Le socialisme en danger

Chapter 1

Chapter 13,117 wordsPublic domain

LE SOCIALISME

EN DANGER

Ce volume a été déposé au Ministère de l'intérieur (section de la librairie) en mai 1897.

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_Ouvrages déjà publiés dans la Bibliothèque Sociologique_:

1.--LA CONQUÊTE DU PAIN, par _Pierre Kropotkine_. Un volume in-18, avec préface par _Élisée Reclus_, 5e édition. Prix....................................................... 3 50

2.--LA SOCIÉTÉ MOURANTE ET L'ANARCHIE, _par Jean Grave_. Un volume in-18, avec préface par _Octave Mirbeau._ (_Interdit_.--Rare). Prix............................. 5 fr.

3.--DE LA COMMUNE À L'ANARCHIE, par _Charles Malato_. Un volume in-18, 2e édition. Prix.......................... 3 50

4.--OEUVRES de _Michel Bakounine_. Fédéralisme, Socialisme et Antithéologisme. Lettres sur le Patriotisme. Dieu et l'État. Un volume in-18, 2e édition. Prix.......... 3 50

5.--ANARCHISTES, moeurs du jour, roman, par _John-Henry Mackay_, traduction de _Louis de Hessem_. Un volume in-18. (_Épuisé_.) Prix............................... 5 fr.

6.--PSYCHOLOGIE DE L'ANARCHISTE-SOCIALISTE, par _A. Hamon_. Un volume in-18, 2e édit. Prix............................. 3 50

7.--PHILOSOPHIE DU DÉTERMINISME. Réflexions sociales, par _Jacques Sautarel_. Un volume in-18, 2e édit. Prix.... 3 50

8.--LA SOCIÉTÉ FUTURE, par _Jean Grave_. Un vol. in-18, 6e édition.

9.--L'ANARCHIE. Sa philosophie.--Son idéal, par _Pierre Kropotkine_. Une brochure in-18, 3e édition. Prix....... 1 00

10.--LA GRANDE FAMILLE, roman militaire, par _Jean Grave_. Un vol. in-18, 3e édition. Prix................. 3 50

11.--LE SOCIALISME ET LE CONGRÈS DE LONDRES, par _A. Hamon_. Un volume in-18, 2e édit.................. 3 50

12.--LES JOYEUSETÉS DE L'EXIL, par _Charles Malato_. Un volume in-18. 2e édit. Prix............................. 3 50

13.--HUMANISME INTÉGRAL. Le duel des sexes.--La cité future, par _Léopold Lacour_. Un volume in-18, 2e édit. Prix....................................................... 3 50

14.--BIRIBI, armée d'Afrique, roman, par _Georges Darien_. Un volume in-18, 2e édition. Prix.......................... 3 50

15.--LE SOCIALISME EN DANGER, par _Domela Nieuwenhuis_ Un vol. in-18, avec préface par _Élisée Reclus_. Prix. 3 50

16.--PHILOSOPHIE DE L'ANARCHIE, par _Charles Malato_. Un vol. in-18. Prix........................................... 3 50

17.--L'INDIVIDU ET LA SOCIÉTÉ, par _Jean Grave_. Un vol. in-18. Prix................................................ 3 50

_Sous Presse_:

L'ÉVOLUTION, LA RÉVOLUTION ET L'IDÉAL ANARCHIQUE, par _Élisée Reclus_.

L'ÉTAT, par _Pierre Kropotkine_.

SOUS L'ASPECT DE LA RÉVOLUTION, par _Bernard Lazare_.

F. DOMELA NIEUWENHUIS

LE SOCIALISME EN DANGER

PRÉFACE PAR ÉLISÉE RECLUS

1897

PRÉFACE

L'ouvrage de notre ami, Domela Nieuwenhuis, est le fruit de patientes études et d'expériences personnelles très profondément vécues; quatre années ont été employées à la rédaction de ce travail. À une époque comme la nôtre, où les événements se pressent, où la rapide succession des faits rend de plus en plus âpre la critique des idées, quatre ans constituent déjà une longue période de la vie, et certes, pendant ce temps, l'auteur a pu observer bien des changements dans la société, et son propre esprit a subi une certaine évolution. Les trois parties de l'ouvrage, parues à de longs intervalles dans _la Société Nouvelle_, témoignent des étapes parcourues. En premier lieu, l'écrivain étudie les «divers courants de la Démocratie sociale en Allemagne»; puis, épouvanté par le recul de l'esprit révolutionnaire qu'il a reconnu dans le socialisme allemand, il se demande si l'évolution socialiste ne risque pas de se confondre avec les revendications anodines de la bourgeoisie libérale; enfin, reprenant l'étude des manifestations de la pensée sociale, il constate qu'il n'y a point à désespérer, et que la régression d'une école, où l'on s'occupe de commander et de discipliner plus que de penser et d'agir, est très largement compensée par la croissance du socialisme libertaire, où les compagnons d'oeuvre, sans dictateurs, sans asservissement à un livre ou à un recueil de formules, travaillent de concert à fonder une société d'égaux.

