Les apôtres

Part 21

Chapter 213,616 wordsPublic domain

Le vieil esprit hellénique et romain résistait énergiquement; le mépris et la haine pour les juifs sont le signe de tous les esprits cultivés, Cicéron, Horace, Sénèque, Juvénal, Tacite, Quintilien, Suétone[47]. Au contraire, cette masse énorme de populations mêlées que l'Empire avait assujetties, populations auxquelles l'ancien esprit romain et la sagesse hellénique étaient étrangères ou indifférentes, accouraient en foule vers une société où elles trouvaient des exemples touchants de concorde, de charité,

[Pg 293]-[An 45] de secours mutuels[48], d'attachement à son état, de goût pour le travail[49], de fière pauvreté. La mendicité, qui fut plus tard une chose toute chrétienne, était dès lors une chose juive. Le mendiant par état, «formé par sa mère», se présentait à l'idée des poëtes du temps comme un juif[50].

L'exemption de certaines charges civiles, en particulier de la milice, pouvait aussi contribuer à faire regarder le sort des juifs comme enviable[51]. L'État alors demandait beaucoup de sacrifices et donnait peu de joies morales. Il y faisait un froid glacial, comme en une plaine uniforme et sans abri. La vie, si triste au sein du paganisme, reprenait son charme et son prix dans ces tièdes atmosphères de synagogue et d'église. Ce n'était pas la liberté qu'on y trouvait. Les confrères s'espionnaient beaucoup, se tracassaient sans cesse les uns les autres. Mais, quoique la vie intérieure de ces petites communautés fût fort agitée, on s'y plaisait infiniment; on ne les quittait pas; il n'y avait pas d'apostat. Le pauvre y était content, regardait la richesse sans envie, avec la tranquillité d'une bonne conscience[52]. Le sentiment vraiment

[Pg 294]-[An 45] démocratique de la folie des mondains, de la vanité des richesses et des grandeurs profanes, s'y exprimait finement. On y comprenait peu le monde païen, et on le jugeait avec une sévérité outrée; la civilisation romaine paraissait un amas d'impuretés et de vices odieux[53], de la même manière qu'un honnête ouvrier de nos jours, imbu des déclamations socialistes, se représente les «aristocrates» sous les couleurs les plus noires. Mais il y avait là de la vie, de la gaieté, de l'intérêt, comme aujourd'hui dans les plus pauvres synagogues des juifs de Pologne et de Gallicie. Le manque d'élégance et de délicatesse dans les habitudes était compensé par un précieux esprit de famille et de bonhomie patriarcale. Dans la grande société, au contraire, l'égoïsme et l'isolement des âmes avaient porté leurs derniers fruits.

La parole de Zacharie[54] se vérifiait: le monde se prenait aux pans de l'habit des Juifs et leur disait: «Menez-nous à Jérusalem». Il n'y avait pas de grande ville où l'on n'observât le sabbat, le jeûne et les autres cérémonies du judaïsme[55]. Josèphe[56] ose provoquer ceux qui en douteraient à considérer

[Pg 295]-[An 45] leur patrie ou même leur propre maison, pour voir s'ils n'y trouveront pas la confirmation de ce qu'il dit. La présence à Rome et près de l'empereur de plusieurs membres de la famille des Hérodes, lesquels pratiquaient leur culte avec éclat à la face de tous[57], contribuait beaucoup à cette publicité. Le sabbat, du reste, s'imposait par une sorte de nécessité dans les quartiers où il y avait des juifs. Leur obstination absolue à ne pas ouvrir leurs boutiques ce jour-là forçait bien les voisins à modifier leurs habitudes en conséquence. C'est ainsi qu'à Salonique, on peut dire que le sabbat s'observe encore de nos jours, la population juive y étant assez riche et assez nombreuse pour faire la loi et régler par la fermeture de ses comptoirs le jour du repos.

