Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz

Chapter 8

Chapter 83,759 wordsPublic domain

Nous commençasmes cy devant a dire le maniere comment la sage princesse veult & ordonne que ses filles soyent nourries & introduyctes en enfance & jeunesse. Si nous convient en continuant ceste matiere parler et deviser de l'ordonnance qui a la fille appartient a tenir c'est assavoir a la jeune princesse qui veult vivre si qu'il appartient depuis le temps qu'elle est mariee & hors le bail de ses parens si dirons ainsi il appartient a la jeune princesse qui de nouvel est mariee luy soit baillé estat d'hommes & de femmes tel & si grant comme a la haultesse du prince et seigneur a qui elle est donnee appartient. Si seront esleuz pour estre ses serviteurs gentilz hommes non mye trop jeunes ne trop emperlez ne mygnons mais sages & attrempés & preudhommes & s'ilz sont mariés tant mieulx vault & par especial ceulx qui la serviront a table & qui plus frequenteront environ elle & de ses femmes & se il eschiet est bien seant que leurs femmes demeurent semblablement a court les maistres d'hostel gens meurs & de bon sçavoir & pour la jeune princesse mieulx aprendre & endoctriner de ce qui apartient au sauvement de l'ame & de sa conscience luy doit on eslire confesseur religieux sage clerc en divinité prudent en meurs & de sens naturel preudhomme d'onneste & de bonne vie. Et au fait de ses femmes pource que c'est droit que des anciennes dames & damoyselles & aussi des jeunes y soyent mises doibt bien estre advisee quelles de quel sens et estat et vie sont & ont esté celles ains que mises y soyent trop plus y doit estre visité que a celles que on prent a court de plus ancienne princesse. Car nonobstant que en toutes cours soit bien seant que les femmes y soyent de honnestes meurs. Toutes voyes pourroit cheoir plus grant peril en compaignie de jeune princesse que en aultre pour deux especiaulx raisons. L'une que on juge communement a l'estat & maintien que on voit a la maisgnie de l'estre & condicion du seigneur ou de la dame pourquoy se les femmes n'estoyent de belle ordonnance aucuns pourroyent supposer que non feust la maistresse laquelle chose pourroit estre le descroissement de l'honneur d'elle. Item la deuxiesme raison est que mesmement ladicte maistresse jeune & enfant y pourroit prendre aucun enseignement & exemple non bien convenable entre ses femmes doibt avoir une dame ou damoiselle assez d'aage saige prudente bonne honneste & devote a qui on aura beillé par fiance le gouvernement de la jeune dame combien que par adventure en y aura a la court maintes de plus grant lignage & des parentes peut estre a ladicte princesse mises par honneur & compaignie & neantmoins ceste aura le soing & la garde principal d'elle. Si n'aura mye ceste dame cy se bien veult faire son devoir petite charge ne peu de soing ne regard. Car il convient que elle tende a deux choses principalles. L'une est qu'elle induyse & maintiengne sa maistresse en sage gouvernement & bonnes meurs & telles que nulles voix ne parolles puissent souldre contre son honneur & l'autre que elle la tiengne en amour & qu'elle ayt tousjours sa grace. Lesquelles deux choses c'est assavoir donner correction & enseignement a jeune gent & avoir ensemble leur amour & grace est souvent moult fort a faire si y convient ouvrer par grant discretion & ce peut faire par tel maniere. C'est trop plus fort chose d'estaindre le feu quant il a emprins & embrasé une maison / que il n'est a garder que il ne s'i esprengne Et pource la sage mesnagere qui a toutes heures est sur sa garde d'eschever les perilz qui pevent advenir cerche souvent par sa maison par especial au soir de paour que aulcune mesgnie mal songneuse ayt laissé chandelle ou moucheron ou autre chose dont dommage puisse venir tout ainsi ceste dame pourveue de ce qu'elle aura a faire en la maniere que on ploye la verge quant elle est jeune sicomme on veult adviser a son povoir de mettre en tel ploy sadicte maistresse se qu'a tousjours mais y puisse demourer. Et pource de loings & non mye tout a coup que la verge ne brise ira querre ses commencemens pour venir & attaindre a ses conclusions & a ce qu'elle vouldra mettre a fin. Car tout premierement elle prendra toute la peine qu'elle pourra par belle et courtoise maniere & par luy donner aucunes chosettes qui plaisent a jeunes gens & par ce monstrer amiable pour avoir l'amour de sa jeune maistresse & commandera que la bonne dame qui sera ja de aage ou ancienne aucunesfois en jeux ou esbatemens quant ilz seront a part & a prime ainsi que l'enfant & la jeune dira