Le trésor de la cité des dames de degré en degré et de tous estatz

Chapter 10

Chapter 103,501 wordsPublic domain

Si pourra advenir aprés ces subzdictes choses que la jeune dame se gouvernera si mal advisement despuys la departie de celle qui gouverner la souloit que parolles seront eslevees contre l'onneur d'elle & tant se multiplieront que la bonne sage dame dessusdicte qui l'avoit en gouvernement et ores demeure a son mesnaige en orra parler / de laquelle chose sera tant doulente de ainsi veoir amendrir l'honneur de sa maistresse qui tant a mis peine de bien l'endoctriner enseigner & apprendre que plus ne pourra. Si ne sçaura bonnement que faire de ceste chose & conclusion quant assez aura pensé sur ceste chose sera contraincte par grant amour quel que bon gré ou maulgré que avoir en doye pource que ce qui est escript en lettres est aucunesfoys mieulx retenu et plus perce le cueur que ce qui est dit de bouche de luy escripre & signifier par lettres de rechief l'amonnestement que dire luy souloit pour veoir se aulcune chose y pourroit prouffiter. Si escripra telles ou les semblables parolles en une lettre & par ung prestre qui escriptes en confession les aura tressecretement les luy envoyera. Maistresse doubtee dame je me recommande a vous tant & si treshumblement comme je puis ma tresredoubtee dame plaise vous a ne me sçavoir aucun mauvais gré se je me suys a present meue de vous escripre pour vostre bien ce que grant aymer me contraint a faire. Car ma tresredoubtee dame il m'est advis que je suis jeune de vous admonnester vostre bien comme a celle qui a esté en ma gouvernance depuis enfance jusques a ores tout n'en feusse je mye digne me semble que je mesprendroye de moy taire de ce que sçauroye qui vous peust tourner a aucun grief se ne le vous signifioye. Et pource chere dame je escrips en ces presentes ce qui s'ensuyt de laquelle chose treshumblement je vous prie derechief que maulvais gré ne m'en vueillés sçavoir aucunement. Car vous povez estre trescertaine que tresgrant amour & desir de l'acroissement de mieulx en mieulx de vostre noble renommee & honneur me meut a ce faire. ma dame j'ay entendu aucunes nouvelles de vostre gouvernement telles que j'en suis dolente de tout mon cueur pour la peur que j'ay du decheement de vostre bon los & sont telles comme il me semble que comme il soit de droit & de raison que toute princesse & haulte dame tout ainsi comme elle est hault eslevee en honneur & estat sur les autres qu'elle doye estre en bonne sagesse meurs conditions & manieres excellente sur toutes affin qu'elle soit exemplaire par lequel les autres dames et mesmement toutes femmes se doibvent rigler en tout maintien & comme il appartiengne qu'elle soit devote vers dieu & quelle ayt contenance asseuree quoye & rassise en ses esbatemens attrempee et sans effroy rie bas & non sans cause ayt haulte maniere humble chere & grant port. Soit a tous doulce responce & aymable parolle son habit & atour riche & non trop cointe. A estrangiers d'acueil seignery parlant a dangier non trop acointable de regard tardif & non volage. A nulle heure n'appaire male felle ne despite ne a servir trop dangereuse a ses femmes & serviteurs humaines & amiables non trop haultaine en dons large par raison ordonnee. Saiche congnoistre de toutes gens lesquelz sont les plus dignes en bonté et preudhommie & de ses servans les meilleurs & ceulx & celles tire vers soy & leur guerdonne selon leurs merites ne croire ne adjouster foy a flateurs ne flateuses ains les congnoisse & chasse de soy ne croire de legier parolles raportees / n'ait coustume de souvent conseiller a estrange ne privé en lieu secret ne apart mesmement a nul de ses gens ou de ses femmes si que on ne puisse juger que plus sache de son secret l'une que l'autre & ne dye devant gens a personne quelconques en riant aucuns motz couvers que chascun n'entende / affin que les oyans ne supposent aucun vice secret entre eulx trop enclose en chambre ne trop solitaire ne se doit tenir / ne aussi trop commune a la veue des gens. Mais a certaine heure retraire & aucuneffois plus convenables. Et comme sesdictes condicions & toutes autres manieres convenables a haulte princesse feussent en vous le temps passé estes a present toute changee sicomme on dit. Car vous estes devenue trop plus esgaree plus emparlee & plus jolie que ne souliés estre & c'est