Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz

Chapter 6

Chapter 63,521 wordsPublic domain

Pource qu'il appartient a la sage princesse qui par prudence veult ordonner tous ses faictz qu'elle quiere et tienne toutes les voyes que honneur demander vouldra pour ceste cause qui est le cinquiesme enseignement estre bien du clergié / & en leur grace tant de gens des religions & des docteurs comme des prelatz & des gens du conseil & aussi des bourgois & mesmes de ceux du peuple. Mais aucuns se pourroient merveiller pourquoy nous disons plus nommeement de ceulx icy que des barons & des nobles. Si est la responce pource que nous suposons qu'elle en ja en soit bien si que c'est plus de commun usaige que lesditz barons & nobles elle frequente Si vouldra estre des dessus nommés bien pour deux principaulx causes L'une si est affin que les bons & devots prient dieu pour elle. & l'autre pource qu'elle soit louee d'eulx en leurs sermens et collations si que leurs voix & parolles luy puissent estre se mestier est escu & deffence contre les murmures & rappors de ses ennemys mesdisans. & les puissent estaindre par quoy elle en ait mieulx l'amour de son seigneur & aussi du commun peuple qui bien leur dame orra dire & qu'elle fust soustenue des plus puissans se besoing luy en venoit. Si sera bien informee lesquelz des clercz & des maistres tant des religieux comme d'autres seront les plus souffisans & de la greigneur auctorité & a qui on adjouste plus de foy a leurs ditz Iceulx mandera de fois a autre vers elle puis les ungs puis les autres parlera a eux moult amyablement vouldra avoir leur conseil & en user les fera aucunefois disner a sa court acompaignés de son confesseur & des gens de sa chappelle qui tous seront honnorables gens leur portera grant honneur / & vouldra que des siens soient honnorés qui est chose qui bien affiert. Car vrayment ceulx qui sont anoblis de science doivent estre honnorés / leur fera du bien de sa puissance donnera a leurs colleges & a leurs convens. Et combien que aulmosne doye estre faicte secrettement la cause si est telle / affin que la personne qui la fait n'en puisse monter en vaine gloire qui est trop mortel peché. mais se ladicte personne n'en n'avoit nulle elevation en son cueur mieulx seroit la donner publicquement que en secret pource qu'elle donneroit bon exemple a aultruy. & qui en celle intencion le fait double son merite & fait bien / dont ceste sage dame qui bien se sçaura garder d'icelluy vice vouldra bien que les dons & aulmosnes qu'elle fera par celle voye soyent sceuz & registrez s'ilz sont notables comme pour refaire leurs eglises & leurs convens ou autres necessaires en perpetuelle memoire en tableaulx en leurs eglises / affin que les gens prient dieu / ou autres registres ou ilz le dient publicquement / si y prendront exemple de pareillement donner d'avoir accointance mieulx pour avoir renommee par eulx s'il semble qu'elle touche aucun rain d'ypocrisie ou qu'elle en prengne le nom. toutesfois se peut elle nommer par maniere de parler juste ypocrisie. Car elle tend affin de bien & eschevement de mal. Car nous n'entendons mye que soubz umbre de ceste chose maulx et pechiez se doivent commettre ne que une grant vaine gloire en doyve sourdre en courage. Si disons de rechief que ceste maniere de juste ypocrisie est comme necessaire par especial a princes & princesses qui ont a dominer autruy a qui plus reverence affiert que a autre & certainement aussi ne messiet elle point a toute personne qui desire honneur le faisant a cause de bien. Et a ce propos il est escript au livre de valere que anciennement les princes faignoient qu'ilz fussent parens aux dieux affin que leurs subgetz les eussent en plus grant reverence & plus les craingnissent. Aussi vouldra la sage dame estre bien des gens du conseil de son seigneur soient prelatz chanceliers ou autres ordonnera qu'ilz viennent vers elle / les recevera honnorablement & parlera a eulx par sages parolles & le plus qu'elle pourra les tiendra en amour et ceste maniere de tenir luy sera vaillable en plusieurs choses. C'est assavoir car ilz loueront le sens & gouvernement d'elle qu'ilz verront notable. Aussi s'il advenoit que aucun envieux voulsisse quelque chose machiner contre elle ilz ne souffreroient passer en conseil riens a son prejudice et desmouveroyent le prince s'il estoit mal informé par aucuns autres / & aussi s'elle desiroit aucune chose estre passee en conseil ilz