Les angoysses douloureuses qui procedent damours
Part 6
Ce pendant que j’escoutoye ses parolles, subitement je feuz par excessif amour & ardant desir si aguillonnee, que mon amoureux cueur battoit plus tost que les legieres aeles de l’arondelle quand elle volle: d’aultre part la crainte de la survenue de mon mary me tourmentoit & exagitoit, en sorte que selon ma coustume tous mes membres commencerent a trembler, toutesfoys me voyant en la presence de celluy que plus j’aymoye, apres aulcune espace, commençay a penser quelle responce je luy feroye: mais en considerant ses gestes exterieurs, je comprenoye qu’il estoit fort espris & attainct de mon amour, qui fut cause que pour ceste fois ne luy vouluz declairer le secret de mon cueur, non pour le bannir ne chasser: mais pour plus ardentement l’enflamber. Alors je luy dis, Apres que j’ay bien distinctement pensé & consideré les gestes & contenances par lesquelles je peuz conjecturer que vostre pensee est occupee de tresgriefves & durissimes cogitations: car amour est une passion en l’ame qui le plus souvent nous reduyt en anxietez & tristesses pour ne pouvoir jouyr de la chose aymee, & quand aux amans telle fortune intervient, il demeurent submergez au profond des extremes destresses & miseres quand ilz preferent amour lascif a vray amour, lequel consiste en vertu. Vous debviez considerer que quand par voz persuasions je seroye pressee, & stimulee de condescendre a vostre vouloir, ce ne se pourroit faire ny accomplir sans deteriorer ma bonne condition, & doncques pour ne estre signe d’homme prudent de avecq l’infamie d’aultruy cercher ses plaisirs: je vous prie de laisser ceste affection immoderee, vous monstrant homme vertueux, en sorte que raison domine, & soit superieure de l’appetit sensuel. Je ne vous veulx increper ny attribuer a vice, si promptement vous ne pouez separer amours de vostre cueur: mais par prudence & honnestes exercices le fault moderer, & applicquer vostre florissante jeunesse a plus honnestes coustumes de vivre, que de vouloir seduyre & deccepvoir les dames ou damoyselles. Et par especial ne debvez continuer de poursuyvre celles qui de pudicité ont tousjours esté conversantes: desquelles je pense estre du nombre. Et si bien estiez informé de ma vie, vous trouveriez que jamais maulvaise opinion ne me fut imputee, combien que par plusieurs fois j’ay esté tentee & priee de princes & grans seigneurs: mais ce nonobstant leurs altissimes sublimitez n’ont eu tant de puissances, de me faire acquiescer a leurs importunes requestes. Mais si ainsi estoit que je fusse nee en si maulvaise constellation, que contraincte me fust de me rendre serve & subjecte a amours, il n’est homme au monde qui finast plus tost de ma benevolence que vostre doulceur, vous affermant que seriez præferé a tous aultres. Parquoy je vous supplie vous vouloir contenter, en imposant fin a l’amoureuse poursuyte par eviter la presence de l’object, car la continuelle conversation vous cause les ardeurs & enflambemens qui vous pourroient faire tumber en desespoir, au moins si vous estes tant affligé, que par voz gestes & parolles le demonstrez.
Continuation des colloques amoureux.
Chapitre. XVIII.
