Chapter 4
--Bonnet de laine grise enfoncé sur mon âme! Et--coup de pied de l'âne.... Hue!--Une bonne-femme Vieille Limonadière, aussi, de la Passion! Peut venir saliver sa sainte compassion Dans ma trompe-d'Eustache , à pleins cris, à plein cor, Sans que je puisse au moins lui marcher sur un cor!
--Bête comme une vierge et fier comme un lépreux, Je suis là, mais absent.... On dit: Est-ce un gâteux, Poète muselé, hérisson à rebour?...-- Un haussement d'épaule, et ça veut dire: un sourd.
--Hystérique tourment d'un Tantale acoustique! Je vois voler des mots que je ne puis happer; Gobe-mouche impuissant, mangé par un moustique, Tête-de-turc gratis où chacun peut taper.
O musique céleste: entendre, sur du plâtre, Gratter un coquillage! un rasoir, un couteau Grinçant dans un bouchon!... un couplet de théâtre! Un os vivant qu'on scie! un monsieur! un rondeau!...
--Rien--Je parle sous moi.... Des mots qu'à l'air je jette De chic , et sans savoir si je parle en indou.... Ou peut-être en canard, comme la clarinette D'un aveugle bouché qui se trompe de trou.
--Va donc, balancier soûl affolé dans ma tête! Bats en branle ce bon tam-tam, chaudron fêlé Qui rend la voix de femme ainsi qu'une sonnette, Qu'un coucou!... quelquefois: un moucheron ailé....
--Va te coucher, mon coeur! et ne bats plus de l'aile. Dans la lanterne sourde étouffons la chandelle, Et tout ce qui vibrait là--je ne sais plus où-- Oubliette où l'on vient de tirer le verrou.
--Soyez muette pour moi, contemplative Idole, Tous les deux, l'un par l'autre, oubliant la parole, Vous ne me direz mot: je ne répondrai rien.... Et rien ne pourra dédorer l'entretien.
Le silence est d'or (Saint Jean Chrysostome)
FRÈRE ET SOEUR JUMEAUX
Ils étaient tous deux seuls, oubliés là par l'âge.... Ils promenaient toujours tous les deux, à longs pas, Obliquant de travers, l'air piteux et sauvage.... Et deux pauvres regards qui ne regardaient pas.
Ils allaient devant eux essuyant les risées, --Leur parapluie aussi, vert, avec un grand bec-- Serrés l'un contre l'autre et roides, sans pensées.... Eh bien, je les aimais--leur parapluie avec!--
Ils avaient tous les deux servi dans les gendarmes: La Soeur à la popotte , et l'Autre sous les armes; Ils gardaient l'uniforme encor--veuf de galon: Elle avait la barbiche, et lui le pantalon.
Un Dimanche de Mai que tout avait une âme, Depuis le champignon jusqu'au paradis bleu, Je flânais aux bois, seul--à deux aussi: la femme Que j'aimais comme l'air ... m'en doutant assez peu.
--Soudain, au coin d'un champ, sous l'ombre verdoyante Du parapluie éclos, nichés dans un fossé, Mes Vieux Jumeaux, tous deux, à l'aube souriante, Souriaient rayonnants ... quand nous avons passé.
Contre un arbre, le vieux jouait de la musette, Comme un sourd aveugle, et sa soeur dans un sillon, Grelottant au soleil, écoutait un grillon Et remerciait Dieu de son beau jour de fête.
--Avez-vous remarqué l'humaine créature Qui végète loin du vulgaire intelligent, Et dont l'âme d'instinct, au trait de la figure, Se lit....--N'avez-vous pas aimé de chien couchant?...
Ils avaient de cela--De retour dans l'enfance, Tenant chaud l'un à l'autre, ils attendaient le jour Ensemble pour la mort comme pour la naissance.... --Et je les regardais en pensant à l'amour....
Mais l'Amour que j'avais près de moi voulut rire; Et moi, pauvre honteux de mon émotion, J'eus le coeur de crier au vieux duo: Tityre!--
* * * * *
Et j'ai fait ces vieux vers en expiation.
LITANIE DU SOMMEIL
«J'ai scié le sommeil!» (MACBETH.)