luy seroyent amys & plus favorables. Avec ce ladicte dame vouldra avoir la bien vueillance des clercz qui se meslent des causes comme du peuple comme nous dirions a paris avocas en parlement & ailleurs de tieulx semblables deffendeurs des causes si vouldra veoir a certains jours les presidens & principaulx d'entre eulx & des autres plus notables avec eulx & devisera a eulx amiablement & vouldra qu'ilz sachent & voyent de son honnorable estat non mye qu'elle leur die par maniere de vengence mais qu'ilz apperçoyvent par l'effet de son maintien & grant sçavoir & telle maniere tenir pourra estre vaillable a l'acroissement de son honneur et los / & la cause si est pource que tous estatz & de toutes manieres de gens de justice les principaulx bourgois des cités & villes de sa seigneurie de son seigneur & aussi des gros marchans & mesmement aucuns des plus honnestes des gens de mestier vouldra qu'ilz viengnent de fois a autre vers elle si leur fera tresbonne chere & mettra peine a estre bien d'eulx affin que s'elle avoit aucun affaire qu'ilz fussent devers elle & que se necessité leur venoit de quelque finance faire qu'elle peust par lesditz marchans de leur bon gré & voulentiers estre secourue laquelle chose il convient qu'elle emprunte se elle veult bien garder tous les termes & pointz de honneur doit rendre sans faillir a jour nommé affin que la verité de sa parolle soit tousjours tenue en toutes choses entieres & sans faillir & que plus grant foy on y adjouste. Pource que nous avons dit en cestuy chapitre .v. des .vii. enseignemens comment la saige princesse doit estre bien de ses subgetz si que dit est & pourroit sembler a aulcuns mal advisés que chose superflue soit de ce dire & que il n'appartiengne que princesses prengne cure de atraire ses subgés ains doit commander baudement ses plaisirs & que ilz doivent obeir & mettre peine de l'attraire a amour & non mye elle eulx ou autrement ne seront ilz mye subgés & elle maistresse mais a ce nous respondrons que sauve la grace des diseurs ce appartient a faire non mye seulement a princesses mais aux princes par maintes raisons / mais de deux nous passerons. Car moult se pourroit ceste matiere plus eslargir. L'une si est que quoy que le prince soit seigneur maistre des subgetz / toutesfois les subgetz font le seigneur & non mye le seigneur les subgetz. Et trouveroient trop plus legierement qui les reputeroit a subgetz se ils luy vouloyent estre mauvais que il ne trouveroit qui le recepveroit a seigneur & pour celle cause & aussi qu'il ne pourroit luy tout seul forçoyer contre eulx si luy estoient rebelles / & s'il avoit ores la puissance de les destruyre il mesmes se deffendroit. Et s'il est necessité que il les tiengne a amour en telle maniere que de celle amour viengne crainte plus que par rigueur ou autrement sa seigneurie est en balence. Si est vray le proverbe commun que l'en dit / il n'est mye sire de son païs qui de ses hommes est haÿs. Et de les tenir en amour vrayement plus grant sens ne pourroit faire se a droit veult estre nommé seigneur Car il ne pourroit avoir cité ne forteresse d'aussi grant deffence force & puissance comme luy peut estre l'amour & benivolence des vrays subgetz. L'autre raison si est pource que poson que subgetz ayent bonne voulenté vers prince & princesse si n'auroyent ilz jamais le hardement d'aler familierement vers eulx se ilz ne les mandoient ne il n'appartiendroit aussi. Si doit doncques venir le premier acueil du prince ou de la princesse mais il est bien raison que les subgetz facent de ce tresgrant joye & feste & qu'i s'en tiennent bien honnorez & en doit doubler en eulx leur amour & loyaulté tant que plus de doulceur & trouvent. Et a ce propos dit ung saige qu'il n'est chose qui plus suprengne le cueur des subgetz ne qui tant les tire vers leur seigneur comme quant ilz treuvent benignité et doulceur en luy si que il est escript d'un bon empereur qui disoit qu'il vouloit estre tel a ses subgetz que eulx mesmes desiroyent qu'il leur fust. & de ceste chose bien advisee la sage princesse le fera ainsi leurs femmes la visiteront aucunesfois & elle leur fera tresbonne chere et parlera a toutes si amyablement que tres contentes se tendront & loueront son sçavoir et sa tresgrant court tiendra et feste a ses gesines et aux nopces de ses enfans vouldra que elles soyent en la compaignie des dames & des damoiselles. Pour laquelle chose elle acquerra moult amour de tous & de toutes.

