Part 21
Son premier besoin fut de constater, par une protestation authentique, _qu'elle n'avait cédé qu'à la force, et que les droits de la nation étaient restés intacts_. M. le duc d'Otrante, rédacteur docile des actes publics du gouvernement, prit la plume à cet effet; mais la commission redoutant, pour la tranquillité publique, les effets de cette protestation, crut devoir se borner à transmettre aux deux chambres le message que voici:
Monsieur le Président,
Jusqu'ici nous avions dû croire que les intentions des souverains alliés n'étaient point unanimes sur le choix du prince qui doit régner en France: nos plénipotentiaires nous ont donné la même assurance, à leur retour. Cependant les ministres et les généraux des puissances alliées ont déclaré hier, dans les conférences qu'ils ont eues avec le président de la commission, que tous les souverains s'étaient engagés à replacer Louis XVIII sur le trône, et qu'il doit faire ce soir ou demain son entrée dans la capitale.
Les troupes étrangères viennent d'occuper les Tuileries où siége le gouvernement. Dans cet état de choses, nous ne pouvons plus que faire des voeux pour la patrie; et nos délibérations n'étant plus libres, nous croyons devoir nous séparer.
Ce message, dernier témoignage de l'audacieuse duplicité du duc d'Otrante devenu ministre du Roi, contenait en outre ce qui suit: «On ajoutera de nouvelles garanties à la Charte; et nous n'avons point perdu l'espoir de conserver les couleurs si chères à la nation», mais ce paragraphe, dont je ne rapporte que la substance, fut ensuite supprimé.
La chambre des pairs qui avait accueilli froidement le bill des droits et la déclaration de la chambre des représentant, se sépara sans murmures[89].
La chambre des députés reçut son arrêt de mort avec un calme héroïque. Lorsque M. Manuel, rappelant les mémorables paroles de Mirabeau, s'écria: «_Nous sommes ici par la volonté du peuple, nous n'en sortirons que par la puissance des baïonnettes_. Il est de notre devoir de donner à la patrie nos derniers momens; et s'il le faut, la dernière goutte de notre sang.» Tous les membres de l'assemblée se levèrent en signe d'adhésion, et déclarèrent qu'ils resteraient inébranlablement à leur poste.
Mais ils ne devaient point accomplir cette glorieuse résolution. Le président (M. Lanjuinais) trahissant leur courage et méprisant leur volonté, leva la séance et se retira. «M. le président, lui dit le général Solignac, l'histoire est là, elle recueillera votre action.»
Le lendemain matin, ils trouvèrent les avenues de leur palais occupées par les étrangers, et les portes de l'assemblée fermées. M. de Cazes, à la tête de quelques volontaires royaux, en avait enlevé les clefs. Cette violence, contre laquelle ils protestèrent, fit enfin tomber leur bandeau; ils reconnurent la faute qu'ils avaient commise, en arrachant trop précipitamment du trône Napoléon, et en confiant aveuglément à d'autres mains les destinées de la patrie[90].
Ainsi finit, après un mois d'existence, cette assemblée que les Français avaient choisie pour affermir la dynastie impériale, pour assurer leur repos et leurs libertés, et qui, par entraînement, par imprévoyance, par un excès de zèle et de patriotisme, n'enfanta que des bouleversemens et des calamités.
La dissolution des chambres et du gouvernement mit fin à toute illusion.
Les couleurs tricolores qu'on avait conservées disparurent.
Les cris de _vive la nation! vive la liberté!_ cessèrent.
M. Fouché fut annoncer à son nouveau maître que tout était consommé.
Et le 8 juillet, Louis XVIII triomphant reprit possession de sa capitale[91] et de son trône.
Au moment où ce prince rentrait aux Tuileries, Napoléon s'occupait à Rochefort des moyens de quitter la France. Sa présence excitait parmi le peuple, les marins et les soldats, un tel enthousiasme, que le rivage retentissait sans interruption des cris de _vive l'Empereur!_ et que ces cris, répétés de bouche en bouche, durent apprendre aux hommes qui s'étaient flattés de maîtriser les volontés de Napoléon, combien il lui serait facile de secouer ses chaînes et de se jouer de leurs vaines précautions. Mais, fidèle à sa détermination, il résistait avec fermeté aux impulsions des circonstances et aux continuelles sollicitations de se mettre à la tête des patriotes et de l'armée. «Il est trop tard, répétait-il sans cesse; le mal est maintenant sans remède; il n'est plus en ma puissance de sauver la patrie. Une guerre civile serait aujourd'hui sans objet, sans utilité; à moi seul elle pourrait devenir avantageuse, en ce qu'elle me procurerait le moyen d'obtenir personnellement des conditions plus favorables; mais il me faudrait les acheter par la perte inévitable de ce que la France possède de plus généreux et de plus magnanime, et un tel résultat me fait horreur[92].»