Presque à l'égal du Juif, souvent de compagnie avec lui, le Syrien était un actif instrument de la conquête de l'Occident par l'Orient[58]. On les confondait parfois, et Cicéron croyait avoir trouvé le trait commun qui les unissait en les appelant «des nations nées pour la servitude[59]». C'était là ce qui

[Pg 296]-[An 45] leur assurait l'avenir; car l'avenir alors était aux esclaves. Un trait non moins essentiel du Syrien était sa facilité, sa souplesse, la clarté superficielle de son esprit. La nature syrienne est comme une image fugitive dans les nuées du ciel. On voit par moments certaines lignes s'y tracer avec grâce; mais ces lignes n'arrivent jamais à former un dessin complet. Dans l'ombre, à la lueur indécise d'une lampe, la femme syrienne, sous ses voiles, avec son œil vague et ses mollesses infinies, produit quelques instants d'illusion. Puis, quand on veut analyser cette beauté, elle s'évanouit; elle ne supporte pas l'examen. Tout cela, au reste, dure à peine trois ou quatre années. Ce que la race syrienne a de charmant, c'est l'enfant de cinq ou six ans; à l'inverse de la Grèce, où l'enfant était peu de chose, le jeune homme inférieur à l'homme fait, l'homme fait inférieur au vieillard[60]. L'intelligence syrienne attache par un air de promptitude et de légèreté; mais elle manque de fixité, de solidité; à peu près comme ce «vin d'or» du Liban, qui cause un transport agréable, mais dont on se fatigue vite. Les vrais dons de Dieu ont quelque chose à la fois de fin et de fort, d'enivrant et de durable. La Grèce est plus appréciée

[Pg 297]-[An 45] aujourd'hui qu'elle ne l'a jamais été; elle le sera toujours de plus en plus.

Beaucoup des émigrants syriens que le désir de faire fortune entraînait vers l'Occident étaient plus ou moins rattachés au judaïsme. Ceux qui ne l'étaient pas restaient fidèles au culte de leur village[61], c'est-à-dire au souvenir de quelque temple dédié à un «Jupiter» local[62], lequel n'était d'ordinaire que le Dieu suprême, déterminé par quelque titre particulier[63]. C'était au fond une espèce de monothéisme que ces Syriens apportaient sous le couvert de leurs dieux étranges. Comparés du moins aux personnalités divines profondément distinctes qu'offrait le polythéisme grec et romain, les dieux dont il s'agit, pour la plupart synonymes du Soleil, étaient presque des frères du dieu unique[64]. Semblables à de longues

[Pg 298]-[An 45] mélopées énervantes, ces cultes de Syrie pouvaient paraître moins secs que le culte latin, moins vides que le culte grec. Les femmes syriennes y prenaient quelque chose à la fois de voluptueux et d'exalté. Ces femmes furent de tout temps des êtres bizarres, disputées entre le démon et Dieu, flottant entre la sainte et la possédée. La sainte des vertus sérieuses, des héroïques renoncements, des résolutions suivies appartient à d'autres races et à d'autres climats; la sainte des fortes imaginations, des entraînements absolus, des promptes amours, est la sainte de Syrie. La possédée de notre moyen âge est l'esclave de Satan par bassesse ou par péché; la possédée de Syrie est la folle par idéal, la femme dont le sentiment a été blessé, qui se venge par la frénésie ou se renferme dans le mutisme[65], qui n'attend pour être guérie qu'une douce parole ou qu'un doux regard. Transportées dans le monde occidental, ces Syriennes acquéraient de l'influence, quelquefois par de mauvais arts de femme, plus souvent par une certaine supériorité morale et une réelle capacité. Cela se vit surtout cent cinquante ans plus tard, quand les personnages les plus importants de Rome épousèrent des Syriennes, qui prirent tout à coup