¶ Cy devise comment la saige princesse tiendra en belle ordonnance ses femmes de sa court. Chapitre xvii.

Le vi. enseignement de prudence est que la saige princesse tout ainsi que le bon pasteur se prent garde que ses brebis soyent maintenues en santé & se aucune en devient rongneuse il la separe du troupel de peur qu'elle peust empirer les autres elle se prendra garde sur le gouvernement de ses femmes lesquelles aura terres a son povoir toutes bonnes & honnestes car aultres ne vouldra avoir en tour elle. Et pource que c'est chose assez acoustumee que chevaliers et escuyers et tous hommes qui frequentent en tour femmes par especial les aucuns ont maniere de les prier d'amours & de les attraire se ilz pevent / la saige princesse par ses ordonnances tiendra telle maniere qu'il n'aura nul repairant a sa court si hardy qui a nulle de ses femmes ose conseiller apart ne faire semblant d'atrait & se il le fait ou que il soit apperceu en aucun signe que tantost telle chere luy soit monstree qu'il ne s'i osera plus embatre. Et ainsi selon seigneur maisgnee duicte la dame qui toute honneste sera vouldra que toutes ses femmes le soyent sur peine d'estre mises hors de sa compaignie si vouldra qu'elles s'ebatent a jeulx honnestes & non tieulx que hommes s'en puissent mocquer ne tenir leurs parolles ainsi que voulentiers font de femmes quoy qu'ilz s'en rient & jouent avecques elles se contiennent entre chevaliers & escuyers & tous hommes par beau maintien dient leurs parolles coyment & simplement s'esbatent & solacent soit en dances ou autres esbatemens gracieusement & sans liberté ne soyent baudes saillans n'effrayees en parolles contenance maintien ris & ne voysent la teste levee comme cerfz ramages lesquelles contenances seroyent trop mal seans & grant mocquerie a femmes de court ou plus doibt avoir honnesteté bonnes meurs & courtois maintiens que en nulles autres. Car la ou est le plus d'onneur doivent estre les plus parfaictes meurs & maintiens & de ce deceveroient trop les femmes de court se aucun païs en avoit de telle opinion qui cuydassent que plus leur apartenist a estre baudes & saillans que autres femmes / mais pource que nous esperons que yceste nostre doctrine soit portee par le temps advenir en mains royaulmes affin que en tous lieux ou il auroit en cest endroit aucune deffaulte peust estre vaillable. Nous disons generaument a toutes & de tous pays que il appartient a toute dame & damoiselle de court estre plus saige plus rassise & mieulx moriginee en toutes choses soit jeune ou vieille que autre. Car elles doyvent estre exemplaire de tout bien & de tout honneur aux autres femmes & se autrement le foisoient point ne feroyent d'honneur a leur maistresse ne a elle mesmes. Avecques ce vouldra la sage princesse affin que toutes choses en honnesteté se correspondent que les robes & les atours de ses femmes quoy qu'ilz soyent beaulx & riches comme il appartient bien soyent d'honneste façon bien mis & bien seans honnestement & nettement maintenus mais n'y ait nulle desguisure ne deshonnesteté de trop grans collectz ou d'autres oultaiges & en toutes choses la saige princesse ordonnera ses femmes / tout ainsi que la prudente & bonne abbesse fait son convent en telle maniere que mauvais rapport en estranges contrees ne aval la ville ne autre part n'en puisse estre fait / & sera ladicte princesse tant crainte & redoubtee par le sage gouvernement que on luy verra tenir que nul ne nulle ne sera si hardy aucunement desobeir a ses commandemens ne lever l'ueil senestrement ne mal apoint / car il n'est nulle doubte que une dame est plus crainte & doubtee & tenue en plus grant reverence quant on la voit saige & de pesans meurs & honneste / & posons que elle soit benigne & doulce que ne seroit male & diverse / car le seul regard de la saige & chiere attrempee est assés souffisant signe pour corriger ceulx & celles qui mesprennent & les faire craindre.

