Les Contes; ou, Les nouvelles récréations et joyeux devis
Part 26
C’est un grand bien en mariage de connoître les imperfections les uns des autres, et d’y trouver le remède pour éviter les inconvénients de tant de riotes et débats qui adviennent ordinairement en la plupart des ménages; comme en celui d’un fort gentil chevalier du pays de Toscane; lequel, après avoir employé la fleur de sa jeunesse au fait des armes, de la chasse et des lettres pareillement, s’avisa un peu tard à soi ranger ès-liens de mariage, qui fut enfin, avec une belle et jeune damoiselle; laquelle il traita fort gracieusement en toutes choses, fors au déduit d’amour, auquel il se portoit assez lâchement, à cause de son âge. Mais la nouvelle mariée n’eut connoissance, par quelque temps, de ce défaut, sinon par communication d’autres bonnes commères qu’elle fréquentoit, et lesquelles elle ouït deviser du passe-temps dru et menu qu’elles recevoient de leurs jeunes maris: qui l’émut à en vouloir sentir pareille fourniture que les autres. Mais, pour y parvenir avecques couverture de son honneur, en adressa la plainte à sa propre mère; laquelle, après quelques remontrances (au contraire de la conscience blâmée du moyen), ne la pouvant à plein détourner de cette intention ainsi par elle dictée, pour rompre ce coup, lui dit: «Ma fille, puisque je ne vois autre onguent qui puisse adoucir votre mal, je vous dirai: Il y a des hommes de diverses humeurs et complexions, les uns qui se taillent et font choir les cornes par fer ou par poison; aucuns qui les portent patiemment, et, comme étant de meilleur estomac, digèrent les pilules de cocuage facilement, sans mot sonner. Pour ce, faut-il que vous essayiez la patience du vôtre par quelques traits légers et de peu d’importance.» A quoi répond la fille qu’elle ne veut point user de tant de finesses, que d’attraire à sa cordelle un personnage de disposition gaillarde et de bonne réputation, sous le manteau duquel soit couverte la réputation, telle qu’étoit celle de son capelan[900]. La mère lui chargeant de tenter ainsi la douceur du chevalier, et, selon icelle, donner bon ordre au demeurant, la fille lui promet de n’y tarder guère, pour cela exploiter en diligence. Ce pendant qu’il étoit à la chasse, elle va, avec une cognée, au jardin, abattre un beau laurier, planté de la main de son mari, qu’il aimoit fort, et y passoit voulentiers le temps sous l’ombrage à banqueter, jouer et faire bonne chère avec ses amis. Pour le vous faire court, voilà l’arbre par terre, voici venir le mari: elle lui en fait mettre du branchage au feu; lequel, ayant aperçu cela, se doute de son laurier: toutefois, avant que d’en mener bruit, rejette son manteau sur ses épaules, et va sur le lieu pour s’en assurer. Il ne faut point demander, après qu’il eut vu la fosse fraîche, s’il fut bien troublé. Il s’en alla plein de menaces à sa femme, demandant qui lui avoit joué ce bon tour; laquelle lui fit entendre qu’elle l’avoit fait pour le réchauffer à son retour de la chasse, à raison de la vertu de cet arbre, qu’elle avoit entendu porter une chaleur fort naturelle à conforter vieillesse; tellement, qu’elle l’apaisa par son babil, et cuida lui avoir fait avaler sa colère aussi douce que sucre. De ce fait, le lendemain, elle avertit sa bonne mère, qui lui dit que c’étoit bon commencement; mais qu’il falloit encore essayer davantage, comme à lui tuer la petite chienne qu’il aimoit tant. Ce qu’elle entreprint de faire, et le fit, à l’occasion que cette petite chienne revenant de la ville d’avecques son maître, toute boueuse, elle se jeta sur le lit, où la dame avoit exprès mis une fort riche couverture; et après, étant chassée de là, s’en vint sauteler contre sa robe de satin cramoisi. Parquoi, saisit un couteau en la présence de son mari, et lui en coupa la gorge. Le chevalier étant de ce passionné[901] ce ne fut pas encore fait assez, au jugement de la mère, si, après l’arbre inanimé, et la chienne vive tuée, elle n’offensoit d’abondant[902] son mari, en quelques personnes des plus chères qu’il eût. Ce qu’elle fit semblablement, et