Les apôtres

Part 23

Chapter 233,677 wordsPublic domain

[Pg 330]-[An 45] avaient conservé un fond de religion élevée et une grande horreur de la superstition[67]. Les géographes Strabon et Pomponius Méla, le médecin et encyclopédiste Celse, le botaniste Dioscoride, le jurisconsulte Sempronius Proculus, étaient des têtes fort bien faites. Mais c'étaient là des exceptions. A part quelques milliers d'hommes éclairés, le monde était plongé dans une complète ignorance des lois de la nature[68]. La crédulité était une maladie générale[69]. La culture littéraire se réduisait à une creuse rhétorique, qui n'apprenait rien. La direction essentiellement morale et pratique que la philosophie avait prise bannissait les grandes spéculations. Les connaissances humaines, si l'on excepte la géographie, ne faisaient aucun progrès. L'amateur instruit et lettré remplaçait le savant créateur. Le suprême défaut des Romains faisait sentir ici sa fatale influence. Ce peuple, si grand par l'empire, était secondaire par l'esprit. Les Romains les plus instruits, Lucrèce, Vitruve, Celse, Pline, Sénèque, étaient, pour les connaissances

[Pg 331]-[An 45] positives, les écoliers des Grecs. Trop souvent même, c'était la plus médiocre science grecque que l'on copiait médiocrement[70]. La ville de Rome n'eut jamais de grande école scientifique. Le charlatanisme y régnait presque sans contrôle. Enfin, la littérature latine, qui certainement eut des parties admirables, fleurit peu de temps et ne sortit pas du monde occidental[71].

La Grèce, heureusement, restait fidèle à son génie. Le prodigieux éclat de la puissance romaine l'avait éblouie, interdite, mais non anéantie. Dans cinquante ans, elle aura reconquis le monde, elle sera de nouveau la maîtresse de tous ceux qui pensent, elle s'assiéra sur le trône avec les Antonins. Mais, maintenant, la Grèce elle-même est à une de ses heures de lassitude. Le génie y est rare; la science originale, inférieure à ce qu'elle avait été aux siècles précédents et à ce qu'elle sera au siècle suivant. L'école d'Alexandrie, en décadence depuis près de deux siècles, qui, cependant, à l'époque de César, possédait encore Sosigène, est muette maintenant.

De la mort d'Auguste à l'avénement de Trajan, il faut donc placer une période d'abaissement momentané pour l'esprit humain. Le monde antique était loin

[Pg 332]-[An 45] d'avoir dit son dernier mot; mais la cruelle épreuve qu'il traversait lui ôtait la voix et le cœur. Viennent des jours meilleurs, et l'esprit, délivré du désolant régime des Césars, semblera revivre. Épictète, Plutarque, Dion Chrysostome, Quintilien, Tacite, Pline le Jeune, Juvénal, Rufus d'Éphèse, Arétée, Galien, Ptolémée, Hypsiclès, Théon, Lucien, ramèneront les plus beaux jours de la Grèce, non de cette Grèce inimitable qui n'a existé qu'une fois pour le désespoir et le charme de ceux qui aiment le beau, mais d'une Grèce riche et féconde encore, qui, en confondant ses dons avec ceux de l'esprit romain, produira des fruits nouveaux pleins d'originalité.

Le goût général était fort mauvais. Les grands écrivains grecs font défaut. Les écrivains latins que nous connaissons, à l'exception du satirique Perse, sont médiocres et sans génie. La déclamation gâtait tout. Le principe par lequel le public jugeait des œuvres de l'esprit était à peu près le même que de notre temps. On ne cherchait que le trait brillant. La parole n'était plus ce vêtement simple de la pensée, tirant toute son élégance de sa parfaite proportion avec l'idée à exprimer. On cultivait la parole pour elle-même. Le but d'un auteur en écrivant était de montrer son talent. On mesurait l'excellence d'une «récitation» ou lecture publique, au nombre

