Les derniers Hommes Rouges: Roman d'aventures
Part 14
Aussi, dès que les premiers souffles tièdes avaient chassé les bises glaciales et fait verdir les bourgeons, elle avait voulu accompagner la colonne qui était retournée au désert, là-bas, sur les bords du Murray, pour retirer de sa couche provisoire la dépouille du malheureux Sourbin.
Et, maintenant, Léopold reposait en terre sainte, dans l’humble cimetière de Dogherty, sous un bloc de granit qui ne rappelait à la mémoire des hommes que l’acte de dévouement où il avait perdu la vie.
Lorsque le jeune couple sortit du temple catholique, des salves de mousqueterie, les clameurs d’une foule enthousiaste saluèrent ses premiers pas. Georges et Madeleine marchèrent sur un tapis de fleurs et de verdure des marches de la chapelle au seuil de leur demeure.
Quarante mille assistants de toutes races se pressèrent pendant trois jours dans les rues et les places de Dogherty. Les hôtels étaient pleins; les maisons des particuliers elles-mêmes ne purent suffire à recevoir la foule. On coucha sous les tentes, dans des baraquements de planches et de feuillage.
Et, ce jour-là, il fallut bien se départir un peu de la sévère prescription qui rationnait les boissons fortes. Punch, whiskey, brandy, cognac de France, genièvre de Hollande, aguardiente du Mexique, coulèrent plus que de raison. Mais la raison conserva son empire. On n’eut ni troubles, ni accidents à déplorer.
Dans le nombre des chefs de tribus admis à la table des noces, on remarqua Magua, l’Ours Gris.
Le chef des Comanches avait tenu sa parole. Désormais, il était le fils dévoué du Bison Noir. Huit cents hommes de sa tribu l’avaient suivi pour s’établir avec lui sur les bords du lac Athabaska.
Ce jour-là on lut le recensement des peuples de race rouge qui avaient adhéré à la noble ligue fondée par Wagha-na. Cent soixante mille Indiens des deux sexes acceptaient la vie commune et dotaient le Dominion du Canada d’une population pleine d’espoir et de foi en ses nouvelles destinées.
Et comme Sheen-Buck avait, une fois de plus, dressé la carte du banquet, les langues se firent prolixes au dessert.
Ce fut Magua qui se leva le premier pour boire à la santé des nouveaux époux.
--Non, répondit Madeleine en haussant sa coupe, le premier vœu doit être pour notre commun père, pour Jean Wagha-na, le Roi de la Prairie.
TABLE DES MATIÈRES
Pages. I. Le bison noir 1 II. Madeleine 23 III. Un complot 45 IV. Monsieur Sourbin 67 V. La chasse aux bisons 87 VI. Une marée vivante 109 VII. Les monts rocheux 131 VIII. Les grizzlys 153 IX. Blancs et rouges 173 X. Bataille 193 XI. Le rapt 213 XII. Marché de sang 233 XIII. Hips et Gola 253 XIV. Le dernier exploit de Sourbin 273 XV. Le roi des prairies 293