Jusqu'à l'époque du 29 juin, jour du départ de l'Empereur de la Malmaison, on n'avait apperçu, dans les parages de Rochefort, aucun bâtiment anglais; et tout porte à croire que Napoléon, si les circonstances lui eussent permis de s'embarquer aussitôt son abdication, serait parvenu sans obstacles à gagner les États-Unis: mais quand il arriva sur le rivage de la mer, il trouva toutes les issues occupées par l'ennemi, et parut conserver peu d'espoir de lui échapper.
Le 8 juillet[93], il se rendit à bord de la frégate _la Saale_, préparée pour le recevoir. Sa suite fut embarquée sur _la Méduse_; et le lendemain 9, les deux bâtimens abordèrent à l'île d'Aix. Napoléon, toujours le même, fit mettre la garnison sous les armes, visita dans les plus grands détails les fortifications, et décerna l'éloge et le blâme, comme s'il eût encore été le souverain maître de l'état.
Le 10, le vent, contraire jusqu'alors, devint favorable; mais une flotte anglaise de onze vaisseaux croisait à la vue du port; et il ne fut point possible d'appareiller.
Le 11, l'Empereur, fatigué de cet état d'anxiété, envoya le comte de Lascases, devenu son secrétaire, sonder les dispositions de l'amiral Anglais, et s'informer s'il était autorisé à lui accorder la libre faculté de se rendre en Angleterre ou aux États-Unis.
L'amiral répondit qu'il n'avait aucun ordre; qu'il serait toujours prêt à recevoir Napoléon et à le conduire en Angleterre; mais qu'il n'était point en son pouvoir de lui garantir s'il y obtiendrait la permission de s'y fixer ou de se rendre en Amérique.
Napoléon, peu satisfait de cette réponse, fit acheter deux bâtimens demi-pontés, dans l'intention de gagner, à la faveur de la nuit, un snack Danois, avec lequel il s'était créé des intelligences.
Ce moyen ayant échoué, deux jeunes aspirans de la marine, pleins de courage et de dévouement, lui proposèrent de monter les deux barques, et lui jurèrent sur leur tête, qu'ils le conduiraient à New Yorck. Napoléon ne fut point effrayé par le péril d'une aussi longue navigation avec de si frêles embarquemens; mais il sut qu'on ne pourrait point éviter de s'arrêter sur les côtes d'Espagne et de Portugal, pour y prendre des vivres et de l'eau, et il ne voulut point exposer son équipage et lui-même à tomber entre les mains des Portugais et des Espagnols.
Informé qu'un navire américain se trouvait à l'embouchure de la Gironde, il fit partir à franc étrier, le général Lallemand, pour s'assurer de l'existence de ce bâtiment et des sentimens du capitaine. Le général revint en toute hâte lui annoncer que le capitaine serait heureux et glorieux de le soustraire aux persécutions de ses ennemis; mais Napoléon, cédant, dit-on, aux conseils de quelques personnes qui l'entouraient, abandonna l'idée de tenter le passage et se décida à se confier à la générosité anglaise.
Le 14, il fit prévenir l'amiral, qu'il se rendrait le lendemain à son bord.
Le 15 au matin, il s'embarqua avec sa suite, sur le brick l'_Épervier_, et fut reçu à bord du _Bellérophon_ avec les honneurs dus à son rang et à son infortune. Le général Beker qui avait ordre de ne point le quitter, le suivit. Au moment d'aborder, l'Empereur lui dit: «Retirez-vous, général; je ne veux pas qu'on puisse croire qu'un Français est venu me livrer à mes ennemis!»
Le 16, le _Bellérophon_ mit à la voile pour l'Angleterre.
