Les cinquante et ung arretz d'amours

Part 6

Chapter 63,533 wordsPublic domain

En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre une tresbelle dame et le procureur general d'amours avec elle adjoinct demandeurs en cas de excés et de delict d'une part/ et une vieille chamberiere deffenderesse d'aultre part. et disoit la dame que toutes servantes devoyent foy & loyaulté a leurs maistresses avoir courte langue et longues oreilles & grandes qu'elles ne sont pas dignes de demourer en quelque maison que ja pieça elle loua une chamberiere pour la servyr deux ans pour certain pris convenu entre eulx. Et oultre luy avoit promis par dessus son sallaire mais qu'elle fist bien la besongne une paire de chausses au bout de l'annee et ung de ses vielz chapperons. Et combien qu'elle en eust trouvé assez d'autres qui eussent bien voulu demourer avec elle sans prendre denier ne maille touteffois a l'ocasion de ce que la chamberiere sembloit estre secrette & avoit beaucop veu/ icelle dame fut meue de la retenir devant toutes autres et la fist venir des lors en son hostel ou du commencement elle a fait merveille de servir mais en effect voyant que sa maistresse se fioit fort en elle luy monstroit grans signes d'amours elle a voulu entreprendre sur elle et se mesler de toutes besongnes Et de fait est advenu quant ung sien amy de congnoissance que ladicte dame aymoit en tout bien & en tout honneur venoit a l'hostel soy esbatre ou compter des nouvelles de la ville et passer temps Ceste chamberiere escoutoit tout Le lendemain ou le soir mesmes rapportoit tout ce que ladicte dame et son amy avoient dit ensemble a dangier le mary qui estoyt mal faict a elle/ et tellement que bien souvent la nuit au lict ledit dangier luy tenoit plusieurs rigueurs et luy en gectoit puis ça puis la ung mot a la vollee et par ambages dont elle estoit bien esbahie mais icelle dame considerant qu'il n'estoyt pas possible qu'il en sceust rien a la verité s'il ne le devinoit ne jamais n'eust cuidé que la vieille en eust parlé ung mot veu qu'elle la tenoit seure de son costé comme elle devoit estre Or estoit vray que a une journee ainsi que ledict gallant s'en vint esbatre l'apresdinee comme il avoit acoustumé la dame tenant sa quenoulle d'aventure laissa cheoir son fizeau. Lequel gallant en demonstrant son humillité le leva et en luy baillant la baisa. Dont ycelle dame le remercia en soubzriant et sans penser nul mal/ mais la vieille en despit de sa maistresse qui l'avoit tancee le matin pour occasion de ce qu'elle ne luy avoit pas ployé ses gorgias dist et proposa en soymesmes qu'elle s'en vengeroit/ et de faict aussy tost que dangier fut venu de la ville elle luy commença a compter tout le cas & plus la moytié qu'il n'y avoit/ dont il n'en sonna mot et le garda en son cueur trois ou quatre jours en rechygnant puis aprés se desgorga en maulgreant que se le gallant y retournoit plus qu'il luy coupperoit les jambes. Si fut la dame bien esbahye et ne se feust jamais doubtee de ladicte vieille. Mais touteffois a la fin il a tout sceu et a la vieille gasté son cas/ car par le moyen de telz rappors elle cuidoit devenir maistresse & tailler les morceaulx a ladicte demanderesse & pource a esté boutee hors de l'hostel et depuis constituee prisonniere pour raison du cas qui est de grant consequence et concluoit ladicte dame a l'encontre d'icelle vieille chamberiere qu'elle feust condampnee a luy crier mercy et faire amende honnorable nudz piedz & sans coyffe coeuvrechief ny chaperon en sa teste et aussy en tenant une torche en sa main et disant que a tort et maulvaisement elle avoit raporté les parolles de sa dame et maistresse & de ce qu'elle l'avoit fait tancer qu'elle s'en desdisoit devant tout le monde/ et en oultre qu'elle feust contraincte et condempnee a venir dire et declairer devant dangier que tout ce qu'elle luy avoit dit et raporté de sadicte maistresse avoit esté controuvé par elle contre verité et par mallice. affin que icelluy danger n'y eust plus de suspition. Et au regard dudict procureur general d'amours