[Pg 299]-[An 45] sur les affaires un très-grand ascendant. La femme musulmane de nos jours, mégère criarde, sottement fanatique, n'existant guère que pour le mal, presque incapable de vertu, ne doit pas faire oublier les Julia Domna, les Julia Mæsa, les Julia Mamæa, les Julia Soémie, qui portèrent, à Rome, en fait de religion, une tolérance et des instincts de mysticité inconnus jusque-là. Ce qu'il y a de bien remarquable aussi, c'est que la dynastie syrienne amenée de la sorte se montra favorable au christianisme, que Mamée, et plus tard l'empereur Philippe l'Arabe[66], passèrent pour chrétiens. Le christianisme, au IIIe et au IVe siècle, fut par excellence la religion de la Syrie. Après la Palestine, la Syrie eut la plus grande part à sa fondation.

C'est surtout à Rome que le Syrien, au premier siècle, exerçait sa pénétrante activité. Chargé de presque tous les petits métiers, valet de place, commissionnaire, porteur de litière, le _Syrus_[67] entrait partout, introduisant avec lui la langue et les mœurs de son pays[68]. Il n'avait ni la fierté ni la hauteur philosophique

[Pg 300]-[An 45] des Européens, encore moins leur vigueur; faible de corps, pâle, souvent fiévreux, ne sachant ni manger ni dormir à des heures réglées, à la façon de nos lourdes et solides races, consommant peu de viande, vivant d'oignons et de courges, dormant peu et d'un sommeil léger, le Syrien mourait jeune et était habituellement malade[69]. Ce qu'il avait en propre, c'était l'humilité, la douceur, l'affabilité, une certaine bonté; nulle solidité d'esprit, mais beaucoup de charme; peu de bon sens, si ce n'est quand il s'agissait de son négoce, mais une étonnante ardeur et une séduction toute féminine. Le Syrien, n'ayant jamais eu de vie politique, a une aptitude toute particulière pour les mouvements religieux. Ce pauvre Maronite, à demi femme, humble, déguenillé, a fait la plus grande des révolutions. Son ancêtre, le Syrus de Rome, a été le plus zélé porteur de la bonne nouvelle à tous les affligés. Chaque année amenait en Grèce, en Italie, en Gaule, des colonies de ces Syriens poussés par le goût naturel qu'ils avaient pour les petites affaires[70]. On les reconnaissait sur les

[Pg 301]-[An 45] navires à leur famille nombreuse, à ces troupes de jolis enfants, presque du même âge, qui les suivaient, la mère, avec l'air enfantin d'une petite fille de quatorze ans, se tenant à côté de son mari, soumise, doucement rieuse, à peine supérieure à ses fils aînés[71]. Les têtes, dans ce groupe paisible, sont peu accentuées; sûrement il n'y a pas là d'Archimède, de Platon, de Phidias. Mais ce marchand syrien, arrivé à Rome, sera un homme bon et miséricordieux, charitable pour ses compatriotes, aimant les pauvres. Il causera avec les esclaves, leur révélera un asile où ces malheureux, réduits par la dureté romaine à la plus désolante solitude, trouveront un peu de consolation. Les races grecques et latines, races de maîtres, faites pour le grand, ne savaient pas tirer parti d'une position humble[72]. L'esclave de ces races passait sa vie dans la révolte et le désir du mal. L'esclave idéal de l'antiquité a tous les défauts: gourmand, menteur, méchant, ennemi naturel de son maître[73]. Par là, il prouvait en quelque manière sa noblesse; il protestait contre une situation hors nature. Le bon Syrien,

[Pg 302]-[An 45] lui, ne protestait pas; il acceptait son ignominie, et cherchait à en tirer le meilleur parti possible. Il se conciliait la bienveillance de son maître, osait lui parler, savait plaire à sa maîtresse. Ce grand agent de démocratie allait ainsi dénouant maille par maille le réseau de la civilisation antique. Les vieilles sociétés, fondées sur le dédain, sur l'inégalité des races, sur la valeur militaire, étaient perdues. L'infirmité, la bassesse, vont maintenant devenir un avantage, un perfectionnement de la vertu[74]. La noblesse romaine, la sagesse grecque, lutteront encore trois siècles. Tacite trouvera bon qu'on déporte des milliers de ces malheureux: _si interissent, vile damnum_[75]! L'aristocratie romaine s'irritera, trouvera mauvais que cette canaille ait ses dieux, ses institutions. Mais la victoire est écrite d'avance. Le Syrien, le pauvre homme qui aime ses semblables, qui partage avec eux, qui s'associe avec eux, l'emportera. L'aristocratie romaine périra, faute de pitié.