Vous qui ronflez au coin d'une épouse endormie, RUMINANT! savez-vous ce soupir: L'INSOMNIE? --Avez-vous vu la Nuit, et le Sommeil ailé, Papillon de minuit dans la nuit envolé, Sans un coup d'aile ami, vous laissant sur le seuil, Seul, dans le pot-au-noir au couvercle sans oeil: --Avez-vous navigué?... La pensée est la houle Ressassant le galet: ma tête ... votre boule. --Vous êtes-vous laissé voyager en ballon? --Non?--bien, c'est l'insomnie.--Un grand coup de talon Là!--Vous voyez cligner des chandelles étranges: Une femme, une Gloire en soleil, des archanges.... Et, la nuit s'éteignant dans le jour à demi, Vous vous réveillez coi, sans vous être endormi.
Sommeil! écoute-moi: je parlerai bien bas: Sommeil--Ciel-de-lit de ceux qui n'en ont pas!
Toi qui planes avec l'Albatros des tempêtes, Et qui t'assieds sur les casques-à-mèche honnêtes! SOMMEIL!--Oreiller blanc des vierges assez bêtes! Et Soupape à secret des vierges assez faites! --Moelleux Matelas de l'échine en arête! Sac noir où les chassés s'en vont cacher leur tête! Rôdeur de boulevard extérieur! Proxénète! Pays où le muet se réveille prophète! Césure du vers long, et Rime du poète!
SOMMEIL!--Loup-Garou gris! Sommeil Noir de fumée! SOMMEIL!--Loup de velours, de dentelle embaumée! Baiser de l'Inconnue, et Baiser de l'Aimée! --SOMMEIL! Voleur de nuit! Folle-brise pâmée! Parfum qui monte au ciel des tombes parfumées! Carrosse à Cendrillon ramassant les Traînées! Obscène Confesseur des dévotes mort-nées!
Toi qui viens, comme un chien, lécher la vieille plaie Du martyr que la mort tiraille sur sa claie! O Sourire forcé de la crise tuée! SOMMEIL Brise alizée! Aurorale buée!
Trop-plein de l'existence, et Torchon neuf qu'on passe Au CAFÉ DE LA VIE, à chaque assiette grasse! Grain d'ennui qui nous pleut de l'ennui des espaces! Chose qui court encor, sans sillage et sans traces! Pont-levis des fossés! Passage des impasses!
SOMMEIL!--Caméléon tout pailleté d'étoiles! Vaisseau-fantôme errant tout seul à pleines voiles! Femme du rendez-vous, s'enveloppant d'un voile! SOMMEIL!--Triste Araignée, étends sur moi ta toile!
SOMMEIL auréolé! féerique Apothéose, Exaltant le grabat du déclassé qui pose! Patient Auditeur de l'incompris qui cause! Refuge du pêcheur, de l'innocent qui n'ose! Domino! Diables-bleus! Ange-gardien rose!
Voix mortelle qui vibre aux immortelles ondes! Réveil des échos morts et des choses profondes, --Journal du soir: TEMPS, SIÈCLE et REVUE DES DEUX MONDES!
Fontaine de Jouvence et Borne de l'envie! --Toi qui viens assouvir la faim inassouvie! Toi qui viens délier la pauvre âme ravie, Pour la noyer d'air pur au large de la vie!
Toi qui, le rideau bas, viens lâcher la ficelle Du Chat, du Commissaire, et de Polichinelle, Du violoncelliste et de son violoncelle, Et la lyre de ceux dont la Muse est pucelle!
Grand Dieu, Maître de tout! Maître de ma Maîtresse Qui me trompe avec toi--l'amoureuse Paresse-- O bain de voluptés! Éventail de caresse!
SOMMEIL! Honnêteté des voleurs! Clair de lune Des yeux crevés!--SOMMEIL! Roulette de fortune De tout infortuné! Balayeur de rancune!
O corde-de-pendu de la Planète lourde! Accord éolien hantant l'oreille sourde! --Beau Conteur à dormir debout: conte ta bourde?... SOMMEIL!--Foyer de ceux dont morte est la falourde!
SOMMEIL--Foyer de ceux dont la falourde est morte! Passe-partout de ceux qui sont mis à la porte! Face-de-bois pour les créanciers et leur sorte! Paravent du mari contre la femme-forte!
Surface des profonds! Profondeur des jocrisses! Nourrice du soldat et Soldat des nourrices! Paix des juges-de-paix! Police des polices! SOMMEIL!--Belle-de-nuit entrouvrant son calice! Larve, Ver-luisant et nocturne Cilice! Puits de vérité de monsieur la Palisse!