renversa la table qui étoit chargée de viandes, en un banquet qu’il faisoit à la fleur de ses amis, trouvant excuse d’avoir fait ce par mégarde et en se levant pour quelque service faire. Sur quoi la nuit ayant donné conseil au bon gentilhomme, ainsi que[903] le matin la dame se vouloit lever du lit, l’empêcha bon gré mal gré, et lui remontra qu’il falloit qu’elle s’y tint encore pour quelques remèdes qu’il lui avoit apprêtés pour la guarir. Elle, en se défendant, disoit qu’elle se trouvoit en bonne disposition et gaillarde en son esprit. «Je le crois ainsi, dit-il, et trop de quelques grains; à quoi convient remédier d’heure.» Lors, lui ramentevant les trois honnêtes tours qu’elle lui avoit joués consécutivement, nonobstant les remontrances et menaces qu’il lui avoit faites à chacune fois, par lesquelles il avoit juste crainte de quelque quatrième, pire que tous les autres précédents, envoie quérir un barbier, auquel il fit entendre ce qu’il vouloit qu’il exécutât; c’est à savoir que, pour certaines considérations, qu’il lui taisoit, son plaisir et intention étoit qu’aussitôt qu’il lui auroit présenté sa femme, il ne fît faute d’exécuter sa charge, s’il vouloit lui complaire. Le barbier, après avoir entendu tels propos, s’enhardit de demander au gentilhomme quelle étoit sa volonté; de laquelle il fut incontinent assuré. Le gentilhomme, après avoir fait allumer un grand feu en une chambre de son logis, où l’attendoit le barbier, s’en va en la chambre de sa femme, qu’il trouva tout habillée, feignant d’aller voir sa mère, à laquelle, peu de jours auparavant, elle avoit décelé l’impuissance de son mari, lui requérant au surplus la vouloir adresser au combat amoureux qu’elle avoit entreprins contre un champion de son âge. De ce averti, le gentilhomme redoublant le fiel et courroux, qu’il déguisa au mieux qu’il put, lui va dire: «M’amie, certainement vous avez le sang trop chaud; qui vous cause, par son ébullition, tous ces caprices et inconsidérés tours que faites tous les jours. Les médecins, à qui j’en ai parlé et consulté, sont d’avis qu’il convient vous saigner un peu, et disent cela pour votre santé.» La damoiselle, entendant ainsi parler son mari, et ne s’étant encore aperçue de son entreprise, se laissa conduire où il voulut. Il la mena en la chambre où le barbier l’attendoit, et lui commanda s’asseoir, le visage devant le feu, et fit signe au barbier qu’il prînt son bras dextre et lui ouvrît la veine; ce qu’il fit. Tandis que le sang découloit du bras de cette damoiselle, son mari, qui sentoit oculairement les grillons s’affoiblir, commanda fermer cette veine, et ouvrir celle du bras senestre; ce qui fut pareillement fait; tellement que la pauvre damoiselle resta demi-morte. Le gentilhomme, bien joyeux d’être parvenu à fin de son entreprise, la fait porter sur un lit, où elle eut tout loisir d’apprendre à ne plus fâcher son mari. Sitôt qu’elle fut revenue de pâmoison, elle envoie un de ses gens vers sa mère: laquelle, ayant apprins du messager toutes les traverses et algarades qu’elle avoit jouées à son mari, et se doutant, la bonne dame, qu’au moyen de ce, sa fille la voulût semondre de la promesse que outre son gré elle lui avoit faite, s’en va la trouver au lit, et commença à dire: «Eh bien! ma fille, comment vous va? Ne vous fâchez point, votre désir sera bientôt accompli, touchant ce que m’avez recommandé.—Ha, ma mère, répondit-elle, hélas! je suis morte: telles passions ne trouvent plus fondement en moi, si bien y a opéré mon mari: auquel je me sens aujourd’hui plus tenue du bon chemin où il m’a remise par sa prudence, que de l’honneur qu’il m’avait premièrement fait de m’épouser; et si Dieu me rend la santé, j’espère que vivrons en bon et heureux ménage.» L’histoire raconte qu’ils furent depuis en mutuel amour et loyauté, au grand contentement l’un de l’autre.
NOUVELLE CXXVIII.
De deux jouvenceaux siennois, amoureux de deux damoiselles espagnoles: l’un desquels se présenta au danger pour faire planchette[904] à la jouissance de son ami; ce qui lui tourna à grand contentement et plaisir[905].
