Le temps retrouvé Tome 1 (de 2)
Part 13
La nuit était aussi belle qu’en 1914, comme Paris était aussi menacé. Le clair de lune semblait comme un doux magnésium continu permettant de prendre une dernière fois des images nocturnes de ces beaux ensembles comme la place Vendôme, la place de la Concorde, auxquels l’effroi que j’avais des obus qui allaient peut-être les détruire donnait, par contraste, dans leur beauté encore intacte, une sorte de plénitude, comme si elles se tendaient en avant, offrant aux coups leurs architectures sans défense. «Vous n’avez pas peur, répéta M. de Charlus. Les Parisiens ne se rendent pas compte. On me dit que Mme Verdurin donne des réunions tous les jours. Je ne le sais que par les on-dit, moi je ne sais absolument rien d’eux, j’ai entièrement rompu», ajouta-t-il en baissant non seulement les yeux comme si avait passé un télégraphiste, mais aussi la tête, les épaules, et en levant le bras avec le geste qui signifie sinon «je m’en lave les mains», du moins «je ne peux rien vous dire» (bien que je ne lui demandasse rien). «Je sais que Morel y va toujours beaucoup», me dit-il (c’était la première fois qu’il m’en reparlait). «On prétend qu’il regrette beaucoup le passé, qu’il désire se rapprocher de moi», ajout a-t-il, faisant preuve à la fois de cette même crédulité d’homme du faubourg qui dit: «On dit beaucoup que la France cause plus que jamais avec l’Allemagne et que les pourparlers sont même engagés» et de l’amoureux que les pires rebuffades n’ont pas persuadé. «En tout cas, s’il le veut il n’a qu’à le dire, je suis plus vieux que lui, ce n’est pas à moi à faire les premiers pas.» Et sans doute il était bien inutile de le dire tant c’était évident. Mais, de plus, ce n’était même pas sincère, et c’est pour cela qu’on était si gêné pour M. de Charlus, car on sentait qu’en disant que ce n’était pas à lui de faire les premiers pas, il en faisait au contraire un et attendait que j’offrisse de me charger du rapprochement. Certes, je connaissais cette naïve ou feinte crédulité des gens qui aiment quelqu’un, ou simplement ne sont pas reçus chez quelqu’un, et imputent à ce quelqu’un un désir qu’il n’a pourtant pas manifesté, malgré des sollicitations fastidieuses.
Malheureusement, dès le lendemain, disons-le tout de suite, M. de Charlus se trouva dans la rue face à face avec Morel; celui-ci, pour exciter sa jalousie, le prit par le bras, lui raconta des histoires plus ou moins vraies et quand M. de Charlus éperdu, ayant besoin que Morel restât cette soirée auprès de lui, le supplia de ne pas aller ailleurs, l’autre, apercevant un camarade, dit adieu à M. de Charlus qui, de colère, espérant que cette menace que, bien entendu, il semblait ne devoir exécuter jamais, ferait rester Morel, lui dit: «Prends garde, je me vengerai», et Morel, riant, partit en tapotant sur le cou et en enlaçant par la taille son camarade étonné.
