Part 3
J'ay en mon cueur tousjours soulas et joye Quand pres de moy j'ay les frians morceaux, Il ne me chaut de pluye, mais que j'oye Que tousjours pleins de vin sont mes vaisseaux Boire d'autant, remplir Flaccons et Ceaux, Manger jambons, avaller chair sallee, Et m'engresser comme sont les Porceaux, Voyla comment ma vie est consolee,
Si voyt on bien ma louange extollee Quand je produy l'excellente liqueur De ce Nectar, liqueur emmiellee, Liqueur de vin resjouissant le cueur. Si me croyez estre quelque mocqueur, Vous vous trompez, regardez moy en face, Je suis Bacchus, il n'ha au Monde qu'heur, Qui comme moy de boire ne se lasse.
Je suis Bacchus, la tant antique race De Juppiter, je suis le gros Bacchus, Bons biberons me suivent à la trace, Je fay venir la guerre entre bas culs. On ne verroit, sans moy, tant de cocus Autres que ceux qui sont sur la Ramee, A bref parler, par moy furent vaincus Jadis maints Roys d'auctorité famee.
Mais que me sert ma haulte Renommee, Si je ne mects à execution Ma grand puissance en tous lieux Renommee Sur quelque Roy de grand possession? Or j'en scay un par admiration Riche, excellant, de sublime pouvoir, D'aller vers luy c'est mon intention, Je luy feray ma puissance scavoir.
Sappho.
Comme je puis assez appercevoir Je suis bien pres du Monarque honorable, Je m'y en voys, je commence à le voir, O combien m'est sa personne agreable?
Pasiphile.
Sire, voicy quelque dame louable, Qui vient devers vostre magnificence, Sa beauté est grande et imcomparable, Je croy qu'elle est d'une noble naissance.
Sappho en saluant le Monarque.
Vostre Renom est de telle puissance Prince d'honeur, que pour vous honorer, Je vien vers vous, car j'ay la cognoissance Qu'a tous Humains je vous doy preferer. Et n'ay desir sinon de demourer Avecques vous, de voz graces ravie, Car je vous veux de ce bien asseurer Que d'autre aymer je n'ay aucune envie.
Vostre grandeur à cela me convie, Vous, de ma part aurez contentement, Vostre seray le surplus, de ma vie. Pour vous donner plaisir, esbatement, Pour vous donner le vray soulagement Que m'a apris la belle Cytheree, Qui ambrassoit Adonis doucement Quand avec luy elle estoit retiree.
Le Monarque.
Je ne scay pas qui vous à attiree D'ainsi m'offrir vostre amitié honeste, Mais ma pensee est allieurs retiree, Vostre beauté toutefois m'admoneste. Ah je cognoys ceste amour deshoneste Estant l'Espoux de Royne de hault pris, Puis par Bon zele homme de vertu nette, Et selon Dieu j'en seroys fort repris.
Sappho.
Excellent Prince avez vous entrepris D'obtemperer à instructeur moins sage Que vous, en qui grand pouvoir est compris Pour obtenir de voz plaisirs l'usage? Prince changez cest endurcy courage, Car vous pouvez vivre à vostre desir, Laissez aux sots des vertus le presage, Il n'est vertu que vivre à son plaisir.
Quand vous, verrez mes graces à loisir, Et que seray entre voz bras couchee, Si vous aviez au cueur tout desplaisir, Plus ne sera vostre grandeur faschee, Quand vostre levre aux deux miennes fichee Prendra de moy un baiser savoureux, Et que par vous sera ma chair touchee, Sans fin de moy vous serez amoureux.
Regardez donc, Monarque vigoureux A ne laisser telle resjouissance, Qui vous rendra des Roys le plus heureux Quand de Sappho vous aurez jouissance.
Le Monarque.
Sappho, bien fort me plaist la cognoissance De vostre nom, je suis en grand esmoy, Que doy je faire? Amour ha grand puissance, Faictes sejour ce pendant avec moy.
O Pasiphile, apertement je voy Que ton propos estoit fort veritable, Ceste dame est tant belle, que je croy Qu'il me faudra aymer sa grace aymable.
Pasiphile.
Prince excellant, Monarque inestimable, Nul ne vous peut contredire en ce faict, Vous ne serez pour ce moins redoubtable Quand à voz veux vous aurez satisfaict.
Le Monarque.
