Les Crimes De L Amour Precede D Un Avant Propos Suivi Des Idees

Chapter 12

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«Des extraits d'_Aline et Valcourt_, ont servi à composer deux romans fort oubliés aujourd'hui: _Valmor et Lydia_, 1798; _Alzonde et Koradin_, 1799.»

Une production de Sade, _Idée sur les romans_, a été réimprimée en 1878, à la librairie Rouveyre (petit in-8, XLIII et 50 pages avec une préface sur l'oeuvre de Sade).

À la tête une lettre adressée à l'éditeur par un jeune et spirituel écrivain qui, on peut l'affirmer, rendra bien des services à l'histoire littéraire et à l'étude du passé; ce qu'on lui doit déjà est une garantie certaine.

M. Uzanne se félicite «d'avoir trouvé dans la fange sadique, une brochure décente, d'un intérêt indiscutable qui forme le plus étrange contraste avec l'originalité de son auteur. «Il raconte, à l'égard du _joli marquis_ des faits déjà connus pour la plupart; il transcrit page XXIII, le testament daté du 30 janvier 1807 et publié pour la première fois par Janin dans le _Livre_, 1870, page 291.

Sade formule dans ses dernières volontés que son corps ne soit ouvert sous aucun prétexte et qu'il soit transporté sur sa terre de Malmaison où il sera déposé sans aucune espèce de cérémonie dans le premier taillis fourré qui se trouve à droite.

Après une courte notice biographique. L'éditeur a placé la liste raisonnée des divers ouvrages de Sade, elle se compose de 23 numéros; on y voit figurer, nº 5 la _France f-tue_, comédie datée du 5796 (1796) et que le catalogue de la bibliothèque dramatique de M. de Soleinne, nº 3712, attribue au marquis; c'est assez probable mais il existe encore des doutes.

À la suite de l'_Idée sur les romans_, dont le texte est accompagné de notes instructives, l'éditeur a placé quelques lettres inédites qui offrent un intérêt d'autant plus grand qu'elles présentent le marquis de Sade comme un des nombreux auteurs dramatiques monomanes.

Il est question dans le livre du docteur Paul Moreau de Tours: _Des aberrations du sens génésique_, (Paris, 1880) du marquis de Sade, «fameux dans les annales psychologiques» on y trouve le récit du bal suivi d'un souper dans lequel on servit à profusion des pastilles de chocolat à la vanille.

«Tout à coup les convives, hommes et femmes, se sentent brûlés d'une ardeur impudique; les cavaliers attaquent ouvertement les dames. Les cantharides dont l'essence circule dans les veines de ces infortunés, ne leur permettent ni pudeur ni réserve; les excès sont portés jusqu'à la plus funeste extrémité; le plaisir devient meurtrier, le sang coule sur le parquet; les femmes ne font que sourire à cet horrible excès de leur fureur utérine. Prévoyant l'éclat que cette scène, comparable aux orgies de Néron, aurait quand le délire cesserait, Sade s'était sauvé avant le lever du soleil avec sa belle-soeur, toute sanglante encore de ces embrassements brutaux. Plusieurs dames titrées sont mortes des suites de cette nuit de dégoûtantes horreurs.» (_Mémoires du temps_, 1778).

Nous observerons que ce récit, souvent reproduit avec quelques variantes est fort exagéré; les documents officiels du procès devant le Parlement d'Aix, atténuent la gravité des faits qui restent toutefois fort criminels.

Vient ensuite dans le livre du docteur Moreau (p. 59) le récit de l'aventure de Rose Keller mais avec des variantes. Des personnes, passant dans une rue isolée de Paris, entendirent des gémissements, pénétrèrent dans la maison, trouvèrent une femme nue, attachée sur une table; le sang coulait de deux saignées faites aux bras; les seins étaient légèrement tailladés, les parties sexuelles également incisées et baignées de sang. Lorsque les premiers secours lui eurent été prodigués, elle raconta qu'elle avait été attirée dans cette maison par le marquis; le souper terminé, elle avait été dépouillée de ses vêtements, étendue et liée sur une table. Un homme avec une lancette lui avait ouvert les veines et pratiqué un grand nombre d'incisions sur le corps, le marquis s'était ensuite livré sur elle à ses débauches habituelles. Son intention, disait-il, n'était point de lui faire du mal, mais comme elle ne cessait de crier, et qu'on entendait du bruit dans les environs de la maison, le marquis de Sade disparut avec ses gens (Brière de Boismont, _Gazette médicale de Paris_, 21 juillet, 1869.)