Pour nous expliquer la révolution qui va s'accomplir, il faut nous rendre compte de l'état politique, social, moral, intellectuel et religieux des pays où le prosélytisme juif avait ainsi ouvert des sillons que la prédication chrétienne doit féconder. Cette

[Pg 303]-[An 45] étude montrera, j'espère, avec évidence, que la conversion du monde aux idées juives et chrétiennes était inévitable, et ne laissera d'étonnement que sur un point, c'est que cette conversion se soit faite si lentement et si tard.

[1] _Act._, xii, 1, 25. Remarquez toute la contexture du chapitre.

[2] I Petri, v, 13; Papias, dans Eusèbe, _Hist. eccl._, III, 39.

[3] _Act._, xiii, 2.

[4] Gal., i, 15-16; _Act._, xxii, 15, 21; xxvi, 17-18; I Cor., i, 1; Rom., i, 1, 5; xv, 15 et suiv.

[5] _Act._, XIII, 5.

[6] L'auteur des _Actes_, partisan de la hiérarchie et du pouvoir de l'Église, a peut-être introduit cette circonstance. Paul ne sait rien d'une telle ordination ou consécration. Il tient sa mission de Jésus, et ne se croit pas plus l'envoyé de l'Église d'Antioche que de celle de Jérusalem.

[7] _Act._, xiii, 3; xiv, 25.

[8] Dans I Petri, v, 13, Babylone désigne Rome.

[9] Cicéron, _Pro Archia_, 10.

[10] Jos., _B. J._, II, xx, 2; VII, iii, 3.

[11] Act., xviii, 24 et suiv.

[12] Voir Philon, _De vita contemplativa_, entier.

[13] Pseudo-Hermès, _Asclepius_, fol. 158 v., 139 r. (Florence, Juntes, 1512).

[14] Cicéron, _Pro Flacco_, 28; Philon, _In Flaccum_, § 7; _Leg. ad Caium_, § 36; _Act._, ii, 5-11; vi, 9; _Corp. inscr. gr._, n° 5361.

[15] _Lex Wisigoth._, livre XII, tit. ii et iii, dans Walter, _Corpus juris germanici antiqui_, t. I, p. 630 et suiv.

[16] Voir _Vie de Jésus_, p. 137.

[17] Philon, _In Flacc._, § 5 et 6; Jos., _Ant._, XVIII, viii, 1; XIX, v, 2; _B. J._, II, xviii, 7 et suiv.; VII, x, 1; Papyrus publié dans les _Notices et extraits_, XVIII, 2e part., p. 383 et suiv.

[18] Dion Cassius, XXXVII, 17; LX, 6; Philon, _Leg. ad Caium_, § 23; Josèphe, _Ant._, XIV, x, 8; XVII, xi, i; XVIII, iii, 5, Hor., _Sat._, I, iv, 142-143; v, 100; ix, 69 et suiv.; Perse, v, 179-184; Suétone, _Tib._, 36; _Claud._, 25; _Domit._, 12; Juvénal, iii, 14; vi, 542 et suiv.

[19] _Pro Flacco_, 28.

[20] Jos., _Ant._, XIV, x; Suétone, _Julius_, 84.

[21] Suet., _Tib._, 36; Tac., _Ann._, II, 85; Jos., _Ant._, XVIII, iii, 4, 5.

[22] Dion Cassius, LX, 6.

