Les Bourbons bibliophiles, Rois & Princes, Reines & Princesses
Part 6
_Les Femmes illustres_, de Scudéry, ms. in-fol.; _les Principales aventures de don Quichotte_, représentées en 31 figures par Coypel, Picart, in-fol.; _la Princesse de Clèves, Zaïde_, par Mme de La Fayette; _les Aventures de Télémaque_; _les Mémoires du chevalier de Grammont_, par Hamilton; _Gil Blas_, de Le Sage; _les Contes Moraux_, de Marmontel; de l'abbé Prévost, ses _Mémoires pour servir à l'histoire de la vertu_; presque tous les romans de Mme Riccoboni: _Fanny Butler_, _Miss Jenny_, _Juliette Catesby_, _la comtesse de Sancerre_, _Histoire du marquis de Cressy_; de Richardson, _Clarisse_, _Grandisson_; de Fielding, _Tomes Jones_, _Amélie_; _Gulliver_, de Swift; _Robinson Crusoé_; _les Contes de fées_ de Mme d'Aulnoy; tous nos écrivains de théâtre, et la traduction de Shakespeare par Letourneur.
Il faut rapprocher de Marie-Antoinette, sa belle sœur, Madame Elisabeth, unie avec la reine de France dans la même tragique destinée. De dix ans plus jeune que Louis XVI, dernière des cinq enfants du Dauphin et de la princesse Josèphe de Saxe, Madame Elisabeth avait reçu une éducation sévère, sous la surveillance de la comtesse de Marsan, gouvernante des Enfants de France, et surtout de la baronne de Mackau, sous-gouvernante. C'est à leurs soins patients que fut due la transformation qui eut lieu dans le caractère de la jeune princesse, née emportée et violente: ce fut une répétition de ce qu'autrefois Fénelon avait fait pour le duc de Bourgogne. Et l'on ne peut s'empêcher de penser qu'en réformant ainsi la nature, l'éducation n'ait contribué à affaiblir dans les derniers Bourbons une énergie que les circonstances politiques allaient rendre si nécessaire. Moins vertueux, Louis XVI eut sans doute été un meilleur roi. Toutefois il est juste de dire, en ce qui concerne Madame Elisabeth, que si l'éducation en fit la plus vertueuse des princesses, elle laissa subsister en elle une énergie qu'on aurait souhaitée à son frère. Elle reçut de Guillaume Le Blond des leçons d'histoire et de géographie, suivit même assidûment les cours de physique de l'abbé Nollet. Le Dr Le Monnier, médecin des Enfants de France, et le Dr Dassy lui apprirent la botanique, dans les longues excursions qu'ils faisaient avec elle dans la forêt de Fontainebleau pendant les séjours de la cour dans cette résidence royale. La fille de la célèbre Mme Geoffrin, la marquise de la Ferté-Imbault, lui avait donné un goût très vif pour Plutarque, en composant pour elle une analyse des _Vies des hommes illustres_.
Devenue, à quatorze ans (1778), maîtresse de ses actions, elle s'était arrangé dans sa maison de Montreuil, près de Versailles, une vie toute d'étude et de charité pratique. Elle a pour «secrétaire ordinaire et de cabinet, Chamfort l'académicien; pour page, ce jeune Adalbert de Chamisso de Boncourt, que l'émigration jettera en Allemagne, et qui écrira plus tard le roman de _Pierre Schlemihl_ (1814). Madame Elisabeth aima les livres; ceux de sa bibliothèque étaient élégamment reliés, timbrés d'un écusson en losange aux armes de France, surmonté d'une couronne ducale. La Bibliothèque de l'Arsenal en possède un, _l'Office de Saint-Symphorien_, qui rappelle les habitudes pieuses de la jeune princesse, et qui a dû l'accompagner bien souvent dans ses visites à sa paroisse. Cette église de Saint-Symphorien était celle de Montreuil: église très simple, assez laide, au style de temple grec, surmontée d'une sorte de pigeonnier carré, où sonnait une unique cloche, dont Madame Elisabeth avait été la marraine. Comme la maison de Montreuil n'avait pas de chapelle, la princesse s'y rendait à pied par les ruelles, souvent «par une crotte indigne», car l'accès en était difficile aux carrosses. C'est à propos de cette église qu'elle écrivait à Mme de Raigecourt, le lundi de Pâques: «J'ai l'air d'une vraie campagnarde: c'est que je suis à Montreuil depuis midi. J'ai été à vêpres à la paroisse. Elles sont aussi longues que l'année dernière, et ton cher vicaire chante _O Filii_ d'une manière aussi agréable. Des Essarts a pensé éclater, et moi de même.»
