Les caquets de l'accouchée nouvelle édition revue sur les pièces originales
Part 19
[166] Voici comment Tallemant, d'après le récit qu'en faisoit la fille de la comtesse, raconte l'aventure sinistre de madame des Vertus (édit. in-8, t. 3, p. 407): «Le comte des Vertus étoit un fort bonhomme, et qui ne manquoit point d'esprit. Son foible étoit sa femme: il l'aimoit passionnément, et ne croyoit pas qu'on pût la voir sans en devenir amoureux. Un gentilhomme d'Anjou, nommé S.-Germain La Troche, homme d'esprit et de coeur, et bien fait de sa personne, fut aimé de la comtesse. Le mari, qui avoit des espions auprès d'elle, fut instruit aussitôt de l'affaire. Il estimoit S.-Germain et faisoit profession d'intimité avec luy; il trouva à propos de luy parler, luy dit qu'il l'excusoit d'être amoureux d'une belle femme, mais qu'il luy feroit plaisir de venir moins souvent chez luy. S.-Germain s'en trouva quitte à bon marché; il y venoit moins en apparence, mais il y faisoit bien des visites en cachette: c'étoit à Chantocé en Anjou. Le comte savoit tout; il n'en témoigna pourtant rien, jusqu'à ce que, durant un voyage de dix ou douze jours, le galant eut la hardiesse de coucher dans le château. Les gens dont la dame et luy se servoient étoient gagnés par le mary. Ayant appris cela, il deffendit sa maison à S.-Germain. Cet homme, au désespoir d'être privé de ses amours, écrit à la belle et la presse de consentir qu'il la défasse de leur tyran. Les agens gagnés faisoient passer toutes les lettres par les mains du mari, qui avoit l'adresse de lever les cachets sans qu'on s'en aperçût. Elle répondit qu'elle ne s'y pouvoit encore résoudre. Il réitère, et lui écrit qu'il mourra si elle ne consent à la mort de ce gros pourceau. Elle y consent, et, par une troisième lettre, il lui mande que dans ce jour-là elle sera en liberté, que le comte va à Angers, et que sur le chemin il lui dressera une embuscade. Le comte retient cette lettre, se garde bien de partir, et, ayant appris que S.-Germain dînoit, en passant, dans le bourg de Chantocé, il se résout de ne pas laisser passer l'occasion: il lui envoie dire qu'il fera meilleure chère au château qu'au cabaret, et qu'il le prioit de venir dîner avec lui. Le galant, qui ne demandoit qu'à être introduit de nouveau dans la maison, ne se doutant de rien, s'y en va. Il n'avoit pas alors son épée: il l'avoit ôtée pour dîner; il oublie de la prendre. Dès qu'il fut dans la salle, le comte luy dit: «Tenez, en lui présentant son dernier billet, connoissez-vous cela?--Oui, répondit S.-Germain, et j'entends bien ce que cela veut dire.--Il faut mourir.» Les gens du comte mirent aussitôt l'épée à la main. Ce pauvre homme n'eut pour toute ressource qu'un siége pliant. Il avoit déjà reçu un grand coup d'épée, le mari entra dans la chambre de sa femme, qui n'étoit séparée de la salle que par une antichambre. Il la prend par la main et luy dit: «Venez, ne craignez rien; je vous aime trop pour rien entreprendre contre vous.» Elle fut obligée de passer sur le corps de son amant, qui étoit expiré sur le seuil de la porte. Il la mena dans le château d'Angers. Elle eut bien des frayeurs, comme on peut penser. Les parents du mort, quand ils eurent vu la lettre, ne firent pas de poursuites. La comtesse ouit tout le bruit qu'on avoit fait en assassinant son favori. Elle étoit grosse; elle ne se blessa pourtant point, mais la petite-fille qu'elle fit, et qui ne vécut que huit ans, étoit sujette à une maladie qui venoit des transes où sa mère avoit esté, car elle s'écrioit: «Ah! sauvez-moi! voilà un homme, l'épée à la main, qui veut me tuer!» et elle s'évanouissoit. Elle expira d'un de ces évanouissements.»