Nous avons fait mention d'un livre allemand intitulé: _Justine und Juliette, oder die Gefahren der Tugend und die Wonne des Lasters Kritische Ausgabe nach dem Franzosischen des marquis de Sade_. Leipzig, Carl Minde. Druck von Ernst Sorge, in Armstadt in-12 de 150 p.

Cet ouvrage est extrêmement peu connu en France; il présente des choses fort singulières; nous en donnerons une analyse rapide.

L'auteur débute par une généalogie fantastique; il donne à tort au héros les prénom et surnom de Charles-Louis; sa famille remonte aux premières invasions des Normands; elle a fourni à l'État, sous toutes les dynasties de la France, des militaires, des ecclésiastiques du plus grand mérite. Son père perdit une grande partie de sa fortune, dans les spéculations qu'engendra le système de Law, ce qui l'amena à épouser en secondes noces une femme d'un rang fort inférieur au sien, une juive convertie, veuve d'un riche marchand d'Amsterdam.

Il avait de sa première femme qui appartenait à la famille ducale, de Liancourt, deux enfants, un garçon voué à une déplorable célébrité, et une fille, Camille, qui devint plus tard comtesse de Bray: il avait pris part à la guerre de la Succession; il avait été grièvement blessé à Ramillies; mécontent de ne pas être élevé au delà du grade de colonel, il quitta le service et se retira dans ses terres. Il avait un frère cadet qui embrassa la carrière ecclésiastique et entra dans l'ordre des Jésuites; il jouit d'un grand crédit auprès de la marquise, de Prie, et des ministres Bourbon et Fleury; intrigant habile, il se maintenait en faveur. Son frère et lui étaient de très beaux hommes, auxquels peu de belles résistaient, et la comtesse de Bray fut l'une des femmes les plus galantes de tout Paris.

Le jeune Sade porta dans sa jeunesse le titre de vicomte; son oncle discerna promptement chez lui des passions fougueuses et une intelligence remarquable. Il le plaça au couvent des Jésuites à Noisy-le-Sec. Le vicomte se distingua par ses progrès dans l'étude. Les bons Pères cherchèrent à le faire entrer dans leur ordre; ils se flattaient de trouver en lui une recrue qui leur serait utile. Son oncle l'en dissuada: «Tu as tout ce qu'il faut pour réussir; c'est pour toi, non pour d'autres qu'il faut travailler.»

L'oncle quitta Noisy-le-Sec lorsque son neveu eut fini ses études; il avait eu des querelles avec ses confrères; le vicomte et lui entreprirent ensemble de longs voyages; ils parcourent les Pays-Bas, l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie; la mort du père de notre héros les ramena en France.

Il rencontra dans la diligence qui le conduisait à Paris, une jeune fille d'une beauté remarquable, mademoiselle Aroult; elle était protestante; ses parents avaient figuré parmi les victimes de la révocation de l'Édit de Nantes; ils lui avaient fait prêter serment de ne jamais épouser un catholique. Ce fut en vain que Sade, animé pour elle de la passion la plus vive, lui offrit sa main; elle refusa, sans nier toutefois l'impression qu'il avait produite sur son coeur. C'est dans un sentiment de vengeance qu'il s'est plu à accumuler sur elle outrages et infortunes, car les romans de Sade sont des autobiographies; Justine, c'est mademoiselle Aroult; Juliette, c'est la comtesse de Bray; l'oncle c'est le père Vitin.

On sait quelle était l'immoralité qui régnait à la cour de Louis XV; Sade se précipita avec ardeur dans tous les excès; son nom devint célèbre; on parla de lui dans le boudoir de madame de Pompadour et aux petits soupers du roi. Ce monarque que l'ennui dévorait, voulut connaître le libertin déjà fameux; le cardinal de Fleury s'en mêla; Sade vint prendre part à un souper auquel assistaient le roi, la maîtresse, le maréchal de Richelieu, les ministres Choiseul et Sartiges (_sic_).