Les documents cités dans ce livre ont une grande importance historique. Sous les mille apparences de la politique officielle--formules de diplomates, visites russes, génuflexions françaises, toasts d'empereurs, récitations de vers et décorations de valets,--apparences que l'on a souvent la naïveté de prendre pour de l'histoire, se produit la grande poussée des prolétaires naissant à la conscience de leur état, à la résolution ferme de se faire libres, et se préparant à changer l'axe de la vie sociale par la conquête pour tous d'un bien-être qui est encore le privilège de quelques-uns. Ce mouvement profond, c'est là l'histoire véritable, et nos descendants seront heureux de connaître les péripéties de la lutte d'où naquit leur liberté!

Ils apprendront combien fut difficile dans notre siècle le progrès intellectuel et moral qui consiste à se «guérir des individus». Certes, un homme peut rendre de grands services à ses contemporains par l'énergie de sa pensée, la puissance de son action, l'intensité de son dévouement; mais, après avoir fait son oeuvre, qu'il n'ait pas la prétention de devenir un dieu, et surtout que, malgré lui, on ne le considère pas comme tel! Ce serait vouloir que le bien fait par l'individu se transformât en mal au nom de l'idole. Tout homme faiblit un jour après avoir lutté, et combien parmi nous cèdent à la fatigue, ou bien aux sollicitations de la vanité, aux embûches que tendent de perfides amis! Et même le lutteur fût-il resté vaillant et pur jusqu'à la fin, on lui prêtera certainement un autre langage que le sien, et même on utilisera les paroles qu'il a prononcées en les détournant de leur sens vrai.

Ainsi voyez comment on a traité cette individualité puissante, Marx, en l'honneur duquel des fanatisés, par centaines de mille, lèvent les bras au ciel, se promettant d'observer religieusement sa doctrine! Tout un parti, toute une armée ayant plusieurs dizaines de députés au Parlement germanique, n'interprètent-ils pas maintenant cette doctrine marxiste précisément en un sens contraire de la pensée du maître? Il déclara que le pouvoir économique détermine la forme politique des sociétés, et l'on affirme maintenant en son nom que le pouvoir économique dépendra d'une majorité de parti dans les Assemblées politiques. Il proclama que «l'État, pour abolir le paupérisme, doit s'abolir lui-même, car l'essence du mal gît dans l'existence même de l'État!» Et l'on se met dévotement à son ombre pour conquérir et diriger l'État! Certes, si la politique de Marx doit triompher, ce sera, comme la religion du Christ, à la condition que le maître, adoré en apparence, soit renié dans la pratique des choses.

Les lecteurs de Domela Nieuwenhuis apprendront aussi à redouter le danger que présentent les voies obliques des politiciens. Quel est l'objectif de tous les socialistes sincères? Sans doute chacun d'eux conviendra que son idéal serait une société où chaque individu, se développant intégralement dans sa force, son intelligence et sa beauté physique et morale, contribuera librement à l'accroissement de l'avoir humain. Mais quel est le moyen d'arriver le plus vite possible à cet état de choses? «Prêcher cet idéal, nous instruire mutuellement, nous grouper pour l'entr'aide, pour la pratique fraternelle de toute oeuvre bonne, pour la révolution!», diront tout d'abord les naïfs et les simples comme nous.--«Ah! quelle est votre erreur! nous est-il répondu: le moyen est de recueillir des votes et de conquérir les pouvoirs publics». D'après ce groupe parlementaire, il convient de se substituer à l'État et, par conséquent, de se servir des moyens de l'État, en attirant les électeurs par toutes les manoeuvres qui les séduisent, en se gardant bien de heurter leurs préjugés. N'est-il pas fatal que les candidats au pouvoir, dirigés par cette politique, prennent part aux intrigues, aux cabales, aux compromis parlementaires? Enfin, s'ils devenaient un jour les maîtres, ne seraient-ils pas forcément entraînés à employer la force, avec tout l'appareil de répression et de compression qu'on appelle l'armée citoyenne ou nationale, la gendarmerie, la police et tout le reste de l'immonde outillage? C'est par cette voie si largement ouverte depuis le commencement des âges, que les novateurs arriveront au pouvoir, en admettant que les baïonnettes ne renversent pas le scrutin avant la date bienheureuse.