aucuneffois des fables & des comptes que on dit a enfans. Et tout ce fera elle pour attraire sa maistresse affin qu'elle prengne mieulx en gré quant il conviendra que elle la reprengne et corrige / car se elle se monstroit tousjours de pesant maniere sans ris & sans jeux jeunesse qui est encline a joye & soulas ne la pourroit souffrir & l'airoit en si grant crainte que desplaisance y prendroit & mal en gré ses corrections. Et quant elle verra que elle sera bien en sa grace & que elle sera ainsi que toute mignote sur elle / adonc selon l'eage ou le sentement que appercevera en elle luy prendra a compter comptes quant ilz seront en leurs chambres et a leurs devis de dames & damoiselles qui se sont bien gouvernees comment il leur est bien prins & l'onneur que elles en ont & par le contraire comment mal est ensuyvy a celles qui follement se sont portees dira que elle l'a veu advenir de son temps & les fera avant tous nouveaulx que elle n'en dye pour autre chose fors ainsi que l'en compte des aventures & de si bonne maniere les sçaura dire que elle mouvera le courage de sa maistre & des autres qui l'orront & seront toutes atroupelees entour elle & voulentiers l'escouteront dira aucunesfois histoires de sains & de saintes de leurs vies & passions & aucunesfois parmy pource que devis n'ennuye dira quelque truffe a rire & ainsi vouldra que les autres dient affin que chascune devise a son tour / icestes manieres tiendra la sage dame quant au fait d'actraire la jeune princesse a elle aimer / mais a ce qui touche a la correction & enseignement elle introduira par belles & courtoises parolles qu'elle se lieve assés de bonne heure. Si luy apprendra quelques bonnes & briefves oraisons et l'enortera qu'elle les dye en se levant. Salve premierement nostreseigneur & la vierge marie & dira que elle a ouÿ dire que personne qui a de coustume d'adresser ses premieres parolles de bon cueur a nostreseigneur en se levant n'aura ja la journee mauvaise adventure & de ce dira elle verité Car ainsi le tiengnent plusieurs & est la coustume moult bonne la fera vestir & atourner sicomme il appartiendra sans y mettre si longuement que assés de dames font qui est une si grant perte de temps & une coustume malordonnee aler a la messe & dire ses heures devottement & songneusement & avecques ses choses tout le bel maintien ou parler contenance atours & vestemens qui appartiennent a princesse de hault paraige luy ennortera a faire et maintenir en telle maniere qu'il n'y ait que redire & tant fera a brief dire par ses saiges ammonnestemens qu'elle la mettra en tel division que chascun dira que de son jeune aage on ne vit oncques dame de tel maintien ne mieulx aprinse. & diront d'elle les gens. O comment affiert grant louenge a jeune cueur estre viel & meur par bonnes meurs voire je supose que ladicte jeune dame soit de si bonne condicion que elle vueille et seuffre estre introduyte & vueille bien retenir. car estre pourroit si diverse que la dame seroit a excuser s'elle ne la povoit duire ne mettre en bonne rigle. Si doivent estre les menaces de la sage dame telles quant elle reprent sa maistresse de quelque faulte sicomme jeunes gens font. Il n'est si parfait si elle est bonne & doulce & que bien l'ait a main que se elle fait autrement ou que plus face ou die telles choses que la lairra & s'en ira chés elle ne jamais ne la servira & que ce n'est pas belle chose ne bien fait a telle dame comme elle est d'ainsi se gouverner & adonc se la jeune princesse est bonne & doulce & que elle aime la dame aura paour que elle la laisse & se chastiera de pou de menaces mais se elle est revesche & de diverses condicions despite & de pou d'amour elle luy dira a part tout asprement sache bon gré ou mal gré & que elle le dira a ses parens & amis ou son seigneur se besoing est se autrement ne se gouverne. Et quoy que ceste dicte dame ait la charge d'endoctriner & aprendre tel maintien qu'il convient a sa jeune maistresse nonpourtant elle qui sera saige sçaura bien qu'il convient jeunesse se joue & rie si luy en donra & souffrera assés espace convenablement a certaines heures avec les jeunes de ses femmes & qu'il n'y ait ame estrange selon la condicion & que elle verra encline sadicte maistresse. Car on ne peut mye ne ne doit on voer aux jeunes gens tous leurs plaisirs mais que ilz ne soyent mal honnestes ne desconvenables. Et de ce propos / c'est assavoir des meurs & contenances qui affierent a la bien ordonnee jeune princesse ne parlerons plus cy endroit pource que si aprés en l'espitre que la dame ancienne envoye a sa maistresse se en sera parlé.