Soupirail d'en haut! Rais de poussière impalpable, Qui viens rayer du jour la lanterne implacable!
* * * * *
Sommeil--Écoute-moi, je parlerai bien bas: Crépuscule flottant de l'Être ou n'Être pas! ....
Sombre lucidité! Clair-obscur! Souvenir De l'Inouï! Marée! Horizon! Avenir! Conte des Mille-et-une-nuits doux à ouïr! Lampiste d' Aladin qui sais nous éblouir! Eunuque noir! muet blanc! Derviche! Djinn! Fakir! Conte de Fée où le Roi se laisse assoupir! Forêt-vierge où Peau-d'Ane en pleurs va s'accroupir! Garde-manger où l'Ogre encor va s'assouvir! Tourelle où ma soeur Anne allait voir rien venir! Tour où dame Malbrouck voyait page courir.... Où Femme Barbe-Bleue oyait l'heure mourir!... Où Belle au-Bois-Dormant dormait dans un soupir!
Cuirasse du petit! Camisole du fort! Lampion des éteints! Éteignoir du remord! Conscience du juste, et du pochard qui dort! Contre-poids des poids faux de l'épicier de Sort! Portrait enluminé de la livide Mort!
Grand fleuve où Cupidon va retremper ses dards SOMMEIL!--Corne de Diane, et corne du cornard! Couveur de magistrats et Couveur de lézards! Marmite d' Arlequin !--bout de cuir, lard, homard-- SOMMEIL!--Noce de ceux qui sont dans les beaux-arts.
Boulet des forcenés, Liberté des captifs! Sabbat du somnambule et Relai des poussifs!-- SOMME! Actif du passif et Passif de l'actif! Pavillon de la Folle et Folle du poncif!... --O viens changer de patte au cormoran pensif!
O brun Amant de l'Ombre! Amant honteux du jour! Bal de nuit où Psyché veut démasquer l'Amour! Grosse Nudité du chanoine en jupon court! Panier-à-salade idéal! Banal four! Omnibus où, dans l'Orbe, on fait pour rien un tour
Sommeil! Drame hagard! Sommeil, molle Langueur! Bouche d'or du silence et Bâillon du blagueur! Berceuse des vaincus! Perchoir des coqs vainqueurs! Alinéa du livre où dorment les longueurs!
Du jeune homme rêveur Singulier Féminin! De la femme rêvant pluriel masculin!
SOMMEIL!--Râtelier du Pégase fringant! SOMMEIL!--Petite pluie abattant l'ouragan! SOMMEIL!--Dédale vague où vient le revenant! SOMMEIL!--Long corridor où plangore le vent!
Néant du fainéant! Lazzarone infini! Aurore boréale au sein du jour terni!
Sommeil!--Autant de pris sur notre éternité! Tour du cadran à blanc! Clou du Mont-de-Piété! Héritage en Espagne à tout déshérité! Coup de rapière dans l'eau du fleuve Léthé! Génie au nimbe d'or des grands hallucinés Nid des petits hiboux! Aile des déplumés!
Immense Vache à lait dont nous sommes les veaux! Arche où le hère et le boa changent de peaux! Arc-en-ciel miroitant! Faux du vrai! Vrai du faux! Ivresse que la brute appelle le repos! Sorcière de Bohême à sayon d'oripeaux! Tityre sous l'ombrage essayant des pipeaux! Temps qui porte un chibouck à la place de faux! Parque qui met un peu d'huile à ses ciseaux! Parque qui met un peu de chanvre à ses fuseaux! Chat qui joue avec le peloton d'Atropos!
SOMMEIL!--Manne de grâce au coeur disgracié!
* * * * *
LE SOMMEIL S'ÉVEILLANT ME DIT: TU M'AS SCIÉ.
* * * * *
Toi qui souffles dessus une épouse enrayée, RUMINANT! dilatant ta pupille éraillée; Sais-tu?... Ne sais-tu pas ce soupir--LE RÉVEIL!-- Qui baille au ciel, parmi les crins d'or du soleil Et les crins fous de ta Déesse ardente et blonde?... --Non?...--Sais tu le réveil du philosophe immonde --Le Porc--rognonnant sa prière du matin; Ou le réveil, extrait-d'âge de la catin?... As-tu jamais sonné le réveil de la meute; As-tu jamais senti l'éveil sourd de l'émeute, Ou le réveil de plomb du malade fini?... As-tu vu s'étirer l'oeil des Lazzaroni?... Sais-tu?... ne sais-tu pas le chant de l'alouette? --Non--Gluants sont tes cils, pâteuse est ta luette. Ruminant! Tu n'as pas L'INSOMNIE, éveillé; Tu n'as pas LE SOMMEIL, ô Sac ensommeillé!
