Part 23
121. Y a-t-il beaucoup de gens de loi?
122. Les parties plaident-elles en personne?
123. Par qui les juges sont-ils nommés et payés; sont-ils à vie?
124. Quel est l'ordre des successions et des héritages?
125. Y a-t-il des droits d'aînesse, des substitutions, des testaments?
126. Les enfants partagent-ils par égalité, n'importe quel bien; qu'en résulte-t-il pour les biens de campagne?
127. Y a-t-il des biens de main-morte, des legs à l'église, des fondations?
128. Quelle est l'autorité des parents sur leurs enfants, des époux sur leurs femmes?
129. Les femmes ont-elles beaucoup de luxe; en quoi consiste-t-il?
130. Quelle est l'éducation des enfants; quels livres enseigne-t-on?
131. Y a-t-il des imprimeries, des papiers-nouvelles, des bibliothèques?
132. Les citoyens se rassemblent-ils pour des conversations et des lectures?
133. Y a-t-il une grande circulation de personnes et de choses dans le pays?
134. Y a-t-il des établissements de postes aux chevaux et aux lettres?
135. Quels sont, en un mot, les établissements, de n'importe que genre, particuliers au pays, qui par leur utilité, soient dignes de l'observation?
FIN.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS CE VOLUME.
LEÇONS D'HISTOIRE.
AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR pag. III
PREMIÈRE SÉANCE (1er pluviôse).--Programme.--Objet, plan et distribution de l'étude de l'histoire.
SECONDE SÉANCE.--Le sens littéral du mot _histoire_ est _recherche, enquête_ (de faits).--Modestie des historiens anciens.--Témérité des historiens modernes.--L'_historien_ qui écrit sur témoignages, prend le rôle de juge, et reste témoin intermédiaire pour ses lecteurs.--Extrême difficulté de constater l'état précis d'un fait; de la part du spectateur, difficulté de le bien voir; de la part du narrateur, difficulté de le bien peindre.--Nombreuses causes d'erreur provenant d'illusion, de préoccupation, de négligence, d'oubli, de partialité, etc. 6
TROISIÈME SÉANCE.--Continuation du même sujet.--Quatre classes principales d'historiens avec des degrés d'autorité divers: 1º historiens acteurs; 2º historiens témoins; 3º historiens auditeurs de témoins; 4º historiens sur ouï-dire ou traditions.--Altération inévitable des récits passés de bouche en bouche.--Absurdité des traditions des temps reculés, commune à tous les peuples.--Elle prend sa source dans la nature de l'entendement humain.--Caractère de l'histoire toujours relatif au degré d'ignorance ou de civilisation d'un peuple--Caractère de l'histoire chez les anciens et chez les peuples sans imprimerie.--Effets de l'imprimerie sur l'histoire.--Changement qu'elle a produit dans les historiens modernes.--Disposition d'esprit la plus convenable à bien lire l'histoire.--Ridicule de douter de tout, moins dangereux que de ne douter de rien.--Être sobre de croyance. 18
QUATRIÈME SÉANCE.--Résumé du sujet précédent.--Quelle utilité peut-on retirer de l'histoire?--Division de cette utilité en trois genres: 1º utilité des bons exemples, trop compensée par les mauvais; 2º transmission des objets d'arts et de sciences; 3º résultats politiques des effets des lois, et de la nature des gouvernements sur le sort des peuples.......--L'histoire ne convient qu'à très-peu de personnes sous ce dernier rapport; elle ne convient à la jeunesse, et à la plupart des classes de la société, que sous le premier.--Les romans bien faits sont préférables. 43
CINQUIÈME SÉANCE.--De l'art de lire l'histoire; cet art n'est point à la portée des enfants: l'histoire, sans enseignement, leur est plus dangereuse qu'utile.--De l'art d'enseigner l'histoire.--Vues de l'auteur sur un cours d'études de l'histoire.--De l'art d'écrire l'histoire.--Examen des préceptes de Lucien et de Mably. 66
SIXIÈME SÉANCE.--Continuation du même sujet.--Distinction de quatre méthodes de composer l'histoire: 1º par ordre de temps (les annales et chroniques); 2º par ordre dramatique ou systématique; 3º par ordre de matières; 4º par ordre analytique ou philosophique.--Développement de ces diverses méthodes; supériorité de la dernière: ses rapports avec la politique et la législation.--Elle n'admet que des faits constatés, et ne peut convenir qu'aux temps modernes.--Les temps anciens ne seront jamais que probables: nécessité d'en refaire l'histoire sous ce rapport.--Plan d'une société littéraire pour recueillir dans toute l'Europe les monuments anciens.--Combien de préjugés seraient détruits, si l'on connaissait leur origine.--Influence des livres historiques sur la conduite des gouvernements, sur le sort des peuples.--Effet des livres juifs sur l'Europe.--Effet des livres grecs et romains introduits dans l'éducation.--Conclusion. 93
HISTOIRE DE SAMUEL,
INVENTEUR DU SACRE DES ROIS.