qui estoit adjoinct avec ladicte dame il disoit que ce cas icy estoit digne de grant punition. et que il ne se devoit point passer soubz dissimulacion/ Car la consequence estoit trop perilleuse pour l'esclandre qui en pouoit tous les jours advenir Disoit aussi que chamberieres sur toutes choses doibvent estre secrettes et aussy celer tout ce qu'elles voient faire en amours comme font confesseurs et y est la paine si grande selon les droictz que celles qui revelent ainsi secretz sont digne de mort. Or disoit il que ceste vieille avoit revellé les secretz de sa maistresse audit dangier pour a tousjours le cuyder mettre en noise et rapporter la moytié plus qu'il n'y avoit de mal. Et pour ce concluoit a l'encontre d'elle qu'elle fust condampnee a estre arce & bruslee ou a tout le moins qu'on lui perçast la langue d'ung fer chault devant tout le monde affin que les autres servantes et chamberieres y prinsent exemple et que son sallayre qu'elle devoit avoir fust declairé forfait & fust confisqué. Ou que telles autres conclusions fussent adjugees ainsi que le cas le requeroit et que la court adviseroit en requerant au surplus que pour pourveoir a telz inconveniens y eust visitacion sur lesdictes chamberieres/ car les plus grans dangiers du monde en viennent. et disoit oultre que jamais l'en ne devoit laisser a telles vieilles chamberieres porter la clef du vin car quant d'aventure elles ont beu ou faict bonne chere elles parlent aussi bien contre elles que pour elles/ et la ou elles cuydent sauver l'honneur de leurs maistresses c'est adonc l'heure qu'elles gastent tout. Et puis aprés ne leur en souvient lendemain et jurent et afferment hardyement que en leur vie n'en parlerent mot dont ce a esté cause de plusieurs maulx qui en viennent parquoy le procureur requist que la court mist sur ce provision De la partie de ladicte vieille fut deffendu au contraire et disoit que quant elle vint demourer en l'hostel de ladicte maistresse elle luy promist fayre beaucoup de biens/ mais elle s'en estoit bien petitement apperceue et si avoit tant eu de peine que merveilles. Or estoit vray que ledit dangier son mary des l'entree et au commencement qu'elle entra leans il parla a elle a part en l'oreille & luy promist de luy donner tous les ans une robe et ung bon chapperon oultre son sallaire affin qu'elle se print garde de la dame qui estoit encore bien jeune et luy rapporter toutes nouvelles de ce que son maistre luy avoyt faict promettre ycelle chose luy disoyt tout ce qu'elle veoit faire a sa maistresse en gardant tousjours l'honneur des dames comme tenue y estoit/ et aussy affermoit que jamais elle ne luy fist faire chose qui ne feust bonne et honneste/ et combien que ladicte vieille la servist le myeulx qu'elle pouoit/ touteffois ycelle maistresse ne s'en pouoit contenter/ et la tença tresbien dont ladicte chamberiere se courrouça et advint que pource qu'elle veist le gallant ledict jour a l'hostel qu'elle le dist a son maistre & comment il l'avoit baisee Or disoit elle que de ce l'en ne la pouoit reprendre & qu'elle n'avoit point fait de mal/ car elle estoit beaucoup plus tenue d'obeyr a son maistre qu'a elle et aussi avoit il marchandé a elle et louee par telle condition qu'elle luy devoit tout rapporter. Parquoy elle n'avoit faict que son debvoir et ne luy en eust point parlé/ si non que son maistre luy promist qu'il n'en diroit riens a elle & ainsi l'on la debvoit excuser tendant & concluant par ses moyens affin d'absolution A quoy fut repliqué par ladicte demanderesse disant que toute l'eaue de la riviere ne la pouoit laver du cas/ car elle sçavoit bien qu'elle se fyoit en elle et qu'elle s'en fust bien gardee se elle eust voulu et sans ce qu'il en eust riens sceu. Et supposé que l'on dye que toutes servantes et chamberieres doybvent servir premierement leurs maistres que leurs maistresses cela s'entent touchant le service comme de boire & de manger/ mais au regard d'autres choses riens/ ains fault que elles obeyssent a leurs maistresses. Aussi ont elles previllege que se leurs chamberieres