A l’accent soudain tremblant avec lequel M. de Charlus avait, en me parlant de Morel, scandé ses paroles, au regard trouble qui vacillait au fond de ses yeux, j’eus l’impression qu’il y avait autre chose qu’une banale insistance. Je ne me trompais pas et je dirai tout de suite les deux faits qui me le prouvèrent rétrospectivement (j’anticipe de beaucoup d’années pour le second de ces faits, postérieur à la mort de M. de Charlus. Or elle ne devait se produire que bien plus tard, et nous aurons l’occasion de le revoir plusieurs fois, bien différent de ce que nous l’avons connu, et en particulier la dernière fois, à une époque où il avait entièrement oublié Morel). Quant au premier de ces faits, il se produisit deux ans seulement après le soir où je descendais ainsi les boulevards avec M. de Charlus. Donc environ deux ans après cette soirée, je rencontrai Morel. Je pensai aussitôt à M. de Charlus, au plaisir qu’il aurait à revoir le violoniste, et j’insistai auprès de lui pour qu’il allât le voir, fût-ce une fois, «Il a été bon pour vous, dis-je à Morel. Il est déjà vieux, il peut mourir, il faut liquider les vieilles querelles et effacer les traces de la brouille.» Morel parut entièrement de mon avis quant à un apaisement désirable, mais il n’en refusa pas moins catégoriquement de faire même une seule visite à M. de Charlus. «Vous avez tort, lui dis-je. Est-ce par entêtement, par paresse, par méchanceté, par amour-propre mal placé, par vertu (soyez sûr qu’elle ne sera pas attaquée), par coquetterie?» Alors le violoniste, tordant son visage pour un aveu qui lui coûtait sans doute extrêmement, me répondit en frissonnant: «Non, ce n’est pour rien de tout cela, la vertu je m’en fous; la méchanceté, au contraire je commence à le plaindre; ce n’est pas par coquetterie, elle serait inutile; ce n’est pas par paresse, il y a des journées entières où je reste à me tourner les pouces, non, ce n’est à cause de rien de tout cela; c’est, ne le dites jamais à personne et je suis fou de vous le dire, c’est, c’est ... c’est ... par peur!» Il se mit à trembler de tous ses membres. Je lui avouai que je ne le comprenais pas. «Non, ne me demandez pas, n’en parlons plus, vous ne le connaissez pas comme moi, je peux dire que vous ne le connaissez pas du tout.--Mais quel tort peut-il vous faire? il cherchera, d’ailleurs, d’autant moins à vous en faire qu’il n’y aura plus de rancune entre vous. Et puis, au fond, vous savez qu’il est très bon.--Parbleu si, je le sais qu’il est bon! Et la délicatesse et la droiture. Mais laissez-moi, ne m’en parlez plus, je vous en supplie, c’est honteux à dire, j’ai peur!» Le second fait date d’après la mort de M. de Charlus. On m’apporta quelques souvenirs qu’il m’avait laissés et une lettre à triple enveloppe, écrite au moins dix ans avant sa mort. Mais il avait été gravement malade, avait pris ses dispositions, puis s’était rétabli avant de tomber plus tard dans l’état où nous le verrons le jour d’une matinée chez la princesse de Guermantes--et la lettre, restée dans un coffre avec les objets qu’il léguait à quelques amis, était restée là sept ans, sept ans pendant lesquels il avait entièrement oublié Morel. La lettre, tracée d’une écriture fine et ferme, était ainsi conçue: «Mon cher ami, les voies de la Providence sont inconnues. Parfois c’est du défaut d’un être médiocre qu’elle use pour empêcher de faillir la suréminence d’un juste. Vous connaissez Morel, d’où il est sorti, à quel faîte j’ai voulu l’élever, autant dire à mon niveau. Vous savez qu’il a préféré retourner non pas à la poussière et à la cendre d’où tout homme, c’est-à-dire le véritable phœnix, peut renaître, mais à la boue où rampe la vipère. Il s’est laissé choir, ce qui m’a préservé de déchoir. Vous savez que mes armes contiennent la devise même de Notre-Seigneur: «Inculcabis super leonem et aspidem» avec un homme représenté comme ayant à la plante de ses pieds, comme support héraldique, un lion et un serpent. Or si j’ai pu fouler ainsi le propre lion