PRÉFACE DE L'ÉDITEUR. 139
§ 1er. Préliminaires du voyageur.--Motifs accidentels de cette dissertation. 141
§ II. Histoire de Samuel, calculée sur les mœurs du temps et sur les probabilités naturelles.--Dispositions morales et politiques des Hébreux au temps de Samuel. 152
§ III. Enfance de Samuel.--Circonstances de son éducation.--Son caractère en devient le résultat. 158
§ IV. Caractère essentiel du prêtre en tout pays; origine et motifs des corporations sacerdotales chez toute nation. 163
§ V. Manœuvres secrètes en faveur de Samuel.--Quel a pu en être l'auteur? 167
§ VI. Nouvelle servitude des Hébreux.--Samuel dans sa retraite prépare leur insurrection et devient suffète ou juge.--Superstition du temps. 175
§ VII. Le peuple rejette les enfants de Samuel et le force de nommer un roi.--Samuel exerce la profession de devin 183
§ VIII. Qu'était-ce que les prophètes et la confrérie des prophètes chez les anciens Juifs? 192
§ IX. Suite de la conduite astucieuse de Samuel.--Première installation de Saül à Maspha.--Sa victoire à Iabès.--Deuxième installation.--Motifs de Samuel. 201
§ X. Brouillerie et rupture de Samuel avec Saül.--Ses motifs probables. 214
§ XI. Destitution du roi Saül par le prêtre Samuel. 221
§ XII. Samuel, de sa seule autorité, et sans aucune participation du peuple, oint le berger David et le sacre roi en exclusion de Saül 228
§ XIII. Origine de l'onction (à l'huile ou à la graisse) 237
CONCLUSIONS DE L'ÉDITEUR.--Questions de droit public sur la cérémonie de l'onction royale 248
NOTES 256
Nouveaux éclaircissements sur les prophètes mentionnés au § VIII, page 192 270
ÉTAT PHYSIQUE DE LA CORSE 281
PRÉCIS DE L'ÉTAT DE LA CORSE 315
PREMIÈRE LETTRE A M. LE COMTE LANJUINAIS, sur l'antiquité de l'alphabet phénicien 329
SECONDE LETTRE A M. LE COMTE LANJUINAIS, sur l'antiquité de l'alphabet phénicien; contenant diverses questions historiques, proposées comme problèmes à résoudre 345
LETTRE A M. LE DIRECTEUR DE LA REVUE, sur une nouvelle traduction d'Hérodote 363
QUESTIONS DE STATISTIQUE, à l'usage des voyageurs 377
_Idem._--------PREMIÈRE SECTION.--État physique du pays 385
----DEUXIÈME SECTION.--État politique 388
FIN DE LA TABLE.
FOOTNOTES:
[1] Les professeurs de cette école, devenue célèbre en peu de mois, étaient:
MM.
LAGRANGE } } Mathématiques. LAPLACE }
HAUY Physique.
MONGE Géométrie descriptive.
DAUBENTON Histoire naturelle.