ne sont a leur poste elles ne doybvent pas demourer trois jours en la maison/ & aprés disoit le procureur que veu que ladicte vieille confessoit que elle prenoit argent de son maistre oultre son loyer pour reveller les secretz d'amours l'en ne le pourroit trop pugnir/ & quant est de l'excusation qu'elle prenoit sur ce que son maistre lui avoit promis de n'en rien dire ne luy en faire semblant elle ne valloit riens/ car jamais en tel cas l'on ne faict telles promesses si non pour sçavoir et enquerir plus avant et concluoit a reparation du cas comme dessus est dit. Surquoy ladicte vieille disoit au contraire que son faict estoit pitoyable & que jamais n'en eust parlé se elle eust sceu qu'il en fust venu mal/ ou qu'il y eust eu danger pour sa maistresse. Finablement parties ouyes ont esté apoinctees en droict et a produire par devers la court et au conseil ce que bon leur semble. Si a ladicte court veu le procés avecques la confession faicte par la vieille & tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere a grant et meure deliberation/ et tout veu la court a condampné ladicte faulce vieille pour raison du cas a elle commis a crier mercy a ladicte demanderesse et estre pilloriee par trois foys au jour de marché et oultre la prive & bannisse du service des dames a tousjoursmais de quelque estat qu'elles soyent en luy deffendant sur peine de la hart que jamais en bonne compaignie ne se trouvast. Au regard des aultres provisions requises par le procureur general touchant la visitacion/ la court a ordonné certains commissaires qui se informeront sur les abus pour aprés y pourvoir ainsi qu'il appartiendra

¶ Le .xx. arrest

En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre ung amant demandeur d'une part a sa dame/ d'autre part disoit ledict demandeur que le plus grant desir que cueur d'amant ait c'est de veoir souvent sa dame/ mais pour doubte de faulx semblant et malle bouche qui sont tousjours espiant il estoit contraint de aller de nuyt passer devant l'hostel de la dame et s'il ne la trouvoit il baisoyt l'huis et s'en alloit pensif/ mais il se esjouyssoit pensant que amours luy avoit fait si grant grace devenir a si hault bien Et puis quant il estoit couché & il ymaginoit en soy mesme que sa dame ne sçavoyt riens s'il estoit venu ou non & qu'elle ne luy en sçavoit aulcun gré pource qu'elle ne l'avoit veu: il se retournoyt dedens le lict plus de cent mille fois et ne pouoit dormir: et aprés ce/ venoit sur le point du jour qu'on ne voit encores guaire luy failloit ribon ribaine se lever du lict et s'en aller de rechief devant l'hostel de sadicte dame escoutant lever les avaynes et regarder par les crevasses de l'huys s'il la verroit point en son corset ou a sa cotte simple/ car il en eust esté en paradis. Or disoit il que incontinent qu'il estoit arrivé et qu'il boutoit l'oeil entre la serrure et la fante par ou en oeuvre l'huys d'ung loquet il en y avoit au plus pres de la maison de sa dame une paillarde caille qui commençoit a crier/ et chanter courcaillet comme se seust esté chose juree & qu'elle le voulsist accuser/ or disoit cest amant icy que au cry de ladite caille son sens mesloit et perturboit/ ne n'y a homme si rassis qui n'en fust esbahy et tellement que aulcuneffoys de sanglante paour et frayeur qu'il avoit se hurtoit le nez en se retrayant ne sçavoit qu'il devenoit et encores pis ne cessoit de crier comme une enragee plus fort que devant jusques a ce qu'il s'en fust party qui luy estoit ung tresgrant ennuy et desplaysir et disoit que s'il pouoit veoir ou tenir ladicte caille il la tueroit/ quoy qu'il luy deust couster mais il ne la pouoit veoir ne prendre pour ce qu'elle estoit dedans la maison et pource requeroit que ladite dame fust condampnee a faire abbatre la cage et tuer ladicte caille ou faire vuyder dehors affin qu'elle ne luy escriast plus dessus son jeu ne fist desplaisir et disoit que c'estoyt raison. Et la partie de ladicte dame fut deffendu au contraire et disoyt que ladicte caille ne estoit sienne en sa puissance et subjection/ Car elle