Les amours jaunes

Chapter 6

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Ils grouillent dans le cimetière On dirait les morts déroutés N'ayant tiré de sous la pierre Que des membres mal reboutés.

--Nous, taisons-nous!... Ils sont sacrés. C'est la faute d'Adam punie Le doigt d'En-haut tes a marqués: --La Droite d'En-haut soit bénie!

Du grand troupeau, boucs émissaires Chargés des forfaits d'ici-bas, Sur eux Dieu purge ses colères!... --Le pasteur de Sainte-Anne est gras.--

* * * * *

Mais une note pantelante, Écho grelottant dans le vent Vient battre la rumeur bêlante De ce purgatoire ambulant

Une forme humaine qui beugle Contre le calvaire se tient; C'est comme une moitié d'aveugle: Elle est borgne, et n'a pas de chien....

C'est une rapsode foraine Qui donne aux gens pour un liard L'Istoyre de la Magdalayne , Du Juif-Errant ou d'Abaylar .

Elle hâle comme une plainte, Comme une plainte de la faim, Et, longue comme un jour sans pain, Lamentablement, sa complainte....

--Ça chante comme ça respire, Triste oiseau sans plume et sans nid Vaguant où son instinct l'attire: Autour des Bon-Dieu de granit....

Ça peut parler aussi, sans doute. Ça peut penser comme ça voit: Toujours devant soi la grand'route.... --Et, quand ç'a deux sous ... ça les boit.

--Femme: on dirait hélas--sa nippe Lui pend, ficelée en jupon; Sa dent noire serre une pipe Eteinte....--Oh, la vie a du bon!--

Son nom ... ça se nomme Misère. Ça s'est trouvé né par hasard. Ça sera trouvé mort par terre.... La même chose--quelque part.

--Si tu la rencontres, Poète, Avec son vieux sac de soldat: C'est notre soeur ... donne--c'est fête Pour sa pipe, un peu de tabac!...

Tu verras dans sa face creuse Se creuser, comme dans du bois, Un sourire; et sa main galeuse Te faire un vrai signe de croix.

CRIS D'AVEUGLE .

Sur l'air bas-breton: Ann hini goz .

L'oeil tué n'est pas mort Un coin le fend encor Encloué je suis sans cercueil On m'a planté le clou dans l'oeil L'oeil cloué n'est pas mort Et le coin entre encor

Deus misericors Deus misericors Le marteau bat ma tête en bois Le marteau qui ferra la croix Deus misericors Deus misericors

Les oiseaux croque-morts Ont donc peur à mon corps Mon Golgotha n'est pas fini Lamma lamma sabacthani Colombes de la Mort Soiffez après mon corps

Rouge comme un sabord La plaie est sur le bord Comme la gencive bavant D'une vieille qui rit sans dent La plaie est sur le bord Rouge comme un sabord

Je vois des cercles d'or Le soleil blanc me mord J'ai deux trous percés par un fer Rougi dans la forge d'enfer Je vois un cercle d'or Le feu d'en haut me mord

Dans la moelle se tord Une larme qui sort Je vois dedans le paradis Miserere, De profundis Dans mon crâne se tord Du soufre en pleur qui sort

Bienheureux le bon mort Le mort sauvé qui dort Heureux les martyrs, les élus Avec la Vierge et son Jésus O bienheureux le mort Le mort jugé qui dort

Un Chevalier dehors Repose sans remords Dans le cimetière bénit Dans sa sieste de granit L'homme en pierre dehors A deux yeux sans remords

Ho je vous sens encor Landes jaunes d'Armor Je sens mon rosaire à mes doigts Et le Christ en os sur le bois A toi je baye encor O ciel défunt d'Armor

Pardon de prier fort Seigneur si c'est le sort Mes yeux, deux bénitiers ardents Le diable a mis ses doigts dedans Pardon de crier fort Seigneur contre le sort

J'entends le vent du nord Qui bugle comme un cor C'est l'hallali des trépassés J'aboie après mon tour assez J'entends le vent du nord J'entends le glas du cor

( Menez Arrez.)