Cy devise les manieres que la sage dame ou damoiselle qui a en gouvernement jeune princesse doit tenir pour maintenir sa maistresse en bonne renommee & en l'amour de son seigneur. chap. .xxiiii

Et avec ces choses / pource que jeunesse nourrie en grans delices aucunesfois peut de legier estre encline a trop grant gayeté pourroit desvoyer la jeune personne qui point n'a de malice de se garder convient par especial mettre frain de longue main si que ja est touché si devant ains que l'inconvenient adviengne Si peut estre le remede tel la saige dame qui aura en gouvernement la jeune princesse qui verra amour entre le prince son seigneur & sa maistresse si que communement jeunes gens nouveaulx mariés ont ensemble mettra toute la peine que elle pourra & les nourrira en celle amour & les ennortera de dire doulces parolles & amoureuses tousjours l'un a l'autre & faire tous plaisirs & prendra grant cure de elle mesmes rapporter entre eulx gratieulx messages & dons de choses plaisans recommandations & salus pour les nourrir tousjours en celle paix & amour & bien se traveillera que toutes choses au contraire soyent destourbees & eschevees & a part quant le seigneur n'y sera & la jeune princesse se couchera l'ancienne dame luy en tiendra plait en la ramentevant & devisant les bons motz qu'elle luy aura ouÿ dire de l'amour qu'il a en elle et comment il est bon & comme il est bel & gratieulx que bonne nuyt luy doint dieu & toutes telles choses. Et avecques ce pource que est de coustume que les seigneurs chevaliers & escuyers estranges et autres vont aucuneffois devers les princesses & dames & que leurs seigneurs & parens mesmes les y mainent il convient que elles voient & parlent a plusieurs & qu'elles les festoyent sicomme il apartient en festes & en dances aucunesfois ou parler ou autres esbatemens / si que il eschiet donc il avient aucuneffois que aucuns d'iceulx a telles assembles sont ferus de l'amour des dames ou veulent faire semblant que ilz le soyent donc la saige gouverneresse qui tousjours sera pres de sa maistresse prendra bien garde aux semblans & manieres de tous se elle pourra appercevoir par quelque semblant que aucuns ou aucun y voulsist penser & s'il advient que il luy semble en apercevoir quelque chose n'en dira riens a personne ains les tiendra secret a son couraige. Et quant vendra que ilz seront departis & la feste faillie & sa maistresse sera retraicte pourra advenir se sadicte maistresse est privee d'elle luy entrera elle mesmes en parolles disans nous avons bien dancé telz & telz sont gracieulx ou ilz ne sont mye en quelque autre chose. & adonc la saige princesse pourra respondre telz manieres de parolles je ne sçay que c'est / mais je ne voy nul qui me semble tant plaisant ne tant bel & gratieux que fait monsieur & m'en suis bien prinse garde / mais il m'est advis que entre les autres c'est celuy a qui plus advient toutes choses a faire. Et se ledit seigneur est vieil ou lait dira. certes je ne prenois garde a nul de la compaignie sinon a monseigneur. Car il m'est advis que entre les autres il sembloit si bien seigneur & prince / & comment le fait il si bon ouÿr parler qui parle sagement. Et posons qu'il n'y ait esté si le pourra elle ramentevoir en quelque guise disant bien de luy. mais de ce que pensé aura ne dira riens & se prendra bien garde se celuy ou ceulx de qui elle aura ymaginé se mettent en peine de frequenter entour sa maistresse & se ilz querront voyes & manieres cy avoir acointance ou aux parens ou autres qui les y puisse mener ou se eulx ou aucuns de leurs gens si vouldront acointer d'aulcunes des femmes Et se elle voit que aprés ladicte feste ou assemblee nul de ceulx qu'elle a pensé ne se traveille par choses qu'elle y voye s'en mettra en paix & hors de suspection. Mais se elle apperçoit les signes dessusditz ou semblables elle ne aura pas euvre laissee ne son couraige sans grant soing ou cure se pener se veult de y mettre remede a faire son devoir Si conviendra que elle oeuvre bien sagement. Car de le descouvrir a personne s'elle est sage & prudente se gardera bien / & seroit trop mal fait. Mais que fera elle pour le mieulx et pour ouvrer plus sagement / quant verra bien que ce sera a certes que aulcun par grant diligence se vouldra mettre en peine d'estre