Son doux maintien en cent graces perfaict, Son entretien, sa tant douce parole, Son beau visage, exquis, et tant bien faict, Tout cela faict que mon cueur se console. De grand soulas, certes, le cueur me vole Quand je la voy tant pleine de beauté, Et ce qui plus encor mon cueur affolle, C'est sa naive et douce privauté.
Vaincu je suis de sa speciauté, Deliberant l'aymer, et luy complaire, Et l'enrichir soubs ma grand Royauté, Bien que cela soit aux vertus contraire.
Bacchus.
Je voy le lieu ou je me doy retraire, C'est vers ce Prince en Richesse excellant, Je m'y en voys pour tost à moy l'attraire, Il me fault estre en cela vigilant.
Pasiphile.
Sire, je voy homme, qui en pas lent Vient saluer vostre Majesté haulte, Il ha le nez rouge et estincellant, O c'est Bacchus, il n'y à point de faulte, De grand soulas, certes, le cueur me saulte, Car je le voy garny de la Bouteille Et de Jambon, o la personne caute, C'est pour la soif qui souvent le resveille.
Bacchus en saluant le Monarque.
Prince, duquel la grandeur m'esmerveille, A autre fin vers vous ne suis venu, Que pour compter la force nompareille Qui est en moy, quand bien m'aurez cognu.
Le Monarque.
Hé, qui es tu? je te tien incognu, Je ne vy onc une si large face. Dy moy ton nom, et ou tu t'es tenu, Car ton regard n'est de mauvaise grace
Bacchus.
Mon nom est grand, et de grand efficace, Je suis Bacchus en tous lieux Renommé, Aux plus crainctifs donnant force, et audace, Le Dieu Bacchus des anciens nommé Par tout je suis, par tout suis estimé: Par ma liqueur doucement violente, Car qui en boyt, soubdain est assommé, De doux sommeil qui à luy se presente.
Pasiphile.
Voyla mon cas, voyla ma vraye attente, Je suis des tiens, o Bacchus mon amy, Car il n'y à rien qui plus me contente Que d'estre saoul, et puis bien endormy, Puis destre fort contre mon ennemy, Batre, frapper, (o plaisant exercice) Boire d'autant, et non point à demy, Vivre et mourir je veux soubs ton service.
Bacchus.
Monarque enten, les Roys ont soubs ma lice Vescu jadis, ce grand Roy Alexandre De mon pouvoir à receu la notice Quand je l'ay faict à moy subject se rendre. De Loth aussi un chascun peut entendre Aux Escrits saincts, que ma main luy livra Ce doux Nectar ou vous debvez pretendre, Car ce bon Loth doucement s'enyvra.
Bref à jamais mon hault renom vivra, Grands et petis ont de moy cognoissance, En tous endroicts un chascun me suivra, De ma liqueur cognoissant la puissance: Puis ta Sappho ayme mon alliance, Car sans Bacchus et Ceres, (comme on dict) Froyde est Vénus en sa resjouissance, Voyla comment j'ay vers elle credit.
Le Monarque.
Ce tien bruvage (ainsi que m'as predict) Est il si doux, que Sommeil il procure? Sil est ainsi, je veux sans contredict En boyre un peu.
Bacchus.
Cher Prince, je vous jure Qu'il est plus doux que miel, oultre mesure, Et pour cela esprouver promptement, Tenez, buvez, de ce je vous asseure Que dormirez en grand contentement.
Le Monarque bura plusieurs fois, puis dira en se couchant sur un lict.
O doux bruvage, O doux allegement, Succre ne Miel ne semblent rien au pris, O doux Nectar, O doux soulagement? Douce liqueur donnant joye aux Espris? Certainement de sommeil suis espris, Vien Pasiphile, appareille ma Couche, Si que par moy soudain repos soit pris Faire ne puis que tost je ne me couche.
Bacchus.
C'est faict, il n'est homme aucun si farouche Qui endormi ne soit de mon bruvage, Bruvage fort, qui jusques au cueur touche Et rend subject ce Roy, grand personnage. Jugez, mortels, si je porte dommage, Ou bien proffit, au corps de tous Humains, En voulez vous plus certain tesmoignage Que d'un Monarque endormi par mes mains?