Le souper se termina, comme d'usage, par une orgie; Sade y joua un rôle si brillant que le roi, étonné et charmé, voulut lui faire visiter le Parc-aux-Cerfs, et lui demander ses conseils sur les perfectionnements à introduire dans ce sérail. Plusieurs des scènes décrites dans les quatre derniers volumes de l'oeuvre de Sade, sont un récit de ce qui se passait parfois au Parc-aux-Cerfs.

Nous ne suivrons pas l'écrivain allemand dans tous les détails qu'il se plaît à raconter. Il nous dit que mademoiselle Aroult épousa un négociant nommé Sevrin; Sade veut se venger sur l'homme qui lui a été préféré; il l'attire dans un guet à pens et lui fait subir une horrible mutilation. Il entreprend ensuite un voyage en Italie, s'y livre à toutes sortes d'infamies et de crimes, et revenu en France, trouve le roi très empressé de le revoir. Le marquis raconte tout ce qu'il a fait, sans rien omettre ni dissimuler. Louis XV est enchanté; il veut réaliser, pour son compte, ce que Sade décrit si bien. Il s'adresse, dans ce but, au ministre de la police qui lui procure tout ce qu'il désire. Le roi se donne, entre autres distractions, celle d'assister à l'exécution de quelques criminels, et l'auteur ajoute qu'on sait que Louis XV, caché derrière une des fenêtres de l'Hôtel de ville, fut témoin de l'horrible supplice infligé à Damiens en place de Grève.

Le roi nomme Sade son «maître secret des plaisirs.» Juliette lui a été présentée; il l'accueille avec la plus vive satisfaction, et il lui fait de riches cadeaux.

Quelque temps après, le marquis, son oncle et Juliette retournent en Italie; ils s'y livrent à toutes sortes d'excès, et ils finissent par être inquiétés par la police romaine, ce qui les engagea à revenir en France. Ils trouvèrent de nouveau à Versailles l'accueil le plus empressé; madame du Barry voulut, elle aussi, entendre le récit très détaillé des aventures du marquis; quelques épisodes la choquèrent un peu; l'histoire de la femme livrée aux bêtes féroces pour amuser le marquis et son entourage lui causa quelques émotions; mais elle se remit promptement, et elle prit une part brillante à de nouvelles orgies.

Arrivé à ce point, l'auteur allemand s'arrête dit qu'il a longtemps manqué de renseignements sur le reste de la vie de son héros qui mourut, à ce qu'il pense, vers 1775 ou 1776; heureusement, dans le cours d'un voyage qu'il fit en Angleterre, il rencontra un vieil émigré français, le marquis de M-ss-e qui, depuis 1792, n'avait pas quitté Londres, et qui était très au fait de la chronique scandaleuse de l'ancien régime; il connaissait l'histoire du marquis; il en présente le dénouement par un aspect fort inattendu.

Fatigué de tant d'excès, cédant aux reproches d'une conscience fort longtemps endormie, le marquis alla consulter son oncle, le père Vitin qui était rentré dans le couvent des Jésuites à Noisy-le-Sec; le vieux pécheur conseilla à son digne neveu d'entrer dans l'ordre des Camaldules; il y fut fort bien accueilli; il y vécut en paix jusqu'à ce que la mort vint le frapper à l'âge de 63 ans; son aménité l'avait rendu cher à ses confrères; sa piété les édifia tellement qu'ils demandèrent au pape de le canoniser. Il légua toute sa fortune au couvent. Sa soeur, la comtesse de Bray, fut fort irritée; elle attaqua le testament: il en résulta un procès qui traîna si bien en longueur qu'il n'était pas terminé lorsque la révolution éclata; il n'en fut plus question. Juliette était devenue vieille et laide; elle chercha à se mettre en rapport avec les hommes que les événements élevaient au pouvoir, Barnave, Petion, Robespierre, mais ils ne firent aucune attention à elle. De dépit, elle changea de parti, elle se mêla d'intrigues contre-révolutionnaires, elle se lia avec Madame du Barry, et traduite devant le redoutable tribunal révolutionnaire, elle périt sur l'échafaud le même jour que l'ancienne favorite de Louis XV.