ce qui faict communement jugier. les cueurs changent quant les contenances se changent / car vous voules estre seulle & retraire de gens fors d'une ou de deux de vos femmes ou aucuns de vos serviteurs a qui vous conseillés & riés mesmes devant gens & dictes parolles couvertes comme se vous vous entre entendissiés bien & ne vous plaist fors la compaignie d'iceulx / ne les autres ne vous pevent servir a gré. Lesquelles choses & contenances sont cause de mouvoir a envye vos autres servans & de juger que vostre cueur soit en amouré ou que ce soit a ma tresredoubtee dame pour dieu mercy prenés garde qui vous estes a la haultesse ou dieu vous a eslevee ne ne vueille vostre ame & vostre honneur pour aucune vaine plaisance mettre en oubly & ne vous fiés en vaines pensees que plusieurs jeunes femmes ont qui se donnent a croire que ce n'est point mal d'aymer par amours / mais qu'il n'y ait villenie car je me rens certaine que autrement ne le vouldriés penser pour mourir & que on vit plus liement & que de ce faire on faict ung homme vaillant & renommé a tousjours. Ha ma chere dame il va tout autrement. Et pour dieu ne vous y decevés ne laissés decevoir & prenes exemples a de telles grans maistresses avés vous veu en vostre temps qui pour seullement estre souppesonnees de telle amour sans que la verité en fust oncques attaincte en perdoyent l'honneur & la vie de telles y eut. Et si tiens sur mon ame que peché ne coulpe vilanie n'y avoyent & leurs enfans en avés reprouchiés & moins prisés / et combien que a toute femme soit povre ou riche telle folle amour deshonnorable encores trop plus est messeant & prejudiciable en princesse ou haulte dame de tant que est plus grande / & la raison y est bonne / car le nom d'une princesse est porté par tout le monde parquoy s'il y a en son renom aucune chose a redire plus est sceu par les estranges contrees que des simples femmes. Et aussi pour cause de leurs enfans qui doyvent seigneurir les terres & estre princes de aultres gens. Si est grant meschief quant il y a aucune suspection qu'ilz ne soyent droitz hoirs & maint meschief en peut venir. car posons qu'il n'y ait meffait de corps si ne le croyroient mye ceulx qui seullement l'orront dire telle dame est amoureuse. Et pour ung petit de vice semblant par adventure fait par jeunesse & sans malices mauvaises langues jugeront & y adjousteront des choses qui oncques ne furent ne faictes ne pensees / & ainsi va tel langaige de bouche en bouche qui mye n'est apeticié ains est acreu. Et ainsi est necessaire a une chascune grant maistresse avoir plus grant regard en toutes ses manieres contenantes & paraboles que a autres femmes. La cause si est / car quant on vient en la presence d'une haulte dame toute personne adresse son regard a elle & ses oreilles a ouÿr ce qu'elle dira & son entendement a noter tout son fait. Si ne peut la dame ouvrir l'ueil dire parolle rire ou faire semblant a aucun que tout ne soit recueilly & retenu de plusieurs personnes & puis raporté en maintes places. Et que cuidés vous ma treschiere dame que ce soit mauvaise contenance a une grant maistresse voire a toute femme quant plus qu'elle ne seul deul devient esgaree jolye & plus veult oÿr parler d'amours & puis quant son cueur se change pour aucun cas tout a coup devient rechinee malgratieuse tenceresse & ne la peut on servir a gré & ne luy chault de son habit & atour. Certes adonc dient les gens que elle souloit estre amoureuse. mais ne l'est plus. Ma dame si n'est mye maniere que dame doye avoir Car elle doit prendre garde encore quelque pensee qu'elle ait que tousjours soit d'un maintien et contenance a celle fin que telz jugemens ne puissent estre faitz sur elle. Mais peut bien estre que fort seroit en la vie amoureuse garder telle mesure. Et pource le plus seur est du tout l'eschever & fuir. Si povés veoir chiere dame que toute grant maistresse & semblablement toute femme doit trop plus estre couvoiteuse d'acquerir bon renom que quelconques autre tresor. Car il la fait reluyre en honneur & demeure tousjours a elle & ses enfans redoubtee dame ainsi comme devant est touchié / je suppose bien et pense les raisons qui pevent mouvoir la jeune dame a soy encliner a si faicte amour aise & joyeuseté luy fait penser Tu es jeune il ne te fault fors que ta plaisance tu peulz bien aymer sans villanie & n'est point de mal puis qu'il