L'Empereur avait préparé une lettre au prince Régent, que le général Gourgaud fut chargé de lui porter immédiatement. La voici:
Rochefort, le 13 juillet 1815.
Altesse Royale,
En butte aux factions qui divisent mon pays et à l'inimitié des plus grandes puissances de l'Europe, j'ai terminé ma carrière politique; et je viens, comme Thémistocle, m'asseoir aux foyers du peuple Britannique. Je me mets sous la protection de ses lois que je réclame de Votre Altesse Royale, comme le plus puissant, le plus constant et le plus généreux de mes ennemis.
Le général Gourgaud eut l'ordre de faire connaître au prince, s'il daignait l'admettre en sa présence, ou à ses ministres, que l'intention de Napoléon était de se retirer dans une province quelconque d'Angleterre, et d'y vivre ignoré et paisible, sous le nom du colonel Duroc.
L'Empereur ne manifesta, dans la traversée, aucune appréhension, aucune inquiétude. Il se reposait avec sécurité sur le noble caractère du peuple anglais.
Arrivé à Plymouth, on ne lui permit point de mettre pied à terre; et bientôt on lui apprit que les puissances alliées avaient décidé qu'il serait considéré comme prisonnier de guerre et renfermé à Sainte-Hélène.
Il protesta solennellement entre les mains de l'amiral Anglais, et à la face du ciel et des hommes, contre la violation de ses droits les plus sacrés, contre la violence exercée envers sa personne et sa liberté.
Cette protestation ayant été vaine, il se soumit avec une résignation calme et majestueuse à l'arrêt de ses ennemis. Il fut transporté à bord du _Northumberland_, qui fit voile immédiatement pour Sainte-Hélène.
En passant à la hauteur du Cap de La Hague, il reconnut les côtes de la France; il les salua aussitôt; et, étendant ses mains vers le rivage, il s'écria, d'une voix profondément émue: «Adieu, terre des braves! adieu, chère France! quelques traîtres de moins, et tu serais encore la grande nation et la maîtresse du monde.»
Le 17 octobre, on lui fit appercevoir les rochers arides qui allaient devenir les murs de sa prison. Il les contempla sans plaintes, sans agitation, sans effroi.
Le 18, il mit pied à terre; et après avoir protesté derechef contre l'attentat commis sur sa personne, il se rendit d'un pas ferme et assuré au lieu de sa captivité.
Ainsi s'est terminée la vie politique de Napoléon.
On s'est étonné qu'il ait voulu se survivre à lui-même. Il aurait pu se tuer; rien n'est plus facile à l'homme. Mais une fin semblable était-elle digne de lui? Un roi, un grand roi ne doit point mourir de la mort désespérée d'un conspirateur, d'un chef de parti. Il faut, pour me servir des propres expressions de l'illustre captif de Sainte-Hélène, il faut qu'il soit au-dessus des plus rudes atteintes de l'adversité.
Non! il était digne du grand Napoléon, d'opposer l'inflexibilité de son âme à l'inconstance de la fortune; et tel que ce Romain, à qui l'on reprochait de ne s'être point donné la mort après une grande catastrophe, il pourra répondre aussi: «J'AI PLUS FAIT, J'AI VÉCU!»
SORT DES PERSONNES QUI FIGURENT DANS CES MÉMOIRES.
GOUVERNEMENT ROYAL.
MINISTRES.
Le prince de Talleyrand, disgracié, pair de France. M. Dambray, disgracié, pair de France. M. l'abbé de Montesquiou, disgracié, pair de France. Le général Dupont, disgracié, pair de France. Le maréchal Soult, disgracié, proscrit. Le duc de Feltre, disgracié, mort. M. le comte de Blacas, disgracié, pair de France.
MINISTRES D'ÉTAT.
M. le comte Ferrand, disgracié, pair de France. M. le Vicomte de Chateaubriand, disgracié, pair de France. M. baron de Vitrolles, disgracié.
MARÉCHAUX.
Le maréchal Marmont, major général de la garde royale. Le maréchal Macdonald, major général de la garde royale. Le maréchal Victor, major général de la garde royale. Le maréchal Gouvion St.-Cyr, ministre de la guerre.
GOUVERNEMENT IMPÉRIAL.
MINISTRES.