Une lettre de Sade faisait partie de la collection d'autographes de M. Michelot, (de Bordeaux) vendue à Paris en mai 1880: elle est adressée au gouverneur de Vincennes (prison de Vincennes, 2 nov. 1763, 6 p. pl. in-4), lettre fort curieuse, écrite à l'âge de vingt-deux ans, et très importante pour la biographie qu'elle rectifie sur plusieurs points.

Emprisonné pour des excès commis dans une petite maison (peut-être celle d'Arcueil), Sade demande qu'on instruise sa femme de son arrestation, donne l'adresse de sa belle-mère, la présidente de Montreuil, et sollicite la permission de voir un prêtre. «Tout malheureux que je me trouve ici, Monsieur, je ne me plains point de mon sort. Je méritais la vengeance de Dieu, je l'éprouve: pleurer mes fautes, détester mes erreurs, est mon unique occupation.» Il demande son valet de chambre et le prie de ne pas instruire sa famille du sujet de sa détention. «Je serais, dit-il, perdu sans ressources dans leur esprit.» La date de son mariage, d'après cette lettre, serait du 17 mai 1763, et non 1766, comme l'ont dit certains biographes. On a joint à cette curieuse épitre une minute de lettre du gouverneur de Vincennes qui invite le Père Griffet à aller voir un jeune homme de vingt-deux ans, le marquis de Sade, qui a bien besoin de son ministère.

Un volume publié en 1861 (_Paris, Techener_, in-8º) sous le titre de: _Mélanges curieux et anecdotiques tirés d'une collection de lettres autographes ayant appartenu à M. Fossé d'Arcosse_, nous offre (nº 1003, p. 416) une lettre autographe adressée à un négociant de Lyon (16 pluviose an VI) pour intérêts particuliers, et 6 pages in-4º, de _Fragments_ autographes paraissant se rapporter soit au _Journal_ de sa détention à la Bastille ou à Vincennes, soit à ses mémoires... temps divisé en 12 parties... Supposition... la première division de 33, sans air, ni lettre, ni encre, ni quoi que ce soit au monde... la deuxième de 34, une heure de promenade et permission d'écrire une seule fois la semaine. Celui sur lequel sont les mots: _Histoire de ma détention_ est particulièrement curieux.

Un de nos amis, bibliophile fervent, nous adresse la lettre suivante que nous croyons devoir reproduire:

«Vous avez bien voulu me communiquer les épreuves de votre étude sur le marquis de Sade; vous me demandez si je n'aurais pas quelques communications à vous faire à cet égard. J'en aurai sans doute, mais en ce moment, éloigné de mes livres et fort occupé d'ailleurs, je dois me borner à quelques notes rapides.

«L'auteur de _Justine_ offre à la psychologie un objet d'études des plus curieux; pour bien le comprendre, il ne faut pas l'isoler de l'époque qu'il traversa. Les derniers de ses écrits n'auraient pas eu le caractère de férocité qu'ils présentent, s'il n'avait pas vu les excès du régime de la Terreur; en inventant les _Mariages républicains_ et les bateaux à soupapes, Carrier n'offrait-il pas la réalité de quelques-unes des inventions du marquis?

«Sade n'a point, de nos jours, manqué d'imitateurs parmi nos écrivains. Sans aller aussi loin que lui, des romanciers ont montré des héros et des héroïnes de la perversité la plus raffinée. Quant aux principes de la philosophie _sadesque_, quant à sa négation de toute morale, quant à son athéisme, on retrouve tout cela partout aujourd'hui.

«Proudhon, entre autres, a beaucoup emprunté à Sade; il s'en est inspiré en maint endroit; il serait facile d'enregistrer, à cet égard, les rapprochements les plus frappants.

«La _Biographie_ Michaud avance que le marquis fit hommage à chacun des cinq directeurs de la République française, d'un exemplaire de ses monstrueuses productions; ce fait a été révoqué en doute comme tout à fait invraisemblable; il est cependant exact, et des recherches persévérantes ont fait découvrir quel avait été le sort de quelques-uns de ces exemplaires, notamment de celui de Barras; le journal l'_Intermédiaire_, habituellement si riche en faits curieux, a donné à cet égard des détails piquants.