¶ Cy devise comment la sage princesse se prendra garde sur ses revenues & de ses finances & de l'estat de sa court.

Le .vii. enseignement de prudence a la sage princesse est que elle prendra garde soigneusement au fait de sa revenue & de sa despence laquelle chose doyvent adviser nonpas seullement princes & princesses / mais semblablement toutes gens que veulent vivre par ordre de saigesse n'aura point de honte elle mesmes de vouloir sçavoir la somme de ses revenues ou de ses pensions & que les comptes de ses receveurs & despenciers de ses finances soyent a certains jours fais devant elle vouldra sçavoir comment ses maistres d'ostel gouvernent ses gens & ordonnent son commun & distribuent les viandes & semblablement des autres offices de sa court dont elle ne vueille bien estre informee que ilz soyent prudens de bonne vie & prudens hommes ains que les prengne & se le contraire scet que tost ne les mette hors si sçaura combien monte la despence de son hostel vouldra sçavoir ce que on a prins des marchans & sus le peuple pour elle & pour sa despence & ordonnera qu'il soit bien payé a certain jour / car nullement ne vouldra leurs mauldissons ne estre a leur haine. si ne vouldra riens devoir mieulx aimera se passer a moins & plus sobrement despendre. deffendra qu'on ne prengne riens sus le peuple maulgré eulx & que ce ne soit a juste pris tantost payer & non mye faire aller les povres gens des villaiges & d'ailleurs a leur grant coust & destourbier & frais. Cent fois et plus a tout une cedule en sa chambre aux dames & a ses receveurs ains qu'ilz puissent estre payés ne vouldra point que ses tresoriers ou distributeurs de finances usent du stille commun / c'est assavoir soyent menteurs ne pourmenans les gens de terme en terme comme ilz pourront penser que ilz puissent payer. Ceste sage dame ordonnera l'avoir de ses revenues en la maniere qui s'ensuyt. Elle le partira en cinq parties. La premiere sera la part & porcion que elle vouldra mettre en aulmosnes & donner aux povres. La seconde en la despence de son hostel la somme elle sçaura que elle monte / voire s'il est ainsi que sur sa revenue & pention la doye querir et que son seigneur ne luy administre sans que elle s'en mesle. La tierce a payer ses officiers & ses femmes. La quarte en dons a estrangiers ou autres qui luy auront desservy extraordinairement. Et La .v. mettra en tresor & dessus prendra a sa plaisance ce que elle vouldra mettre pour elle en joyaulx robes & autres abillemens & sera chascune part & portion de telle quantité comme elle verra que elle puisse faire selon sa revenue. Et ainsi par ceste voye tenir riglement pourra avoir droit ordre en toutes ses choses sans confusion ne que argent faille pour assovyr aucunes des dessusdictes choses parquoy il convient faire finances estranges ou chevances non licites a grans dommaiges & frais. En ceste maniere par les sept dessusditz enseignemens de prudence tenir avec les autres vertus lesquelles choses ne sont mye fortes a faire / ains embellissent & sont plaisans mais que bon cueur s'i vueille disposer & que ung petit l'ait acoustumé pourra la saige dame acquerir la gloire renommee & grant honneur au monde & a la fin paradis qui est promis aux biens vivans.

¶ Cy devise en quelle maniere se doit estendre la largesse & liberalité de la saige princesse. Chap. .xix.