BERTHOLLET Chimie.
THOUIN Agriculture.
BUACHE } } Géographie. MENTELLE }
VOLNEY Histoire.
BERNARDIN-DE-ST.-PIERRE Morale.
SICARD Grammaire.
GARAT Analyse de l'entendement.
LAHARPE Littérature.
[2] Le lecteur observera que les professeurs de l'École Normale s'étaient imposé la loi de faire leurs leçons sur de simples notes, à la manière des orateurs. Ces leçons, recueillies à l'instant par des _écrivains aussi prompts que la parole_, étaient légèrement révisées, et de suite envoyées à l'impression; mes trois premières sont dans ce cas, et je n'eus que 15 jours pour m'y préparer.
[3] Ce fut la séance d'ouverture, dans laquelle furent lus tous les programmes.
[4] Par exemple, analysez le principe fondamental des mouvements actuels de l'Europe: _Tous les hommes naissent égaux en droits_; qu'est-ce que cette maxime, sinon le _fait collectif et sommaire_ déduit d'une multitude de faits particuliers, d'après lesquels, ayant examiné et compare un à un la totalité, ou du moins une immense multitude d'individus, et les ayant trouvés munis d'organes et de facultés semblables, l'on en a conclu, comme dans une _addition_, _le fait total_, qu'ils _naissent tous égaux en droits_..... Reste à bien définir qu'est-ce qu'un droit; et cette définition est plus épineuse qu'on ne le pense généralement.
[5] _Hérodote_, liv. 4, § XLII, traduct. de Larcher.
[6] Suétone, _Vie de César_, § LIV.
[7] La _liberté_, et non la _licence_.
[8] _Voyez_ le 1er chapitre du _Qoran_, verset 1er et suivants.
[9] _Voyez_ le début des _Confessions_ de J.-J. Rousseau; il n'est peut-être aucun livre où tant d'orgueil ait été rassemblé dans aussi peu de lignes que dans les dix premières.
[10] Il y a cette différence caractéristique entre Rousseau et Voltaire considérés comme chefs d'opinions, que si vous attaquez Voltaire devant ses partisans, ils le défendent sans chaleur, par raisonnement et par plaisanterie, et vous regardent tout au plus comme un homme de mauvais goût. Mais si vous attaquez Rousseau devant les siens, vous leur causez une espèce d'horreur religieuse, et ils vous considèrent comme un scélérat. Ayant moi-même dans ma jeunesse éprouvé ces impressions, lorsque j'en ai recherché la cause, il m'a paru que Voltaire, parlant à l'esprit plutôt qu'au cœur, à la pensée plutôt qu'au sentiment, n'échauffait l'ame d'aucune passion; et parce qu'il s'occupait plutôt de combattre l'opinion d'autrui que d'établir la sienne, il produisait l'habitude du doute plutôt que celle de l'affirmation, ce qui mène à la tolérance. Rousseau, au contraire, s'adresse au cœur plutôt qu'à l'esprit, aux affections plutôt qu'au raisonnement; il exalte l'amour de la vertu et de la vérité (sans les définir), par l'amour des femmes, si capable de faire illusion; et parce qu'il a une forte persuasion de sa droiture, il suspecte en autrui d'abord l'opinion, et puis l'intention: situation d'esprit d'où résulte immédiatement l'aversion quand on est faible, et l'intolérance persécutrice lorsque l'on est fort. Il est remarquable que parmi les hommes qui, dans ces derniers temps, ont le plus déployé ce dernier caractère, le grand nombre était ou se disait disciples et admirateurs de J.-J. Rousseau.
[11] _Fraternité ou la mort_, c'est-à-dire, _pense comme moi ou je te tue_; ce qui est littéralement la profession de foi d'un _mahométan_.
[12] L'on sait que Rousseau est mort dans cet état, rendu évident par ses derniers écrits.
[13] L'amphithéâtre de chimie au jardin des Plantes donnant sur la rue de Seine.
[14] Ce sujet est si important, que le lecteur ne trouvera pas mauvais que j'insère ici les résultats de mes observations sur les différentes salles où je me suis trouvé.