A Sienne, y avoit deux jeunes hommes de fort bonne maison, voisins, et nourris ensemble et de même marchandise: ce qui engendra une très-grande et intrinsèque amitié entre eux. Ils se délibérèrent un jour de faire un voyage en Espagne, pour le trafique de leurs marchandises. Après qu’ils eurent quelque temps séjourné à Valence en Espagne, ils devinrent extrêmement amoureux de deux gentifemmes espagnoles, mariées à deux nobles chevaliers du pays. Les deux Siennois se nommoient, l’un Lucio, et l’autre Alessio. Lucio étoit plus avisé en l’amour de sa dame Isabeau que son compagnon n’étoit en la poursuite de sa choisie; et lesquelles ne cédoient en mutuelle amitié à la fraternité des deux Italiens. Or, dura ce pourchas d’amour entre eux l’espace de deux ans, qu’ils furent à négocier en Valence, sans qu’ils pussent parvenir plus avant qu’aux simples caresses de la vue et œillades, plus pour le respect qu’ils avoient aux chevaliers qu’au danger où ils se fussent mis eu pays étrange, s’ils eussent attenté de plus près par ambassades, missives, réveils[906] et aubades. Il advint, un jour, que la damoiselle Isabeau entra en une église, où le passionné Lucio s’étoit mis à couvert de le pluie. De bon heur, en se pourmenant par l’entour de l’église, il aperçut sa dame assise en un coin, et accompagnée d’une seule servante, qui fut aussi à propos comme s’il eût été mandé. Cette rencontre lui donna hardiesse de s’approcher d’elle, et la salua gracieusement. Elle lui rendit salut, avec une modestie assaisonnée d’une sourde gaieté. La servante, qui, par aventure, étoit du conseil secret, et bien apprise, se leva d’auprès sa maîtresse, comme pour aller regarder quelque image. Lucio, bien joyeux de cette commodité, de pouvoir manifester ses passions à sa dame, commença sa harangue ainsi que s’ensuit: «Madame, je crois que ne soyez ignorante de l’amour démesuré qui depuis deux ans entiers me tient prisonnier de votre beauté, à laquelle il ne s’est pu découvrir, pour la révérence de votre honneur. Aussi, suis-je assuré qu’avez assez ouï dire combien ce feu d’amour, si longuement clos et couvert en ma poitrine, l’a embrasée, ne trouvant en moi issue pour s’évaporer. Je ne fais doute que le dieu Cupido ne soit apaisé et contenté à la fin, par le sacrifice continuel de mes longs soupirs, larmes et travaux, et que, pour en recouvrer allégeance, il ne m’ait préparé cette opportunité, en laquelle je vous requiers, madame, en brièves paroles que le lieu et le temps peuvent souffrir, pitié, merci et miséricorde.» La dame Isabeau, non moins passionnée d’ardeur amoureuse que Lucio, lui répondit: «Mon ami, puisque votre courtoisie, honnêteté et constance, ont mérité ce nom, je vous prie de vous assurer d’amour réciproque en mon endroit, et que la commodité seule en a jusques aujourd’hui retardé le mutuel contentement. Toutefois, je suis délibérée d’employer tous mes sens à nous moyenner bientôt une heureuse rencontre, qui puisse assouvir nos longs désirs; de laquelle je ne faillirai à vous donner bon et sûr avertissement.» Lucio, l’en remerciant, un genou en terre, n’oublia de lui ramentevoir son compagnon Alessio, pour lequel elle lui promit pareillement qu’elle feroit office de bonne amie envers sa compagne, pour le mérite de son amour constante. La survenue du peuple, à l’heure du service, les fit départir fort envis[907]. Bref, Lucio vole, pour porter ces nouvelles à son ami Allessio; et ne passèrent deux jours, qu’ils reçurent un message de eux trouver environ les deux heures de nuit au logis de madame Isabeau; à quoi ils ne faillirent d’une seule minute d’horloge. Là les attendoit madame Isabeau; laquelle, après la porte ouverte aux poursuivants, s’arrêta à deviser avec Lucio, et lui dit que son mari ayant depuis quelque temps renoncé à la suite de la cour et au plaisir de la chasse, l’avoit par si long-temps frustrée de l’occasion de leur entrevue, non moins désirée de son côté que du sien; mais qu’à la fin, vaincue d’extrême affection, elle avoit voulu hasarder ce larcin