[Pg 333]-[An 45] de mots applaudis dont elle était semée. Le grand principe qu'en fait d'art tout doit servir à l'ornement, mais que tout ce qui est mis exprès pour l'ornement est mauvais, ce principe, dis-je, était profondément oublié. Le temps était, si l'on veut, très-littéraire. On ne parlait, que d'éloquence, de bon style, et au fond presque tout le monde écrivait mal; il n'y avait pas un seul orateur; car le bon orateur, le bon écrivain sont gens qui ne font métier ni de l'un ni de l'autre. Au théâtre, l'acteur principal absorbait l'attention; on supprimait les pièces pour ne réciter que les morceaux d'éclat, les _cantica_. L'esprit de la littérature était un «dilettantisme» niais, qui gagnait jusqu'aux empereurs, une sotte vanité qui portait chacun à prouver qu'il avait de l'esprit. De là une extrême fadeur, d'interminables «Théséides», des drames faits pour être lus en coterie, toute une banalité poétique qu'on ne peut comparer qu'aux épopées et aux tragédies classiques d'il y a soixante ans.

Le stoïcisme lui-même ne put échapper à ce défaut, ou du moins ne sut pas, avant Épictète et Marc-Aurèle, trouver une belle forme pour revêtir ses doctrines. Ce sont des monuments vraiment étranges que ces tragédies de Sénèque, où les plus hauts sentiments sont exprimés sur le ton d'un

[Pg 334]-[An 45] charlatanisme littéraire tout à fait fatigant, indices à la fois d'un progrès moral et d'une décadence de goût irrémédiable. Il en faut dire autant de Lucain. La tension d'âme, effet naturel de ce que la situation avait d'éminemment tragique, donnait naissance à un genre enflé, où l'unique souci était de briller par de belles sentences. Il arrivait quelque chose d'analogue à ce qui se passa chez nous sous la Révolution; la crise la plus forte qui fut jamais ne produisit guère qu'une littérature de rhéteurs, pleine de déclamation. Il ne faut pas s'arrêter à cela. Les pensées neuves s'expriment parfois avec beaucoup de prétention. Le style de Sénèque est sobre, simple et pur, comparé à celui de saint Augustin. Or, nous pardonnons à saint Augustin son style souvent détestable, ses _concetti_ insipides, pour ses beaux sentiments.

En tout cas, cette éducation, noble et distinguée à beaucoup d'égards, n'arrivait pas jusqu'au peuple. C'eût été là un médiocre inconvénient, si le peuple avait eu du moins un aliment religieux, quelque chose d'analogue à ce que reçoivent, à l'église, les portions les plus déshéritées de nos sociétés. Mais la religion dans toutes les parties de l'Empire était fort abaissée. Rome, avec une haute raison, avait laissé debout les anciens cultes, n'en retranchant que ce

[Pg 335]-[An 45] qui était inhumain[72], séditieux ou injurieux pour les autres[73]. Elle avait étendu sur tous une sorte de vernis officiel, qui les amenait à se ressembler et les fondait tant bien que mal ensemble. Malheureusement, ces vieux cultes, d'origine fort diverse, avaient un trait commun: c'était une égale impossibilité d'arriver à un enseignement théologique, à une morale appliquée, à une prédication édifiante, à un ministère pastoral vraiment fructueux pour le peuple. Le temple païen n'était nullement ce que furent à leur belle époque la synagogue et l'église, je veux dire maison commune, école, hôtellerie, hospice, abri où le pauvre va chercher un asile[74]. C'était une froide _cella_, où l'on n'entrait guère, où l'on n'apprenait rien. Le culte romain était peut-être le moins mauvais de ceux qu'on pratiquait encore. La pureté de cœur et de corps y était considérée comme faisant partie de la religion[75]. Par sa gravité, sa décence, son austérité, ce culte, à part quelques farces analogues à notre carnaval, était supérieur aux cérémonies bizarres et prêtant au ridicule que les personnes atteintes des manies orientales introduisaient