L'objet principal, même unique d'une salle délibérante, est que les discutants se parlent avec aisance, s'entendent avec clarté; décoration, construction, règles de l'art, tout doit être subordonné à ce point final. Pour l'obtenir, il faut:
1º Que les délibérants soient rapprochés les uns des autres, dans le plus petit espace conciliable avec la salubrité et la commodité; sans cette condition, ceux qui ont des voix faibles sont dépouillés de fait de leur droit de voter, et il s'établit une _aristocratie_ de _poumons_, qui n'est pas l'une des moins dangereuses;
2º Que les délibérants siégent dans l'ordre le plus propre à mettre en évidence tous leurs mouvemens; car, sans respect public, il n'y a point de dignité individuelle; ces deux premières conditions établissent la forme circulaire et amphithéâtrale;
3º Que les rangs des délibérants forment une masse continue, sans division matérielle qui en fasse des quartiers distincts; car ces divisions matérielles favorisent et même fomentent des divisions morales de parti et de faction;
4º Que le parquet de la salle soit interdit à toute autre personne qu'aux secrétaires et aux huissiers; rien ne trouble plus la délibération, que d'aller et venir dans ce parquet;
5º Que les issues d'entrée et de sortie soient nombreuses, indépendantes les unes des autres, de manière que la salle puisse s'évacuer ou se remplir rapidement et sans confusion;
6º Que l'auditoire soit placé de manière à ne gêner en rien les délibérants.
Comme cette dernière condition pourrait sembler un problème, voici le plan que j'ai calculé sur ces diverses données, et qu'il n'appartient qu'à des architectes de rectifier dans l'exécution.
Je trace une salle en fer à cheval, ou formant un peu plus que le demi-cercle; je lui donne une aire suffisante à placer cinq cents délibérants au plus; car des assemblées plus nombreuses sont des _cohues_, et peut-être trois cents sont-ils un nombre préférable. J'élève cinq ou six rangs de gradins en amphithéâtre dont le rayon est de trente-six à quarante pieds au plus: dans chacun de ces rangs, je pratique une foule d'issues dites _vomitoires_, pour entrer et sortir. Autour du parquet, règne une balustrade qui l'interdit au dernier gradin. A l'un des bouts du demi-cercle, et hors des rangs, est le siége du président; derrière lui, hors du cercle, est un appartement à son usage, par où il entre et sort: devant lui sont les secrétaires; à l'autre bout en face, aussi hors des rangs, est la tribune de lecture, destinée seulement à lire les lois et les rapports; chaque membre devant parler sans quitter sa place: cette tribune et le siége du président n l'amphithéâtre. Au-dessus des rangs, en retraite dans le mur, sont des tribunes où siégent les preneurs de notes, dits journalistes, qui, dans un gouvernement républicain me paraissant des magistrats très-influants, sont élus partie par le peuple, partie par le gouvernement: enfin, j'admets quelques tribunes grillées pour les ambassadeurs et pour divers magistrats.
La voûte de cette salle est non pas ronde, mais aplatie et calculée pour des effets suffisants d'audition: nombre de châssis y sont pratiqués pour rafraîchir l'air de la salle, et pour y jeter de la lumière. Aucune fenêtre latérale, aucune colonne ne rompt l'unité de l'enceinte. S'il y a trop d'écho, l'on tend des draperies. Le long des murs sont des thermomètres pour mesurer et tenir à un même degré la chaleur des poêles souterrains en hiver, et des conduits d'air en été; cette partie est sous l'inspection de trois médecins; car la santé des délibérants est un des éléments des bonnes lois.