n'y ait peché tu feras ung vaillant homme on n'en sçaura riens tu en vivras plus joyeusement & auras acquis ung vray serviteur & loyal amy & ainsi telles choses. Ha ma dame pour dieu soiés advisee que telles folles oppinions ne vous deçoyvent. Car quant a la plaisance soyés certaine que en amours a deux foys plus de dueil nuysances & dangiers perilleux par especial du costé des dames qu'il n'y a de plaisance. Car avec ce amours livre de soy maintes diverses amertumes la peur de perdre honneur & qu'il soit sceu leur demeure ou cueur qui chier acheter leur fait telle plaisance. Et quant a dire ce ne sera mye mal puis que fait de peché n'y a. Helas ma dame ne soit nul ne nulle si asseuree de soy qu'elle se rende certaine quelque bon propos qu'elle ait de garder tousjours mesure en si faicte amour et que ne soit sceu comme j'ay cy devant dit. Certes c'est chose impossible. Car feu n'est point sans fumee. mais fumee est souvent sans feu. Et a dire je feray ung homme vaillant. Certes je dis que c'est trop grant folie de soy destruyre pour accoistre ung autre. Posons que vaillant en deust devenir & celle bien se destruyt qui pour refaire ung aultre se deshonnoure. Et quant a dire j'auray acquis ung vray amy et serviteur dieu dequoy pourroit servir si fait amy a la dame. car s'elle avoit aulcun afaire il ne se feroit porter en nul cas pour elle / pour peur de son deshonneur dequoy doncques luy pourra servir si fait serviteur qui s'osera employer pour le bien d'elle. mais ilz sont aucuns qui dient qu'ilz servent leur dames quant ilz font beaucoup de choses soit en armes ou autrefois. Mais je dy qu'ilz servent eulx mesmes. Car l'honneur & le preu leur est demouré & non mye a la dame. Encores ma dame se vous ou autres vous voulés excuser en disant j'ay mauvaise partie qui pou de loyaulté & de plaisir me fait. pource puis je sans mesprendre avoir plaisir en aucun autre pour oublier melencolie & passer le temps. mais certes telles excusations / saulve vostre bonne reverence & de toutes autres qui ce dient / ne vallent riens. car trop fait grant folie celluy qui met le feu en sa maison pour ardoir celle de son voisin. mais se celle qui a tel mary le porte patiemment & sans soy empirer tant acroist plus le merite de son ame & son honneur en bon los & quant a avoir plaisance. Certainement une si grant maistresse voire toute femme s'elle veult elle peut assés trouver de loisibles & bonnes plaisances a quoy s'entendre & passer le temps sans melencolie sans telle amour. Celles qui ont enfans plus gratieuse plaisance & plus delectable peut on demander que de souvent les veoir & prendre garde que bien soyent nourris & endoctrinés sicomme il appartient a leur haultesse & estat. & les filles ordonner en telle maniere que en enfance prengnent rigle de bien & de deuement vivre par exemple de suyvre & estre en bonne compaignie. Helas & se la mere n'estoit toute saige quel exemple seroit ce aux filles & a celles qui enfans n'ont. Certes n'est ce honneur non a tout haulte dame. Aprés ce qu'elle a dit son service de soy prendre & faire aulcun ouvraige ou besongne pour eviter oysiveté ou faire faire fins linges estrangement ouvrés / ou draps de soye ou autre choses dequoy elle peust user justement. & telles occupations sont bonnes / & destourbent a penser choses vaines. Et je ne dis mye que une grant maistresse ne se puisse bien esbatre rire & jouer en temps & en lieu mesmement ou il y ait seigneurs & gentilz hommes / & qu'elle ne doye honnorer les estrangiers selon que a sa haultesse appartient chascun selon son degré / mais ce doit estre fait si rassisement & de si beau maintien qu'il n'y ait ung seul regard ne ris ne parolle que tout ne soit a mesure & par raison. Assés & tousjours doibt estre sur sa garde que on ne puisse appercevoir en parolle ou regard ou contenance en elle chose desconvenable ne mal seant. Ha dieu se toute grande maistresse voire toute femme sçavoit bien comment beau maintien luy est advenant plus mettroit peine a l'avoir que quelque autre parement. Car il n'est joyau precieux qui tant la peust parer Et encores ma tresredoubtee dame reste a parler des perilz et dangiers qui sont en celle amour / lesquelz sont sans nombre. Le premier et greigneur est que l'en courrouce dieu. Aprés que se le mary s'en appercevoit ou les parens la femme est morte ou cheute en reproche ne jamais puis