[23] Suétone, _Claude_, 25; _Act._, xviii, 2; Dion Cassius, LX, 6.

[24] Josèphe, _B. J._, VII, iii, 3.

[25] Sénèque, fragment dans saint Aug., _De civ. Dei._, VI, 11; Rutilius Numatianus, I, 395 et suiv.; Jos., _Contre Apion_, II, 39; Juvénal, Sat. vi, 544; xiv, 96 et suiv.

[26] Philon, _In Flacc._, § 5; Tac., _Hist._, V, 4, 5, 8; Dion Cassius, XLIX, 22; Juvénal, xiv, 103; Diod. Sic., fragm. i du livre XXXIV et iii du livre XL; Philostrate, _Vie d'Apoll._, V, 33; I Thess., ii, 15.

[27] Jos., _Ant._, XIV, x; XVI, vi; XX, viii, 7; Philon, _In Flaccum et Legatio ad Caium_.

[28] Jos., _Ant._, XVIII, iii, 4, 5; Juvénal, vi, 543 et suiv.

[29] Jos., _Contre Apion_, entier; passages précités de Tacite et de Diodore de Sicile; Trogue Pompée (Justin) XXXVI, ii; Ptolémée Héphestion ou Chennus, dans les _Script. poet. hist. græci_ de Westermann, p. 194. Cf. Quintilien, III, vii, 2.

[30] Cic., _Pro Flacco_, 28; Tacite, Hist., V, 5; Juvénal, xiv, 103-104; Diodore de Sicile et Philostrate, endroits cités; Rutilius Numatianus, I, 383 et suiv.

[31] Martial, IV, 4; Ammien Marcellin, XXII, 5.

[32] Suétone, _Aug._, 76; Horace, _Sat._, I, ix, 69 et suiv.; Juvénal, iii, 13-16, 296; vi, 156-160, 542-547; xiv, 96-107; Martial, _Épigr._, IV, 4; VII, 29, 34, 54; XI, 95; XII, 57; Rutilius Numat., _l. c._, et surtout Josèphe, _Contre Apion_, II, 13; Philon, _Leg. ad Caium_, § 26-28.

[33] Martial, _Épigr._, XII, 57.

[34] Juvénal, _Sat._, iii, 14; vi, 542.

[35] Juvénal, _Sat._, iii, 296; vi, 543 et suiv.; Martial, _Épigr._, I, 42; XII, 57.

[36] Martial, _Épigr._, I, 42; XII, 57; Stace, _Silves_, I, vi, 73-74. Voir Forcellini, au mot _sulphuratum_.

[37] Horace, _Sat._, I, v, 100; Juvénal, _Sat._, vi, 544 et suiv.; xiv, 96 et suiv.; Apulée, _Florida_, I, 6.

[38] Dion Cassius, LXVIII, 32.

[39] Tacite, _Hist._, V, 5, 9; Dion Cassius, LXVII, 14.

[40] Horace, _Sat._, I, ix, 70; _Judæus Apella_ paraît renfermer une plaisanterie du même genre (voir les scoliastes Acron et Porphyrion, sur Hor., _Sat._, I, v, 100; comparez le passage de S. Avitus, _Poemata_, V, 364, cité par Forcellini, au mot _Apella_, mais que je ne retrouve ni dans les éditions de ce Père ni dans l'ancien manuscrit latin, Bibl. Imp., n° 11320, tel que le donne le savant lexicographe); Juvénal, _Sat._, xiv, 99 et suiv.; Martial, _Épigr._, VII, 29, 34, 54; XI, 95.

[41] Josèphe, _Contre Apion_, II, 39; Tac., _Ann._, II, 85; _Hist._, V, 5; Hor., _Sat._, I, iv, 142-143; Juvénal, xiv, 96 et suiv.; Dion Cassius, XXXVII, 17; LXVII, 14.

[42] Martial, _Épigr._, I, 42; XII, 57.