LA PASTORALE DE CONLIE

PAR UN MOBILISÉ DU MORBIHAN

Moral jeunes troupes excellent . (OFF.)

Qui nous avait levés dans le Mois-noir --Novembre-- Et parqués comme des troupeaux Pour laisser dans la boue, au Mois-plus-noir --Décembre-- Des peaux de mouton et nos peaux!

Qui nous a lâchés là: vides, sans espérance, Sans un levain de désespoir! Nous entre-regardant, comme cherchant la France.... Comiques, fesant peur à voir!

--Soldats tant qu'on voudra!... soldat est donc un être Fait pour perdre le goût du pain?... Nous allions mendier; on nous envoyait paître: Et ... nous paissions à la fin!

--S'il vous plaît: Quelque chose à mettre dans nos bouches?... --Héros et bêtes à moitié!-- ... Ou quelque chose là: du coeur ou des cartouches: --On nous a laissé la pitié!

L'aumône: on nous la tit--Qu'elle leur soit rendue A ces bienheureux uhlans soûls! Qui venaient nous jeter une balle perdue.... Et pour rire!... comme des sous.

On eût dit un radeau de naufragés.--Misère-- Nous crevions devant l'horizon. Nos yeux troubles restaient tendus vers une terre.... Un cri nous montait: Trahison!

--Trahison ... c'est la guerre! On trouve à qui l'on crie!... --Nous: pas besoin....--Pourquoi trahis?... J'en ai vu parmi nous, sur la Terre-Patrie, Se mourir du mal-du-pays.

--Oh, qu'elle s'en allait morne, la douce vie!... Soupir qui sentait le remord De ne pouvoir serrer sur sa lèvre une hostie, Entre ses dents la mâle-mort!...

--Un grand enfant nous vint, aidé par deux gendarmes, --Celui-là ne comprenait pas-- Tout barbouillé de vin, de sueur et de larmes, Avec un biniou sous son bras.

Il s'assit dans la neige en disant: Ça m'amuse De jouer mes airs; laissez-moi.-- Et, le surlendemain, avec sa cornemuse, Nous l'avons enterré--Pourquoi!...

Pourquoi? dites-leur donc! Vous du Quatre-Septembre! A ces vingt mille croupissants!... Citoyens-décreteurs de victoires en chambre, Tyrans forains impuissants!

--La parole est à vous--la parole est légère!... La Honte est fille ... elle passa-- Ceux dont les pieds verdis sortent à fleur-de-terre Se taisent....--Trop vert pour vous, ça!

--Ha! Bordeaux, n'est-ce pas, c'est une riche ville.... Encore en France, n'est-ce pas?... Elle avait chaud partout votre garde mobile, Sous les balcons marquant le pas:

La résurrection de nos boutons de guêtres Est loin pour vous faire songer; Et, vos noms, je les vois collés partout, ô Maîtres!... --La honte ne sait plus ronger.--

--Nos chefs ... ils fesaient bien de se trouver malades! Armés en faux-turcs-espagnols On en vit quelques-uns essayer des parades Avec la troupe des Guignols.

-- Le moral: excellent --Ces Rois avaient des reines. Parmi leurs sacs-de-nuit de cour.... A la botte vernie il faut robes à traînes; La vaillance est soeur de l'amour.

--Assez!--Plus n'en fallait de fanfare guerrière A nous, brutes garde-moutons, Nous: ceux-là qui restaient simples, à leur manière, Soldats, catholiques, Bretons ....

A ceux-là qui tombaient bayant à la bataille, Ramas de vermine sans nom, Espérant le premier qui vint crier: Canaille! Au canon, la chair à canon!...

--Allons donc: l'abattoir!--Bestiaux galeux qu'on rosse, On nous fournit aux Prussiens; Et, nous voyant rouler-plat sous les coups de crosse, Des Français aboyaient--Bons chiens!