Jusqu'ici l'on ne voit point d'auditoire, et cependant j'en veux un avec la condition commode de le faire plus ou moins nombreux, selon qu'on le voudra: pour cet effet j'adapte à l'ouverture du demi-cercle ci-dessus, un autre demi-cercle plus petit, ou plus grand, ou égal, qui représente une salle de spectacle sans galeries. Les délibérants se trouvent à son égard comme dans un théâtre élevé qui domine d'assez haut le parterre. Ces deux salles sont séparées par un passage et une balustrade, presque comme l'orchestre, pour s'opposer, au besoin, à tout mouvement. L'on entre par ce passage pour se présenter à la barre située entre le président et la tribune de lecture: enfin, une cloison latérale mobile vient, dans les cas de délibération secrète, isoler en un clin d'œil les délibérants, sans déplacer la masse des spectateurs. Il y a tout lieue se regardent pas, mais sont un peu tournés vis-à-vis le fond de croire qu'un tel édifice ne coûterait pas 100,000 francs, parce qu'il exclut toute espèce de luxe; mais dût-il coûter le double, sa construction est la chose la plus praticable, même dans nos circonstances; car sans toucher au trésor public, une souscription de 12 à 15 fr. par mois, de la part de chaque membre des Conseils, remplirait l'objet qu'ils désirent également, sans être une charge onéreuse sur leur traitement.
[15] Ainsi encore les détails des négociations, de qui dépendent les grands événements de la paix et de la guerre, sont de tous les faits historiques les plus instructifs, puisque l'on y voit à nu tout le jeu des intrigues et des passions; et ces faits seront toujours les moins connus, parce qu'il n'est peut-être aucun de leurs agents qui osât en rendre un compte exact, pour son propre honneur ou son intérêt.
[16] Et en général, toute l'histoire n'est-elle pas les faits tels que les a vus le narrateur, et n'est-ce pas le cas d'appliquer ce mot de Fontenelle: _L'histoire est le roman de l'esprit humain, et les romans sont l'histoire du cœur_?
[17] Lorsque j'écrivais ceci, en ventôse de l'an 3, je venais de traverser la France depuis Nice, et j'avais vu très-fréquemment les enfants lanternant les chats, guillotinant les volailles et imitant les tribunaux révolutionnaires.
[18] Ces paroles manquent dans l'édition in-12, qui est pleine de fautes.
[19] Avant thermidor de l'an 2.
[20] Les prêtres l'ont si bien senti, que, par une contradiction digne de leur système, ils ont toujours interdit à la jeunesse, et en général au peuple, la lecture des _Bibles_ pleines de récits grossiers et atroces, _et pourtant dictés par le Saint-Esprit_.
[21] C'est le _gouz_ oriental, dont le _g_ représente notre _r_ grasseyé.
[22] Wednesday chez les Anglais.
[23] Voyez le _Common Sense_, par Thomas Payne.
[24] C'est-à-dire _directrice_ et _conductrice_, qui sont les sens du mot _norma_.
[25] Voyez l'Histoire de 1793.
[26] La totalité des pays désignés sous le nom de _Grèce_ contient environ 3,850 lieues carrées; de ce nombre 1,100 composent la Macédoine qui, selon Strabon, contenait, au temps d'Alexandre, c'est-à-dire au plus haut degré de prospérité, 1,000,000 de têtes; c'est un peu moins de 1,000 ames par lieue carrée, et cette proportion est en effet celle des pays les plus peuplés: je l'applique à toute la Grèce, afin de n'avoir pas de contestation avec les adorateurs de l'antiquité; elle est d'ailleurs le cas le plus favorable des portions de la Grèce moderne; car, d'après des recherches faites avec beaucoup de soin et d'intelligence, par Félix, consul de Salonique, la Macédoine actuelle n'a que 700,000 ames, ce qui donne en moins trois dixièmes; la Morée n'en a que 300,000 pour 700 lieues carrées; l'Attique 20,000, et toute la Grèce réunie pas 2,000,000, ce qui ne donne que 500 ames par lieue carrée, et ce terme est plus fort que l'Espagne.
[27] Maintenant que j'ai vu les sauvages d'Amérique, je persiste de plus en plus dans cette comparaison, et je trouve que le premier livre de Thucydide, et tout ce qu'il dit des mœurs des Lacédémoniens, conviennent tellement aux _cinq nations_, que j'appellerais volontiers les Spartiates, les _Iroquois_ de l'ancien monde.