[167] Il étoit secrétaire d'état et fort homme de cour. Il fut pour quelque chose dans la fortune de Puget à ses commencements. On peut lire sur lui et sur la reine Marguerite une anecdote assez gaillarde dans le _Perroniana_, 3e édition p. 145.
[168] Messire Nicolas de Verdun étoit alors premier président. Il avoit succédé, en 1616, à Achille du Harlay, et il occupa cette charge jusqu'en 1627. «Il avoit, dit Blanchard, le goût des peintures excellentes et des bons livres»; mais jusqu'ici nous ne savions pas qu'il eut celui de la galanterie. (Blanchard, _Eloges de tous les premiers présidents_, 1645, in-8, p. 81.)--On avoit M. de Verdun en grande estime; «chascun, lit-on dans une pièce du temps, ne sauroit assez l'admirer, pour estre ses louanges inférieures à ses vertus.» _Advis de Guill. de la Porte, hotteux ès halles de Paris_, etc., in-8, p. 7.
[169] Cette galerie se trouvoit dans l'hôtel de la préfecture de police, où M. de Verdun fut le premier qui installa la présidence du Parlement.
[170] Ce procès de Monsigot devoit avoir trait aux affaires du connétable de Luynes, dont il avoit été le secrétaire. L'issue n'en dut pas être bien desastreuse pour lui, puisque quelques années après, en 1629, nous le voyons reparoître comme secrétaire des commandements de Gaston, qui lui accorde toute sa confiance. Quand il songe à s'enfuir en Lorraine, c'est Monsigot qu'il envoie près du duc pour lui préparer une retraite. (_Mém._ de Gaston, Coll. Petitot, 2e série, t. 31, p. 88, 112.) Cette faveur de Monsigot chez Gaston ne le recommandoit guère auprès de Richelieu, qui d'ailleurs devoit haïr en lui une créature du connétable; aussi, à l'époque des démêlés graves entre Monsieur et le cardinal, après qu'il eut apporté l'inventaire des pierreries de Madame, comme on l'en avoit chargé, resta-t-il long-temps inquiet et craignant d'être arrêté, dans la retraite qu'il s'ésoit donnée à Orléans. (_Mém._ de Richelieu, Coll. Petitot, 2e série, t. 26, p. 367.)
[171] Beaucoup d'autres lui en avoient aussi. «On a vu Monsigot, dit le _Contadin provençal_, tenir banque au Louvre pour la composition des pensions.» Recueil cité, p. 98.
[172] Il avoit surtout pour lui les gens du parlement; mais on pouvoit craindre que ce ne lui fût un secours inutile:
Pour Monsigot, j'ai peur que messieurs de la cour Ne le puissent tirer d'un si fascheux destour.
(_Le De profundis sur la mort de Luynes_, même Recueil, p. 417.)
[173] Duret de Chevri, président de la chambre des comptes. Il avoit commencé par être secrétaire de Sully, et mieux que cela même, à en croire Tallemant, édit. in-12, t. 1, p. 148. Sa mort et l'épitaphe satirique qu'on lui fit sont ainsi mentionnées dans le _Patiniana_, p. 16: «Il mourut en 1637, après avoir été taillé de la pierre. Voici son épitaphe:
Cy-gist qui fuyoit le repos, Qui fut nourri dès la mamelle De tributs, tailles et impôts, De subsides et de gabelles; Qui mêloit dans ses aliments De l'essence du sol pour livre. Passant, songe à te mieux nourrir, Car, si la taille l'a fait vivre, La taille aussi l'a fait mourir.