[Pg 336]-[An 45] secrètement. L'affectation que mettaient les patriciens romains à distinguer «la religion», c'est-à-dire leur propre culte, de «la superstition», c'est-à-dire des cultes étrangers[76], nous paraît cependant assez puérile. Tous les cultes païens étaient essentiellement superstitieux. Le paysan qui de nos jours met un sou dans le tronc d'une chapelle à miracles, qui invoque tel saint pour ses bœufs ou ses chevaux, qui boit de certaine eau dans certaines maladies, est en cela païen. Presque toutes nos superstitions sont les restes d'une religion antérieure au christianisme, que celui-ci n'a pu déraciner entièrement. Si l'on voulait retrouver de nos jours l'image du paganisme, c'est dans quelque village perdu, au fond des campagnes les plus arriérées, qu'il faudrait le chercher.

N'ayant pour gardiens qu'une tradition populaire vacillante et des sacristains intéressés, les cultes païens ne pouvaient manquer de dégénérer en adulation[77]. Auguste, quoique avec réserve, accepta

[Pg 337]-[An 45] d'être adoré de son vivant dans les provinces[78]. Tibère laissa juger sous ses yeux cet ignoble concours des villes d'Asie, se disputant l'honneur de lui élever un temple[79]. Les extravagantes impiétés de Caligula[80] ne produisirent aucune réaction; hors du judaïsme, il ne se trouva pas un seul prêtre pour résister à de telles folies. Sortis pour la plupart d'un culte primitif des forces naturelles, dix fois transformés par des mélanges de toute sorte et par l'imagination des peuples, les cultes païens étaient limités par leur passé. On n'en pouvait tirer ce qui n'y fut jamais, le déisme, l'édification. Les Pères de l'Église nous font sourire quand ils relèvent les méfaits de Saturne comme père de famille, de Jupiter comme mari. Mais, certes, il était bien plus ridicule encore d'ériger Jupiter (c'est-à-dire l'atmosphère) en un dieu moral, qui commande, défend, récompense, punit. Dans un monde qui aspirait à posséder un catéchisme, que pouvait-on faire d'un culte comme, celui de Vénus, sorti d'une vieille nécessité

[Pg 338]-[An 45] sociale des premières navigations phéniciennes dans la Méditerranée, mais devenu avec le temps un outrage à ce qu'on envisageait de plus en plus comme l'essence de la religion?

De toutes parts, en effet, se manifestait avec énergie le besoin d'une religion monothéiste, donnant pour base à la morale des prescriptions divines. Il vient ainsi une époque où les religions naturalistes, réduites à de purs enfantillages, à des simagrées de sorciers, ne peuvent plus suffire aux sociétés, où l'humanité veut une religion morale, philosophique. Le bouddhisme, le zoroastrisme, répondirent à ce besoin dans l'Inde, dans la Perse. L'orphisme, les mystères, avaient tenté la même chose dans le monde grec, sans réussir d'une manière durable. A l'époque où nous sommes, le problème se posait pour l'ensemble du monde avec une sorte d'unanimité solennelle et d'impérieuse grandeur.

La Grèce, il est vrai, faisait une exception à cet égard. L'hellénisme était beaucoup moins usé que les autres religions de l'Empire. Plutarque, dans sa petite ville de Béotie, vécut de l'hellénisme, tranquille, heureux, content comme un enfant, avec la conscience religieuse la plus calme. Chez lui, pas une trace de crise, de déchirement, d'inquiétude, de révolution imminente. Mais il n'y avait que l'esprit