n'aura bien. Et encores suppose que n'aviengne disons du costé des amans encores que tous fussent loyaulx secretz vrays disans ce qu'ilz ne sont mye / ainçois scet on assés qui comunement sont faintz & pour les dames decevoir dient ce qu'ilz ne pensent ne vouldroient faire. Touteffois c'est chose vraye que l'ardeur de / telle amour ne dure mye longuement mesmes aux plus loyaulx & est ceste chose certaine. Ha chiere dame comment cuydés vous que quant il advient que celle amour est deffaillie & que la dame qui aura esté aveuglee par l'enveloppement de folle plaisance s'en repent durement quant elle s'avertist & pourpense les follies & divers perilz ou maintes fois s'est trouvee / & combien elle vouldroit qui luy eust cousté & oncques ne luy fust advenu & que tel reproche de elle ne peust estre dicte. Certes vous ne pourriez penser la grant repentance & desplaisant pensee qui au cueur leur en demeure Et oultre se vous & toutes les autres povés veoir quelle follie c'est de mettre son corps et son honneur es dangiers de langues & es mains de telz servanz puis que serviteurs s'apellent / mais la fin du service est communement telle que quoy qu'ilz vous ayent promis & juré de tenir secret ilz ne s'en taisent mye & en la fin de telle amour souventesfois le blasme & parler de gens aux dames en demeure ou a tout le moins la crainte & paour en leurs cueurs que ceulx mesmes en qui se sont fiees le dient & s'en vantent ou aulcun autre qui le fait saiche / et ainsi se sont mises de franchise en servaige & veés la fin du service de celle amour. Comment cuydés vous ma Dame qu'il semble a ses servans grant honneur de dire et eulx vanter qu'ilz soyent aimés ou ayent esté d'une grant maistresse ou femme de renom. Et comment en tairoient ilz la verité. car dieu scet comment ilz mentent. Et que pleust a dieu que entre vous mes dames le sceussiés bien. Car cause auriés de vous en garder. Oultreplus les servans qui scevent vos secretz & en qui convient que vous vous fiez cuydez vous qu'ilz s'en taisent. combien que leur ayés fait jurer. Certes la plus grant partie sont telz qu'ils seroyent bien dolens que l'on ne sceust que plus grant priveté & hardiesse ont vers vous que les autres. et s'ilz ne dient de bouche vos secretz ils les monstreront au doy par divers semblans couvers qui veullent bien que on note. He dieu quel servitude a une dame & a toute autre femme en tel cas qui n'osera reprendre ne blasmer son servant ou sa servante posons qu'elle les voye grandement mesprendre quant elle se sent en leur dangier & seront montés contre elle en tel orgueil que mot n'osera sonner ains conviendra qu'elle leur seuffre a faire et dire chose qu'elle n'endureroit de nul autre. Et que pensés vous que dient ceulx & celles qui ce voyent & notent ilz ne pensent fors ce qui y est & soyés certaine qu'ilz en murmurent assés. Et s'il advient que la dame se courrouce ou donne congié a telz servans / dieu scet se tout est revelé & dit en plusieurs places. et toutesfois souvent advient qu'ilz sont & ont esté moyens & procureurs d'icelle amour bastir / laquelle chose ilz ont voulentiers pourchassee & a grant diligence pour traire a eulx dons ou offices ou autres emolumens. Tresredoubtee dame que vous en dirois je / soyés certaine que aussi tost espuiseroit on une abisme comme on pourroit racompter tous les perilz et maulx qui sont en ceste vie amoureuse. & ne doubtés du contraire. Car il est ainsi. Et pource treschiere dame ne vous vueillés ficher en si fait peril. Et se aulcune pensee y avés eue / pour dieu vueillés vous en retraire ainçois que plus grant mal vous en ensuyve. Car trop mieulx vault tost que tard / & tard que jamais. Et ja povés veoir quelz parolles en seroyent se plus ce continuoyent vos nouvelles manieres quant ja sont apperceues parquoy parolles s'en espandent en maint lieu. Si ne vous sçay plus que respondre fors que de toute ma puissance vous supplye humblement que de ce ne me sachez aucun maulvais gré / mais vous plaise de adviser le bon vouloir qui le me fait dire / & au fort mieulx doit vouloir faire mon devoir & vous loyaulment admonnester & en deusse avoir vostre mal talent que de vous conseiller vostre destruction ou de l'attraire pour avoir vostre bon gré. Tresresoubtee princesse & ma treschere dame je prie a dieu qu'il vous doint bonne vie et longue / et en la fin paradis. Escript. &c.