Hallali! ramenés!--Les perdus ... Dieu les compte,-- Abreuvés de banals dédains; Poussés, traînant au pied la savate et la honte, Cracher sur nos foyers éteints!

* * * * *

--Va: toi qui n'es pas bue, ô fosse de Conlie! De nos jeunes sangs appauvris, Qu'en voyant regermer tes blés gras, on oublie Nos os qui végétaient pourris.

La chair plaquée après nos blouses en guenille --Fumier tout seul rassemblé.... --Ne mangez pas ce pain, mères et jeunes filles! L' ergot de mort est dans le blé.

( 1870 )

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GENS DE MER

* * * * *

Point n'ai fait un tas d'océans Comme les Messieurs d'Orléans, Ulysses à vapeur en quête.... Ni l'Archipel en capitan; Ni le Transatlantique ardant Qu'une chanteuse d'opérette.

Mais il fut flottant, mon berceau, Fait comme le nid de l'oiseau Qui couve ses oeufs sur la houle.... Mon lit d'amour fut un hamac: Et, pour tantôt, j'espère un sac Leste d'un bon caillou qui conte.

--Marin, je sens mon matelot Comme le bonhomme Callot Sentait son illustre bonhomme.... --Va , bonhomme de mer mal fait! Va, Muse à la voix de rogomme! Va, Chef-d'oeuvre de cabaret!

MATELOTS

Vos marins de quinquets à l'Opéra ... comique, Sous un frac en bleu-ciel jurent «Mille sabords!» Et, sur les boulevards, le survivant chronique Du Vengeur vend l'onguent à tuer les rats morts. Le Jùn'homme infligé d'un bras --même en voyage-- Infortuné, chantant par suite de naufrage ; La femme en bain de mer qui tord ses bras au flot; Et l'amiral ***--Ce n'est pas matelot!

--Matelots--quelle brusque et nerveuse saillie Fait cette Race à part sur la race faillie! Comme ils vous mettent tous, terriens , au même sac! -- Un curé dans ton lit, un' fill' dans mon hamac!/i>--

* * * * *

--On ne les connaît pas, ces gens à rudes noeuds. Ils ont le mal de mer sur vos planchers à boeufs : A terre--oiseaux palmés--ils sont gauches et veûles. Ils sont mal culottés comme leurs brûle-gueules. Quand le roulis leur manque ... ils se sentent rouler: -- A terre, on a beau boire, on ne peut désoûler!

--On ne les connaît pas.--Eux: que leur fait la terre?... Une relâche, avec l'hôpital militaire, Des filles, la prison, des horions, du vin.... Le reste: Eh bien, après?--Est-ce que c'est marin?...

--Eux ils sont matelots.--A travers les tortures, Les luttes, les dangers, les larges aventures, Leur face-à-coups-de-hache a pris un tic nerveux D'insouciant dédain pour ce qui n'est pas Eux.... C'est qu'ils se sentent bien, ces chiens! Ce sont des mâles! --Eux: l'Océan!--et vous: les plates-bandes sales; Vous êtes des terriens , en un mot, des troupiers : -- De la terre de pipe et de la sueur de pieds! --

Eux sont les vieux-de-cale et les frères-la côte , Gens au coeur sur la main, et toujours la main haute; Des natures en barre!--Et capables de tout.... --Faites-en donc autant!...--Ils sont de mauvais goût .... --Peut-être.... Ils ont chez vous des amours tolérées

Par un grippe-Jésus accueillant leurs entrées....[3] --Eh! faut-il pas du coeur au ventre quelque part, Pour entrer en plein jour là--bagne-lupanar,[4] Qu'ils nomment le Cap-Horn , dans leur langue hâlée: --Le cap Horn, noir séjour de tempête grêlée-- Et se coller en vrac, sans crampe d'estomac, De la chair à chiquer--comme un noeud de tabac!