[174] Ce nom est altéré; il faut lire «le président d'Ocquerre.» Il étoit, en effet, secrétaire d'Etat. Il eut pour fils ce Blancmesnil, conseiller au parlement, qui partagea la popularité frondeuse de Broussel. _Histor._ de Tallemant, édit in-12, t. 7, p. 148.
[175] A titre de veuve du connétable de Luynes, son premier mari, madame de Chevreuse devoit en effet protéger Monsigot.
[176] Cela est si vrai, qu'elle ne tarda pas à être éloignée de la cour, aux instigations de la Vieuville. _Mém._ de Richelieu, coll. Petitot, 2e série, t, 22, p. 273.
[177] Il faut lire le commandeur, et non le chevalier de Sillery. Noël Brulart, frère du chancelier de Sillery, fut en effet ambassadeur à Rome. Il en fut rappelé en 1624 par Richelieu, ennemi juré de sa famille. Le traité conclu par le commandeur avec le pape, dans l'affaire de la Valteline, fut le motif ou plutôt le prétexte de cette disgrâce.
[178] François Annibal d'Estrées, marquis de Coeuvre, frère de Gabrielle, et par là, comme il est dit ici, oncle de MM. de Vendosme. C'est lui qui les avoit amenés à faire leur Paix avec le roi, dans les commencements de son règne. (_Lettres_ de Malherbe à Peiresc, p, 378, 393.) Pendant son ambassade à Rome, qui précéda celle du commandeur de Sillery, et qu'il eût bien désiré faire durer plus long-temps, comme ce passage des _Caquets_ l'indique, il avoit réussi à faire obtenir à Richelieu le chapeau de cardinal.
[179] C'est le même qui devint si fameux plus tard comme lieutenant civil, et l'âme damnée de Richelieu. Il ne prit qu'en 1638 cette charge, qu'il garda jusqu'à sa mort, en 1650. A l'époque dont il est parlé ici, il étoit maître des requêtes.
[180] Le président Jean-Robert Aubry ou Aubery, conseiller d'Etat, mourut doyen du conseil dans un âge très avancé. On l'appeloit Robert le Diable. Tallemant n'en voit de raison que dans sa brusquerie. En somme, dit-il, sa femme, qu'il ne tourmentoit guère, «étoit plus diablesse qu'il n'étoit diable.» Tallemant, édit. in-12, t. 8, p. 23.
[181] C'étoit encore bien là l'opinion reçue à propos de cette affaire; dans le _De profundis_ sur la mort de Luynes, on fait dire par le connétable à l'un de ses fidèles:
Tu n'ignores, Desplan, que je suis ton soutien, Que je t'ay soutenu lorsque j'estois en vie. Monsigot te dira, maintenant qu'on le tient, Qu'il est en grand hasard d'avoir l'ame ravie.
(Recueil cité, p. 415.)
[182] Monsigot, comme une précédente note l'indique, obtint pourtant son pardon. Il n'y épargna rien, il est vrai. Il fit surtout des aveux, pensant, lit-on dans le _Passe-partout des favoris_, qu'il auroit quelque grace par la confession de ses fautes si mal à propos commises; «mais, ajoute l'auteur, que la suite dut bien surprendre, je crains qu'il sera contraint de tenir compagnie à son maître et d'aller voir s'il est aussi aisé de voler aux Pays-Bas qu'à l'armée.» Même Recueil, p. 136.
[183] Potel étoit greffier du conseil. Son fils, qui se faisoit appeler M. Le Parquet, et qu'on nommoit plus communément Potel-Romain, «à cause qu'il parloit fort de Rome, où il avoit été», n'est pas oublié, comme l'un des plus curieux originaux du temps, par Tallemant, dans ses _Historiettes_. (V. édit. in-12, t. 10, p. 34-35.)