( Lits divers--Une nuit de jour )
IDYLLE COÛPÉE
Avril .
C'est très parisien dans les rues Quand l'Aurore fait le trottoir, De voir sortir toutes les Grues Du violon, ou de leur boudoir....
Chanson pitoyable et gaillarde; Chiffons fanés papillotants, Fausse note rauque et criarde Et petits traits crûs, turlutants:
Velours râtissant la chaussée; Grande-duchesse mal chaussée, Cocotte qui court becqueter Et qui dit bonjour pour chanter....
J'aime les voir, tout plein légères, Et, comme en façon de prières, Entrer dire.... Bonjour, gros chien-- Au merlan , puis au pharmacien.
J'aime les voir, chauves, déteintes, Vierges de seize à soixante ans, Rossignoler pas mal d'absinthes, Perruches de tout leur printemps;
Et puis payer le mannezingue , Au Polyte qui sert d'Arthur, Bon jeune homme né brandezingue, Dos-bleu sous la blouse d'azur.
--C'est au boulevard excentrique, Au-- BON RETOUR DU CHAMP DU NORD -- Là: toujours vert le jus de trique, Rose le nez des Croque-mort....
Moitié panaches, moitié cire, Nez croqués vifs au demeurant, Et gais comme un enterrement.... --Toujours le petit mort pour rire!--
Le voyou siffle--vilain merle-- Et le poète de charnier Dans ce fumier cherche la perle, Avec le peintre chiffonnier.
Tous les deux fouillant la pâture De leur art ... à coups de grouins; Sûrs toujours de trouver l'ordure. --C'est le fonds qui manque le moins.
C'est toujours un fond chaud qui fume, Et, par le soleil, lardé d'or.... Le rapin nomme ça: bitume; Et le marchand de lyre: accord.
--Ajoutez une pipe en terre Dont la spirale fait les cieux.... Allez: je plains votre misère, Vous qui trouvez qu'on trouve mieux!
C'est le Persil des gueux sans poses, Et des riches sans un radis.... --Mais ce n'est pas pour vous, ces choses, O provinciaux de Paris!...
Ni pour vous, essayeurs de sauces, Pour qui l'azur est un ragoût! Grands empâteurs d'emplâtres fausses, Ne fesant rien, fesant partout!
--Rembranesque! Raphaélique! --Manet et Courbet au milieu-- ... Ils donnent des noms de fabrique A la pochade du bon Dieu!
Ces Gallimard cherchant la ligne , Et ces Ducornet-né-sans-bras , Dont la blague, de chic, vous signe N'importe quoi ... qu'on ne peint pas.
Dieu garde encor l'homme qui glane Sur le soleil du promenoir, De flairer jamais la soutane De la vieille dame au bas noir!
... On dégèle, animal nocturne, Et l'on se détache en vigueur; On veut, aveugle taciturne, A soi tout seul être blagueur.
Savates et chapeau grotesque Deviennent de l'antique pur; On se colle comme une fresque Enrayonnée au pied d'un mur.
Il coule une divine flamme, Sous la peau; l'on se sent avoir Je ne sais quoi qui fleure l'âme.... Je ne sais--mais ne veux savoir.
La Muse malade s'étire.... Il semble que l'huissier sursoit.... Soi-même on cherche à se sourire, Soi-même on a pitié de soi.
Volez, mouches et demoiselles!... Le gouapeur aussi vole un peu D'idéal.... Tout n'a pas des ailes.... Et chacun vole comme il peut.
--Un grand pendard, cocasse, triste, Jouissait de tout ça, comme moi, Point ne lui demandais pourquoi.... Du reste--une gueule d'artiste--
Il reluquait surtout la tête Et moi je reluquais le pié. --Jaloux ... pourquoi? c'eût été bête, Ayant chacun notre moitié.--
Ma béatitude nagée Jamais, jamais n'avait bravé Sa silhouette ravagée Plantée au milieu du pavé....