Les seules fêtes de la résidence de Montreuil, nous ne voulons pas dire le château, étaient celles de l'étude et de l'amitié. Entre Mme de Mackau et son vieux maître Le Monnier, qui tous deux avaient une habitation voisine, la princesse passait des heures délicieuses. Le Monnier, raconte Mme d'Armaillé, associait Madame Elisabeth à ses recherches de botanique dans son jardin, à ses expériences de physique dans son cabinet. Le jeune Chamisso y assistait souvent à la suite de la princesse, et il en acquit des connaissances qui, plus tard, ne furent pas inutiles à sa carrière et à sa réputation. Chez elle nous voyons souvent Madame Elisabeth occupée à de vrais plaisirs de bibliophile. Plus d'une de ses matinées sont occupées à ranger ses livres. «Ma bibliothèque est presque finie, écrit-elle à Mme de Raigecourt, les tablettes se placent; tu n'imagines pas quel joli effet font les livres.»
IX
Caroline de Bourbon, fille du roi François Ier, roi de Naples, qui, en 1816, à dix-huit ans épousa le duc de Berry, clôt dignement cette liste des princesses de Bourbon bibliophiles. D'un esprit très vif, très naturel, aimant les lettres et les arts, la duchesse de Berry, même après l'assassinat de son mari, en 1820, resta la protectrice des artistes et des gens de lettres. Sa collection de tableaux, et la collection de livres qu'elle s'était formée au château de Rosny, furent également célèbres. Les événements de 1830 les dispersèrent l'une et l'autre.
La bibliothèque du château de Rosny fut une des mieux choisies, des plus élégantes, par ses exemplaires et par ses reliures, que l'on ait comptées dans la première moitié de ce siècle. Les livres en étaient presque tous timbrés sur le plat recto aux armes de la duchesse: _de France à la bordure engrêlée de gueules qui est de Berry, accolé des Deux-Sicile_; sur le plat verso, de son chiffre C couronné. La vente en eut lieu du 20 février au 23 mars 1837, dans la salle de la galerie de Bossange père, rue de Richelieu 60. Le _Catalogue_[3], où figurent, sur la feuille de titre, les armes de la Duchesse, très finement gravées en taille douce, entourées de la cordelière des veuves et de deux branches de lis, comprend 2,578 numéros pour les livres, et 74 pour les estampes. La théologie y forme 141 articles, la jurisprudence 36, les sciences et arts 445, les belles-lettres 565, l'histoire 1,163, les manuscrits 86, les lettres autographes 54.
[3] Catalogue de la riche bibliothèque de Rosny, dans laquelle se trouvent les grands et beaux ouvrages à figures, tant anciens que modernes, publiés en France, en Angleterre, et en Italie, dont plusieurs sur peau de vélin, avec les dessins originaux (exemplaires uniques), une collection de quatre-vingt-dix manuscrits très précieux et de la plus haute antiquité, dont la vente aura lieu... par le ministère de Me Bataillard. _Paris, Bossange père, Techener et Bataillard_, in-8º de 264 pages. \#
L'auteur de la préface considère comme «superflu» l'éloge de cette bibliothèque, où «chaque article annonce presque toujours le plus bel exemplaire, enrichi de gravures, de portraits, ou d'une riche et élégante reliure. Les manuscrits doivent exciter la curiosité à un très haut degré. Depuis plus de 30 ans, ajoute-il, il ne s'était pas présenté de collection aussi précieuse, sous le rapport de l'antiquité historique; une grande partie de ces richesses ont été recueillies par le célèbre Pithou.»
Parmi les livres, on remarquait un _Rituel de l'Abbaye royale de Saint-Germain des Prés_, ms. sur vélin, pet. in-fol., offert à Anne d'Autriche dont il porte les armes; les _Roses_ représentées en 170 dessins originaux de Redouté, peintes sur peau vélin, renfermées en six portefeuilles gr. in-fol., qui avaient coûté trente mille francs; l'_Herbier de l'amateur_, par Mordant de Launoy et Loiseleur Des Longchamps, avec 526 dessins originaux de Bessa, sur beau vélin, en six étuis; la collection d'estampes, connue sous le nom de _Cabinet du roi_, 24 vol. in-fol., épreuves de choix et de la plus parfaite conservation; _Peintures Persanes et Mongoles_, représentant des costumes, rel. orientale; les _Poésies de Malherbe_, Didot, 1777, in-4º, exemplaire unique, sur vélin; une curieuse collection de romans du commencement du XIXe siècle, en éditions originales (330 numéros).