[184] Il avoit été l'une des créatures du maréchal d'Ancre, et d'Aubigné, dans le _Baron de Fæneste_, nous le représente, ainsi que Barbin, comme «un habile homme, bien fidèle a la reine et à madame la mareschale.» (Liv. 1, chap. 13.) Il tomba avec son protecteur. Les mémoires de Pontchartrain le mettent au rang des deux ou trois (il est vrai que Richelieu en est aussi) qui n'avoient «d'autre mérite et expérience aux affaires sinon d'être ministres des passions du maréchal et de sa femme.» (_Mémoires concernant les affaires de France sous la régence de Marie de Médicis, etc._, La Haye, 1720, t. 2, p. 268.) Mangot pourtant finit par rentrer en faveur. Au mois d'août 1621, après la mort du chancelier du Vair, il fut investi de la charge dont il est parlé ici: on lui donna les sceaux; mais il ne les garda pas long-temps.
[185] C'est le même, sans doute, qui, s'étant poussé dans les ambassades, en fit une à Rome, si malheureuse, pour obtenir du pape que l'évêque de Beauvais fût fait cardinal. Il en revint piteux et enrhumé. «Ce n'est pas étrange, dit Bassompierre, qui l'entendoit tousser; il est revenu de Rome sans chapeau...» Tallemant, _Historiettes_, édit. in-12, t. 4, P. 208.
[186] Le président de Tillay, de la famille des Girard, fameuse alors dans la robe, et dont un des membres étoit à cette époque procureur général de la chambre.
[187] C'est, dans le _Recueil général_: _La cinquiesme journée et visitation de l'Accouchée_.
[188] _Var._ du _Recueil général_: Je me mis à entretenir l'Accouchée, et peu après...
[189] _Var._: Et moy, je pris la mienne ordinaire au cabinet.
[190] On peut lire dans les mémoires du duc lui-même comment il fit sa paix avec le roi dans les conférences d'Alais, et à quelles conditions pour son parti et pour lui-même cet arrangement définitif fut conclu. (Coll. Petitot, 2e série, t. 18, p. 440-455.)--«_Baiser le babouin_, sorte de proverbe pour dire: faire des soumissions à quelqu'un avec lequel on étoit brouillé.» Richelet.
[191] Le duc de Fronsac, fils du comte de S.-Paul, qui servoit comme volontaire au siége de Montauban, fut tué dans une sortie. (_Mémoires_ du sieur de Pontis, liv. 5, 1622.) Il avoit vingt ans à peine et n'étoit arrivé que depuis un jour devant la place. (_Mercure françois_, t. 8, p. 814-815.) Le roi écrivit des lettres de consolation au comte et à la comtesse de S.-Paul. (Ibid.)
[192] «M. de Montmorency y fut blessé; le duc de Fronsac, le marquis de Beuvron, Hoctot, le baron de Canillac, Montbrun, L'Estange, Lussan, Gombalet et plusieurs hommes de commandement, furent tués.» _Mém._ de Richelieu, Coll. Petitot, 2e série, t. 22, p. 222.
[193] Ce n'est encore ici que l'écho d'un bruit qui couroit; on avoit même été jusqu'à conseiller aux seigneurs, à M. de Montmorency en particulier, de ne pas trop s'engager dans les expéditions entreprises par le connétable. «Et puis faites-vous assommer pour deffendre telles gens, qui ne demandent que la mort d'autrui pour attraper leur dépouille! C'est pourquoy M. de Montmorency doit prendre garde de se trop engager en la guerre de Languedoc; que si par malheur il luy arrivoit d'estre tué, ils se mocqueroient de luy en se revestant de ses charges.» _Méditation de l'Hermite Valérien. Recueil des pièces les plus curieuses_, etc., p. 332.--Si, dans le profit qui en est le résultat, il peut être juste de chercher la raison d'un crime, on peut dire que pour la mort du duc de Fronsac, reprochée ici au connétable et à ses frères, cette raison semble un peu exister. Cadenet, l'un des frères, avoit enlevé au jeune duc, pour l'épouser lui-même, la riche héritière du vidame d'Amiens. En dédommagement, il devoit lui donner le domaine de Château-Thierry, 100,000 livres, et, de plus, on s'étoit engagé à lui faire épouser l'héritière de Luxembourg. Or cette promesse, nous en avons la preuve dans le _Contadin provençal_, n'avoit pas encore été réalisée quand la mort de M. de Fronsac vint si heureusement rendre les trois frères quittes de cette dette et des autres. _Recueil des pièces les plus curieuses_, etc., p. 19, 106.