[Pg 339]-[An 45] grec qui fût capable d'une sérénité si enfantine. Toujours satisfaite d'elle-même, fière de son passé et de cette brillante mythologie dont elle possédait tous les lieux saints, la Grèce ne participait pas aux tourments intérieurs qui travaillaient le reste du monde. Seule, elle n'appelait pas le christianisme; seule, elle voulut s'en passer; seule, elle prétendit mieux faire[81]. Cela tenait à cette jeunesse éternelle, à ce patriotisme, à cette gaieté, qui ont toujours caractérisé le véritable Hellène, et qui, aujourd'hui encore, font que le Grec est comme étranger aux soucis profonds qui nous minent. L'hellénisme se trouva ainsi en mesure de tenter une renaissance qu'aucun autre des cultes de l'Empire n'aurait pu essayer. Au IIe, au IIIe au IVe siècle de notre ère, l'hellénisme se constituera en religion organisée, par une sorte de fusion entre la mythologie et la philosophie grecques, et, avec ses philosophes thaumaturges, ses anciens sages érigés en révélateurs, ses légendes de Pythagore et d'Apollonius, fera au christianisme une concurrence qui, pour être restée impuissante, n'en a pas moins été le plus dangereux obstacle que la religion de Jésus ait trouvé sur son chemin.

[Pg 340]-[An 45] Cette tentative ne se produisit pas encore au temps des Césars. Les premiers philosophes qui essayèrent une espèce d'alliance entre la philosophie et le paganisme, Euphrate de Tyr, Apollonius de Tyane et Plutarque, sont de la fin du siècle. Euphrate de Tyr nous est mal connu. La légende a tellement recouvert la trame de la biographie véritable d'Apollonius, qu'on ne sait s'il faut le compter parmi les sages, parmi les fondateurs religieux ou parmi les charlatans. Quant à Plutarque, c'est moins un penseur, un novateur, qu'un esprit modéré qui veut mettre tout le monde d'accord en rendant la philosophie timide et la religion à moitié raisonnable. Il n'y a rien chez lui de Porphyre ni de Julien. Les essais d'exégèse allégorique des stoïciens[82] sont bien faibles. Les mystères, comme ceux de Bacchus, où l'on enseignait l'immortalité de l'âme sous de gracieux symboles[83], étaient bornés à certains pays et n'avaient pas d'influence étendue. L'incrédulité à la religion officielle était générale dans la classe éclairée[84]. Les hommes politiques

[Pg 341]-[An 45] qui affectaient le plus de soutenir le culte de l'État s'en raillaient par de forts jolis mots[85]. On énonçait ouvertement le système immoral que les fables religieuses ne sont bonnes que pour le peuple, et doivent être maintenues pour lui[86]. Précaution fort inutile; car la foi du peuple était elle-même profondément ébranlée[87].

A partir de l'avénement de Tibère, il est vrai, une réaction religieuse est sensible. Il semble que le monde s'effraye de l'incrédulité avouée des temps de César et d'Auguste; on prélude à la malencontreuse tentative de Julien; toutes les superstitions se voient réhabilitées par raison d'État[88]. Valère Maxime donne le premier exemple d'un écrivain de bas étage se faisant

[Pg 342]-[An 45] l'auxiliaire de théologiens aux abois, d'une plume vénale ou souillée mise au service de la religion. Mais ce sont les cultes étrangers qui profitent le plus de ce retour. La réaction sérieuse en faveur du culte gréco-romain ne se produira qu'au IIe siècle. Maintenant, les classes que possède l'inquiétude religieuse se tournent vers les cultes venus de l'Orient[89]. Isis et Scrapis trouvent plus de faveur que jamais[90]. Les imposteurs de toute espèce, thaumaturges; magiciens, profitent de ce besoin, et, comme il arrive d'ordinaire aux époques et dans les pays où la religion d'État est faible, pullulent de tous côtés[91]; qu'on se rappelle les types réels ou fictifs d'Apollonius de Tyane, d'Alexandre d'Abonotique, de Pérégrinus, de Simon de Gitton[92]. Ces erreurs mêmes et ces chimères étaient comme une prière de la terre en travail, comme les essais infructueux d'un monde cherchant sa règle et aboutissant parfois dans ses efforts convulsifs à de monstrueuses créations destinées à l'oubli.