«Un mot et je finis, Madame Tallien, dont parle une de vos notes, ne jouissait pas, fort peu de temps après la publication de _Zoloé_, d'une excellente réputation, puisque c'est à elle que fut adressée, selon le _Catalogue_ imprimé de la _Bibliothèque nationale_ (_Histoire de France_, tom. X. p. 273 nº 19331), une _Lettre du diable à la plus grande putain de Paris. La reconnaissez-vous?_»

Ce libellé est signé BEELZBUD. L'administration de l'immense dépôt de la rue Richelieu a placé cet opuscule dans la _réserve_ où elle range ce qu'elle possède de plus précieux.

Nous ne nous dissimulons pas d'ailleurs combien notre étude reste incomplète; une biographie complète du marquis de Sade, ayant pour point d'appui des documents authentiques est encore à faire; ces documents existent, ils sont dans des mains qui en connaissent le prix; un jour viendra, nous l'espérons du moins, où ils seront livrés au public.

Au moment de mettre sous presse on nous signale un article de la _Revue des deux Mondes_ où il est question des diplomates étrangers résidant à Madrid vers 1840; le ministre des États-Unis est signalé comme un négociateur fort habile, mais se livrant parfois à des excentricités d'un goût douteux: ne s'avisa-t-il pas un jour, imitateur trop fidèle du marquis, d'inviter à souper une vingtaine de _manolas_, auxquelles il distribua des substances par trop irritantes?

[Note 19: Sotades, auteur fort licentieux, grec contemporain de Ptolémée Philadelphe. On dit qu'ayant imprudemment attaqué de puissants personnages, il fut enfermé dans un coffre et jeté à la mer. Il en est fait mention dans Athénée; _Deipnos_. XIV, dans Suidas; dans Plutarque. Il ne reste de ses écrits que quelques faibles débris. Voir Hermana: _Élement. doct. met. (Leipzig.)_ 1816, p. 144, et Fabricius, _Bibl. groec._ II. 495.]

[Note 20: Parmi les autres publications de Bertrandet, nous trouvons la traduction des _Nouvelles galantes_ de B..., (Batachi) par un académicien des Arcades de Rome (Louet de Chaumont) _Paris_, an XII. Ce recueil est devenu peu commun; un bel ex. payé 44 frs., vente J. D. L. M. janvier 1866. À l'égard des diverses éditions italiennes de ces contes, voir G. Passano: _I Novellieri italiani in verso_. Bologna. 1868 p. 137.]

[Note 21: Voir sur ce personnage trop célèbre une notice de M. Armand Guiraud. 1836, in-8º, et un article de M. Vallet de Viriville: 495. _Nouvelle-Biographie générale._ XLI, 496.]

[Note 22: On comprend sans peine que _Justine_ ne figure guère sur les catalogues des livres publiés en France; un exemplaire de l'édition de 1791, 2 vol. in-8º (gravures ajoutées), se montra cependant au catalogue Pixérécourt, numéro 1239, mais il ne passa pas aux enchères. Nous trouvons aussi les dix volumes sur le catalogue de la bibliothèque (non destinée à la vente) de M. Joachim Gomez de la Cortina, à Madrid (1855, nº 3908); ces dix volumes sont indiqués comme ayant coûté trois mille réaux, (750 francs). Ils se montrent aussi au catalogue d'une importante collection qu'un libraire fort connu à Paris, M. Techener, avait envoyée à Londres pour y être livrée aux enchères et qu'un incendie a détruite le 29 juin 1865.

Le comte Tullio Dandolo, dans ses _Reminisence fantasie, scherzi litterari_ (Turin, 1840), avance que l'empereur Napoléon défendit, sous peine de mort, la lecture de _Justine_ aux militaires de ses armées. Nous n'avons trouvé nulle autre part l'indication de cette prohibition qui nous paraît dénuée de vérité historique.]

[Note 23: C'est, à ce qu'il paraît, l'exemplaire qui se trouvait dans la bibliothèque de M. Cigongne, acquise en bloc par le duc d'Aumale, qui rétrocéda ce volume.]

[Note 24: Le titre porte par le citoyen S***. La marque des frontispices est une lyre surmontée d'une couronne avec des rameaux de laurier de chaque côté et les mots VERITAS IMPAVIDA. Une autre édition, très-probablement la même avec un frontispice renouvelé, porte l'adresse de la veuve Girouard, 1795. Le nom de Sade et la marque ont disparu; l'ouvrage est précédé d'une épigraphe de sept vers latins empruntés à Lucrèce et énonçant la pensée qu'il faut faire avaler aux enfants des breuvages amers, mais salutaires: «Nam veluti pueris absinthia tetra medentes...»]