estoit en la maison d'ung de ses voisins qui y prenoyt plaisir a la nourrir et tenir parquoy n'y avoit que congnoistre aussi n'estoit ce que ung povre oyseau qui gaingnoyt sa vie a chanter/ pource de la tuer se seroit tres mal faict/ disoit oultre que ladicte caille n'y pensoit a nul mal et n'estoit que sa coustume de chanter et quant est d'attendre longuement a l'huys de la maison c'estoyt simplesse a luy/ car il pouoit bien penser que a l'heure de si hault matin il n'y avoit personne levé et luy eust mieulx valu estre couché & dormir encores Si concluoit ladicte dame par ces moyens a fin de non recevoir et d'absolution A quoy ledict amant pour ses replicques disoyt que de dormir n'eust il peu/ car en tel cas quant l'en veult dormir c'est a l'heure que on s'esveille et que une heure en dure cent. Et au regard de ladicte caille disoit que ladite dame la debvoit faire abatre/ car elle avoit bien la congnoissance au lieu ou c'estoit/ et ne failloyt que faire rompre ung ou deux bastons de ladicte cage pour l'en faire en aller Et protestoit au surplus que se ladicte dame ne luy voulloyt faire que luimesme la feroit tuer a quelque meschief qui en peust advenir/ car aulcuneffois quant elle crioit elle l'effroyoit tellement et luy faisoit plus de mal que qui lui eust baillé d'une dague par l'estomac/ surquoy finablement parties ouyes ont esté appoinctees a mettre devant la court & au conseil Si a ladite court veu le plaidoyé des parties et tout ce qui a esté produict Et tout veu et consideré ce qu'il faisoit a veoir & considerer la court dict que ledict amant ne faict a recepvoir a faire ladicte demande contre ladicte deffenderesse/ Et si desclaire que ladicte caille demourra la ou elle est pour vivre et chanter tout ainsi qu'elle pourra. Et oultre deffend la court audict demandeur de luy faire mal ne getter pierres contre la caige pour l'abbatre a terre sur peine de confiscation de corps et de biens/ & d'estre privé de l'amour de sadicte dame.

¶ Le .xxi. arrest.

En la court de ceans c'est assis ung aultre procés entre ung aultre amant demandeur d'une part et une sienne jeune dame et amye deffenderesse d'autre part et disoyt ledict demandeur que ja pieça sadicte dame se feist saigner du pied en l'eaue et de la vaine du foye et pource que son medecin luy avoit enchargé comment que ce fust qu'elle ne s'endormist point aprés la seignee. Icelle dame manda a son tresdoulx amy demandeur que il se trouvast devers le soir devant son huys a tout la Harpe et les Orgues/ pour la resjouir et faire passer le temps affin que elle ne dormyst point. Et a ceste cause le gallant incontinent qu'il sceut les nouvelles laissa toutes besongnes et feist dilligence de se trouver a l'heure assignee: garny des bas instrumens de mellodye qu'on pouoyt finer et n'avoyt garde d'y faillir. Sy estoit vray que ainsy que lesdis menestriers commencerent a jouer/ ladycte dame s'en vint jouer/ incontinent de plain bont et a l'estourdy ouvrit une des fenestres de ladicte chambre ou elle estoit pour les ouyr de plus a plain/ mais il advint que en retirant a elle ungs des potz de marjolaine ou de violettes pour prendre place et se appuyer sur le bort des fenestres qu'elle fist par hativeté/ elle fist choir une palette plaine de son sang qu'on avoit mis sur ladicte fenestre pour essorer ainsi qu'on a acoustumé/ et tumba sur luy si que toute sa chemise en fut gastee et ensanglantee et pareillement le colet de son pourpoint Touteffois il cuydoit lors pource qu'il estoit nuyt et aussi qu'on ne veoit goutte que ce ne feust que eaue qui eust degoutté des violers en les arrousant et n'en tint pas grant compte ainçoys s'en tenoit tout joly esperant que sadicte dame l'eust fait tout de voulenté pour l'amour de luy Or quant les menestriers eurent assés longuement illec joué/ et qu'il fut temps de s'en aller ledict amoureux demandeur s'en partit moult reconforté et ne luy duroit point le chemin. Mais se mal advint que en une des rues par ou il luy failloit passer a s'en retourner/ il y avoit eu moult grant noise de gens qui s'estoyent