Des manuscrits, nous mentionnerons seulement le _Code Théodosien_, ms. du VIe siècle, qu'une note de F. Pithou dit avoir servi à Cujas pour sa publication des Codes; le _Roman de la Rose_, ms. sur vélin, du XIIIe siècle; le _Roman de Gaides_, en vers, ms. de la fin du XIIIe siècle.
Dans un tome des _Œconomies Royales_ de Sully, édition originale imprimée à Sully, se trouvait cette note de la main de la duchesse de Berry:
Le procédé de la Cour a certainement quelque chose de bien singulier. Ce serait un mystère absolument incompréhensible si l'on ne sçavait dans quelles variations est capable de se jetter un prince livré à l'irrésolution, à la timidité et à la paresse. En matière d'Etat rien n'est pire que cet esprit d'indécision. Il ne faut, dans les conjonctures difficiles, tout abandonner ni tout refuser au hasard, mais après avoir choisi un but par les réflexions sages et froides, il faut que toutes les démarches qu'on fait décident à y parvenir.
Le défaut de tous les esprits qui n'ont jamais embrassé que de petites et frivoles intrigues et, en général, de tous ceux qui ont plus de vivacité que de jugement, est de se représenter ce qui est proche de manière à s'en laisser éblouir, et de ne voir ce qui est loin qu'au travers d'un nuage.
Quelques livres, ayant appartenu à sa fille, Louise-Marie-Thérèse d'Artois, née en 1819, appelée jusqu'en 1830 Mademoiselle, et mariée, en 1845, à Charles III, duc de Parme, étaient timbrés de l'écusson en losange: _de France, à la bordure crénelée de gueules_.
Quelques années avant la mort de la duchesse en 1870, eut lieu une seconde vente de manuscrits lui ayant appartenu.[4] Cette collection avait été distraite de la première, et ne comprenait que 35 articles. La vente produisit 98,075. Un seul _Livre d'heures_ fut adjugé au prix de 60,000 francs pour le Musée des Souverains.
[4] _Catalogue des manuscrits très précieux des XIIIe et XVIIe siècles composant la collection de Mme la duchesse de B***_ (par M. Paul Meyer), _dont la vente aura lieu le mardi 22 mars 1864_; Paris, in-8, de 36 pp.
X
Le temps et plus encore les révolutions, ont détruit ou dispersé ces richesses. Ce qui en reste dans nos grands dépôts littéraires est, sauf un petit nombre, comme noyé et perdu dans la foule des livres vulgaires. Il est cependant un lieu privilégié, où l'on peut encore se faire une idée de ces belles collections royales, dont les débris sont aussi précieux par les souvenirs historiques qui s'y rattachent que pour l'histoire de cet art de la reliure qui atteignit en France une si admirable perfection. Nous voulons parler de Versailles. C'est à la bibliothèque de la ville de Versailles, si heureusement installée dans l'ancien Hôtel du Dépôt des papiers de la guerre, de la marine et des affaires étrangères, bâti de 1761 à 1762 par le père du maréchal Berthier, qu'il faut aller pour avoir une idée de ce que pouvaient être les collections littéraires des princes de la maison de France. Cette Bibliothèque, en effet, est en grande partie composée des bibliothèques privées du Roi, des princes et princesses de la famille royale, qui se trouvaient dans les appartements du château à l'époque de la Révolution.
AVANT-PROPOS I ROIS ET PRINCES 1 REINES ET PRINCESSES 63
_Achevé d'imprimer_ Le huit juillet mil neuf-cent-un PAR FRÉDÉRIC EMPAYTAZ _A VENDOME_
Collection du Bibliophile Parisien OUVRAGES PARUS: Les Mystifications de Caillot-Duval par =LOREDAN-LARCHEY= _Choix de ses lettres les plus amusantes avec les réponses de ses victimes_
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LE RESPECT DES LIVRES _MEMENTO DU BIBLIOPHILE_ par =R. YVE-PLESSIS= _Avec un frontispice en couleur_ 1 vol. in-18, tiré à exemplaires numérotés et signés =4= fr.
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