Jetant leur solde avec leur trop-plein de tendresse, A tout vent; ils vont là comme ils vont à la messe.... Ces anges mal léchés, ces durs enfants perdus! --Leur tête a du requin et du petit-Jésus.

Ils aiment à tout crin: Ils aiment plaie et bosse, La Bonne-Vierge, avec le gendarme qu'on rosse; Ils font des voeux à tout ... mais leur voeu caressé A toujours l'habit bleu d'un Jésus-christ rossé.[5]

--Allez: ce franc cynique a sa grâce native.... Comme il vous toise un chef, à sa façon naïve! Comme il connaît son maître:-- Un d'un seul bloc de bois! -- Un mauvais chien toujours qu'un bon enfant parfois!

* * * * *

--Allez: à bord, chez eux, ils ont leur poésie! Ces brutes ont des chants ivres d'âme saisie Improvisés aux quarts sur le gaillard-d'avant.... --Ils ne s'en doutent pas, eux, poème vivant.

--Ils ont toujours, pour leur bonne femme de mère , Une larme d'enfant, ces héros de misère; Pour leur Douce-Jolie , une larme d'amour!... Au pays--loin--ils ont, espérant leur retour, Ces gens de cuivre rouge, une pâle fiancée Que, pour la mer jolie, un jour ils ont laissée. Elle attend vaguement ... comme on attend là-bas. Eux ils portent son nom tatoué sur leur bras. Peut-être elle sera veuve avant d'être épouse.... --Car la mer est bien grande et la mer est jalouse.-- Mais elle sera fière, à travers un sanglot, De pouvoir dire encore:--Il était matelot!...

--C'est plus qu'un homme aussi devant la mer géante, Ce matelot entier!... Piétinant sous la plante De son pied marin le pont près de crouler; Tiens bon! Ça le connaît, ça va le désoûler. Il finit comme ça, simple en sa grande allure, D'un bloc:-- Un trou dans l'eau, quoi!... pas de fioriture .

* * * * *

On en voit revenir pourtant: bris de naufrage. Ramassis de scorbut et hachis d'abordage.... Cassés, défigurés, dépaysés, perclus: --Un oeil en moins.--Et vous, en avez-vous en plus: --La fièvre-jaune.---Eh bien, et vous, l'avez-vous rose? --Une balafre.--Ah, c'est signé!...C'est quelque chose! --Et le bras en pantenne.--Oui, c'est un biscaïen, Le reste c'est le bel ouvrage au chirurgien. --Et ce trou dans la joue?--Un ancien coup de pique. --Cette bosse?--A tribord? ... excusez: c'est ma chique. --Ça?--Rien: une foutaise , un pruneau dans la main, Ça sert de baromètre, et vous verrez demain: Je ne vous dis que ça, sûr! quand je sens ma crampe.... Allez, on n'en fait plus des coques de ma trempe! On m'a pendu deux fois....-- Et l'honnête forban Creuse un bateau de bois pour un petit enfant. Ils durent comme ça, reniflant la tempête Riches de gloire et de trois cents francs de retraite, Vieux culots de gargousse, épaves de héros!... --Héros?--ils riraient bien!...--Non merci: matelots!

--Matelots!--Ce n'est pas vous, jeunes mateluches , Pour qui les femmes ont toujours des coqueluches.... Ah, les vieux avaient de plus fiers appétits! En haussant leur épaule ils vous trouvent petits. A treize ans ils mangeaient de l'Anglais, les corsaires! Vous, vous n'êtes que des pelletas militaires.... Allez, on n'en fait plus de ces purs, premier brin! Tout s'en va ... tout! La mer ... elle n'est plus marin! De leur temps, elle était plus salée et sauvage. Mais, à présent, rien n'a plus de pucelage.... La mer.... La mer n'est plus qu'une fille à soldats!...