[194] Ce parvenu de bas étage, sur lequel cette page des _Caquets_ donne des détails que nous avons vainement cherchés ailleurs, ne resta pas long-temps en faveur. Il tomba avec Toiras, Bautru et quelques autres, par la volonté de Richelieu, et malgré celle de Louis XIII lui-même. «Desplan, Bautru, Toiras, lit-on dans les _Mémoires_ du Cardinal, sont chassés par proposition non approuvée.» _Coll. Petitot_, t. 18, p. 329.
[195] C'est dans cette entrevue de Vincennes que le frère de Luynes fit avec menace au prince prisonnier les propositions singulières dont il est ainsi parlé dans la _Chronique des favoris_: «Cadenet n'a-t-il pas esté si outrecuidé que de menasser M. le Prince qu'il ne sortiroit du bois de Vincennes s'il ne consentoit de luy donner en mariage madame la princesse d'Orange, qui en est morte d'apprehension.» _Recueil des pièces les plus curieuses_, etc., p. 466.
[196] Il y a ici erreur: ce n'est pas Desplan, mais Toiras, et encore plusieurs années après, le 13 déc. 1630, qui fut gratifié d'un brevet de maréchal de France.
[197] Ce M. de Courbouzon ou Corbezon est le même sans doute que, lors de l'assassinat du roi, dont on accusoit les ligueurs et l'Espagne, empêcha qu'on massacrât l'ambassadeur de cette puissance. _Lettres de Malherbe à Peiresc_, p. 144.
[198] Voici le titre exact de la pièce qui répandoit ainsi la renommée de M. de Courbouzon: _La furieuse escarmouche faite sur les Rochelois par le sieur de Courbouzon, lieutenant de la compagnie de M. le duc de Nemours, estant en l'armée du roy, devant la Rochelle, commandée par Monseigneur le duc de Soissons_. Paris, P. Ramée, 1622, in-8.
[199] _A tort et à travers._ C'étoit une locution des jeux de paume. Charron dit _à bonds et voles_. (_La Sagesse_, liv. 2, ch. 1.)
[200] Le sieur de Villautrais est un des partisans, scandaleusement riches, les plus maltraités par les pasquins du temps. V. _la Voix publique au roy_, Recueil E, p. 241; _la Chasse aux larrons_, p. 90. Il est aussi nommé dans les _Contreveritez_ de la cour. (Recueil cité, p. 63-66.)
[201] Fabri, seigneur de Champauze, trésorier de l'extraordinaire des guerres. Sa fille épousa le chancelier Séguier. Il est parlé de lui en d'assez mauvais termes dans le libelle de J. Bourgoin, _la Chasse aux larrons_, Paris, 1618, in-4, p. 45, et dans _la Voix publique au roi_. (Recueil E, p. 210.)
[202] _Var._: Pauvre.
[203] Fameuse folle de cour qui occupe tout un chapitre de la _Confession de Sancy_, et la même, croit-on, que Pierre Colins, allant faire hommage à Henri IV pour la terre d'Enghien, dit avoir vue à la table royale, (_Hist. des choses les plus mémorables_, etc., p. 729.) En 1622, elle avoit encore de la cour une pension de 1,200 livres. (Nic. Remond, _Sommaire traité du revenu_, etc. 1622, in-8., _ad fin._) Mathurine couroit les rues et étoit le jouet des laquais et des marmots. V. à la fin de ce volume _les Essais de Mathurine_.--On appeloit alors _maturinades_ une sorte de satire burlesque. (_Remerciment de la voix publique au roy pour la disgrâce de M. de la Vieuville._ Recueil F, p. 46.)