Je suis utile et nuisant en lieux maints, Utile à ceux qui selon suffisance De ma liqueur usent, aux inhumains, Nuisant je suis par leur intemperance, Ce Roy n'a sceu user de temperance, En prenant trop du bruvage ordonné, Voyla pourquoy il se sent à outrance De ma liqueur, qui l'a tout estonné.
Verité.
Ce Redempteur de vierge mere né, Seul toutpuissant, celeste, veritable, Pour les Humains en croix passionné, Ayme celluy qui n'est point decevable, Et un chacun luy sera agreable, Qui sera plein de paix et charité, C'est luy qui est mon pere charitable, Sa fille suis, qu'on nomme Verité.
Envers les bons j'ay grand auctorité, Le cueur desquelz en erreur ne se plonge, Mais les remplis d'erreur et vanité, Sont mes haineux, comme pleins de mensonge, Comme ambrassans idolastrie et songe, Comme suivans toute deception, Mais des parfaicts l'esprit à rien ne songe Qu'à honorer ma grand perfection.
Aux vertueux j'ay ma dilection, Voire aux meschans (s'ils laissent leur fallace) Je porteray fidele affection, Les retenant en mon amour et grace. Et pourautant il me fault pourvoir à ce Que ce Monarque endormi par ses vices, Chasse Bacchus, et Sappho, dont la face Trop belle, l'a aveuglé de delices.
Aller luy veux remonstrer ses malices Par saincts, divins, salutaires propos, Et luy donner enseignemens propices, Pour desormais le rendre plus dispos, Il dort, il prent un excessif repos Qui à son ame et corps fera nuisance Si corrigé par crainte d'Atropos, Il ne revient en sa force et puissance.
Bon zele.
Voyci le temps ou fault que je m'avance Vers mon Seigneur le Prince, pour le voir, Et humblement luy faire reverance Pour luy monstrer quelque utile scavoir: Mais je crains fort que pour le decevoir, Par devers luy Bacchus sa voye applique, Ou bien qu'il vueille avec soy recevoir Quelque Lais, ou Sappho impudique.
Je voy venir le flateur lunatique De mon Seigneur, Pasiphile, ou vas tu?
Pasiphile.
Je vien vers vous, Docteur scientifique.
Bon zele.
Que faict mon Prince amoureux de vertu? Est il tousjours de santé revestu? Dy moy comment sa majesté se porte.
Pasiphile.
Bien mal, Bacchus l'a si fort abatu Que ne l'ay veu onc dormir de la sorte.
Et ce qui plus encores le transporte, C'est que Venus le retient en ses laqs: Car chasteté dedans son cueur est morte Pour sa Sappho, qui est tout son soulas.
Bon zele.
Ce que j'ay crainct, est advenu, helas Rien ne luy a servi ma remonstrance Il a esté bien soudainement las De se tenir en sobre temperance.
Allons vers luy en prompte diligence, Pour luy monstrer combien il a forfaict, A celle fin que pure repentance Dedans son cueur obtienne quelque effaict.
Le Monarque en s'esveillant, et se regardant en un Miroir.
O que je suis triste, palle et deffaict D'avoir dormi tant excessivement? O qu'à Bacchus j'ay par trop satisfaict De trop complaire à son enseignement.
Pour plaisir court, je recoy long torment, Et grand douleur, car il fault que je die Que des le jour de mon couronnement Vexé ne fus de telle maladie. Je perds le sens, j'ay la teste estourdie, Je ne senti oncques telle douleur, Et ma poictrine est si fort réfroidie, Qu'en moy je n'ay naturelle chaleur.
Bon zele.
Ah mon Seigneur, Prince de grand valeur, Je suis marri de vostre adversité, Bacchus vous a causé ce grand malheur, Venus aussi vous a debilité. Laissé avez vostre tranquillité, Et le moyen ou vous teniez mesure, Voila pourquoy fault par necessité Que vostre corps griefvement en endure.
Et toutefois il fault que l'on procure Vostre vigueur, et premiere santé, Qui se fera, si de Sappho impure, Et de Bacchus voulez estre exempté.
Le Monarque.
N'en parlez plus, je suis trop tormenté, Sappho me plaist, quant à Bacchus infame, Je n'en veux plus, qu'il soit tost absenté De ma maison, car trop il me diffame.
Pasiphile.