Le plus sûr encore est de rester naïfs et sincères, de dire simplement quelle est notre énergique volonté, au risque d'être appelés utopistes par les uns, abominables, monstrueux, par les autres. Notre idéal formel, certain, inébranlable est la destruction de l'État et de tous les obstacles qui nous séparent du but égalitaire. Ne jouons pas au plus fin avec nos ennemis. C'est en cherchant à duper que l'on devient dupe.

Telle est la morale que nous trouvons dans l'oeuvre de Nieuwenhuis. Lisez-la, vous tous que possède la passion de la vérité et qui ne la cherchez pas dans une proclamation de dictateur ni dans un programme écrit par tout un conseil de grands hommes.

Élisée RECLUS.

I

LES DIVERS COURANTS

DE LA DÉMOCRATIE SOCIALISTE ALLEMANDE

Au Congrès des démocrates-socialistes allemands tenu à Erfurt en 1891, une lutte s'est engagée, qui intéresse au plus haut degré le mouvement socialiste du monde entier, car, avec une légère nuance de terminologie, elle se reproduit identiquement entre les différentes fractions du parti socialiste.

D'un côté (à droite) était Vollmar, l'homme que l'on s'attendait à voir sous peu se mettre à la tête des radicaux, comme, du reste, il l'avait déjà fait pressentir au Congrès de Halle. Il fit un discours qui, sous plus d'un rapport, était un véritable chef-d'oeuvre, démontrant qu'il était parfaitement en état de se défendre. De l'autre côté il y avait Wildberger, montant à la tribune comme porte-parole de l'opposition berlinoise. Et entre eux Bebel et Liebknecht, pris entre l'enclume et le marteau, apparaissaient comme de tristes témoignages d'insexualité.

Une lecture consciencieuse du compte-rendu du Congrès--dont nous avons attendu la publication pour ne pas baser notre jugement sur des extraits de journaux--nous remplit d'une certaine pitié envers des hommes qui, durant de longues années, ont défendu et dirigé le mouvement en Allemagne et qui, à présent, occupent le «juste milieu» et ont été attaqués des deux côtés à la fois.

Vollmar disait ne désirer «aucune tactique nouvelle», il ajoutait qu'il «se réclamait de la ligne de conduite suivie jusqu'ici, mais qu'il en voulait la continuation logique». Et pourtant Bebel lui répondait que: «Si le parti suivait la tactique de Vollmar, en concentrant toute son agitation sur la lutte pour ces cinq articles du programme[1] et abandonnait provisoirement le véritable but, cela ferait une agitation qui, d'après mon opinion (dit Bebel), aboutirait fatalement à la décomposition du parti. Cela signifierait l'abandon complet de notre but final. Nous agirions dans ce cas tout à fait autrement que nous ne le devrions et que nous l'avons fait jusqu'ici. Nous avons toujours lutté pour obtenir le plus possible de l'État actuel, sans perdre de vue pourtant que tout cela ne constitue qu'une faible concession, _ne change absolument rien au véritable état des choses_. Nous devons maintenir l'ensemble de nos revendications, et chaque nouvelle concession n'a pour nous d'autre but que d'améliorer nos bases d'action et nous permettre de mieux nous armer».

Fischer alla plus loin et dit: «Si nous admettons le point de vue de Vollmar, nous n'avons qu'à supprimer immédiatement dans notre programme les mots: «parti socialiste-démocrate», pour les remplacer par: «programme du parti ouvrier allemand»... La tactique de Vollmar tend à obtenir la réalisation de ces cinq articles--qu'il considère comme les plus nécessaires--comme étant eux-mêmes le but final; nous tenons au contraire à déclarer que toutes ces reformes que nous réclamons, ne sont désirées par nous que parce que nous pensons qu'elles encourageront les ouvriers dans la lutte pour la conquête définitive de leurs droits. Elles ne sont pour nous que des moyens, tandis que pour Vollmar elles constituent le but même, la principale raison d'existence du parti... Le Congrès doit se prononcer, sans la moindre équivoque, soit pour le maintien des décisions prises à Saint-Gall, soit pour l'adoption de la tactique de Vollmar, laquelle--qu'il le veuille ou non--aura comme conséquence une scission et concentre toutes les forces du parti sur ces cinq revendications qui, suivant nous, n'ont qu'une importance secondaire à côté du but final.»