Ainsi que je luy disois telles ou semblables parolles, quelques fois il interrompoit mon propos, & disoit qu’il estoit en merveilleuse crainte de mon mary. A quoy je luy fis responce, & luy dis. Je vous prie de vous desister de telle timeur, que je vous certifie estre sans occasion: car il n’a doubte ne suspition de moy. Et si je pensoye que sa pensee fust occupee a telles fantasies, je suis celle qui ne pourroit esperer de vivre, parce que je suis certaine & le sçay par longue experience, qu’il me ayme plus que jamais homme aymast femme. Parquoy vous debvez croire que j’auroye bien cause de me contrister: car qui ardentement sçait aymer, cruellement sçayt haïr. Je m’esmerveille grandement dont vous procede une telle crainte, vous estes contraire a tous aultres amoreulx: lesquelz par artificielle subtilité trouvent moyen d’avoir familiarité aux maritz de leurs amyes: cognoissant que par cela ilz peuvent avoir souvent seure occasion de parler & deviser a elles privement & en publicque. Apres que j’euz dit telles paroles, sans differer il me feist telles responses, & dist ainsi. Ma dame je suis certain, & je voy manifestement que monsieur vostre mary est attainct d’une grande & passionee fascherie, pour avoir suspition de la chose ou je pretends. Ainsi comme il disoit ces parolles, il apperceut mon mary, & me le monstra dont je feuz si perturbee, que je ne sçavoye quelle contenance tenir. Et lors tout ainsi que les ondes de la mer agitees d’ung vent, je recommençay a mouvoir & a trembler de toutes pars, & fus long temps sans parler jusques a ce que la crainte de perdre mon amy vint en ma memoire, qui me feist oublier toutes aultres choses, & eut ceste puissance de revocquer les forces en mon corps angoisseux & debile qui toutes dehors estoient dispersees: & en le regardant je congnoissoye que de semblable passion il estoit attainct, & pour le rasseurer luy disoye qu’il ne se souciast de riens, & qu’il n’y avoit danger ne peril pour n’estre chose estrange de parler & deviser, luy affermant que j’estoys certaine qu’il ne se vouldroit enquerir des propos que nous avions eu ensemble, parce qu’il m’estimoit estre chaste & pudicque non seulement aux effectz, mais en parolles & en devis. Mais combien que je luy sceuz dire & affermer, je ne le peuz persuader de le croire. Et en sa tendre & jeune vertu n’eust tant de vigueur qu’il peust prononcer aulcuns motz, mais en jectant souspirs en grand affluence se departit, & je demeuray merveilleusement irritee craignant que par pusillanimité mon amy ne imposast fin a sa poursuyte. Ceste pensee m’estoit si tresgriefve, que j’estoye immemorative de la peine que pourroye souffrir, a l’occasion que mon mary m’avoit apperceue: lequel s’estoit party ne pouant souffrir l’impetueuse rage qui le detenoit. Et ce voyant une de mes damoyselles m’en advertit. Parquoy je comprins que de grand travail il estoit oppressé: dont pour la souvenance ma douleur commença a augmenter, en sorte que en moindre crainte me departy pour retourner a la maison, pensant souffrir comme la fille du roy Priam quand de son corps sur le sepulchre De achilles fut faict sacrifice. Sans grande & laborieuse peine ne parvins au lieu ou je ne attendois souffrir moins de douleur que souffrirent les quarante neuf enfans de Egistus de leurs femmes & cousines. Et quand je pensay entrer dedans ma chambre, je rencontray mon mary, lequel commença a me menasser cruellement: ce que voyant deux damoyselles que je avoye avecques moy, me penserent retirer en une aultre chambre: mais en grand promptitude il me suyvit, en prenant le premier baston que il peut trouver, qui fut une torche: & me donna si grand coup, que violentement me feist cheoir a terre. Et pour cela ne se peult contenter ne refrener son ire: mais me donna de rechief deux ou trois coups si oultrageux, que en plusieurs lieux de mon corps la chair blanche, tendre & delicate devint noire, toutesfoys n’y eut aulcunes vulnerations. Ainsi qu’il me molestoit & oultrageoit, mes damoyseles & serviteurs domesticques mettoient peine de l’appaiser, & ce pendant sa furieuse rage commença a diminuer, parquoy se departit, & me laissa merveilleusement dolente & esploree, & par impatience je commençay a dire. O miserable & infelice plus que nulle vivante, telle te doibs tu nommer: car tu n’espere jamais estre liberé de la presente misere & calamité, sinon par le moyen de la cruelle Atropos: laquelle est le unicque refuge des desolez. Celle seulle peult imposer fin a tes larmes & souspirs, a telz douleurs & angoisses, & furieux desirs. En prononçant telles parolles je faisoye plusieurs crys, et de mon triste estomach jectoye vociferations si treshaultes et piteuses, en continuant tousjours mes miserables regretz: chascune de mes damoyselles mettoit bonne diligence de me conforter et appaiser mes griefves et insupportables douleurs, qui m’estoient reservees a la mort.