[Pg 343]-[An 45] En somme, le milieu du premier siècle est une des époques les plus mauvaises de l'histoire ancienne. La société grecque et romaine s'y montre en décadence sur ce qui précède et fort arriérée à l'égard de ce qui suit. Mais la grandeur de la crise décelait bien quelque formation étrange et secrète. La vie semblait avoir perdu ses mobiles; les suicides se multipliaient[93]. Jamais siècle n'avait offert une telle lutte entre le bien et le mal. Le mal, c'était un despotisme redoutable, mettant le monde entre les mains d'hommes atroces et de fous; c'était la corruption de mœurs, qui résultait de l'introduction à Rome des vices de l'Orient; c'était l'absence d'une bonne religion et d'une sérieuse instruction publique. Le bien, c'était, d'une part, la philosophie, combattant à poitrine découverte contre les tyrans, défiant les monstres, trois ou quatre fois proscrite en un demi-siècle (sous Néron, sous Vespasien, sous Domitien)[94]; c'étaient, d'une autre part, les efforts de la vertu populaire, ces légitimes aspirations à un meilleur état religieux, cette tendance vers les confréries, vers les cultes monothéistes, cette réhabilitation du

[Pg 344]-[An 45] pauvre, qui se produisaient principalement sous le couvert du judaïsme et du christianisme. Ces deux grandes protestations étaient loin d'être d'accord; le parti philosophique et le parti chrétien ne se connaissaient pas, et ils avaient si peu conscience de la communauté de leurs efforts, que le parti philosophique, étant arrivé au pouvoir par l'avénement de Nerva, fut loin d'être favorable au christianisme. A vrai dire, le dessein des chrétiens était bien plus radical. Les stoïciens, maîtres de l'Empire, le réformèrent et présidèrent aux cent plus belles années de l'histoire de l'humanité. Les chrétiens, maîtres de l'empire à partir de Constantin, achevèrent de le ruiner. L'héroïsme des uns ne doit pas faire oublier celui des autres. Le christianisme, si injuste pour les vertus païennes, prit à tâche de déprécier ceux qui avaient combattu les mêmes ennemis que lui. Il y eut dans la résistance de la philosophie, au premier siècle, autant de grandeur que dans celle du christianisme; mais que la récompense de part et d'autre a été inégale! Le martyr qui renversa du pied les idoles a sa légende; pourquoi Annæus Cornutus, qui déclara devant Néron que les livres de celui-ci ne vaudraient jamais ceux de Chrysippe[95]; pourquoi Helvidius Priscus,

[Pg 345]-[An 45] qui dit en face à Vespasien: «Il est en toi de tuer; en moi de mourir[96];» pourquoi Démétrius le Cynique, qui répondit à Néron irrité: «Vous me menacez de la mort; mais la nature vous en menace[97],» n'ont-ils pas leur image parmi les héros populaires que tous aiment et saluent? L'humanité dispose-t-elle de tant de forces contre le vice et la bassesse, qu'il soit permis à chaque école de vertu de repousser l'aide des autres et de soutenir qu'elle seule a le droit d'être courageuse, fière, résignée?

[1] Tacite, _Ann._, I, 2; Florus, IV, 3; Pomponius, dans le Digeste, l. I, tit. ii, fr. 2.

[2] Hélicon, Apelle, Eucère, etc. Les «rois» d'Orient étaient considérés par les Romains comme les maîtres en tyrannie de leurs mauvais empereurs. Dion Cassius, LIX, 24.

[3] Voir l'inscription du parasite d'Antoine, dans les _Comptes rendus de l'Acad. des Inscr. et B.-L._, 1864, p. 166 et suiv. Comparez Tacite, _Ann._, IV, 55-56.