[Note 25: Signalons encore ici une lettre autographe fort curieuse écrite par Napoléon 1er, lorsqu'il n'était sans doute que premier consul, et adressée à Joséphine; elle a été insérée dans un catalogue d'autographes publié au mois d'octobre 1865, par le libraire Charavay et reproduite dans la _Petite Revue_, numéro du 4 novembre 1865, pages 170 et 171, lettre signée _N._ avec paraphe, lundi à midi.

Dans cette lettre fort curieuse, Napoléon défend à sa femme de voir madame Tallien sous aucun prétexte. «Si tu tiens à mon estime, et si tu veux me plaire, ne transgresse jamais le présent ordre... Un misérable l'a épousée avec huit bâtards. Je la méprise elle-même plus qu'avant. Elle était une fille aimable; elle est devenue une femme d'horreur et infâme. Je serai à Malmaison bientôt. Je t'en préviens pour qu'il n'y ait point d'amoureux la nuit; je serais fâché de les déranger.....»

Née à Saragosse vers 1775, Mme Tallien divorça et épousa en 1805, M. de Caraman, qui devint peu après Prince de Chimay; elle mourut le 15 janvier 1835; M. Arsène Houssaye, lui a consacré sous le titre de _Notre-Dame de Termidor_, un volume où la fantaisie tient plus de place que la vérité historique.]

[Note 26: Joséphine, née en 1763, avait près de trente-huit ans lorsque _Zoloé_ fut livrée à l'impression.]

[Note 27: Le comte François de Cabarus, né à Bayonne, mort en 1810, célèbre par ses opérations financières en Espagne.]

[Note 28: Il existe divers manuscrits du procès fait à ce monstre exécrable, qui subit, le 25 octobre 1440, le dernier supplice, peine bien douce de tant de forfaits. Voir, Desessarts, _Procès fameux_, la _Bibliographie universelle, etc._]

[Note 29: Voir les Fous littéraires. Bruxelles, Gay et Doucé, 1680, p. 171.]

SECTION DES PIQUES

DISCOURS

_Prononcé à la fête décernée par la Section des Piques, aux mânes de MARAT et de LE PELLETIER, par Sade, citoyen de cette section, et membre de la Société populaire._

CITOYENS,

Le devoir le plus cher à des coeurs vraiment républicains, est la reconnaissance due aux grands hommes; de l'épanchement de cet acte sacré naissent toutes les vertus nécessaires au maintien et à la gloire de l'État. Les hommes aiment la louange, et toute nation qui ne la refusera pas au mérite, trouvera toujours dans son sein des hommes envieux de s'en rendre dignes; trop avares de ces nobles tributs, les Romains, par une loi sévère, exigeaient un long intervalle entre la mort de l'homme célèbre et son panégyrique; n'imitons point cette rigueur: elle refroidirait nos vertus; n'étouffons jamais un enthousiasme dont les inconvénients sont médiocres et dont les fruits sont si nécessaires: Français, honorez, admirez toujours vos grands hommes. Cette effervescence précieuse les multipliera parmi vous, et si jamais la postérité vous accusait de quelque erreur, n'auriez-vous pas votre sensibilité pour excuse?

Marat! Le Pelletier! ils sont à l'abri de ces craintes ceux qui vous célèbrent en cet instant, et la voix des siècles à venir ne fera qu'ajouter aux hommages que vous rend aujourd'hui la génération qui fleurit. Sublimes martyrs de la liberté, déjà placés au temple de mémoire, c'est de là que, toujours révérés des humains, vous planerez au-dessus d'eux, comme les astres bienfaisants qui les éclairent, et qu'également utiles aux hommes, s'ils trouvent dans les uns la source de tous les trésors de la vie, ils auront aussi dans les autres l'heureux modèle de toutes les vertus.

Étonnante bizarrerie du sort! Marat, c'était du fond de cet antre obscur où ton ardent patriotisme combattait les tyrans avec autant d'ardeur, que le génie de la France indiquait ta place dans ce temple où nous te révérons aujourd'hui.