Moy estant ainsi tormentee & travaillee, j’entenditz la voix de mon mary: lequel par longue usance de tristesse, estoit plus temperé a souffrir douleurs qu’il n’avoit accoustumé: parquoy il delibera de moderer son yre, considerant qu’il luy estoit necessaire d’endurer & souffrir jusques a ce que plus manifestement ma detestable vie feust divulguee & vulgarisee, a ce qu’en me repudiant, il ne fut reprimé ne blasmé de mes parentz. Et pour ceste cause sans faire quelque semblant se contenoit, en sorte que par aulcune evidence, je ne pouoye comprendre quelle estoit sa volunté. Ce jour se passa en continuant tousjours mes douloureuses complainctes: mais la nuict venue, trop pire que le jour a toutes douleurs, d’autant que les nocturnes tenebres sont plus conformes aux miseres que la lumiere. Je estant au lict seulement accompaignee de ma familiere damoyselle, ne me faignoye de crier & amerement plorer, & passay ceste nuict en tel anxieux & doloureux exercice.
Le rutilant filz de Iperion regissant les Dorez frains, jadis follement desirez par le presumptueux Phaeton desja rendoit a toutes choses leurs propres couleurs noircies par la princesse de tenebres: quand mon mary m’envoya demander si je vouloye aller avecques luy au lieu ou l’on faict droict a chascun, dont je fuz moult esmerveillee: car parce qu’il m’avoit veu parler a mon amy, je n’esperoys plus qu’il me feust permiz d’y aller. Las je ignorois la cause pourquoy il le faisoit, ce que j’ay sceu depuis a mon deshonneur & prejudice: Toutesfoys aulcunement reconfortee me levay, & en grand promptitude me habillay, combien que ce ne fut sans grande peine: parce que je sentoye tresgriefve douleur a l’occasion des blesseures que le jour precedent avoys souffert: mais la memoire de mon amy estoit si enracinee en moy, & si tresfort inseree & vive en mon cueur, qu’elle me donna force a soustenir toutes peines & travaulx, parquoy ne laissay d’aller au lieu preallegué, comme j’avoys de coustume, & ce jour mesme au soir sachant que mon mary estoit fort empesché a ses affaires, par subtil moyen je trouvay maniere de inciter mon amy a parler a moy. Et apres avoir donné & receu les amoureux salutz, & ung petit songé & en silence demeuré, me dist.
Complainctes d’amoureux.
Chapitre. XIX.
Depuis hier (Madame) que parlay a vous, j’ay continuellement consommé le temps en merveilleuse sollicitude, craignant que monsieur vostre mary ne vous eust molestee, ou mal traictee, sans ce que eussiez sceu evader son impetueuse ferocité, que je comprendz estre grande, parce qu’il m’a veu parler a vous. Las si je pensoye que a l’occasion de moy eussiez souffert quelques precipitations ou peines, ce me seroit douleur pis que la mort, parquoy je vous exore & prie de m’en vouloir advertir, a celle fin que futurement je modere mon vouloir & affection, en dissimulant l’excessive amour que je vous porte. Et entre toutes les aultres choses je prendz admiration, & ne puis conjecturer pour quelle cause je fuz ung jour menassé d’ung qui se disoit vostre serviteur domestique: lequel en parlant occultement me deist aulcunes parolles non intelligibles, & pour ce je ne sçavoye que presupposer, & craignoye fort que ne luy eussiez declaré de noz amours: mais parce que nous estions en la rue, ne m’en vouluz enquerir, craignant vous offencer.