--Vous, matelots, rêvez, en faisant vos cent pas Comme dans les grands quarts.... Paisible rêverie De carcasse qui geint, de mât craqué qui crie.... --Aux pompes!... --Non ... fini!--Les beaux jours sont passés -- Adieu mon beau navire aux trois mâts pavoisés!

* * * * *

Tel qu'une vieille coque au sec dégréée, Où vient encor parfois clapoter la marée; Ame-de-mer en peine est le vieux matelot Attendant, échoué ...--quoi: la mort? --Non, le flot.

( Ile d'Ouessant.--Avril .)

[note 3: Grippe-Jésus : petit nom marin du gendarme.]

[note 4: 'Ce bagne-lupanar' Qu'ils nomment le Cap-Horn , dans leur langue halée.]

[note 5: Jésus-Christ : du même au même]

LE BOSSU BITOR [6]

Un pauvre petit diable aussi vaillant qu'un autre, Quatrième et dernier à bord d'un petit cotre ... Fier d'être matelot et de manger pour rien, Il remplaçait le coq , le mousse et le chien; Et comptait, comme ça, quarante ans de service, Sur le rôle toujours inscrit comme-- novice! --

... Un vrai bossu: cou tors et retors, très madré, Dans sa coque il gardait sa petite influence; Car chacun sait qu'en mer un bossu porte chance.... --Rien ne f...iche malheur comme femme ou curé!

Son nom: c'était Bitor--nom de mer et de guerre-- Il disait que c'était un tremblement de terre Qui, jeune et fait au tour, l'avait tout démoli: Lui, son navire et des cocotiers ... au Chili.

* * * * *

Le soleil est noyé.--C'est le soir--dans le port Le navire bercé sur ses câbles, s'endort Seul; et le clapotis bas de l'eau morte et lourde, Chuchote un gros baiser sous sa carène sourde. Parmi les yeux du brai flottant qui luit en plaque, Le ciel miroité semble une immense flaque.

Le long des quais déserts où grouillait un chaos S'étend le calme plat.... Quelques vagues échos.... Quelque novice seul, resté mélancolique, Se chante son pays avec une musique.... De loin en loin, répond le jappement hagard, Intermittent, d'un chien de bord qui fait le quart, Oublié sur le pont.... Tout le monde est à terre. Les matelots farauds s'en sont allés--mystère!-- Faire, à grands coups de gueule et de botte ... l'amour. --Doux repos tant sué dans les labeurs du jour.-- Entendez-vous là-bas, dans les culs-de-sac louches, Roucouler leur chanson ces tourtereaux farouches!...

--Chantez! La vie est courte et drôlement cordée!... Hâle à toi, si tu peux, une bonne bordée A jouer de la fille, à jouer du couteau.... Roucoulez mes Amours! Qui sait: demain!... tantôt....

... Tantôt, tantôt ... la ronde en écrémant la ville, Vous soulage en douceur quelque traînard tranquille Pour le coller en vrac, léger échantillon, Bleu saignant et vainqueur, au clou.--Tradition.--

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Mais les soirs étaient doux aussi pour le Bitor, Il était libre aussi, maître et gardien à bord.... Lové tout de son long sur un rond de cordage, Se sentant somnoler comme un chat ... comme un sage, Se repassant l'oreille avec ses doigts poilus, Voluptueux, pensif, et n'en pensant pas plus, Laissant mollir son corps dénoué de paresse, Son petit oeil vairon noyé de morbidesse!...

--Un loustic en passant lui caressait les os: Il riait de son mieux et faisait le gros dos.

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Tout le monde a pourtant quelque bosse en la tête.... Bitor aussi--c'était de se payer la fête! Et cela lui prenait, comme un commandement De Dieu: vers la Noël, et juste une fois l'an. Ce jour-là, sur la brune, il s'ensauvait à terre Comme un rat dont on a cacheté le derrière.... --Tiens: Bitor disparu.--C'est son jour de sabbats Il en a pour deux nuits: réglé comme un compas. --C'est un sorcier pour sûr....-- Aucun n'aurait pu dire, Même on n'en riait plus; c'était fini de rire.