--Mais il fut un Dieu pour ce drille: Au soleil loupant comme ça, Dessinant des yeux une fille.... --Un omnibus vert l'écrasa.
LE CONVOI DU PAUVRE
( Paris, le 30 avril 1873, Rue Notre Dame-de Lorette .)
Ça monte et c'est lourd--Allons, Hue! --Frères de renfort, votre main!... C'est trop!... et je fais le gamin; C'est mon Calvaire cette rue!
Depuis Notre-Dame-Lorette.... --Allons! la Cayenne est au bout, Frère! du coeur! encor un coup!... --Mais mon âme est dans la charrette:
Corbillard dur à fendre l'âme. Vers en bas l'attire un aimant: Et du piteux enterrement Rit la Lorette notre dame....
C'est bien ça--Splendeur et misère! Sous le voile en trous a brillé Un bout du tréteau funéraire; Cadre d'or riche ... et pas payé.
La pente est âpre, tout de même, Et les stations sont des fours , Au tableau remontant le cours De l'Elysée à la Bohême....
--Oui, camarade, il faut qu'on sue Après son harnais et son art!... Apres les ailes: le brancard! Vivre notre métier--ça tue....
Tués l'idéal et le râble! Hue!... Et le coeur dans le talon!
* * * * *
--Salut au convoi misérable Du peintre écrémé du Salon!
--Parmi les martyrs ça te range; C'est prononcé comme l'arrêt De Rafaël, peintre au nom d'ange, Par le Peintre au nom de ... courbet!
DÉJEUNER DE SOLEIL
Bois de Boulogne , 1er mai .
Au Bois, les lauriers sont coupés, Mais le Persil verdit encore; Au Serpolet , petits coupés Vertueux vont lever l'Aurore....
L'Aurore brossant sa palette: Kh'ol, carmin et poudre de riz; Pour faire dire--la coquette-- Qu'on fait bien les ciels à Paris.
Par ce petit-lever de Mai, Le Bois se croit à la campagne: Et, fraîchement trait, le Champagne Semble de la mousse de lait.
Là, j'ai vu les Chère Madame S'encanailler avec le frais.... Malgré tout prendre un vrai bain d'âme! --Vous vous engommerez après.--
... La voix à la note expansive: --Vous comprenez; voici mon truc: Je vends mes Memphis, et j'arrive.... --Cent louis!...--Eh, Eh! Bibi....--Mon duc?...
On presse de petites mains: --Tiens ... assez pur cet attelage.-- Même les cochers, au dressage, Redeviennent simples humains.
--Encor toi! vieille Belle-Impure! Toujours, les pieds au plat, tu sors, Dans ce déjeuner de nature, Fondre un souper à huit ressorts....--
Voici l'école buissonnière: Quelques maris jaunes de teint, Et qui rentrent dans ta carrière D'assez bonne heure ... le matin.
Le lapin inquiet s'arrête, Un sergent-de-ville s'assied, Le sportsman promène sa bête, Et le rêveur la sienne--à pied.--
Arthur même a presque une tête, Son faux-col s'ouvre matinal.... Peut-être se sent-il poète, Tout comme Byron --son cheval.
Diane au petit galop de chasse Fait galoper les papillons Et caracoler sur sa trace, Son Tigre et les vieux beaux Lions.
Naseaux fumants, grand oeil en flamme, Crins d'étalon: cheval et femme Saillent de l'avant! .... --Peu poli. --Pardon: maritime ... et joli.
VEDER NAPOLI POI MORI
Voir Naples et ....--Fort bien, merci, j'en viens. --Patrie D'Anglais en vrai, mal peints sur fond bleu-perruquier! Dans l'indigo l'artiste en tous genres oublie. Ce Ne-m'oubliez-pas d'outremer: le douanier.
--O Corinne!... ils sont là déclamant sur ma malle.... Lasciate speranza , mes cigares dedans! --O Mignon!... ils ont tout éclos mon linge sale Pour le passer au bleu de l'éternel printemps!
Ils demandent la main ... et moi je la leur serre! Le portrait de ma Belle, avec morbidezza Passe de mains en mains: l'inspecteur sanitaire L'ausculte, et me sourit ... trouvant que c'est bien ça!
Je venais pour chanter leur illustre guenille, Et leur chantage a fait de moi-même un haillon! Effeuillant mes faux-cols, l'un d'eux m'offre sa fille.... Effeuillant le faux-col de mon illusion!
