschante & inutile, Monstre inhumain, armé de cruauté hostile, Si est ce que sans moy l'Esprit plus precieux Que n'est le corps mortel, ne s'en va voir les Cieux. Les Cieux estoient fermez par une forfaicture De cest homme premier, ouvrage de nature, Mais ce sainct Redempteur l'ouverture en à faicte Quand il fut mis en croix par une gent infaicte. Or devant le peché de l'homme transgresseur Je n'avoys aucun Dard qui peust estre agresseur Pour en faire mourir & succomber les hommes Au funebre tombeau, comme au temps ou nous sommes, Dont ce divin Sauveur de creature humaine (O peuple Berruyer) ne m'a dict inhumaine, Alors que sa bonté et grace tant valut De mourir en la croix, pour te donner salut, Sa divine bonté jamais ne m'a tancee Lors que de ses Esleus j'ay la fin avancee, En faisant mourir d'eux le corps tant seulement, Pour faire vivre l'Ame au Ciel durablement. Il est vray que mon dard porte double poincture, Scavoir douce et amere à mainte creature. Ceux qui sont endurcis en fraudes et malices, Et qui font tout leur Dieu de mondaines delices, Trouvent amer mon dard, à leur Mort cognoissans Qu'a Dieu ils ont esté trop desobeissans, Mais ceux qui ont suyvi le chemin d'equité, L'entretien de la paix, douceur, et charité, Ne trouvent de mon dard la poincture que doulce, Cognoissans que par moy leur ame au Ciel se poulse. Doncques, O peuple humain, à tort de moy te plainds Quand je fay succomber hommes de vertu pleins, Puis que par leur vertu qui à tous se descouvre, Le tout puissant Recteur son Paradis leur ouvre. Puis que tel as cognu celluy dont ton oeil pleure, Que ne t'asseures tu que son Esprit demeure En ce divin Sejour qui est promis à ceux Qui aux sainctes vertus n'ont esté paresseux? Et si j'ay renversé le corps, qui n'est que cendre, Tu n'en doibs contre moy en querele descendre. Celluy qui est sans fin, et le commencement, Ce Pere supernel, qui ayme doucement Les culteurs de son nom, avoit l'heure ordonnee A celluy que tu plainds, de sa fin terminee. Pourtant cesse tes pleurs, tes complainctes et cris, Ne me menace plus d'injurieux Escrits: Mais loue le Seigneur, et sa saincte ordonnance, Au veuil duquel ne fault user de repugnance.

Quand la maigre Atropos eut prononcé ces Dicts, D'une voix veritable, et loing de contredicts Qui peussent meriter, pour prouver le contraire, Le peuple Berruyer commence à se distraire De courroux enflamé, et son dueil appaisant, Aux propos de la Mort n'est plus contredisant, Et ainsi appaisé, monstrant meilleur visaige, Suyt le corps au Tombeau du deffunct, qui tant sage Et tant prudent estoit, quand son Esprit lié Estoit au mortel corps, dont Dieu la deslié, Et lors non sans regret fut mis en sepulture Le corps, qui est subject aux vers et pourriture, Et son esprit ayant des Cieux fruition, Attend d'un plus beau corps la resurrection.

Lors que mis au Tombeau fut le corps miserable, Des Pernassides Seurs la troupe venerable Feit graver au Tombeau du trespassé le nom, Avecques ses vertus de durable renom, Calliope, qui est des neuf Seurs la premiere, Sur le Marbrin Tombeau meit ces vers en lumiere:

L'epitaphe de Monseigneur Bouchetel, par la Muse Calliope.

Celluy qui du Laurier pernassien fut digne, Et qui avoit l'amour de moy & de mes Seurs, Ce noble Bouchetel, le Mecenas insigne De tous ceux qui aymoient Poetiques douceurs, La memoire de soy delaisse aux successeurs Avecques son corps mis en ceste sepulture, Mais O vous viateurs, soyez certains et seurs Que son renon n'est pas subject à pourriture.

Melpomené apres ce quatrain composa, Et dessus le Tombeau par ordre l'apposa.

L'epitaphe de mondict Seigneur Bouchetel par La Muse Melpomené.

Soubs un petit cercueil est la chair inhumee D'un serviteur Royal, c'estoit Jean Bouchetel, Mais de ses grands vertus ne meurt la Renommee Qui à ses successeurs le rendent immortel.

Ce quatrain fut escript, adoncques Terpsicore Decora le Tombeau de ces six vers encore.

L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Terpsicore.

Celluy qui sans cesser de noz honeurs cupide, Espandoit nostre nom par ce grand univers, Et qui a triomphé sur le Grec Euripide Translatant en Francois ses beaux Tragiques vers, Delaisse un corps mortel au funebre tombeau, Pour au divin repos voir un Regne plus beau.

Clio lors ensuivant en poetique Metre Ainsi de ce defunct les louanges va mettre.

Epitaphe dudict Seigneur par la Muse Clio.