en grace pour telle amour de sa maistresse ains qu'il ait eu espace de luy en touchier aucune chose. posons qu'il eust le hardement elle luy fera si bel acueil que achoison luy donnera que il s'acointe d'elle / et ce fera il moult voulentiers / car il cuydera pource que c'est la plus prochaine de la dame que sa besoigne en doyve mieulx valoir & pourrira la chose qu'il s'enhardira de luy dire ce qu'il aura sur le cueur avec les grans offres des services & de tous biens qu'il luy fera selon la coustume des hommes en tel cas. Adonc la dame qui sera pourveue de sa responce & qui parlera a luy sans le sceu de la dame & le moins qu'elle pourra luy repondra sans nul effroy bassement par telles parolles. & s'il est tel qu'il appartient dira: monseigneur vrayement je me suis bien donné garde par voz semblans que vous aviez en couraige ce que vous m'avez dit. & pource que vouloye que telles parolles venissent de vous premierement je desiroye que j'eusse telle acointance de vous que le me dissiés affin que je le sceusse ains que aulcune autre personne par qui la chose peut estre raportee & mal selee la sceust ou s'en apperceust. si suis bien ayse que j'ay a present advisé de vous faire la responce sur ce que dit m'avez telle qu'elle est affermee en mon courage & qui jour de ma vie pour mourir en ce prometz je a dieu & a vous ne changera & sans vous faire de ce long sermon ne tenir trop de parolles vous dy tout a ung brief mot & une fois pour toutes que tant que je soye vivant & je soye en sa compaignie ceste jeune dame qui par la fiance que ses amys & son seigneur ont en moy tant n'en soye digne m'ont baillé en gouvernement / ne fera mal ne chose dont reproches ne parolles autres qu'il appartient a avoir a dame telle qu'elle est & du noble sang dont elle est yssue / car de ce a l'ayde de dieu la cuyderay je bien deffendre nonobstant qu'elle en est legiere a garder. Car je sçay bien que toute s'amour est en son seigneur ainsi qu'elle doit estre & qu'elle est toute bonne & bien condicionnee / ne que de telz amours elle n'a que faire ne n'y pense. & si sçay bien tant d'elle que se vous ou autre luy aviez dit ou qu'elle s'en apperceust qu'elle hairoit sur toutes choses celluy qu'elle cuyderoit qui a telle chose vers elle pensast. Si vous suplie monseigneur tant comme je puis que vous en vueillés oster du tout & plus n'y penser. Car je vous jure ma crestienté que vous perdriés vostre peine. Et affin que vous n'y ayez plus nulle esperance pour veoir dire. Je vous jure mon ame que posons qu'elle le voulsist / ce que je sçay bien que jamais ne feroit: j'y mettroye telles barres qu'elle ne pourroit. Si me croyés seurement & plus ne faictes telz allees ne telz venues ne telz semblans que sur l'ame de moy je ne les pourroye souffrir & conviendroit que je le disse a telz qui ne vous en sçauroyent nul gré & qui bien la garderoye de voz mains. Car je n'ay que d'une mort a mourir / laquelle chose aymeroye mieulx que il me advint que je consentisse ne veisse le deshonneur de ma maistresse. Si vault mieulx que n'en soit plus & que la chose demeure a tant. Telle responce ou semblable fera la sage dame / ne pour promesse don ofre ne menace ne changera son propos ne lors ne autres fois ne riens ne fera qui la puisse flechir au contraire. Si se gardera bien que n'ayt point la chere muee ne enflambee ne les yeulx felons quant elle partira de luy / mais aura le visaige rassis et la maniere asseuree sicomme se de autres choses eussent parlé. affin que personne ne se peust de ce appercevoir. Aussi ladicte dame se gardera bien que nul mot n'en sonnera a sa maistresse ne a autre soit son privé ou privee / ne nul semblant n'en fera / mais ne la laissera tant soit pou / & se prendra bien garde que nulle femme ou des servans ou aultre ne conseille a elle en maniere qu'elle puisse apercevoir que telle chose peust toucher. Car tantost l'appercevra a la maniere du rire & du parler / posons que elle ne les ouÿst & s'elle en aperçoit certainement quelque chose ne s'en taire mye ains menacera la personne de la faire bouter hors s'elle se mesle de plus conseiller a sa maistresse car ce n'appartient mye & si de pres s'en prendra garde que personne ne aura loisir de luy faire aulcun rapport. Si pourra advenir que celluy ne se souffrera