entrebastuz et les queroit le guect tout partout et pource par suspeçon vint le guet demander audict compaignon demandeur qu'il estoit et dont il venoit. A quoy il leur respondit qu'il venoit de reveiller les potz de marjolayne/ mais l'en ne l'en vouloit pas croire: ainçoys firent les gens du guect approucher leur lanterne pour le veoyr a son visaige/ en quoy ce faisant fut apperceu son colet du pourpoint tout plain de sang qui estoit respandu de la fenestre de sa dame sur luy. Et commença chascun a dire qu'il estoyt de ceulx qui s'estoient combatus en ladicte rue/ et qu'il en portoyt les enseignes/ combien que a la verité ne sçavoyt que c'estoyt de ladicte noyse: et a tant fut prins et mené prisonnier non obstant ses bonnes raisons/ dont il fut bien esbahy et coucha la nuyt en prison ou il ne dormoyt guieres car cela luy valloit une seignee ou il ne failloyt point dormir aprés et le lendemain il fut delivré Or disoit que dudit emprisonnement et de la paine dommage et interest qu'il avoyt soustenus ladicte dame en estoit tenue tout du long/ car ce avoit esté par elle que le cas estoit advenu. et pour ce concluoit a l'encontre d'elle qu'elle feust condampnee a le recompenser de ses despens/ dommages et interestz ou aumoins a lui donner pour recompensation dudit cas six ou huyt baisiers tous entiers a grans acollees et embrassees. A ses fins offroit a prouver et demandoit despens du cas que elle vouldroit resister a l'encontre de ses conclusions. De la partie de ladicte deffenderesse fut deffendu au contraire Et disoit que par sa foy quant elle vint a la fenestre ouir lesditz menestriers elle ne pensoit nullement du monde que lesdictes pallettes lesquelles estoyent plaines de son sang y feussent encores/ ains elle cuydoit fermement que sa chamberiere & servante les eust oster hors de la Et ne advint le cas que par deffortune et inconvenient dont par ce moyen n'estoit tenue a luy Et aussi ne luy recordoit aulcunement qu'elle eust ouy rien cheoir a terre sinon ung bouquet de viollettes qu'elle luy gecta. Disoit avec ce que s'il avoit esté mis & detenu aucunement prisonnier elle n'en pouoit mais. et aussi n'estoit ce pas a sa requeste ainçois en avoit esté moult dolente & courroucee quant elle le sceut/ et s'il s'en fust allé le droit chemin sans aller par ces rues foraines/ il n'eust point a l'advanture rencontré le guet. Et pource de prendre conclusions a l'encontre de elle/ certainement n'estoit ledit amant aucunement recepvable. Et n'estoit ladicte dame tenue de l'amender/ mais au regard desdictz baisiers qu'il luy demandoit elle s'en rapporta a la court. Concluant au surplus affin d'absolution. Disoit ledit amant par ses replicques que posé qu'elle n'eust commys le cas a son escient et aussi de guet a pensé touteffois veu qu'il estoit advenu par faulte & coulpe d'elle elle estoit tenue de l'en desdommager et de recompenser. disoit oultre que oncques puis sadicte chemise ne son pourpoint ne luy servirent combien que de cela ne luy chaloit pas tant comme de la prinse de sa personne. Mais ladicte dame respondit que luymesmes en estoit cause/ et que jamais l'en ne doit aller sans sçavoir le nom de la nuyt car s'il l'eust sceu il ne fut pas tumbé en danger. Et quant est de la partie de sa chemise elle offroyt de la blanchir ou luy en donner une autre plus belle que la sienne n'estoit combien qu'il la debvoit plus aymer que une autre pource que le sang d'elle avoit espandu dessus Finablement lesdictes parties ouyes elles ont esté appointees a produire/ et mettre par devers la court & au conseil plaidoyé & tout ce que bon leur semblera. Si a la court tout au long veu ledict procés et tout ce qu'il failloit veoir en ceste matiere et tout veu la court dist que ceste dame sera tenue toute recompensation de donner a sondit amy demandeur demy douzaine de baisiers bien assis & dont chascun d'iceulx pourra durer autant qu'on mettroit a dire ung De profundis et Fidelium. Et si pareillement sera tenue l'avoir pour recommandé en sa grace pour les biens du temps advenir.

¶ Le .xxii. arrest.