Liebknecht est du même avis lorsqu'il dit: «Vollmar a le _droit_ de proposer qu'on suive une autre voie, mais le parti a le _devoir_, dans l'intérêt même de son existence, de rejeter résolument cette tactique nouvelle qui le conduirait à sa perte, à son émasculation complète, et qui transformerait le parti révolutionnaire et démocratique en un parti socialiste-gouvernemental ou socialiste-national-libéral. Bref, le succès, l'existence même de la social-démocratie exigent absolument que nous déclarions n'avoir rien de commun avec la tactique que Vollmar a préconisée à Munich et qu'il n'a pas rejetée ici».

Cependant, dans son journal, _Die Münchener Post_, Vollmar avait réuni quelques citations, prises dans des discours prononcés au Reichstag par différents membres socialistes, et il les avait comparées avec certaines de ses propres assertions pour prouver que les mêmes principes, actuellement par lui défendus, avaient toujours été suivis par des députés socialistes sans qu'on les eût attaqués pour cela, et il déclarait que loin de proposer nullement une tactique nouvelle, il ne faisait que suivre l'ancienne.

Voici quelques-unes de ces citations mises en regard des assertions de Vollmar:

Si nous avions été consultés, L'annexion de nous aurions certainement l'Alsace-Lorraine est un fait fondé autrement l'unité accompli, et ici, dans cette allemande en 1870-71. Mais enceinte, nous avons, de notre puisque maintenant elle existe côté, déclaré de la façon la telle qu'elle, nous plus catégorique que nous n'entendons pas épuiser nos reconnaissons comme de droit forces en d'interminables et l'état actuel des choses. infructueuses récriminations AUER. Séance du 9 février sur le passé, mais, acceptant 1891. le fait accompli, nous ferons tout notre possible pour améliorer cette oeuvre défectueuse.

S'il existe un parti ouvrier Personne, aussi enthousiaste qui a toujours rempli et qu'il soit pour des idées remplira encore les devoirs de internationalistes, ne dira fraternité internationale, que nous n'avons pas de c'est certainement le parti devoirs nationaux. allemand. Mais ceci n'exclut LIEBKNECHT. Congrès de Halle, pas pour nous l'existence de 15 octobre 1890. tâches et de devoirs nationaux.

C'est un symptôme heureux de Je reconnais que l'Allemagne voir que nous avons en France est décidée à maintenir la des amis socialistes, qui paix. Je suis persuadé que ni combattent les tendances dans les sphères les plus chauvines. élevées, ni dans aucune autre Mais pourquoi nier que les couche de la société, le désir sphères dirigeantes dans ce n'existe de lancer l'Allemagne pays, par leur chauvinisme dans une nouvelle guerre. En néfaste et leur répugnante tout cas, nous vivons ici dans coquetterie avec le czarisme des conditions indépendantes russe, sont pour beaucoup la de notre volonté. En France, cause de l'inquiétude et des on peut le désapprouver ou le armements constants de regretter, mais dans les l'Europe? milieux prédominants, on pense, aujourd'hui comme jadis, à faire disparaître les conséquences de la guerre de 1870-71. L'alliance entre la France et la Russie a été motivée par ces faits. Que cette alliance ait été contractée par écrit ou non, elle existe par une certaine solidarité d'intérêts entre ces deux pays contre l'Allemagne, et elle continuera d'exister. BEBEL. Séance du 25 juin 1890.

Nous n'avons pas besoin de Si la triple alliance a pu dire que la diplomatie et ses être conclue ... elle l'a été, oeuvres ne nous inspirent que parce que les intérêts des très peu de confiance. trois puissances, en face de Néanmoins, nous devons nous l'entente franco-russe, sont prononcer pour la triple nécessairement solidaires, en alliance dont la raison d'être dehors des rapports mutuels est le maintien de la paix et, des différents peuples de ces par conséquent, est utile. pays... Je suis convaincu qu'aucun homme d'État, ni en Autriche, ni en Italie, ni en Allemagne, ne voudra, tant que cette situation durera, se détacher de cette alliance, car il exposerait, par cela même, son pays à un grand danger, dans le cas où les deux autres puissances alliées seraient vaincues dans une guerre. BEBEL. Séance du 25 juin 1890.