Le prince Cambacérès, banni, rentré. Le prince d'Eckmuhl, pair de France. Le duc de Vicence, retiré des affaires. Le duc de Decrès, retiré des affaires. Le duc d'Otrante, banni. Le duc de Gaëte, pair de France (lettre close.) Le comte Mollien, pair de France. M. Carnot, proscrit. M. le duc de Bassano, proscrit.
MINISTRES D'ÉTAT.
M. le comte Defermont, proscrit, rappelé. M. le comte Regnault de St. Jean d'Angely, proscrit rappelé, tué par l'exil. M. le comte Boulay (de la Meurthe), proscrit. M le comte Merlin (de Douay), proscrit. M. le comte Andréossy, pair de France.
MARÉCHAUX.
Le maréchal Ney, fusillé; Le maréchal Brune, massacré. Le prince d'Eckmuhl, pair de France. Le prince Masséna, disgracié, mort. Le maréchal Mortier, pair de France. Le maréchal Jourdan, pair de France. Le maréchal Soult, proscrit, rappelé. Le maréchal Lefèvre, pair de France. Le maréchal Suchet, pair de France. Le maréchal Grouchy, proscrit. Le duc de Rovigo, condamné à mort, contumace. Le comte Bertrand, condamné à mort, contumace. Le général Drouot, jugé, acquitté, retiré du service. Le général Cambronne, jugé, acquitté, retiré du service.
GRENOBLE.
Le général Marchand, jugé, acquitté. Le général Debelle, condamné à mort, pardonné. Le colonel Labédoyère, fusillé.
LYON.
Le général Brayer, condamné à mort, contumace. Le général Mouton-Duvernet, fusillé. Le général Girard, tué à Ligny.
COMPLOT DE COMPIÈGNE ET LAFÈRE.
(Tom. I, pag. 186.)
Le général d'Erlon, condamné à mort, contumace. Le général Lefêvre-Desnouettes, condamné à mort, contumace. Les généraux Lallemand (frères), condamnés à mort, contumaces.
BORDEAUX.
Le général Clausel, condamné à mort, contumace. Les généraux Faucher (frères), fusillés.
VALENCE (Drôme).
Le maréchal Grouchy, proscrit. Le général Chartran, fusillé.
VENDÉE.
Le général Travot, condamné à mort, détenu à perpétuité. Le général Lamarque, proscrit, rappelé.
ARMÉES. CHEFS DE CORPS.
Le général Decaen, jugé, acquitté. Le général Rapp, pair de France. Le général Reille, pair de France. Le général de Lobau, proscrit, rappelé. Le général d'Erlon, condamné à mort, contumace. Le général Girard, retiré du service. Le général Vandamme, proscrit. Le général Excelmans, proscrit, rappelé. Le général Pajol, retiré du service. Le général Foi, retiré du service. Le général Freyssinet, proscrit. Le général de Bourmont, commandant de la cavalerie de la garde.
MEMBRES DE LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANS.
M. Lanjuinais, président, pair de France. M. Dupont (de l'Eure), destitué de ses fonctions de président de la cour de Rouen, Député actuel. Chef de l'opposition. M. Durbach, proscrit, rappelé. MM. Defermont, Boulay, Regnault, proscrits. M. Lafayette, député actuel, opposition. M. Manuel, député actuel, opposition. M. Roi, ministre d'état, député. M. Dupin, avocat, devenu célèbre par son talent et son patriotisme.
COMMISSAIRES NÉGOCIATEURS.
Le général Sébastiani, en activité. Le comte de Pontécoulant, pair de France. Le comte Delaforest, pair de France. Le comte Andréossy, pair de France. Le comte Boissy-d'Anglas, pair de France. Le comte de Valence, exclus de la chambre des pairs. M. de la Besnardière, retiré des affaires. M. Lafayette, député, opposition. M D'Argenson, député, opposition. M. Flaugergues, sans fonctions, opinion neutre. M. Benjamin Constant, écrivain politique et député. M. De Lavalette, condamné à mort, arraché à l'échafaud par la piété conjugale et l'héroïsme de trois Anglais, MM. Robert Wilson, Bruce et Hutchinson. M. le général Grenier, député, opposition. M. le Baron Quinette, banni, rappelé. M. Thibaudeau, proscrit. Le général Beker, pair de France. Le général Flahaut, naturalisé anglais. M. de Tromeling, maréchal de camp en activité. L'auteur des mémoires, indépendant.