Par les mains de Pallas la plume fut taillee Pour en servir deux Roys de France heureusement, Et par elle à celluy Bouchetel fut baillee Qui par sa Mort au Ciel vit eternellement.

Lors que Clio eut faict ainsi son Epitaphe, Thalie feit le sien, avec telle ortographe.

L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Thalie.

Celluy qui par sa plume et par son grand Scavoir Feit service à deux Roys, dont la vie est mortelle, Heureusement au Ciel le Roy des Roys va voir Qui à tous ses esleus donne vie immortelle.

Desque Thalie eut mis à son Escrit la fin, Erato meit ces vers dessus le Marbre fin.

L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Erato.

O Viateur, veux tu scavoir qui gist ici? C'est le corps d'un qui eut tant de graces infuses, C'est le bon Bouchetel, le Seigneur de Saci, La fleur, le bruict, l'honeur des vertus et des Muses.

Lors que par Erato le Tombeau fut orné, Son Epitaphe ainsi Euterpe a ordonné.

L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Euterpe.

Celluy qui tant jadis vertu a faict florir, Laisse son corps mortel au Tombeau lamentable, Helas, c'est Bouchetel, mais son honeur mourir On ne verra jamais, car il est perdurable.

Euterpe avoit ja mis ces vers portans l'honeur Du noble Bouchetel, de Saci le Seigneur, Alors que Polymnie en son honeur aussi Apposa au Tombeau ces quatre vers ici.

L'epitaphe dudict Seigneur, par la Muse Polymnie.

Bourges, tu as esté ville bien fort heureuse D'avoir mis sur la Terre un homme si scavant, Qui ne meurt par la Mort, la gloire plantureuse De sa perfection, le rend aux Cieux Vivant.

Quand ces vers eut escrit la Muse Polymnie, L'epitaphe dernier fut tel par uranie:

L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Euranie.

Si vous voulez (Lecteurs) avoir perfection En ce Monde terrien, ou vanité abonde, A folles voluptez n'ayez affection, Mais tous cherchez au Ciel le thresor pur et monde, Comme ce Bouchetel, quand il vivoit au Monde, Qui par son bon Esprit acquit auctorité, Dont à present tiré hors de la Terre immonde, Il contemple à loisir les lieux d'Eternité. Quand ces belles neuf Seurs (dont l'honeur point ne tombe Dedans le lac d'oubly) sur la Marbrine Tombe Eurent gravé ces vers, avec un ordre tel Eternisant le nom du noble Bouchetel, Elles s'en vont voler sur leur mont de Pernasse Qui de sublimité les Nues outrepasse, Ou sans fin leur viendra de ce défunct memoire, Et de sa Progenie ou gist honeur et gloire.

Fin.

Les Epigrammes.

A Monseigneur Davanson, President du grand Conseil.

J'ay des neuf Seurs eu quelque fois faveur (Noble Seigneur, prudent et honorable) Qu'ayez trouvé en mes Escrits saveur Qui sont sacrez à ce Roy venerable, Mais le Scavoir qui vous rend admirable, Meritoit bien stile plus doux coulant Que n'est le mien, pour d'oeuvre perdurable Magnifier vostre nom excellant.

Si doy je bien me monstrer vigilant A honorer par humble obeissance Vostre Scavoir des vertus distillant, Dont noblement vous avez jouissance, Combien que j'aye entiere cognoissance Que vous ayez un fruict plus savoureux De l'Olivier plein de resjouissance, Duquel seroit Apollon amoureux.

Quand toutefois de ce fruict bien heureux De l'Olivier, qui pres de vous fleuronne, Vous aurez pris le plaisir plantureux, En luy offrant du Laurier la Couronne, Qui dignement son front sainct environne, Je vous supply un peu baisser voz yeux Sur les Escritz qu'humblement je vous donne, Vous soubhétant toute faveur des Cieux.

A Monseigneur M. Jean Bertrand Lieutenant Criminel de Paris.

La Prophetique Escriture Ordonne judicature D'hommes puissans, non pollus, Craignans Dieu, loing d'avarice, Pour administrer Justice, Comme estans de Dieu eslus.

Ceste grand Divinité Qui est une en trinité, Pour l'heur de la Republique Juge à Paris vous debvoit, Ou droict aller on vous voyt Sans chercher la voye oblique.

Et avec vostre prudence Joincte à la Jurisprudence Dont voz sens sont penetrez, Vostre grand perfection Conjoinct la dilection Des lettres, et des lettrez.

Voyla pourquoy ma Minerve Un los Eternel reservé Aux excellentes vertus, Dont par un don admirable De Dieu aux bons favorable Vous avez les sens vestus.

Pour la grand felicité De la plus noble Cité Dont nous ayons cognoissance, Ceux qui vivent sagement Desirent fort longuement Vous voir en convalescence.

De ma part, sachant combien Merite d'honeur et bien Vostre constance immobile, Je pry ce divin Recteur Qu'il vous soit distributeur De l'age de la Sibylle.

A Monseigneur de Frelu General de Lyon.