de Vénus, si lui et son compagnon avoient en eux la hardiesse d’en accomplir le dessein; c’est à savoir que Alessio se dépouilleroit à nu et iroit en son lit, près de son mari, tenir sa place, tandis que Lucio demeureroit pour deviser avec elle. Alessio, quelque grande amitié quasi fraternelle qu’il portât à Lucio, trouva cela de dure et difficile entreprise; si la damoiselle Isabeau ne l’eût renforcé par promesse du guerdon[908] qu’elle lui avoit moyenné envers sa compagne, outre le profond sommeil de son mari, qui ne se fût réveillé jusques au jour. Or, tout ce qu’elle persuadoit à Alessio étoit afin que, se remuant dedans le lit, son mari sentit sa jambe, ou quelque autre partie humaine qu’il penseroit être elle. Quoi! le vous ferai-je long? Alessio, persuadé par l’un et par l’autre, se dépouille, non sans grande frayeur, et s’en va, tenant Isabeau par la robe, et se couche doucement en sa place, se gardant de tousser et cracher si près de son hôte. Cependant Lucio et Isabeau jouent leurs jeux paisiblement en une autre chambre du logis. Le pauvre Alessio, se voyant près la personne du chevalier, sans qu’il osât se remuer, trembloit, tombant en diverses pensées: maintenant il disoit que la damoiselle les trahissoit tous deux, le livrant le premier à la gueule du loup; maintenant estimoit, si elle les traitoit de bonne volonté, qu’elle s’oublioit entre les bras de son ami, le laissant en ce grand et éminent danger jusques à la pointe du jour: à laquelle heure il est tout ébahi, qu’il les vit entrer en la chambre après qu’ils eurent fait un grand tintamarre d’huis; et, approchant de la courtine, lui demandèrent comme il avoit reposé celle nuit. A l’instant, la damoiselle Isabeau leva la couverture du lit, qui fit apparoir à Alessio s’amie couchée auprès de lui, en lieu de l’ennemi; et n’avoit, la tendrette, non plus remué ni cligné l’œil que lui. De cela furent fort loués les deux amants, c’est à savoir, Alessio, pour le danger où il se mit afin d’avancer l’intreprise de son ami, et son amie, à raison de ce qu’elle s’étoit si honnêtement contenue, étant couchée auprès de lui; qui fut occasion de les laisser prendre quelque demi-once de plaisir au combat amoureux. On dit que cette couple d’amants entretint son crédit pendant le temps que les maris servoient leur roi pour un même quartier.
NOUVELLE CXXIX.
D’une jeune fille surnommée _Peau-d’Ane_, et comment elle fut mariée, par le moyen que lui donnèrent les petites fourmis[909].
En une ville d’Italie y avoit un marchand, lequel, après qu’il se vit passablement riche, délibéra de se reposer, et achever joyeusement le demourant de sa vie avec sa femme et ses enfants; et pour cette considération, se retira en une métairie qu’il avoit aux champs. Or, pource qu’il étoit homme d’assez bonne chère, et qu’il aimoit la gentillesse d’esprit, plusieurs bons personnages le visitoient, et, entre autres, un gentilhomme d’ancienne maison et son voisin, lequel, pour le désir qu’il avoit de joindre quelques pièces de terre du marchand avec les siennes, lui fit accroire qu’il désiroit grandement que le mariage se fît de son fils avec la puînée de ses filles, nommée Pernette, pourvu qu’il l’avançât en quelque chose. Le marchand entendant assez bien où tendoit le gentilhomme, qui le moquoit, l’en remercia gracieusement, comme celui qui n’eût jamais pensé tel bien lui devoir advenir. Toutefois, ces propos parvenus aux oreilles du fils du gentilhomme et de la fille du marchand, ils osèrent bien, chacun endroit soi[910], sonder les cœurs et les affections l’un de l’autre. Ce qui fut conduit si dextrement, que, de propos familier, ils se promirent mariage, et se résolurent d’en avertir leurs parents. Quelque temps après, le fils du gentilhomme s’adressa au père de Pernette, lequel il combattit avec telles raisons emmiellées de promesses de l’avantager en son propre, qu’il le rangea à sa volonté, et qu’elle lui demeureroit à femme pourvu que sa mère y consentit. Or, il faut entendre que les sœurs de Pernette étoient jalouses