que je suis, c’est grâce au serpent et à sa prudence, qu’on appelle trop légèrement parfois un défaut, car la profonde sagesse de l’Évangile en fait une vertu, au moins une vertu pour les autres. Notre serpent aux sifflements jadis harmonieusement modulés, quand il avait un charmeur--fort charmé, du reste--n’était pas seulement musical et reptile, il avait jusqu’à la lâcheté cette vertu que je tiens maintenant pour divine, la Prudence. C’est cette divine prudence qui l’a fait résister aux appels que je lui ai fait transmettre de revenir me voir, et je n’aurai de paix en ce monde et d’espoir de pardon dans l’autre que si je vous en fais l’aveu. C’est lui qui a été en cela l’instrument de la Sagesse divine, car, je l’avais résolu, il ne serait pas sorti de chez moi vivant. Il fallait que l’un de nous deux disparût. J’étais décidé à le tuer. Dieu lui a conseillé la prudence pour me préserver d’un crime. Je ne doute pas que l’intercession de l’Archange Michel, mon saint patron, n’ait joué là un grand rôle et je le prie de me pardonner de l’avoir tant négligé pendant plusieurs années et d’avoir si mal répondu aux innombrables bontés qu’il m’a témoignées, tout spécialement dans ma lutte contre le mal. Je dois à ce serviteur, je le dis dans la plénitude de ma foi et de mon intelligence, que le Père céleste ait inspiré à Morel de ne pas venir. Aussi, c’est moi maintenant qui me meurs. Votre fidèlement dévoué, _Semper idem_, P. G. Charlus.» Alors je compris la peur de Morel; certes il y avait dans cette lettre bien de l’orgueil et de la littérature. Mais l’aveu était vrai. Et Morel savait mieux que moi que le «côté presque fou» que Mme de Guermantes trouvait chez son beau-frère ne se bornait pas, comme je l’avais cru jusque-là, à ces dehors momentanés de rage superficielle et inopérante.
Mais il faut revenir en arrière. Je descends les boulevards à côté de M. de Charlus, lequel vient de me prendre comme vague intermédiaire pour des ouvertures de paix entre lui et Morel. Voyant que je ne lui répondais pas, il continua ainsi: «Je ne sais pas, du reste, pourquoi il ne joue pas, on ne fait plus de musique sous prétexte que c’est la guerre, mais on danse, on dîne en ville. Les fêtes remplissent ce qui sera peut-être, si les Allemands avancent encore, les derniers jours de notre Pompéi. Pour peu que la lave de quelque Vésuve allemand (leurs pièces de marine ne sont pas moins terribles qu’un volcan) vienne les surprendre à leur toilette et éternise leur geste en l’interrompant, les enfants s’instruiront plus tard en regardant dans les livres de classes illustrés Mme Molé qui allait mettre une dernière couche de fard avant d’aller dîner chez une belle-sœur, ou Sosthène de Guermantes finissant de peindre ses faux sourcils; ce sera matière à cours pour les Brichot de l’avenir; la frivolité d’une époque quand dix siècles ont passé sur elle est digne de la plus grave érudition, surtout si elle a été conservée intacte par une éruption volcanique ou des matières analogues à la lave projetées par bombardement. Quels documents pour l’histoire future, quand les gaz asphyxiants analogues à ceux qu’émettait le Vésuve et des écroulements comme ceux qui ensevelirent Pompéi garderont intactes toutes les dernières imprudentes qui n’ont pas fait encore filer pour Bayonne leurs tableaux et leurs statues. D’ailleurs, n’est-ce pas déjà, depuis un an, Pompéi par fragments, chaque soir, que ces gens se sauvant dans les caves, non pas pour en rapporter quelque vieille bouteille de Mouton Rothschild ou de Saint-Émilion, mais pour cacher avec eux ce qu’ils ont de plus précieux, comme les prêtres d’Herculanum surpris par la mort au moment où ils emportaient les vases sacrés. C’est toujours l’attachement à l’objet qui amène la mort du possesseur. Paris, lui, ne fut pas, comme Herculanum, fondé par Hercule. Mais que de ressemblances s’imposent! et cette lucidité qui nous est donnée n’est pas que de notre époque, chacune l’a possédée. Si je pense que nous pouvons avoir demain