[204] Il le fut, en effet, peu de temps après, en 1622; sa conduite à Montpellier, et surtout dans l'affaire des Sables-d'Olonne (Tallemant, édit. in-12, t. 4, p. 198), l'en avoit réellement rendu digne.
[205] Le maréchal de Créqui, gendre de Lesdiguières, à qui le titre de connétable revenoit un peu par droit d'alliance, beaucoup par droit de courage. Il ne l'eut pourtant pas: il n'hérita de son beau-père que du titre de duc de Lesdiguières.
[206] L'affaire de D. Philippin, bâtard du duc de Savoie, avec M. de Créqui, seroit trop longue à raconter ici; il suffira de rappeler qu'après d'interminables retards apportés par le bâtard, un duel eut lieu enfin entre lui et le duc, le 1er juin 1599, à Quirieux. M. de Créqui, après un combat de quelques minutes, le perça de deux coups d'épée et de deux coups de poignard, dont il mourut peu de jours après.
[207] «... Elle avoit chez elle un certain bouffon, nommé Guérin, qui prenoit la qualité de maître des requêtes de la reine Marguerite et de son orateur jovial. Il portoit une robe de velours, une soutane de satin noir avec un bonnet carré. Ce bouffon, tous les jours, ne manquoit pas de monter sur le théâtre qu'elle avoit fait dresser dans son palais du faubourg S.-Germain, à l'un des bouts de la grande salle. Comme elle prenoit grand plaisir à l'écouter, il n'épargnoit pas les mots les plus infâmes. Il continua à faire ce beau métier tant qu'elle vécut; il en fut assez mal récompensé: il mourut de misère.» (Sauval, _Galanteries des rois de France_, etc., suiv. la copie imp. à Paris, 1721, in-12, t. 3, p. 70.) Guérin dirigeoit les ballets de la cour. _Lettres de Malherbe_, p. 327. V. aussi sur ce bouffon nos _Variétés hist. et litt._, t. 1, p. 220.
[208] Branche pliante, lien des fagots. La corde des pendus prenoit aussi ce nom. (V. le _Roman du Renard_, vers 7854.) De là l'expression: peine de la _hart_.
[209] _Var._: Courtoisies.
[210] Vive comme l'_émérillon_, sorte de faucon.
[211] Le _paroistre_, comme il est dit ici, étoit le ridicule de l'époque. D'aubigné s'en prend surtout à cette manie d'ostentation, dans son _Baron de Fæneste_. Le nom même du héros, qui n'est que le verbe grec signifiant _paroitre_ ingénieusement francisé, en est une preuve. Dans un livret très rare du même temps, on s'explique ainsi, de la façon la plus claire, sur le mot et sur la chose: «... Un ramoneur lombard, entendant les merveilles des bottes..., jura... qu'il se viendroit icy naturaliser et en achepter deux paires pour se rendre estafier chez quelque honneste homme à bottes, et tascher par ce moyen de _parestre_ (c'est le mot qui court) et faire ses affaires s'il pouvoit.» _La mode qui court à présent et les singularitez d'icelle, ou l'ut, re, mi, fa, fol, la, de ce temps_, Paris, Fleury Bourriquant, 1613, in-12, p. 12.
[212] C'est-à-dire se donnant des airs de commandement. _La pique de Biscaye_ étoit, sous Charles IX, l'arme des colonels.
[213] Louis XIII, en cela, n'eût fait qu'imiter son père, qui ne fit pas moins de trois édits contre les clinquants et dorures: l'un en 1594, le second en 1601, le troisième en 1606. C'est de ce dernier, enregistré au Parlement le 9 janvier 1607, que Régnier a parlé dans sa 8e satire, v. 72:
. . . . . . . . . . . A propos, on m'a dict Que contre les clinquants le roy faict un edict.