Et pource que nous avons parlé des autres vertus convenables a princesse assés au long & plus en brief avons touché la largesse mondaine qui en dons luy affiert a avoir hors l'ordre commune de sa despence & extraordinairement comme ce soit chose advisant a princesse que en ce soit advisee en parlerons plus au large la saige princesse qui vouldra qu'il n'y ait riens a reproucher en ses faitz se gardera bien que le vice de chetiveté & de non deue echarceté ne soit point veu en elle & aussi de folle largesse qui n'est mye maindre vice. Et pourtant par grant discretion & prudence usera & fera de ces dons / car c'est une des choses du monde qui plus exaulce la renommee des grans seigneurs & dames que largesse & ce tesmoigne jehan de sabberieuse en policraticion ou tiers livre ou .xiiii. chapitre a demonstrer que la vertu de largesse soit necessaire a ceulx qui ont le gouvernement sur la chose publicque. exemple de titus le noble empereur qui acquist telle renommee par sa largesse que on l'apelloit le secours & l'aide de toute personne & il avoit tel amour a ceste vertu de largesse que le jour qu'il n'avoit fait don aucun il ne povoit estre joyeulx & pour ce aquist la generalle amour de tous. Si demonsterra la sage dame sa largesse en telle maniere se elle a puissance de donner & il luy vient a congnoissance se que elle soit bien informee que aucuns gentilz hommes estrangiers ou aultres aient par longue prison ou rançon moult perdu du leur ou soient a grant souffreté elle leur aidera voulentiers du sien & de bon usaige largement selon son povoir. & pource que largesse ne s'estend mie tant seulement en dons comme dit ung saige / mais aussi en reconfort de parolles en leur donnant esperance elle les confortera de meilleur fortune & ce reconfort par adventure leur fera autant ou plus de bien que l'argent que elle leur donra car moult est chose agreable a personne si que ja est touché si devant quant prince ou princesse luy donne reconfort & mesmes de sa parolle. Et aussi si ceste dame voit aucun gentilhomme soit chevalier de bon couraige qui ait grant voulenté de soy avancer en honneur. mais n'ait mye grant chevance pour soy habiller si qu'il affiert & elle voit que de luy ayder soit bien employé & que il le vaille la gentille dame qui aura en soy toutes nobles meurs pour honneurs de gentillesse & pour tousjours eslever noblesse de vaillance luy aidera. Et ainsi en divers cas qui peut advenir s'estendra la saige & bien ordonnee largesse de ceste dame & s'il advient que aucuns presens ou dons luy soyent faitz de par aucuns grans seigneurs elle donnera si grandement aux messagiers que ilz s'en puissent louer & plus se ilz sont estrangiers que aux autres affin que en leurs païs en facent mention a leurs seigneurs & vouldra que tous soyent expediez. Et se les presens viennent de grans dames elle leur envoyera semblablement de ses joyaulx & de ses belles choses plus largement Mais se povre ou simple personne luy fait aucun service ou luy presente quelque chose estrange par bon vouloir elle regardera la faculté de la personne & son estat & la grandeur du service ou la value ou bonté ou beaulté ou estrangeté du don selon le cas si le remunerera quoyque ce soit si grandement que l'en s'en puisse & doye louer & avec ce par si joyeuse chere recevra la chose que ce sera a pou moitié poiment. Et non mie sera sicomme nous veismes une fois & n'a pas moult de nos yeulx avenir dont moult nous pesa a une court du monde de prince ou de princesse que ce fust la fut mandee une personne que on reputoit a saige pour oÿr & congnoistre de son sçavoir. Si y frequanta plusieurs fois / & se tenoit on tresfort content de ses faitz & de ses ditz & de l'effect de son sçavoir duquel il avoit fait audit prince ou princesse aucuns services justes bons & loysibles dignes de recommandation & desserte. En cestuy mesmes temps & espace frequentoit a icelle mesme court une autre persone qu'on reputoit a folle qui a coustume avoit de servir les seigneurs & dames de bourdes & rappors de ce qu'on faisoit par tout & de parolles de nulle value sicomme par maniere de truffes & de faire rire. Advint que on voult remunerer & faire dons a la personne que on reputoit a saige & qui avoit desservy de son sçavoir & a la personne qu'on reputoit a folle qui avoit servy seulement de dire les bourdes / si fut donné a ladicte folle ung don qui fut extimé a la value de .vl. escus. & a l'autre ung don de douze escus / de laquelle chose quant ce vismes entre nous troys seurs / raison / doctrine & justice muçasmes nos faces de honte de veoir si desconvenable extimation et tant aveuglee descongnoissance en court que on dit autentique. non mye pour la value du don / mais pour l'extimation des personnes & de leurs faitz Si ne fera mye ainsi la saige princesse qui des folz ou des folles ou qui le contrefont / ou de raporteurs de parolles et de choses de nulle value gueres ne s'acointera ne la estandra mye ses dons mais aux vertueux & a ceulx a qui le bien est employé.

¶ Cy devisent les excusations qui affierent aux bonnes princesses qui ne pourroyent pour aucunes causes mettre a effect les choses dessusdictes. Cha .xx.