de son aise et de ce qu’elle marchoit la première; tellement que, pour divertir leur père de sa promesse, elles lui mirent à sus[911] choses et autres. D’autre part, la mère, qui se repentoit de l’avoir jamais portée en son ventre, ne voulut consentir à ce mariage, si, avant toutes choses, Pernette ne levoit de terre, et avec sa langue, grain à grain, un boisseau plein d’orge, qu’à cette fin elle lui feroit épandre. Outre-plus, le marchand, voyant que ce mariage ne plaisoit à sa femme, et prenant pied[912] à ce que ses autres filles lui avoient dit, il voulut que, dès lors en avant, Pernette ne vêtit autre habit qu’une peau d’âne qu’il lui acheta, pensant par ce moyen la mettre en désespoir et en dégoûter son ami. Pernette, au contraire, redoubloit son amour par la rigueur qu’on lui tenoit, et se promenoit souvent vêtue de cette peau. Ce qu’entendant son ami, il s’en va vers le marchand, lequel, faisant bonne mine et plus mauvais jeu, lui dit qu’il lui vouloit tenir promesse; mais que sa femme vouloit telle chose (qu’il lui conta) être faite. Pernette, oyant ces propos, se présente à son père, et lui demande quand il vouloit qu’elle se mît en besogne. Son père, ne pouvant honnêtement rompre sa promesse, lui assigna jour. Elle n’y faillit pas; et, comme elle étoit environ[913] ces grains d’orge, ses père et mère faisoient soigneuse garde, si elle en prendroit deux en une fois, afin de demourer quittes de leurs promesses. Mais comme la constance rend les personnes assurées, voici arriver un nombre de fourmis, qui se traînèrent où étoit cette orge, et firent telle diligence avec Pernette (et sans qu’on les aperçût), que la place fut vue vide. Par ce moyen, Pernette fut mariée à son ami, duquel elle fut caressée et aimée, comme elle l’avoit bien mérité. Vrai est que, tant qu’elle véquit, le sobriquet _Peau d’Ane_ lui demeura.
SONNET.
DE L’AUTEUR AUX LECTEURS.
Or çà, c’est fait: en avez-vous assez? Mais, dites-moi, êtes-vous saouls de rire? Si ne tient-il pour le moins à écrire, Ces gais devis j’ai pour vous amassés.
J’ai jeune et vieux pêle-mêle entassés: Haye[914] au meilleur, et me laissez le pire; Mais rejetez chagrin, qui vous empire, Tant plus, songeards, en rêvant, ravassez.
Assez, assez les siècles malheureux Apporteront de tristesse entour d’eux: Donc, au beau temps, prenez éjouissance;
Puis, quand viendra malheur vous faire effort, Prenez un cœur. Mais quel? Hardi et fort, Armé, sans plus, d’invincible constance.
NOTES:
[1] Tous ces contes ne sont pas de Bonaventure Des Periers, quoique publiés sous son nom, après sa mort; les éditeurs, Jacques Pelletier et Nicolas Denisot, en ont ajouté plusieurs à la première édition, donnée par Antoine Dumoulin en 1548.
[2] Dessinés.
[3] Interrompu.
[4] Cet avertissement doit être d’Antoine Dumoulin, éditeur des œuvres poétiques du même Bonaventure Des Periers.
[5] Éloge, renommée.
[6] Pour _abboyer_.
[7] De plus, en outre.
[8] Triste, chagrin, morose.
[9] Diaboliques. Peut-être faut-il lire _calamiteux_.
[10] Ce prologue paroît avoir été écrit en 1538, peu de temps après l’entrevue de Charles-Quint et de François I^{er} à Nice, où ils dévoient traiter de la paix sous les auspices du pape Paul III, et où ils conclurent seulement une trêve.
[11] Axiome.
[12] Le silence.
[13] Gêné, tourmenté.
[14] Allons, vite. C’est l’onomatopée dont se servent les charretiers pour faire avancer leurs chevaux.
[15] On voit que ces deux noms étaient déjà populaires et passés en proverbe avant que le comédien Hugues Guéru les eût adoptés au théâtre dans les premières années du dix-septième siècle.
[16] Imitation bouffonne de Rabelais, qui, dans la harangue de son Janotus de Bragmardo (_Gargantua_, chap. 19), place Londres en Cahors et Bordeaux en Brie.
[17] Allusion à la naïveté de ce curé qui, voyant ses paroissiens fondre en larmes à son sermon de la Passion, s’avisa, pour les consoler, de leur dire: «Ne pleurez pas, mes amis: peut-être que ce que je vous ai dit n’est pas vrai.»
[18] Terme de pratique, actes, mémoires.