_Fin du deuxième et dernier Volume._
NOTES
[1: Fragment d'une lettre de M. Fouché à l'Empereur, le 21 mars.]
[2: Jeu d'enfant qui consiste à changer continuellement de place et à tâcher de prendre celle de son voisin.]
[3: On m'a assuré depuis, que M. Réal l'avait fait prévenir par Madame Lacuée, sa fille, que l'Empereur savait tout.]
[4: La plupart des députés n'étaient point encore nommés; mais il m'était bien permis d'anticiper sur les événemens.]
[5: Lorsque le duc d'Otrante devint ministre du Roi, et fut chargé de dresser les listes de proscription, je voulus savoir à quoi m'en tenir sur les effets de son ressentiment et je lui écrivis pour sonder ses dispositions. Il me fit appeler, m'accueillit avec beaucoup de bonté, et m'assura de sa protection et de son amitié: «Vous faisiez votre devoir, me dit-il, et je faisais aussi le mien. J'avais prévu que Bonaparte ne pourrait point se soutenir. C'était un grand homme, mais il était devenu fou. J'ai dû faire ce que j'ai fait, et préférer le bien de la France à toute autre considération.»
Le duc d'Otrante se conduisit avec la même générosité vis-à-vis de la plupart des personnes dont il avait eu à se plaindre; et s'il fut forcé d'en comprendre quelques-unes au nombre des proscrits, il eut du moins le mérite de leur faciliter par des avis, par des passeports, souvent par des prêts d'argent, les moyens d'échapper à la mort ou aux fers qui leur étaient réservés.]
[6: Ce préambule, qui tua l'acte additionnel, est, je crois, l'ouvrage de M. Benjamin Constant.]
[7: Ce tableau et celui dont il est question art. 33, n'étant d'aucune importance, n'ont point été joints ici.]
[8: Malgré la charte et les lois rendues chaque jour, on est encore obligé de revenir journellement aux règles établies par l'ancienne législation du sénat.]
[9: Paroles bien connues des Cortès d'Aragon aux rois d'Espagne lors de leur couronnement.]
[10: L'Empereur avait ordonné de brûler cette proclamation; mais je la trouvai si belle, que je crus devoir la conserver. Au moment du départ de Napoléon pour l'armée, je n'étais point à Paris; un premier commis du cabinet, M. Rathery, l'ayant trouvée dans mes cartons, eut le courage de la jeter au feu.]
[11: Je parle en général; je sais qu'il est des départemens où les colléges électoraux, par des causes différentes, ne furent composés que d'un petit nombre d'individus.]
[12: Voici sur le jeune Napoléon une anecdote que je n'ai lue nulle part. Lorsqu'il vint au monde, on le crut mort: il était sans chaleur, sans mouvemens, sans respiration. M. Dubois (accoucheur de l'Impératrice) faisait des efforts multipliés pour le rappeler à la vie, lorsque partirent successivement les 100 coups de canon destinés à célébrer sa naissance; la commotion et l'ébranlement qu'ils occasionnèrent, agirent si fortement sur les organes du royal enfant, qu'il reprit ses sens.]
[13: L'Empereur Alexandre, lors de l'événement de Fontainebleau, avait garanti au duc de Vicence, pour Napoléon, la possession de l'île d'Elbe. M. de Talleyrand et les ministres étrangers lui remontrèrent vivement les dangers de laisser l'Empereur sur un point aussi rapproché de la France et de l'Italie, et le conjurèrent de ne point s'opposer à ce qu'on le forçât de choisir une autre retraite. Alexandre, fidèle à ses engagemens ne voulut point y consentir. Lorsque l'Empereur reparut, Alexandre se fit un point d'honneur de réparer la noble faute qu'il avait commise, et devint plutôt par devoir que par animosité, l'ennemi le plus acharné de Napoléon et de la France.]
[14: Il avait, en Allemagne et en Angleterre, des agens qui l'instruisaient avec une exactitude parfaite de tout ce qui s'y passait; il est vrai que ces agens lui faisaient acheter chèrement leurs services. Il avait notamment à Londres deux personnes qui lui coûtaient 2000 guinées par mois. «Si mes Allemands, dit-il à ce sujet, étaient aussi chers, il faudrait y renoncer.»]
[15: Foyer ordinaire de la rébellion.]