Au deuxième matin, le bordailleur rentrait Sur ses jambes en pieds-de-banc-de-cabaret, Louvoyant bord-sur-bord.... Morne, vers la cuisine Il piquait droit, chantant ses vêpres ou mâtine, Et jetait en pleurant ses savates au feu.... --Pourquoi--nul ne savait, et lui s'en doutait peu. ... J'y sens je ne sais quoi d'assez mélancolique, Comme un vague fumet d'holocauste à l'antique....

C'était la fin; plus morne et plus tordu, le hère Se reprenait hâler son bitor de misère....

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--C'est un soir, près Noël.--Le cotre est à bon port, L'équipage au diable, et Bitor ... toujours Bitor. C'est le grand jour qu'il s'est donné pour prendre terre: Il fait noir, il est gris.--L'or n'est qu'une chimère! Il tient, dans un vieux bas de laine, un sac de sous.... Son pantalon à mettre et:--La terre est à nous!--

... Un pantalon jadis cuisse-de-nymphe-émue , Couleur tendre à mourir!... et trop tôt devenue Merdoie ... excepté dans les plis rose-d'amour , Gardiens de la couleur, gardiens du pur contour....

Enfin il s'est lavé, gratté--rude toilette! --Ah! c'est que ce n'est pas, non plus, tous les jours fête!... Un cache-nez lilas lui cache les genoux, --Encore un coup-de-suif! et: La terre est à nous! ... La terre: un bouchon, quoi!...--Mais Bitor se sent riche: D'argent, comme un bourgeois: d'amour, comme un caniche.... --Pourquoi pas le Cap-Horn! ... Le sérail--Pourquoi pas!... --Syrènes du Cap-Horn , vous lui tendez les bras!...

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Au fond de la venelle est la lanterne rouge, Phare du matelot, Stella maris du bouge.... --Qui va là?--Ce n'est plus Bitor! c'est un héros, Un Lauzun qui se frotte aux plus gros numéros!... C'est Triboulet tordu comme un ver par sa haine!... Ou c'est Alain Chartier, sous un baiser de reine!... Lagardère en manteau qui va se redresser!... --Non: C'est un bienheureux honteux--Laissez passer. C'est une chair enfin que ce bout de rognure! Un partageux qui veut son morceau de nature. C'est une passion qui regarde en dessous L'amour ... pour le voler!...--L'amour à trente sous!

--Va donc Paillasse! Et le trousse-galant t'emporte! Tiens: c'est là!... C'est un mur--Heurte encor!... C'est la porte: As-tu peur!-- Il écoute.... Enfin: un bruit de clefs, Le judas darde un rais:--Hô, quoi que vous voulez? --J'ai de l'argent.--Combien es-tu? Voyons ta tête.... Bon. Gare à n'entrer qu'un; la maison est honnête; Fais voir ton sac un peu?... Tu feras travailler?...-- Et la serrure grince, on vient d'entrebâiller; Bitor pique une tête entre l'huys et l'hôtesse, Comme un chien dépendu qui se rue à la messe. --Eh, là-bas! l'enragé, quoi que tu veux ici? Qu'on te f...iche droit, quoi? pas dégoûté! Merci!... Quoi qui te faut, bosco?... des nymphes, des pucelles Hop! à qui le Mayeux? Eh là-bas, les donzelles!...

Bitor lui prit le bras:--Tiens, voici pour toi, gouine: Cache-moi quelque part ... tiens: là....--C'est la cuisine! --Bon. Tu m'en conduiras une ... et propre! combien?... --Tire ton sac.--Voilà.--Parole! il a du bien!... Pour lors nous en avons du premier brin: cossuses ; Mais on ne t'en a pas fait exprès des bossuses .... Bah! la nuit tous les chats sont gris. Reste là voir, Puisque c'est ton caprice; as pas peur, c'est tout noir.-

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