Le projet d'ordonnance dont il est question ici fut, du reste, réalisé quelques années après, en 1627. Nous trouvons à la suite d'une pièce parue alors, _le Tableau à deux faces de la foire Saint-Germain_, etc., Paris, 1627, in-12, p. 10, une _Consolation aux dames_ sur la réformation des passements et habits qui venoit d'avoir lieu par ordonnance royale.
[214] C'est le même artisan, l'un des plus riches alors, qui est nommé dans ce passage de la 16e satire de Régnier:
Suis jusques au conseil les maîtres des requestes. Ne t'enquiers, curieux, s'ils sont hommes ou bestes, Et les distingue bien: les uns ont le pouvoir De juger finement un procès sans le voir; Les autres, comme dieux, près le soleil résident, Et, démons de Plutus, aux finances président: Car leurs seules faveurs peuvent, en moins d'un an, Te faire devenir Chalange et Montauban.
Ce dernier ne s'appeloit Montauban qu'à cause de sa ville natale; son vrai nom étoit Moysset. Il étoit trésorier de l'Epargne. V. _la Chasse aux larrons_, p. 21.
[215] Chalange se méloit de toutes ces grosses affaires; il achetoit pour ainsi dire la promulgation de tout édit onéreux, et tenoit compte d'une part des profits aux ministres à qui il l'avoit fait rendre. Sa faveur étoit ainsi devenue très grande à la cour. «Ainsi voit-on que Chalange et autres tels partisans, dit le _Contadin provençal_, ont plus d'accès aux favoris que les grands et les vieux conseillers de l'Etat.» (Recueil cité, p. 98.)
[216] C'étoit un de ces édits comme il y en eut tant de promulgués alors contre les gens de justice. Il fit crier autant au moins que la _revente des greffes_, qui, selon un libelle du temps, fut cause que le roi «fut volé de six millions de livres», dont s'enrichirent les partisans. (_Raisons de la reine-mère_, dans le _Recueil des pièces curieuses_, etc., p. 275.) Toute la basoche, qu'on rançonnoit, fut en émoi de cet _édit des procureurs_, et ce qu'on dit ici des empêchements qu'y trouva Chalange semble assez naturel quand on sait à qui il avoit affaire et ce qu'il demandoit. «Les trois quarts de vostre vermine de procureurs étoient reduits au bureau des Innocents, faute d'avoir de quoy satisfaire à l'edit, dont on s'est tant tremoussé dans vostre palais.» (_Advis donné au roi, etc._, Recueil, etc., p. 139-140.) V. encore sur cet édit l'_Anti-Caquet_, à la fin de ce volume, et nos _Variétés hist. et littér._, t. 1, p. 215--216.
[217] On n'étoit pas dupe des raisons qui faisoient promulguer ces lois successives, «tant d'edits nouveaux, dit un pamphlet du temps, contre Luynes et les partisans ses créatures, qui ne servent que pour affliger le pauvre peuple, et ne sont inventez que pour assouvir leur avarice.» (_Le Contadin provençal_, Recueil, etc., p. 98.)
[218] Par la bouche, expression tirée du vieux mot _engouler_.
[219] Les capucines s'étoient établies, de 1604 à 1606, dans le couvent qui a gardé leur nom.
[220] C'est Jean-François de Gondi, qui, de doyen de Notre-Dame, devenoit évêque de Paris. Il fut sacré le 19 février 1622, et, d'après cette date, on peut voir exactement à quelle époque fut écrite cette partie des _Caquets_. Il ne faut pas s'étonner du mot _évêque_ employé ici: c'est le titre que portaient encore les prélats du siége de Paris. Ce même François de Gondi fut le premier qui l'échangea pour celui d'archevêque.