--Naples! panier percé des Seigneurs Lazzarones Riches d'un doux ventre au soleil! Polichinelles-Dieux, Rois pouilleux sur leurs trônes, Clyso-pompant l'azur qui bâille leur sommeil!...
O Grands en rang d'oignons! Plantes de pieds en lignes! Vous dont la parure est un sac, un aviron! Fils réchauffes du vieux Phoebus! Et toujours dignes Des chansons de Musset, du mépris de Byron!...
--Choeurs de Mazanielli , Torses de mandolines! Vous dont le métier est d'être toujours dorés De rayons et d'amour ... et d'ouvrir les narines, Poètes de plein air! O frères adorés!
Dolce Farniente! ...--Non! c'est mon sac!... il nage Parmi ces asticots, comme un chien crevé; Et ma malle est hantée aussi ... comme un fromage! Inerte, ô Galilée! et ... è pur si muove ....
--Ne ruolze plus ça, toi, grand Astre stupide! Tas de pâles voyous grouillant à se nourrir; Ce n'est plus le lézard, c'est la sangsue à vide.... --Dernier lazzarone à moi le bon Dormir!
( Napoli--Dogana del porto .)
VÉSUVES ET Cie
Pompeïa-station--Vésuve, est-ce encor toi? Toi qui fis mon bonheur, tout petit, en Bretagne, --Du bon temps où la foi transportait la montagne-Sur un bel abat-jour, chez une tante à moi:
Tu te détachais noir, sur un fond transparent, Et la lampe grillait les feux de ton cratère. C'était le confesseur, dit-on, de ma grand'mère Qui t'avait rapporté de Rome tout flambant....
Plus grand, je te revis à l'Opéra-Comique. --Rôle jadis créé par toi: Le Dernier Jour De Pompeï .--Ton feu s'en allait en musique, On te souillait ton rôle, et ... tu ne fis qu'un four.
--Nous nous sommes revus: devant-de-cheminée, A Marseille, en congé, sans musique, et sans feu: Bleu sur fond rose, avec ta Méditerranée Te renvoyant pendu, rose sur un champ bleu.
--Souvent tu vins à moi la première, ô Montagne! Je te rends ta visite, exprès, à la campagne. Le Vrai Vésuve est toi, puisqu'on m'a fait cent francs!
* * * * *
Mais les autres petits étaient plus ressemblants.
Pompeï, aprile .
SONNETO A NAPOLI ALL' SOLE, ALL' LUNA ALL' SABATO, ALL' CANONICO E TUTTI QUANTI
--CON PULCINELLA--
Il n'est pas de Samedi Qui n'ait soleil à midi; Femme ou fille soleillant, Qui n'ait midi sans amant!...
Lune, Bouc, Curé cafard Qui n'ait tricorne cornard! --Corne au front et corne au seuil Préserve du mauvais oeil.--
... L'Ombilic du jour filant Son macaroni brûlant, Avec la tarentela:
Lucia, Maz'Aniello, Santa-Pia, Diavolo,
-CON PULCINELLA.--
Mergelina-Venerdi, aprile 15.
A L'ETNA
Sicelides Musae, paulo majora canamus . (VIRGILE.)
Etna--j'ai monté le Vésuve.... Le Vésuve a beaucoup baissé: J'étais plus chaud que son effluve, Plus que sa crête hérissé....
--Toi que l'on compare à la femme.... --Pourquoi?--Pour ton âge? ou ton âme De caillou cuit?...--Ça fait rêver.... --Et tu t'en fais rire à crever!--
--Tu ris jaune et tousses: sans doute, Crachant un vieil amour malsain; La lave coule sous la croûte De ton vieux cancer au sein.
--Couchons ensemble, Camarade! Là--mon flanc sur ton flanc malade: Nous sommes frères, par Vénus, Volcan!... Un peu moins ... un peu plus....
( Palerme.--Août .)
LE FILS DE LAMARTINE et DE GRAZIELLA
«C'est ainsi que j'expiai par ces larmes écrites la dureté et l'ingratitude de mon coeur de dix-huit ans. Je ne puis jamais relire ces vers sans adorer cette fraîche image que rouleront éternellement pour moi les vagues transparentes et plaintives du golfe de Naples ... et sans me haïr moi-même; mais les âmes pardonnent là-haut. La sienne m'a pardonné. Pardonnez-moi aussi, vous!!! J'ai pleuré.»