Apres que je l’euz escouté, & bien recueilly ses parolles, je luy ditz. O Guenelic, soyez certain que je suis fort marrie de vous veoir en ces fascheux & ennuyeux termes. Il semble par voz parolles que je soye quelque femme lascive. Ne considerez vous pas en vous mesmes ce que je vous ay predict, & encores (si c’est vostre plaisir) le vous veulx reiterer. C’est que mon mary m’a tousjours veu user de telle honnesteté & modestie, que par ce moyen il n’a aulcune dubitation sur moy: & bien me peulx glorifier que jusques a present, tellement ma vie a esté instituee, que n’ay esté digne de reprehension: & je vous supplie que vous desistez de telle timeur, qui est sans occasion: & quand a ce que me avez dict d’ung mien serviteur: lequel vous a monstré quelque menasse, je ne puis ymaginer dont procede la cause: & ne debvez craindre que de mon sens je soye si alienee que je luy aye exhibé ce qui est digne d’estre confermé soubz profonde silence. Apres avoir ce dict, nous feusmes quelque espace de temps sans parler: car entre nous les continuelz souspirs pulluloyent, en jectant doux & amoureux regardz, en sorte qu’il nous sembloit que nature de soy mesme s’esmerveillast, puis apres Guenelic reprint le propoz, & deist ainsi.
Madame, je vous supplye que ne vous irritez aulcunement, & ne me vueillez imputer a malignité, ce que je vous ay familierement declaré: car la timeur du grand enflambement qui naistre en pourroyt (si monsieur vostre mary en avoyt quelque doubte) m’a contrainct de prononcer telles & semblables parolles: & si en partie aulcune, vous estimez de moy offensee je suis celluy qui a tout dernier supplice, me efforceroye pour la faulte reparer ou amender, car en vostre vouloyr consiste toute ma presente & future beatitude & felicité, ou ma perpetuelle calamité, & si a vostre bonne grace je suis accepté, ma vie en sera doulce & tranquille, & si aultrement vous disposez, soubdainement au vivre feray cession: mais je suis aulcunement corroboré & reconforté, parce que certain suis estre en la puissance de celle qui ne pourroyt, sinon avecq clemence & doulce mansuetude juger, & pource que c’est chose humaine avoyr compassion, Je vous supplie de mollifier vostre cueur, & vueillez retribuer ou remunerer ung vostre serviteur entier & cordial de tant de fatigues par luy soustenus. Et pendant que nous avons le temps commode & propice: ne vous soit ennuy de me certiorer de vostre ultime & finale volunté. Apres les doulces & suaves parolles je luy commençay a dire. Mon amy, je comprendz voz parolles & profonde eloquence tant efficacissime: qu’elle pourroit pervertir la pensee de la chaste Penelope, & attraire le courage invincible de la belle Lucresse: mais peult estre que voz doulces & attractives parolles sont fainctes & simulees: car le plus souvent vous aultres Jouvenceaulx usés de telles faintises & adulations pour circonvenir la simple credulité fœminine, aulcunesfoys peu constante & trop liberalle: et ne tendez a aultre fin, sinon que a priver d’honneur celles que vous dictes tant aymer: mais si je pensoye que en vostre amour feussiez ferme & stable, & que vostre vouloyr ne feust aulcunement muable ne transitif, affin de ne estre ingrate de si grande amour, si la faculté me estoyt concedee, je desirerois vous premier & guerdonner de voz services: mais comme je vous ay par plusieurs foys dit. Comment se pourrois accomplir vostre vouloyr, sans denigrer & adnichiler en moy la chose, qui en plus grande observance que la propre vie se doibt conserver? Considerés que toute chose perdue restituer se peult, sinon en chasteté corrumpue: parquoy si je use de pitié en vous, je useray de crudelité en moy mesmes, par estre peu estimative de mon honneur, et pourroye succumber aux dangiers des langues pestiferes, dont en grand peine en bien vivant se peult on garder.
A ces motz ne differa point la responce: mais avecque une eleguante & doulce prononciation me deist. Ma dame unicque, se pourra il faire que soyez si cruelle que par trop grande acerbité a mort me conduysés? Voz parolles par lesquelles je ne puis gueres esperer, ne me sont de moindre douleur que fut la chemise de Dianira a Hercules. Las ma Dame si tant de felicité me estoit concedee, que je puisse parvenir a mon desir & affection: Auriez vous si maulvaise estime de moy, que par ung vouloir pervers & inique je voulusse divulguer le secret de noz amours? plustost me exposeroys a mille especes de mort: mais vouldrois estre secrete & curieuse, autant de l’honneur que de l’amour: & si vous pensez que mes parolles soient proferees par simulation ou faintise, grandement seriez alienee de la verité: car ce n’est ma coustume de user de parolles aornees ny adulatoires, entendu que de nulle vivante: je ne quis oncques la familiarité que de vous, & pourtant ne debvez differer de exaulcer ma requeste, en chassant toute rigeur de vostre noble cueur, & me vueillés liberer de si grande anxieté & douleur, sans me laisser continuellement languir.