[43] Juvénal, _Sat._, vi, 546 et suiv.

[44] Josèphe, _Ant._, XVIII, iii, 5; XX, ii, 4; _B. J._, II, xx, 2; _Act._, xiii, 50; xvi, 14.

[45] _Loc. cit._

[46] Josèphe, _Ant._, XX, ii, 5; iv, 1.

[47] Passages déjà cités. Strabon montre bien plus de justesse et de pénétration (XVI, ii, 34 et suiv.). Comp. Dion Cassius, XXXVII, 17 et suiv.

[48] Tac., _Hist._, V, 5.

[49] Josèphe, _Contre Apion_, II, 39.

[50] Martial, XII, 57.

[51] Jos., _Ant._, XIV, x, 6, 11-14.

[52] _Ecclésiastique_, x, 23, 26, 27.

[53] Rom., i, 24 et suiv.

[54] Zach., viii, 33.

[55] Hor. _Sat._, I, ix, 69; Perse, v, 179 et suiv.; Juvénal, _Sat._, vi, 159; xiv, 96 et suiv.

[56] _Contre Apion_, II, 39.

[57] Perse, v, 179-184; Juvénal, vi, 157-160. La remarquable préoccupation du judaïsme qu'on remarque chez les écrivains romains du premier siècle, surtout chez les satiriques, vient de cette circonstance.

[58] Juvénal, _Sat._, iii, 62 et suiv.

[59] Cic., _De prov. consul._, 5.

[60] Les enfants qui m'avaient plu lors de mon premier voyage, je les retrouvai, quatre ans après, laids, communs et alourdis.

[61] Πατρῷοις θεοῖς, formule très-fréquente dans les inscriptions émanant de Syriens (_Corpus inscr. græc._, nos 4449, 4450, 4451, 4463, 4479, 4480, 6015).

[62] _Corpus inscr. græc._, nos 4474, 4475, 5936; Mission de _Phénicie_, l. II, c. ii [sous presse], inscription d'Abédat. Comp. _Corpus_, nos 2271, 5853.

[63] Ζεὺς οὐράνιος, ἐπουράνιος, ὕψιστος, μέγιστος, θεὸς σατράπης. _Corpus inscr. gr._, nos 4500, 4501, 4502, 4503, 6012; Lepsius, _Denkmæler_, t. XII, feuille 100, n° 590; _Mission de Phénicie_, p. 103, 104, et la suite [sous presse].

[64] J'ai développé ceci dans le _Journal Asiatique_, février-mars 1859, p. 259 et suiv., et dans la _Mission de Phénicie_, l. II, c. ii.

[65] Code syrien, dans Land, _Anecdota Syriaca_, I, p. 152; faits divers dont j'ai été témoin.

[66] Né dans le Hauran.

[67] Voir Forcellini, au mot _Syrus_. Ce mot désignait en général «les Orientaux». Leblant, _Inscript. chrét. de la Gaule_, I, p. 207, 328-329.

[68] Juvénal, iii, 62-63.

[69] Tel est aujourd'hui le tempérament du Syrien chrétien.

[70] Inscriptions dans les _Mém. de la Soc. des Antiquaires de Fr._, t. XXVIII, 4 et suiv.; dans Leblant, _Inscript. chrét. de la Gaule_, I, p. cxliv, 207, 324 et suiv., 353 et suiv., 375 et suiv.; II, 259, 459 et suiv.

[71] Les Maronites colonisent encore dans presque tout le Levant à la façon des Juifs, des Arméniens et des Grecs, quoique sur une moindre échelle.

[72] Lire Cicéron, _De offic._, I, 42; Denys d'Halicarnasse, II, 28; IX, 25.

[73] Voir les types d'esclaves dans Plaute et Térence.

[74] II Cor., xii, 9.

[75] Tacite, _Ann._, II, 85.

[Pg 304]-[An 45] CHAPITRE XVII.

