Le Sentier

Chapter 27

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ANDREE, BARDICHON

BARDICHON

Peste, que vous êtes jolie, ce soir. Ca donne envie de vous embrasser.

ANDREE

Qui vous en empêche? (elle tend sa joue) Embrassez.

BARDICHON

Quoi, vous voulez...

ANDREE

Parbleu! où est le mal? Ne suis-je pas libre?

(Il l'embrasse)

BARDICHON

Pas encore... après souper seulement.

ANDREE

Quelle blague! Libre, je l'ai été l'instant même où j'ai quitté la maison de Belval le lendemain matin qui suivait notre discussion...

BARDICHON

C'est-à-dire, il y a trois semaines.

ANDREE

Parfaitement. Ce dîner, cette fête, cette rupture officielle et joyeuse ne sont que comédie... Ca ennuyait Pierre que je l'ai quitté la première... il trouvait ça humiliant... Alors, pour sauver les apparences... peut-être aussi pour couper court aux médisances, il a imaginé ce petit truc-là; une fête pour célébrer l'échéance du bail, pour consacrer officiellement notre séparation... (Elle hausse les épaules) Cela fait pendant à la journée du contrat... Du pur vaudeville.

BARDICHON

Mais, au fond, une idée excellente, généreuse...

ANDREE

Oh!

BARDICHON

Si. Je vous assure que Belval paraissait penser beaucoup plus à vous qu'à lui-même en me chargeant de vous exposer ce programme... vous l'avez vous-même compris en l'acceptant de si bonne grâce.

ANDREE

Cela m'était indifférent! Seulement, je n'avais pas de motif pour lui refuser ce qu'il demandait... C'est pour lui que je l'ai fait. Ainsi, tout à l'heure, Marthe m'interrogeait, voulait savoir... eh bien, je lui ai répondu, je lui ai dit tout ce que vous m'avez dit, l'autre jour... je répétais ça comme une leçon apprise par coeur.

BARDICHON

Elle s'en est aperçu?

ANDREE

Au contraire... elle admirait mon calme et mon indifférence... D'ailleurs, elle avait raison, l'indifférence n'était pas jouée.

BARDICHON

Est-ce bien vrai?... Tout est bien brisé... bien fini?...

ANDREE

Radicalement.

BARDICHON

Alors, c'est grand dommage...

ANDREE

Non, mais qu'espériez-vous?

BARDICHON

Moi, rien... et pourtant! ça me semble tout drôle. Si vous saviez quelle affection j'avais pour vous deux. J'étais habitué à vous voir ensemble, si gentils, si aimants... Tenez, il faut que je vous dise... Cette soirée, cette fête... eh bien... c'est moi...

ANDREE

Comment... Alors, ce n'est pas Pierre?

BARDICHON

Mais non. C'est moi qui lui ai fait comprendre.

ANDREE

Ah bien, si j'avais su!

BARDICHON

Il est trop tard... Vous avez l'air de m'en vouloir.

ANDREE

Non... pas trop... J'envisage seulement l'attitude que Pierre et moi nous allons avoir l'un vis-à-vis de l'autre... C'était plus amusant, autrement.

BARDICHON

Pardonnez-moi... je ne pouvais pas croire que vraiment vous ne l'aimiez plus...

ANDREE

Après ce qu'il m'a dit... ce qu'il a fait. Songez qu'il n'a même pas cherché à me retenir... Et depuis six semaines pas une visite, pas un mot. Vous seul m'avez parlé de lui... Ah! je ne dis pas! Si tout de suite, il avait cherché... car je l'avoue, les premiers jours, c'était atroce, j'étais comme folle, il me semblait que jamais je ne pourrais recommencer une autre vie... Même un soir j'ai voulu mourir... m'empoisonner... du laudanum... je ne savais plus ce que je faisais... c'est le portrait de ma mère sur la cheminée, dans ma chambre, qui a arrêté le geste... (un temps) J'ai horriblement souffert, Bardichon! (un temps) Maintenant, tout est cassé... son silence... son indifférence... C'est fini!

BARDICHON

Irrévocablement?

ANDREE

Oui.

BARDICHON

Tant pis.