le sort des villes du Vésuve, celles-ci sentaient qu’elles étaient menacées du sort des villes maudites de la Bible. On a retrouvé sur les murs d’une des maisons de Pompéi cette inscription révélatrice: «Sodoma, Gomora.» Je ne sais si ce fut ce nom de Sodome et les idées qu’il éveilla en lui, soit celle du bombardement, qui firent que M. de Charlus leva un instant les yeux au ciel, mais il les ramena bientôt sur la terre. «J’admire tous les héros de cette guerre, dit-il. Tenez, mon cher, les soldats anglais que j’ai un peu légèrement considérés au début de la guerre comme de simples joueurs de football assez présomptueux pour se mesurer avec des professionnels--et quels professionnels!--hé bien, rien qu’esthétiquement ce sont des athlètes de la Grèce, vous entendez bien, de la Grèce, mon cher, ce sont les jeunes gens de Platon, ou plutôt des Spartiates. J’ai un ami qui est allé à Rouen où ils ont leur camp, il a vu des merveilles, de pures merveilles dont on n’a pas idée. Ce n’est plus Rouen, c’est une autre ville. Évidemment il y a aussi l’ancien Rouen, avec les Saints émaciés de la cathédrale. Bien entendu, c’est beau aussi, mais c’est autre chose. Et nos poilus! je ne peux pas vous dire quelle saveur je trouve en nos poilus, aux petits Parigots, tenez, comme celui qui passe là, avec son air dessalé, sa mine éveillée et drôle. Il m’arrive souvent de les arrêter, de faire un brin de causette avec eux, quelle finesse, quel bon sens! et les gars de province, comme ils sont amusants et gentils avec leur roulement d’r et leur jargon patoiseur!... Moi, j’ai toujours beaucoup vécu à la campagne, couché dans les fermes, je sais leur parler, mais notre admiration pour les Français ne doit pas nous faire déprécier nos ennemis, ce serait nous diminuer nous-mêmes. Et vous ne savez pas quel soldat est le soldat allemand, vous ne l’avez pas vu comme moi défiler au pas de parade, au pas de l’oie, «unter den Linden». En revenant à l’idéal de virilité qu’il m’avait esquissé à Balbec et qui avec le temps avait pris chez lui une forme philosophique, usant, d’ailleurs, de raisonnements absurdes, qui par moments, même quand il venait d’être supérieur, laissaient voir la trame trop mince du simple homme du monde, bien qu’homme du monde intelligent: «Voyez-vous, me dit-il, le superbe gaillard qu’est le soldat boche est un être fort, sain, ne pensant qu’à la grandeur de son pays, «Deutschland über alles», ce qui n’est pas si bête, et tandis qu’ils se préparaient virilement, nous nous sommes abîmés dans le dilettantisme.» Ce mot signifiait probablement pour M. de Charlus quelque chose d’analogue à la littérature, car aussitôt se rappelant sans doute que j’aimais les lettres et avais eu un moment l’intention de m’y adonner, il me tapa sur l’épaule (profitant du geste pour s’y appuyer jusqu’à me faire aussi mal qu’autrefois, quand je faisais mon service militaire, le recul contre l’omoplate du «76»), il me dit comme pour adoucir le reproche: «Oui, nous nous sommes abîmés dans le dilettantisme, nous tous, vous aussi, rappelez-vous, vous pouvez faire comme moi votre _mea culpa_, nous avons été trop dilettantes.» Par surprise du reproche, manque d’esprit de repartie, déférence envers mon interlocuteur et attendrissement pour son amicale bonté, je répondis comme si, ainsi qu’il m’y invitait, j’avais aussi à me frapper la poitrine, ce qui était parfaitement stupide car je n’avais pas l’ombre de dilettantisme à me reprocher. «Allons, me dit-il, je vous quitte (le groupe qui l’avait escorté de loin ayant fini par nous abandonner). Je m’en vais me coucher comme un très vieux Monsieur, d’autant plus qu’il paraît que la guerre a changé toutes nos habitudes, un de ces aphorismes qu’affectionne Norpois.» Je savais, du reste, qu’en rentrant chez lui M. de Charlus ne cessait pas pour cela d’être au milieu des soldats, car il avait transformé son hôtel en hôpital militaire, cédant du reste, je le crois, aux besoins bien moins de son imagination que de son bon cœur.