ÉTAT DU MONDE VERS LE MILIEU DU PREMIER SIÈCLE.

L'état politique du monde était des plus tristes. Toute l'autorité était concentrée à Rome et dans les légions. Là se passaient les scènes les plus honteuses et les plus dégradantes. L'aristocratie romaine, qui avait conquis le monde, et qui, en somme, resta seule aux affaires sous les Césars, se livrait à la saturnale de crimes la plus effrénée dont le monde se souvienne. César et Auguste, en établissant le principal, avaient vu avec une parfaite justesse les besoins de leur temps. Le monde était si bas, sous le rapport politique, qu'aucun autre gouvernement n'était plus possible. Depuis que Rome avait conquis des provinces sans nombre, l'ancienne constitution, fondée sur le privilège des familles patriciennes, espèces de _tories_ obstinés et malveillants, ne pouvait

[Pg 305]-[An 45] subsister[1]. Mais Auguste avait manqué à tous les devoirs du vrai politique, en laissant l'avenir au hasard. Sans hérédité régulière, sans règles fixes d'adoption, sans loi d'élection, sans limites constitutionnelles, le césarisme était comme un poids colossal sur le pont d'un navire sans lest. Les plus terribles secousses étaient inévitables. Trois fois, en un siècle, sous Caligula, sous Néron et sous Domitien, le plus grand pouvoir qui ait jamais existé tomba entre les mains d'hommes exécrables ou extravagants. De là des horreurs qui ont été à peine dépassées par les monstres des dynasties mongoles. Dans cette série fatale de souverains, on en est réduit à excuser presque un Tibère, qui ne fut complètement méchant que vers la fin de sa vie, un Claude, qui ne fut que bizarre, gauche et mal entouré. Rome devint une école d'immoralité et de cruauté. Il faut ajouter que le mal venait surtout de l'Orient, de ces flatteurs de bas étage, de ces hommes infâmes que l'Égypte et la Syrie envoyaient à Rome[2], où, profitant de l'oppression des vrais Romains, ils se sentaient tout-puissants

[Pg 306]-[An 45] auprès des scélérats qui gouvernaient. Les plus choquantes ignominies de l'Empire, telles que l'apothéose de l'empereur, sa divinisation de son vivant, venaient de l'Orient, et surtout de l'Égypte, qui était alors un des pays les plus corrompus de l'univers[3].

Le véritable esprit romain, en effet, vivait encore. La noblesse humaine était loin d'être éteinte. Une grande tradition de fierté et de vertu se continuait dans quelques familles, qui arrivèrent au pouvoir avec Nerva, qui firent la splendeur du siècle des Antonins et dont Tacite a été l'éloquent interprète. Un temps où se préparaient des esprits aussi profondément honnêtes que Quintilien, Pline le Jeune, Tacite, n'est pas un temps dont il faille désespérer. Le débordement de la surface n'atteignait pas le grand fond d'honnêteté et de sérieux qui était dans la bonne société romaine; quelques familles offraient encore des modèles d'ordre, de dévouement au devoir, de concorde, de solide vertu. Il y avait dans les maisons nobles d'admirables épouses, d'admirables sœurs[4]. Fut-il jamais destinée

[Pg 307]-[An 45] plus touchante que celle de cette jeune et chaste Octavie, fille de Claude, femme de Néron, restée pure à travers toutes les infamies, tuée à vingt-deux ans, sans qu'elle eût jamais senti aucune joie? Les femmes qualifiées dans les inscriptions de _castissimæ, univiræ_ ne sont point rares[5]. Des épouses accompagnèrent leurs maris dans l'exil[6]; d'autres partagèrent leur noble mort[7]. La vieille simplicité romaine n'était pas perdue; l'éducation des enfants était grave et soignée. Les femmes les plus nobles travaillaient de leurs mains à des ouvrages de laine[8];

[Pg 308]-[An 45] les soucis de toilette étaient presque inconnus dans les bonnes familles[9].