Si jamais quelque part à Nous avons déclaré déjà bien l'étranger, l'espoir existe souvent, et, pour moi, je qu'en cas d'une attaque contre renouvelle cette déclaration, l'Allemagne on pourrait compter que nous sommes prêts à remplir sur notre abstention, cet envers la patrie exactement espoir se verrait complètement les mêmes devoirs que tous les déçu. Dès que notre pays sera autres citoyens... Je sais attaqué, il n'y aura plus qu'il n'y a personne parmi qu'un parti, et nous autres, nous qui pense différemment à démocrates-socialistes, nous ce sujet. ne serions certes pas les AUER. Séance du 8 décembre derniers à remplir notre 1890. devoir. Il a été dit ... que le Reichstag allemand ne travaille pas avec autant d'ardeur à la défense de la patrie que le Parlement français. Eh bien, moi je déclare que quand il s'agit de la défense de la patrie, tous les partis sont unis; que s'il s'agit de se défendre contre un ennemi étranger, aucun parti ne restera en arrière. LIEBKNECHT. Séance du 16 mai 1891.

L'attaque contre la Russie officielle, cruelle, barbare, voire l'anéantissement de cette ennemie de la civilisation, est donc notre devoir le plus sacré, que nous devons remplir jusqu'à notre dernier soupir dans l'intérêt même du peuple russe, opprimé et gémissant sous le knout. Et si alors nous combattons dans les rangs à côté de ceux qui actuellement sont nos adversaires, nous ne le faisons pas pour les sauver eux et leurs institutions politiques et économiques, mais pour l'Allemagne en général, c'est-à-dire pour nous sauver nous-mêmes et pour délivrer des barbares un pays, où nous pensons un jour réaliser notre propre idéal social. BEBEL. _Vorwaerts_ du 27 septembre 1891.

Et maintenant, Liebknecht peut prétendre que «des citations mutilées n'ont aucune signification», que «les bases sur lesquelles Vollmar s'appuie s'effondrent». celui-ci se déclare prêt--et il a raison--à citer encore d'autres discours absolument analogues. Il paraît, du reste, que Liebknecht a conscience de sa faiblesse, lorsqu'il reconnaît que «les expressions citées, scrupuleusement pesées, ne sont peut-être pas des plus correctes», ce qui ne l'empêche pas de protester contre la supposition d'avoir, lui, Bebel et Auer, «voulu prescrire une autre tactique, une autre action au parti». Cette supposition s'impose cependant à tous ceux qui ont le moindre sens commun, et toutes les déclarations de Liebknecht et de la fraction socialiste entière n'infirmeront nullement ce que Vollmar leur reproche en s'appuyant sur des citations qui prouvent surabondamment que Bebel et Liebknecht ont dit exactement la même chose que lui. Il n'y a donc aucune raison pour attaquer Vollmar à ce propos, à moins que l'on veuille ici appliquer le dicton: _Quod licet Jovi, non licet bovi_. Ce qui est permis à Jupiter, n'est pas permis au boeuf.

Quelle fut la réponse de Vollmar à l'accusation d'avoir voulu inaugurer une nouvelle tactique? «La stratégie que j'ai préconisée a déjà existé théoriquement, mais elle était moins généralement appliquée, et comme explication de cette inconséquence, je cite les «jeunes» avec leur phraséologie révolutionnaire. Je disais dans mon discours: «L'action que j'ai recommandée a déjà été appliquée, depuis la suppression de la loi d'exception, dans beaucoup de cas, tant dans le Reichstag qu'au dehors. Je ne l'ai donc pas inventée, mais je me suis identifié avec elle; du reste elle a été suivie depuis Halle. À présent on peut moins que jamais s'éloigner de cette manière de voir. Ceci prouve clairement que j'ai en vue la tactique existante, celle qui doit être suivie d'après le règlement du parti».

Un autre délégué, Schulze, de Magdebourg, dit: «Moi aussi, je désapprouve la politique de Vollmar, mais celui-ci n'a pourtant rien dit d'autre, à mon avis, que ce qui a été fait par toute la fraction». Et Auerbach, de Berlin, ajoute: «La façon d'agir des membres du Reichstag conduit nécessairement à la tactique de Vollmar».