Il faisait une nuit transparente et sans un souffle. J’imaginais que la Seine coulant entre ses ponts circulaires, faits de leur plateau et de son reflet, devait ressembler au Bosphore. Et symbole soit de cette invasion que prédisait le défaitisme de M. de Charlus, soit de la coopération de nos frères musulmans avec les armées de la France, la lune étroite et recourbée comme un sequin semblait mettre le ciel parisien sous le signe oriental du croissant. Pour un instant encore il resta en arrêt devant un Sénégalais en me disant adieu et en me serrant la main à me la broyer, ce qui est une particularité allemande chez les gens qui sentent comme le baron, et en continuant pendant quelque temps à me la malaxer, eût dit jadis Cottard, comme si M. de Charlus avait voulu rendre à mes articulations une souplesse qu’elles n’avaient point perdue. Chez certains aveugles, le toucher supplée dans une certaine mesure à la vue. Je ne sais trop de quel sens il prenait la place ici. Il croyait peut-être seulement me serrer la main comme il crut sans doute ne faire que voir le Sénégalais qui passait dans l’ombre et ne daigna pas s’apercevoir qu’il était admiré. Mais, dans ces deux cas, le baron se trompait, il péchait par excès de contact et de regards. «Est-ce que tout l’Orient de Decamps, de Fromentin, d’Ingres, de Delacroix n’est pas là dedans? me dit-il, encore immobilisé par le passage du Sénégalais. Vous savez, moi, je ne m’intéresse jamais aux choses et aux êtres qu’en peintre, en philosophe. D’ailleurs je suis trop vieux. Mais quel malheur, pour compléter le tableau, que l’un de nous deux ne soit pas une odalisque.» Ce ne fut pas l’Orient de Decamps, ni même de Delacroix qui commença de hanter mon imagination quand le baron m’eut quitté, mais le vieil Orient de ces _Mille et une Nuits_ que j’avais tant aimées, et, me perdant peu à peu dans le lacis de ces rues noires, je pensais au calife Haroun Al Raschid en quête d’aventures dans les quartiers perdus de Bagdad. D’autre part, la chaleur du temps et de la marche m’avait donné soif, mais depuis longtemps tous les bars étaient fermés, et à cause de la pénurie d’essence les rares taxis que je rencontrais, conduits par des Levantins ou des Nègres, ne prenaient même pas la peine de répondre à mes signes. Le seul endroit où j’aurais pu me faire servir à boire et reprendre des forces pour rentrer chez moi eût été un hôtel. Mais dans la rue assez éloignée du centre où j’étais parvenu, tous, depuis que sur Paris les gothas lançaient leurs bombes, avaient fermé. Il en était de même de presque toutes les boutiques de commerçants, lesquels, faute d’employés ou eux-mêmes pris de peur, avaient fui à la campagne et laissé sur la porte un avertissement habituel écrit à la main et annonçant leur réouverture pour une époque éloignée et, d’ailleurs, problématique. Les autres établissements qui avaient pu survivre encore annonçaient de la même manière qu’ils n’ouvraient que deux fois par semaine. On sentait que la misère, l’abandon, la peur habitaient tout ce quartier. Je n’en fus que plus surpris de voir qu’entre ces maisons délaissées il y en avait une où la vie au contraire semblait avoir vaincu l’effroi, la faillite, et entretenait l’activité et la richesse. Derrière les volets clos de chaque fenêtre la lumière, tamisée à cause des ordonnances de police, décelait pourtant un insouci complet de l’économie. Et à tout instant la porte s’ouvrait pour laisser entrer ou sortir quelque visiteur nouveau. C’était un hôtel par qui la jalousie de tous les commerçants voisins (à cause de l’argent que ses propriétaires devaient gagner) devait être excitée; et ma curiosité le fut aussi quand je vis sortir rapidement, à une quinzaine de mètres de moi, c’est-à-dire trop loin pour que dans l’obscurité profonde je pusse le reconnaître, un officier.