Voila Bacchus dechassé, sur mon ame, Adieu Bacchus, o dur departement? Bacchus s'en va que par tout on reclame, Avec lequel je buvois largement, De gras jambons je perds l'allegement Pour carreller mon ventre, et bien repaistre, Il m'en desplaist, mais je voy clairement Qu'un chacun doit obeir à son maistre.
Bon zele.
Prince d'honeur, puis qu'avez, peu cognoistre Combien Bacchus vous est pernicieux, Aussi debvez hors vostre maison mettre Ceste Sappho de cueur tant vicieux.
Le Monarque.
N'en parlez plus, c'est mon bien precieux, Je ne la puis effacer d'oubliance, Tant que seray vivant dessous les Cieux, J'auray tousjours Sappho en souvenance.
Verité.
Je voy la Court du Prince d'excellance Dont Sappho a sceu le cueur penetrer, Il me convient luy faire reverance, Puis doucement sa faute luy monstrer.
Bon zele.
O combien j'ay d'heur à te rencontrer O Verité, de Dieu l'humble pucelle? Je te supply avecques moy entrer Chez mon Seigneur, que Monarque on appelle.
A mon conseil il n'a esté rebelle D'avoir chassé Bacchus de sa maison: Mais sa Sappho impudiquement belle Chasser ne veult par aucune raison. O verité, il est heure et saison Que ton conseil luy oste l'amour folle, Qui son corps blesse, et sans comparaison Son noble esprit plus tormente et affolle.
Verité.
Allons vers luy, veritable parole Aucunefois à l'homme est proffitable, Verité suis qui tout homme console Quand il requiert secours medicinable.
Bon zele en presentant Verité au Monarque.
Puis que de moy, O Prince venerable, Ne vous a pleu le conseil d'equité, A tout le moins, comme Roy raisonnable, Prestez l'aureille à dame Verité.
Verité.
Prince qui es en grand auctorité, Enten à moy, je suis du Ciel venue Par le vouloir de la benignité Du Toutpuissant, qui m'a chere tenue.
Le Monarque.
Je suis troublé, que me sert ta venue, Fors d'augmenter mon ennuy et tourment?
Verité.
O Roy, quand bien par toy seray cognue, Tu en auras un grand emolument.
Le Monarque.
Je t'entendray, parle donc promptement, Mais que Sappho de moy point ne s'absente. J'obeiray à ton enseignement, Car par Sappho ma pensee est contente.
Verité.
Las, je cognois qu'esprit malin te tente, O Prince enten ce que tu dois scavoir, Le cours n'est rien de la vie presente, On doibt plus hault son esperance avoir. Dieu t'a voulu d'un grand Regne pourvoir, Premierement pour exercer droicture, Puis pour tousjours chasteté recevoir Avec ta femme honeste, chaste, et pure. Ne scais tu pas que par sa forfaicture Le Roy David fut blasmé aigrement Par l'Ange sainct, et que pour telle ordure La peste occist son peuple abondamment?
Prince aveuglé, croy moy certainement Qu'hommes tachez de soillure impudique, N'auront les Cieux, ou perdurablement Doibt vivre l'homme ayant esté pudique. Veux tu laisser ce thresor magnifique Des Cieux hautains, qui à ceux est promis Dont le desir à chasteté s'applique Dessoubs les piedz ayant tout vice mis?
Change conseil, sois en vertu remis Suyvant les dicts de ton maistre Bon zele, Qui a esté pour t'instruire commis Pour aspirer à la vie eternelle. Si à cela qu'ores je te revele Tu es contraire et desobeissant, Tu souffriras punition cruelle Lors que ton corps sera deperissant.
Le Monarque.
Tant que seray de santé jouissant, Sappho tousjours me sera acceptable, J'entretiendray son estat florissant Je la feray grand dame et honorable. C'est mon arrest et propos immuable, Deporte toy doncques o Verité, Ton conseil est sainctement equitable: Mais j'ay le cueur au contraire incité.
Verité.
O des Humains la grand temerité, Ce Roy cognoist sa detestable offense, Et toutefois par grand austerité Il ne veult point venir à repentence. O qu'il y a maint homme qui offense En cest endroict, ses pechez cognoissant, Et toutefois il faict perseverance En ses pechez, et va Dieu offensant.
Bon zele.
Prince d'honeur: d'auctorité puissant, Adjoustez foy à ceste vierge saincte, C'est Verité, d'elle rien n'est yssant Qui ne soit bon, de fraude elle n'est ceincte Toute malice en son cueur est estaincte, Gardez vous bien que pour ne consentir A son conseil, ou gist vertu non faincte, Vous ne veniez troz tard au repentir.