[16: Les secours si pompeusement annoncés par les émissaires royalistes se réduisirent à 2,400 fusils et à quelques barils de poudre. Les chefs de l'insurrection, trompés dans leur attente, reprochèrent amèrement à M. de la Roche-Jaquelin de les avoir abusés et compromis par de fausses promesses.]
[17: L'Empereur avait destiné ce commandement en chef au duc de Rovigo, ou au général Corbineau; mais il prévit qu'on serait peut-être obligé d'en venir à des mesures de rigueur; et il ne voulut point qu'elles fussent dirigées par un officier attaché à sa personne.]
[18: L'Empereur considéra cette mesure rigoureuse comme une juste représaille des moyens employés par les chefs Vendéens pour recruter leur armée. Voici ces moyens.
Lorsque les familles qui règnent dans la Vendée, ont résolu la guerre, elles envoient l'ordre à leurs agens de parcourir les campagnes pour prêcher la révolte et pour indiquer à chaque paroisse le nombre d'hommes qu'elle doit fournir. Les chefs d'insurrection de chaque paroisse désignent alors les paysans qui doivent partir, et leur enjoignent de se rendre tel jour, à telle heure, au lieu fixé pour le rassemblement. S'ils y manquent, on les envoye chercher par des bandes armées, composées ordinairement des hommes les plus redoutés dans le pays; s'ils résistent, on les menace de les fusiller ou d'incendier leurs maisons; et comme cette menace n'est jamais vaine, les malheureux paysans obéissent et partent.
On a prétendu que l'Empereur avait donné l'ordre de mettre à prix la tête des chefs des insurgés; les instructions données au ministre de la guerre ont été transcrites par moi, et je ne me rappelle nullement qu'il y fût question d'un ordre semblable.]
[19: 14,000,000 francs avaient été affectés à la reconstruction des maisons incendiées.]
[20: Elles annonçaient et promettaient aux Napolitains le rétablissement sur le trône de Ferdinand leur ancien roi.]
[21: Les départemens du Centre et de l'Est se distinguèrent particulièrement. Un grand nombre de leurs habitans donnèrent des sommes considérables, et firent équiper, à leurs frais, des compagnies, des bataillons, des régimens entiers de partisans ou de gardes nationaux.
À Paris, un seul citoyen, M. Delorme, propriétaire du beau passage du même nom, offrit à la patrie cent mille francs.
Un autre fit remettre à l'Empereur, le jour de la revue de la garde nationale, un rouleau de papier attaché avec un ruban de la légion d'honneur. On l'ouvrit; il renfermait vingt-cinq mille francs, en billets de banque, avec ces mots: _à Napoléon, à la patrie_. L'Empereur voulut connaître l'auteur de cette mystérieuse et délicate offrande; et il parvint à savoir qu'elle était due à M. Gevaudan, dont plusieurs actions semblables lui avaient déjà révélé les nobles sentimens et le patriotisme.]
[22:
Votes. Affirmatifs....... 1,288,357 Négatifs.......... 4,207
Armées. Affirmatifs....... 222,000 Négatifs.......... 320
Marine. Affirmatifs....... 22,000 Négatifs.......... 275
31 départemens n'envoyèrent point à tems leurs registres. Un grand nombre de soldats, ne sachant pas signer, ne votèrent point; et les registres de 14 régimens ne parvinrent qu'après le recensement des votes.]
[23: Montesquieu. Grandeur et Décadence des Romains.]
[24: Jour de l'apparition de l'Acte du Congrès.]
[25: À l'époque de la discussion de l'acte additionnel, M. de Bassano, causant avec l'Empereur, de la chambre des députés, lui dit, que le mutisme du corps législatif était une des choses qui avait le plus contribué à décréditer le gouvernement impérial: «Mon corps législatif muet lui répondit, en riant, Napoléon, «n'a jamais été bien senti. C'était un grand jury législatif. Si l'on trouve bon que douze jurés prononcent par oui, ou par non, sur la vie et l'honneur de leurs concitoyens, pourquoi trouver étrange ou tyrannique que 500 jurés, choisis parmi l'élite de la nation, prononcent de la même manière sur nos simples intérêts sociaux?»]
[26: Il avait épousé une demoiselle Beauharnais, si célèbre depuis par son généreux dévouement.]