Le Sentier

Chapter 24

Chapter 24493 wordsPublic domain

ANDREE, MARTHE

ANDREE, se reculant pour juger de l'effet

C'est mieux comme ça, hein?

MARTHE

C'est superbe!

ANDREE

Ils peuvent tous arriver, maintenant, tout est prêt.

MARTHE

C'est d'un réussi: des fleurs, des lumières partout.

ANDREE

Je tiens à ce que la fête soit belle, je veux qu'on s'amuse beaucoup ce soir.

MARTHE

Tu m'étonnes, tu sais! J'admire ton calme, ton indifférence, ta gaieté même. Tu ris tout le temps.

ANDREE

Mon rire sonne faux?

MARTHE

Non, justement! il paraît naturel.

ANDREE

A la bonne heure.

MARTHE

Ce qui l'est moins, c'est la facilité avec laquelle tu acceptes cette rupture.

ANDREE

Tu vois, pourtant...

MARTHE

Oui, je vois devant moi une petite personne bien sage, bien raisonnable, mais je crois qu'elle en cache une autre qui s'efforce de ne pas penser ou qui dissimule sa pensées, ses larmes peut-être, sous un sourire.

ANDREE

Des larmes! Oh! tu te trompes.

MARTHE

Pourtant!...

ANDREE

Alors, tu voudrais me voir pleurer?

MARTHE

Non! certes, non! mais il n'est pas possible que tu n'aies pas de peine... que tu ne souffres pas... Après trois ans, voyons... Tu l'as tant aimé!

ANDREE

Eh bien c'est fini... voilà tout!

MARTHE

Non?

ANDREE

Si.

MARTHE

Tu me renverses!... Quand j'ai reçu il y a huit jours, votre invitation à cette soirée... Que j'ai vu que vous vouliez vous quitter en fêtant gaiement votre rupture, j'ai été toute bouleversée... Je croyais, moi, à une brouille passagère d'amoureux.

ANDREE

Et tu es accourue?

MARTHE

Oui, pour te consoler, je croyais te trouver en larmes.

ANDREE

Et au lieu de ça?

MARTHE

C'est toi qui fus la plus brave.

ANDREE

Toi, tu étais navrée.

MARTHE

C'est vrai! Vous étiez si gentils tous les deux. J'espérais toujours que ça finirait par un mariage.

ANDREE

Ah bah!... Mais, voyons, réfléchis un peu. Pierre et moi sommes deux originaux; notre mise en ménage avec ce fameux contrat d'union le prouve assez... Ce qui arrive aujourd'hui était indiqué. C'était fatal... Bardichon fixa trois ans... comme pour un bail, tu te rappelles, avons-nous assez ri!... nous sommes au bout du rouleau... nous nous séparons, voilà!

MARTHE

Mais si gaiement.

ANDREE

Parbleu! Il faut finir joyeusement une liaison si bien commencée... tu ne voudrais pas que notre rupture soit aussi lamentable qu'un divorce... Merci bien! Où serait alors l'avantage du contrat d'union!

MARTHE

Enfin... Si c'est votre idée... Soit! Moi, ça m'a surprise parce que rien ne faisait prévoir...

ANDREE

Tout arrive dans la vie... surtout les choses qu'on ne prévoit pas!

MARTHE

Malheureusement! (elle se lève) Mais, dis donc, je me sauve! Il est six heures et je ne suis pas encore coiffée... c'est pour sept heures et demie, hein?

ANDREE

Oui.

MARTHE

Tu es déjà prête, toi?

ANDREE

Presque... Je n'ai plus que ma robe à passer... Le coiffeur est venu à deux heures.

MARTHE

Eh bien! A tout à l'heure.

ANDREE

A tout à l'heure. Et merci de tout ce mal...

MARTHE

Mais non, mais non... j'étais si heureuse de t'aider.

(Elle sort.)