[4] Voir comme exemple l'oraison funèbre de Turia, par son mari Q. Lucrétius Vespillo; texte épigraphique publié pour la première fois d'une manière complète par M. Mommsen, dans les _Mémoires de l'Académie de Berlin_ pour 1863, p. 455 et suiv. Comparez l'oraison funèbre de Murdia (Orelli, _Inscr. lat._, n° 4860) et celle de Matidie, par l'empereur Adrien (_Mém. de l'Académie de Berlin_, vol. cité, p. 483 et suiv.) On se laisse trop préoccuper par les passages des satiriques latins où les vices des femmes sont âprement relevés. C'est comme si l'on traçait le tableau des mœurs générales du XVIIe siècle d'après Mathurin Resnier et Boileau.

[5] Orelli, nos 2647 et suiv., surtout 2677, 2742, 4530, 4860: Henzen. nos 7382 et suiv., surtout un 7406; Renier, _Inscr. de l'Algérie_, n° 1987. Ces épithètes peuvent avoir été souvent mensongères; mais elles prouvent du moins le prix qu'on attachait à la vertu.

[6] Pline, Epist., VII, 19; IX, 13; Appien, _Guerres civiles_, IV, 36. Fannia suivit deux fois en exil son mari Helvidius Priscus; elle fut bannie une troisième fois après sa mort.

[7] L'héroïsme d'Arria est connu de tous.

[8] Suétone, _Aug._, 73; Oraison funèbre de Turia, I, ligne 30.

[9] Oraison funèbre de Turia, I, ligne 31.

[10] L'opinion beaucoup trop sévère de saint Paul (Rom., i, 24 et suiv.) s'explique de la même manière. Saint Paul ne connaissait pas la haute société romaine. Ce sont là, d'ailleurs, de ces invectives comme on font les prédicateurs, et qu'il ne faut jamais prendre à la lettre.

[11] Sénèque, _Epist._, xii, xxiv, xxvi, lviii, lxx; _De ira_, III, 15; _De tranquillitate animi_, 10.

[12] Apocal., xvii. Cf. Sénèque, _Epist._, xcv, 16 et suiv.

[13] Suétone, _Aug._, 48.

[14] Les exemples en sont innombrables dans les inscriptions.

[15] Plutarque, _Prœc. ger. reipubl._, xv, 3-4; _An seni sit ger. resp._, entier.

[16] Jos., _Ant._, XIV, x, 22, 23. Comp. Tacite, _Ann._, IV, 55-56; Rutilius Numatianus, _Itin._, I, 63 et suiv.

[17] «Immensa romanæ pacis majestas.» Pline, _Hist. nat._, XXVII, 1.

[18] Ælius Aristide, _Éloge de Rome_, entier; Plutarque, traité de la _Fortune des Romains_, le commencement; Philon, _Leg. ad Caium_, § 21, 22, 39, 40.

[19] Denys d'Halicarnasse, _Antiquités romaines_, I, commenc.

[20] Plutarque, _Vie de Solon_, 20.

[21] Voir Athénée, XII, 68; Élien, _Var. Hist._, IX, 12; Suidas, au mot Ἐπίκουρος.

[22] Tacite, _Ann._, I, 2.

[23] Étudiez le caractère d'Euthyphron dans Platon.

[24] Diog. Laërce, II, 101, 116; V, 5, 6, 37, 38; IX, 32; Athénée, XIII, 92; XV, 52; Élien, _Var. Hist._, II, 23; III, 36; Plutarque, _Périclès_, 32; _De plac. philos._, I, vii, 2; Diod. Sic., XIII, vi, 7; Scol. d'Aristophane, in _Aves_, 1073.

[25] En particulier, sous Vespasien; fait d'Helvidius Priscus.

[26] Nous essayerons cependant de montrer plus tard que ces persécutions, au moins jusqu'à celle de Dèce, ont été exagérées.

[27] Les premiers chrétiens sont, en effet, très-respectueux pour l'autorité romaine. Rom., xiii, 1 et suiv.; I Petri, iv, 14-16. Pour S. Luc, voyez ci-dessus, Introd., p. xxii-xxiii.