¶ Cy commence la deuxiesme partie de ce livre laquelle s'adresse aux dames & damoiselles. Et premierement a celles qui demeurent a court de princesse ou haulte dame. Le premier chapitre parle comment les trois dames / c'est assavoir raison droicture et justice recapitulent en brief ce qui est dit devant. chap. .xxvii.

Apres ce que avons parlé aux roynes princesses & haultes dames / c'est assavoir en ce qui touche la doctrine qui est proprice tant aux enseignemens de ce qui affiert a l'ame comme aux meurs vertueux & bons qui leur sont propices & appartiennent a leur haulte noblesse & a leur estat qui d'honneur est adornee sur toutes autres s'adressera nostre leçon doresenavant en ceste .ii. partie de la presente collation aux dames & damoiselles & femmes tant a celles qui sont demourans a court de princesses pour leur service & estat comme a celles qui demeurent sur leurs terres en chasteaulx manoirs villes fermes & bours / mais a ce commencement faisons protestation que nonobstant qu'il appartienne & affiere une mesmes doctrine par especial en plusieurs choses tant a l'ame comme aux vertus & meurs aussi bien aux dames & damoiselles & a toutes femmes comme aux princesses ne pensons mye a relater & dire de rechief tout ce qui est dit devant / car peine seroit sans necessité & a ennuy pourroit tourner aux lisans si serve ce que dit est pour toutes ou il eschiet & en prengne chascune ce dequoy sentira que elle ayt besoing au bien & au proffit de son ame & de ses meurs. Car semblablement que aux plus grans maistresses est mestier aux dames damoiselles & autres femmes qu'elles ayent tousjours & en tous leurs faitz devant les yeulx & en leur memoire l'amour & crainte de nostreseigneur qui leur ramentoyve les biens qu'elles reçoyvent de luy / c'est assavoir l'ame qui est creé a son ymage laquelle s'elles y veullent mettre peine possedera a tousjours le royaulme des cieulx. Ce n'est mye petit don l'entendement pour congnoistre dieu & que est bien & mal force de corps pour mettre le bien a effect santé & foison d'autres grans graces parquoy l'amour a quoy elles sont obligees vers luy qui est mesmes ung des commandemens de la foy et le premier qui dit tu aimeras dieu sur toutes choses ne doit jamais partir de leur memoire La crainte aussi en pensant la grant punition de sa justice en quoy se mettent en peril les creatures qui ne vont droite voye Ceste amour & crainte se a droit & en leurs couraiges les deffendra de vices & conduyra aux vertus / abessera en elles orgueil & essaucera humilité chassera ire & amenera pacience deboutera avarice & y mettra charité. leur tollira envye & leur donnera amour vers leurs prochains. eslongnera paresse & approuchera diligence de bien faire Leur fera haÿr gloutonnye et aymer sobrieté. bennira luxure et attraira chasteté Et ainsi donera toutes les vertus propice a l'ame. & chassera les vices qui nuyre y pourroyent. Et avec ce aussi bien & semblablemement affiert aux dames damoiselles & autres femmes avoir prudence mondaine pour ordonner en bonne guise leur maniere de vivre chascune selon son estat & qu'elles ayment honheur le bien de renommee & de bon los que aux princesses. Si commencerons ainsi

Cy devise des quatre pointz les deux bons a tenir & les deux autres a eschever & comment dames & demoiselles de court doivent aymer leur maistresse. & ce est le premier point. chap. .xxviii.