[19] Le dernier huitain d’un vieux poème: _l’Amant rendu cordelier à l’observance d’amour_, commence ainsi:
Plusieurs gens envoient à Rome, Qui à leurs huis ont le pardon.
[20] S’éventent.
[21] S’altèrent, s’affaiblissent, se gâtent.
[22] Il faut sous-entendre _à les prendre loin_.
[23] Argumenté, discuté.
[24] Essayer, parce que les échansons faisaient l’essai du vin à la table des princes.
[25] Quiproquo, qu’on écrivait alors _quid pro quo_.
[26] Entendront.
[27] Morosité, mauvaise humeur.
[28] Antonomase, emploi de l’épithète pour le nom.
[29] Le Plaisant. Ce personnage se rapporte assez à ce que la tradition nous apprend des facéties de Rabelais à son lit de mort. Mais Rabelais vivait encore à l’époque de la publication de ces Contes. Pour reconnaître Rabelais dans ce passage, il faudrait supposer que ce prologue, qui rappelle beaucoup son style et sa manière, nous le représente comme mort sous le nom de _Plaisantin_, afin de pouvoir citer quelques-unes des boutades hardies que les biographes ont depuis attribuées à ses derniers moments.
[30] Aujourd’hui.
[31] Caillette était un fou en titre d’office sous François I^{er}; Triboulet avait eu le même emploi à la cour de Louis XII; mais Polite fut seulement au service d’un seigneur, abbé de Bourgueil. En ce temps-là, pour se donner des airs de prince, on avait un bouffon domestique. Voyez la dissertation sur les fous des rois de France, en tête des _Deux Fous_, dans le volume des Romans historiques du bibliophile Jacob, faisant partie du _Panthéon littéraire_.
[32] Idée.
[33] Allusion aux notes de musique _sol, la, mi, la. La, la, mi, sol_. C’est la réponse de Caillette.
[34] Lorsque saint Pierre renia Jésus-Christ.
[35] En son langage de Caillette. Guillaume Bouchet, dans sa _14^e Sérée_, attribue à Triboulet cette naïveté.
[36] Pour: Les voici venir.
[37] Ce conte est le 277^e des _Facéties_ du Pogge, qui y fait figurer un autre fou et un archevêque de Cologne.
[38] Cette plaisanterie est imitée dans le chap. 26 du _Moyen de parvenir_.
[39] Cette définition de la folie de Triboulet est de Rabelais, qui l’introduit dans le III^e livre de _Pantagruel_.
[40] Imitation de Rabelais, qui commence ainsi le prologue de son IV^e livre: «Gens de bien, Dieu vous sauve et garde: où êtes-vous? Je ne vous peux voir.»
[41] Bénéfices.
[42] Tout d’une voix.
[43] C’est-à-dire à leurs enfans propres. Un évêque faisant sa visite s’arrêta chez un prêtre de son diocèse, dans la maison duquel il vit deux petits enfants, et lui demanda à qui ils appartenoient, lui ordonnant de dire la vérité. «Monseigneur, lui répondit-il, ce sont les neveux de mon frère.» Le bon évêque se contenta de cette réponse, et ce ne fut que quelques jours après qu’un prêtre de sa suite lui en apprit le véritable sens.
[44] _Regraterie_, chez les revendeurs.
[45] Il vaudroit mieux lire _tour_.
[46] Jeu de mots sur _dignités_.
[47] Saupoudrée.
[48] Navets.
[49] Préparer.
[50] Le plus difficile à retenir, maintenir.
[51] Jeu de mots et allusion à un personnage du nom de Sevin. Il y avait une ancienne famille d’Orléans, de laquelle étaient Adrien Sevin, traducteur du _Philocope_ de Boccace, et Charles Sevin, chanoine de Saint-Étienne d’Agen, ami intime de Jules Scaliger.
[52] Honteux, confus, penaud.
[53] Pour _maître-ès-arts_.
[54] Ouvrage italien de Baltazar Castiglione. Le conte dont il s’agit est tiré originairement des fables d’Abstemius, fable IV de la 2^e partie. Bandello (Nouv. LVI de la 3^e partie) rapporte le fait plus au long, et nomme Gerardo Landriano, évêque de Côme et cardinal. Le même conte est aussi dans le _Moyen de parvenir_, ch. 69.
[55] _Blanches_, notes de musique.
[56] Pour _ergo_, formule de l’argumentation scolastique.
[57] Étourdi, peu sensé.