Finies les doulces & melliflues parolles, je fuz en si excessive joye reduycte, que nulle chose je respondoye, mais en jectant grand affluence de doulx souspirs, luy signifioye la doulceur intrinseque, que par ses parolles j’avoye receue: mais subitement revint en ma memoyre la crainte de mon mary, qui me causa une extreme destresse, pour la timeur que j’avoye d’estre trouvee parlant a mon amy: en prenant ung doulx & amoureulx congé, luy ditz. Vivés en esperance: car soyés certain que je auray de vous memoire. Et luy continuant ses humbles, doulces & depriantes parolles de moy se partit, & encores ne estoye gueres eslongnee, que mon mary survint & luy circonvenu, incontinent nous retirasmes en nostre domicille.
Depuis les amoureuses devises, je continuay tousjours de frequenter le lieu, qui est dedié pour a chascun faire droict & accord: mais je feuz long temps sans que j’eusse l’opportunité de nous assembler en devises. Je ne sçay si mon amy differoit par crainte, ou s’il le faisoit par cautelle, affin que l’amour peust accroistre en moy, parce que aulcunesfoys par continuelle conversation on se fastidie & ennuye, Car la chose moins visitee & congneue, engendre plus de admiration. Je pensoys & ymaginoys incessamment, quelle pouoit estre l’occasion de si grande observance & silence, & venois souvent a reduyre en ma memoire les propos que nous avions tenus ensemble, & y prenois une singuliere delectation: aulcunesfoys en telles varietez de pensees je disoye en moymesmes, c’est la crainte de mon mary qui le garde de parler a moy: car par ce que par conception puis comprendre, ou par fantasie ymaginer, il ne adjouste aulcune foy en mon dire: car il ygnore l’excessive amour que je luy porte, a l’occasion que je le persuade de croire le contraire de cela, dont il a manifeste demonstrance. Mais ce qui me garde de luy declairer, c’est la crainte que j’ay de le perdre. Plusieurs jours passois & consumois en pensant & meditant diverses & nouvellles fantasies, tellement que par continuer je tombay en une insidieuse fiebvre, qui me debilitoit & dissipoit le corps, avecq si grand vehemence, que impossible m’eust esté me soustenir: parquoy contre mon vouloir je delaissay le plaisant & solacieux exercice du lieu plaidoyable. Mon mary continuoyt d’y aller selon sa coustume, & quelque foys me disant avoyr veu mon amy, pour experimenter quelle seroyt ma contenance, & une foys entre les aultres me deist. J’ay veu ce meschant homme remply de iniquité, seminateur de tous maulx, remply de libidinosité & infamie. Je dictz le traystre ton amy: lequel m’a tousjours suivy, je ne sçay se il pense que je ne congnoysse ses manifestes follyes, dont je ne ose monstrer aulcun semblant pour la timeur que je ay de t’engendrer scandale: parquoy il peut seurement aller par tout: car pour la conservation de ton honneur je ne le vouldroye aulcunement molester: mais je soubhayte le tenir dedans mes boys, a l’heure je userois de cruelle vindication, en luy faisant tresgriefz & innumerables tourmens: puis apres que mon appetit seroit rassasié de le travailler, je te feroye present de son corps tout desrompu & lasseré: & a l’heure t’enfermeroys en une tour, ou par force & contraincte je te feroye coucher avecq luy, puis apres luy ferois user sa detestable & miserable vie, par la plus cruelle & ignominieuse mort qui seroit possible de me adviser. Ainsi qu’il se delectoyt a dire telles ou semblables parolles, je l’escoutoye merveilleusement courroucee, & en basse voix je commençay a dire en me adressant a Dieu.