Le Monarque.
Vous perdez temps, pour vous en advertir, Sappho me plaist, c'est ma resjouissannce, Mon cueur ne peut d'elle se departir, Elle sera avec moy demourance.
Verité.
Puis que je voy sa rebelle ignorance Continuer en son premier propos, Il est besoing que mon chemin j'avance Vers la cruelle et hydeuse Atropos.
Je m'y en voys, d'un courage dispos Pour la prier, (pource qu'elle est terrible) Venir troubler du Prince le repos Avec son chef serpentin, et horrible. Puis qu'il n'a creu à bon zele, paisible, N'a moy qui suis Verité de hault pris, Il recevra une craincte indicible Par Atropos qui faict peur aux Esprits.
Atropos ayant cheveux serpentins.
Tant de fureur en mon cueur est compris Qu'a tous Humains je suis espouventable, Il n'y a Prince ou Roy si bien apris, Qui me voyant, ne soit foible, et peu stable, Atropos suis, Chimere detestable, Chacun me crainct, et non pas à grand tort, Car quand je veux, suis si peu pitoyable, Que du vivant je pourchasse la Mort.
Aux uns soulas, aux uns suis desconfort, Soulas à ceux, qui ensuivent prudence, Et desconfort à ceux qui n'ont cueur fort Pour en vertu faire leur residence. Ainsi les uns craignent ma violence, Quand en leurs cueurs la vertu n'est emprainte, Les autres ont en Dieu tant de fiance, Que de la Mort ils n'ont aucune craincte.
Aux uns je suis utilité non faincte Quand je les fay ayans la foy mourir, Car Dieu alors par sa clemence saincte Maugré mon vueil les faict aux Cieux florir. Aux autres suis nuisante, quand perir Je les contrains avecques leur ordure, Trop endurcis, ne voulans acquerir Contrition, ne vie saincte et pure.
Ainsi aux bons je fay plaisir qui dure, Et aux mauvais, perpetuel tourment. Qui voudra donc ne me trouver trop dure, Au Monde bas doibt vivre sagement, Sans se fier à son seul jugement: Mais en croyant au conseil veritable Qui vivre faict l'Ame éternellement Aux lieux, ou Dieu recoit l'homme équitable.
Verité.
J'approche fort d'Atropos l'execrable, Prier la fault de venir avec moy, Pour de propos severe, et raisonnable Espouventer ce miserable Roy. Il en aura craincte, comme je croy, Car Mort à tous donne craincte certaine, Or il est temps de parler, car je voy En son sejour la Chimere villaine.
Atropos.
Je mesbahis dont verité hautaine Vient en ce lieu de Serpens tout rempli, De son vouloir je suis toute incertaine, Ne quel il est, ni ou il prent son pli.
Verité.
O Atropos, parle je te suppli, Ne veux tu pas quelque plaisir me faire? S'il est par toy promptement accompli, Je m'emploiray à bien te satisfaire.
Atropos.
Preste je suis pour en tout te complaire, Fille de Dieu, qui ne mens nullement, Descouvre moy la fin de ton affaire, J'obeiray à ton commandement.
Verité.
Avecques moy il fault presentement Que viennes voir en ton horrible face Un Prince grand troublé recentement, Et que ta voix terrible peur luy face.
Atropos.
Je le veux bien, pour acquerir ta grace, Marche devant, tu me passes d'honeur, Je te suivray lentement à la trace Jusqu'au Palais de ce riche Seigneur.
Verité.
Le tout puissant, unique gouverneur Qui est aux siens piteux et debonnaire, Vueille donner au Prince si bon heur, Que de Sappho il se puisse deffaire.
Bon zele.
O qu'il me doit bien griefvement desplaire De n'avoir sceu reduire aucunement Ce Prince grand, ne son desir distraire De folle amour, par mon enseignement? Que verité n'a peu semblablement Le convertir à juste penitence. Si ay je espoir en Dieu fidelement Qu'il perviendra au fruict de repentence.
Car le Seigneur plein de haulte clemence Ha des pecheurs souventefois mercy, Je le supply que sa bonté immense En face autant de ce Monarque ici. Las, son erreur me mect en grand souci, O Toutpuissant par ta misericorde, Ren de ce Roy le cueur plus adouci, A celle fin qu'à ton vueil il accorde.