[28] Lorsque je songe que l'église dite Sainte-Geneviève, aujourd'hui le Panthéon, a coûté plus de 30 millions; que Saint-Sulpice, et vingt autres églises dans Paris en ont coûté depuis cinq jusqu'à dix; qu'il n'est pas de ville de 10,000 ames en France qui n'ait pour 1,000,000 en construction d'églises, pas de paroisse qui n'en ait pour 60 à 80,000 francs, je suis porté à croire que la France a employé dix milliards à entasser de petits monceaux de pierres sans utilité; c'est-à-dire, quatre ans de son revenu actuel, et plus du double de son revenu au temps des constructions: et voilà la sagesse des peuples et des gouvernements!
[29] Il existait chez l'ancien intendant des bâtiments (d'Angivilliers), un volume manuscrit superbement relié, qui était le registre des frais de la construction de Versailles, et dont le résumé au dernier feuillet, était de 1,400,000,000 de livres tournois: mais l'argent était à 16 francs le marc, il est de nos jours à 52 francs.
[30] Par la main de Charlotte Corday: cependant il est vrai que chez les Juifs _l'assassinat des tyrans_ fut inspiré et protégé par l'_Esprit saint_; que chez les chrétiens il a été enseigné et recommandé par _saint Thomas d'Aquin_, et par les jésuites, qui l'ont pratiqué sur des princes qui n'étaient pas tyrans... Aujourd'hui, que deux empereurs effrayés de cette doctrine en d'autres mains veulent rétablir l'ordre des jésuites, il pourra se faire, s'ils y réussissent, qu'ils aient un jour plus de peine à se débarrasser de ces _bons pères_, que n'en ont eu les rois de France, d'Espagne et de Portugal; car ils n'auront plus à leur secours Voltaire, Helvétius, d'Alembert, et tant d'autres philosophes anti-fanatiques, haïs maintenant par les rois, quoique _Frédéric II_ fût de leur nombre.
[31] L'auteur, après dix mois de détention (jusqu'au 6 fructidor an 2), se trouvait exilé de Paris, par le décret contre les détenus, lorsqu'il reçut à Nice, au mois de frimaire, sa nomination inopinée à l'une des places de professeur, et l'invitation du comité d'instruction publique de venir sur-le-champ la remplir.
[32] En ce moment tout Paris, grace à l'art de M. _Prévost_, voit ou peut voir Jérusalem aussi bien que notre voyageur: l'illusion du Panorama est complète, mais elle détruit celles de l'imagination; chacun se dit: _Quoi! c'est là Jérusalem!_ Les réflexions de notre auteur n'en seront que mieux appréciées. Il est fâcheux que la vérité du tableau de M. Prévost soit gâtée par une notice triviale, pleine d'erreurs populaires et de contes de _pèlerins_.
[33] Au temps d'Alexandre, la ville de Tyr, selon les Grecs, avait 46,000 habitants, entassés dans des maisons à _quatre étages_, construction rare chez les anciens.
[34] Courtier.
[35] Dans l'_Itinéraire à Jérusalem_, tome II, le poétique auteur cite, page 129, le village de Saint-Jérémie comme étant la patrie du prophète de ce nom, et il reconnaît que cette tradition est fausse, puisque la Bible établit _Anatot_.
Page 123, _selon les habitants_, tous les monuments du pays seraient dus à sainte Hélène, et il convient que cela n'est pas vrai....., etc. L'auteur eût pu en citer bien d'autres exemples, mais ce n'était ni son intention ni son but.
[36] La circoncision.
[37] C'était aussi le nom des deux _consuls_ de Kartage, dont le peuple, né phénicien, parlait un langage tout-à-fait analogue à l'hébreu.
[38] _Samuel_ ou _Rois_, liv. I, chap. I.
[39] Ce nom est le même que l'arabe _Ali_, lettre pour lettre. Le latin a introduit l'_h_ pour exprimer l'_ain_.