mye pourtant & yra & viendra par aulcune voye cautelleuse qu'il aura trouvee de quelque acointance parquoy de foys a autre y pourra hanter & ce ne pourra la dame pas bien empescher / car se elle ce disoit trop grant mal en pourroit venir / si s'en souffrera. & de pres gardera sa dame et maistresse / mais s'il advient que de si pres ne la puisse garder qu'il ne conviengne que sadicte maistresse apperçoyve ou voye par les semblans ou parolles couvertes que celluy dira l'intencion & voulenté de luy encores ne s'en effroyera elle de riens pource que bien sçaura que maintes dames & damoiselles sont aymees & priees a qui bien petit en chault. & qui pourtant ne les ayme mye. Mais elle se prendra bien garde se elle pourra appercevoir que la jeune dame ou princesse y prengne aucun plaisir. & si elle en parlera plus voulentiers que d'ung autre ou si elle s'esjouyra quant elle le verra / ou s'elle muera aulcune contenance Si mettra toute peine par belles & doulces parolles de traire de sa bouche a privé qu'il n'y ayt que elles deux ce qu'elle aura sur son cueur de celluy homme / & s'il luy en aura point touché ou parle. Et adoncques selon ce qu'elle chantera ou dira elle luy pourra respondre. Et s'il advient qu'elle mesmes die que voyrement l'apperçoyve ou que il luy ayt dit / et qu'elle en est bien troublee & courroucee / & qu'il luy en poise la dame qui sera saige & discrete appercevera bien aucunement des parolles s'elle la veult bien sagement enquerre & par bonne maniere sans se monstrer au commencement trop rebelle si la dame le dit fainctement & pour luy donner acroire qu'elle n'y veult point penser ou s'elle le dit tout a certes / dont s'il advient qu'elle congnoisse qu'elle ayt bonne voulenté de non y avoir aucune pensee elle sera bien joyeuse & l'ennortera de toute sa puissance que se tienne en son bon propos / si luy dira de tous exemples du mal qui peut advenir & qui maintesfois est advenu a plusieurs par telles follies le grant deshonneur & reproches qui en sourdent & les decevemens qui sont en hommes. Si l'ennortera qu'elle garde bien comment elle respondera saigement a celluy toutes les fois qui luy en parlera & luy die tout a ung mot qu'il pert sa peine / & luy jure & afferme bien a certes que jamais pour toute sa puissance ne l'en demouvera qu'il luy desplaise de telles parolles ne de ses semblans n'a que faire / & avec ces parolles qu'elle l'estrange & eslongne tout le plus qu'elle pourra. Et qu'elle se garde bien que des yeulx de parolle de ris ne de contenance quelconques ne luy face nul semblant parquoy le puist attraire ne luy donner aucune esperance. Ainsi luy toute la maniere que tenir devra pour courtoisement l'estranger luy fera dire quant il viendra qu'elle se repose ou qu'elle est occuppee d'aulcune chose & qu'il ne luy desplaise qu'elle ne le peut veoir pour ceste foys. Et ainsi luy face dire par plusieursfoys que par la continuation de tenir tieulx manieres longuement il apperçoyve bien qu'il perdroit sa peine de plus y muser. Et avecques ces choses la sage dame ennortera bien a sadicte maistresse qu'elle se garde bien que de ceste chose ne parle a homme ne a femme. car mal en pourroit venir & que c'est le plus grant sens de s'en taire / & n'est point honneur a femme se vanter de telle chose. Et ceste deffence luy fera pource qu'elle le disoit se pourroit adresser a tel ou a telle qui ne luy donneroit mye bon conseil ains la conforteroit par adventure & ficheroit en la follie. ou qui le celeroit maulvaisement Si en pourroit saillir aucune fumee & venir mal / & ainsi par ceste saige tenue fera tant la bonne dame qu'elle estaindera & aneantira toute ceste chose & n'en fera plus qui que l'en doye haïr ou luy chaudra de telle hayne & ne la craindra pour bien faire. Car qui que l'en hait au premier l'en aymera au dernier & prisera mille foys plus quant on verra sa grant prudence & sa constant bonté car bien fait vault tousjours quoy qu'il demeure. Si fera cause que ladicte jeune princesse soit en son temps une tressage bonne & honneste dame & ayt les belles vertus que declairees avons cy devant.

¶ Cy devise de la jeune haulte dame qui se vouldroit esvoyer en fole amour & l'enseignement que prudence donne a la dame ou damoyselle qui l'aura en gouvernement. Chapitre .xxv.