Atropos en parlant au Monarque.
Pense Monarque à la conscience orde Qui tient ton ame en grand captivité, Regarde moy, et ores te recorde De ton forfaict conceu d'iniquité, Tu as suivi prudence et equité Bien longuement, mais la perseverance N'a ensuivi ce moyen limité, Car en erreur tu fais ta demourance.
En bref mourras, recoy ceste asseurance Non en perdant le corps tant seulement, Mais l'ame aussi en extresme souffrance Qui durera perpetuellement.
Le Monarque.
O Dieu que j'ay en moy grand tremblement De ceste voix, et vision mortelle? Approchez vous de moy soudainement Mon enseigneur et vray ami, Bon zele.
Je ne receu onc une craincte telle, Las, c'est la Mort, O laide vision? O face horrible, execrable et cruelle? Mon cueur recoit humble contrition. Je recognois mon imperfection, Je recognois ma rebelle imprudence, O Toutpuissant plein de perfection Tu m'as produict ma coulpe en evidence.
Plus avec moy ne fera residence Ceste Sappho, qui m'a faict tresbucher, Preferer veux honeste continence Aux fols souhaicts et plaisirs de la chair. Doncques mon Dieu, dont le nom je tien cher, Je te suppli par ta misericorde Me pardonner, et me faire approcher De chasteté, de paix, et de concorde.
Quant à Sappho, à present je m'accorde Qu'on la dechasse ainsi qu'il est raison, Car je ne veux que soillure si orde Denigre plus ma Royalle maison. O Dieu qui m'as en idoyne saison Faict recognoistre et ma faulte et mon vice, Graces te ren, et par humble oraison Je te suppli d'oublier ma malice.
Ren moy constant en ta saincte justice A l'entretien de paix et charité, Graces vous ren O Bon zele, propice, A vous aussi ma dame Verité.
Bon zele.
Prince excellant en haute auctorité, Dieu soit loué de son sainct benefice, Dont vostre sens loing de temerité A recognu son charnel malefice.
Du Tout puissant la saincte main tutrice En grand santé vous vueille maintenir, Tant que vivray, j'emploiray mon office Pour vostre honeur garder et soustenir.
Verité.
Prince, pour donc vray salut obtenir, Chassez Sappho, comme chose damnable, Plus desormais ne fault la retenir, Car devant Dieu elle est abominable.
Le Monarque.
Ainsi me plaist, Pasiphile amiable, Mets la dehors de mon Palais Royal, Vivre je veux au lien honorable De mariage, ainsi qu'Espoux loyal.
Pasiphile.
Ca dame, ca, le vueil imperial M'a commandé hors ce Palais vous mettre, Sortez deshors, cherchez lict nuptial, Sans plus d'amour folle vous entremettre.
Sappho.
O qui est cil qui t'a voulu permettre D'ainsi chasser une dame d'honeur? Plaindre m'en voys au Monarque ton maistre Qui de ses biens m'est liberal donneur.
Bon zele en poussant Sappho.
Dehors, dehors, ce n'est que deshoneur De vostre faict, le Prince venerable Plus ne vous quiert, car ce n'est pas bon heur D'entretenir femme vituperable.
Sappho en s'en allant hors de la Court du Monarque.
Las, que je suis dolente et miserable, J'ay bien perdu ma joye et mes esbas, O que tu es, fortune, variable De mettre ainsi tous mes honeurs au bas. Fortune aveugle à bon droict tu me bas, Car j'ay de moy eu trop de confidence Par ma beauté qui durable n'est pas, Mais s'en ira bien tost en decadence.
Tout mon plaisir n'estoit qu'outrecuidance, En fardement, en diverse dorure, En vanitez d'excessive abondance, En jeux, en ris, en prodigue parure. De jour et nuict je n'avoys autre cure Qu'a me farder par quelque intention, Pour mieux complaire à mainte creature Qui à Vénus mect sa dévotion.
Chaste ne fut onc mon affection, Tousjours m'a pleu folle concupiscence, Tousjours tendant à ma perdition. Sans d'un vray Dieu chercher la cognoissance, Dames d'honeur qui vivez en plaisance, Consyderez mon infelicité, De fols plaisirs laissez la jouissance, Peu durera vostre felicité.