[28] Diogène Laërce, VII, i, 32, 33; Eusèbe, _Prépar. évang._, XV, 15; et, en général, le _De legibus_ et le _De officiis_ de Cicéron.

[29] Térence, _Heautont._, I, i, 77; Cic., _De finibus bon. et mal._, V, 23; _Partit. orat._, 16, 24; Ovide, _Fastes_, II, 684; Lucain, VI, 34 et suiv.; Sénèque, _Epist._, xlviii, xcv, 51 et suiv.; _De ira_, I, 5; III, 43; Arrien, _Dissert. d'Épict._, I, ix, 6; II, v, 26, Plutarque, _De la fort. des Rom._, 2; _De la fort. d'Alexandre_, I, 8, 9.

[30] Virgile, _Égl._, iv; Sénèque, _Médée_, 375 et suiv.

[31] Tac., _Ann._, II, 85; Suétone, _Tib._, 35; Ovide, _Fast._, II, 497-514.

[32] Les inscriptions de femmes contiennent les expressions les plus touchantes. «Mater omnium hominum, parens omnibus subveniens,» dans Renier, _Inscr. de l'Algérie_, n° 1987. Comp. _ibid._, n° 2756; Mommsen, _Inscr. R. N._, n° 1431. «Duobus virtutis et castitatis exemplis,» _Not. et mém. de la Soc. de Constantine_, 1865, p. 158. Voir l'inscription d'Urbanille, dans Guérin, _Voy. archéol. dans la rég. de Tunis_, I, 289 et la délicieuse inscription Orelli, n° 4648. Plusieurs de ces textes sont postérieurs au premier siècle; mais les sentiments qu'ils expriment n'étaient pas nouveaux, quand on les écrivit.

[33] _Propos de table_, I, v, 1; _Vie de Démosth._, 2; le dialogue de _l'Amour_, 2, et surtout la _Consolation_ à sa femme.

[34] «Caritas generis humani,» Cic., _De finibus_, V, 23. «Homo sacra res homini,» Sénèque,_ Epist._, xcv, 33.

[35] Sénèque, _Epist._, xxxi, xlvii; _De benef._, III, 18 et suiv.

[36] Tacite, _Ann._, XIV, 42 et suiv.; Suétone, _Claude_, 25; Dion Cassius, LX, 29; Pline, _Epist._, VIII, 16; Inscript. de Lanuvium, col. 2, lignes 1-4 (dans Mommsen, _De coll. et sodal. Rom._, ad calcem); Sénèque le Rhéteur, _Controv._, III, 21; VII, 6; Sénèque le Phil., _Epist._, xlvii; _De benef._, III, 18 et suiv.; Columelle, _De re rustica_, I, 8; Plutarque, _Vie de Caton l'Ancien_, 5; _De ira_, 11.

[37] _Epist._, xlvii, 13.

[38] Caton, _De re rustica_, 58, 59, 104; Plutarque, _Vie de Caton_, 4, 5. Comparez les maximes presque aussi dures de l'_Ecclésiastique_, xxxiii, 25 et suiv.

[39] Tacite, _Ann._, XIV, 60; Dion Cassius, XLVII, 10; LX, 16; LXII, 13; LXVI, 14; Suétone, _Caius_, 16; Appien, _Guerres civiles_, IV, à partir du chapitre xvii (surtout le ch. xxxvi et suiv.), jusqu'au chapitre li. Juvénal, vi, 476 et suiv., peint les mœurs du plus mauvais monde.

[40] Horace, _Sat._, I, vi, 1 etsuiv.; Cic., _Epist_., III, 7; Sénèque le Rhéteur, _Controv._, I, 6.

[41] Suétone, _Caius_, 15, 16; _Claude_, 19, 23, 25; _Néron_, 16; Dion Cassius, LX, 25, 29.

[42] Tacite, _Ann._, VI, 17; comp. IV, 6.