Le Sentier

Chapter 18

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ANDREE, MME DE RUMODU, BLANCHE, sa nièce

MME DE RUMODU, la main tendue vers Andrée

Madame Belval!

ANDREE, serrant la main à Mme de Rumodu

Chère Madame... (à Blanche) Mademoiselle Blanche...

BLANCHE

Madame...

ANDREE, à Mme de Rumodu

Combien je suis heureuse de vous voir... (la conduisant vers un fauteuil). Quelle agréable surprise... (l'installant) Ici, tenez, voulez-vous (d'un geste, elle désigne un siège à Blanche, puis s'asseoit elle-même).

MME DE RUMODU, voix onctueuse

Nous n'avons pas voulu passer devant votre porte sans nous arrêter pour prendre de vos nouvelles. Nous venons de Kerviou.

ANDREE

Le village un peu plus loin?

BLANCHE

Oui, dans la plaine.

MME DE RUMODU

Blanche a été voir une de ses amies de pension qui y villégiature en ce moment... A propos, nous avons rencontré les propriétaires de Kermareck... Je croyais qu'ils vous connaissaient?

ANDREE, simplement

Nous nous voyons quelquefois.

MME DE RUMODU

Mais vous n'avez pas de relations suivies avec eux?

ANDREE

Si... relations de bon voisinage.

MME DE RUMODU

Tiens! (elle échange un regard avec sa petite-fille qui sourit, très légèrement). Madame de Kermareck à qui je parlais de vous tout à l'heure me disait vous connaître très peu.

ANDREE, souriant

Naturellement! Il n'y a que deux mois que nous habitons le pays... Cependant mon mari voit assez fréquemment Monsieur de Kermareck... il a reçu encore de lui tout à l'heure une invitation à une excursion à bord de leur nouveau yacht.

MME DE RUMODU

Vous irez?

ANDREE, un peu gênée

Non! nous ne pourrons pas... Nous avons justement, ce jour-là, des amis qui viennent nous voir.

MME DE RUMODU

Je comprends... Et comment va-t-il Monsieur Belval?

ANDREE

Très bien, je vous remercie... Il est parti tout à l'heure, en canot, avec un vieux notaire de nos amis arrivé de Paris, hier soir.

(A ce moment Annaïc traverse la terrasse dans le fond).

MME DE RUMODU, qui l'a vue, à Blanche

N'est-ce pas la petite Leguen?

BLANCHE

Oui, c'est Annaïc.

ANDREE

Vous la connaissez?

MME DE RUMODU

C'est ma filleule... Son père aidait autrefois mon jardinier et lorsque l'enfant est née, il m'a priée de la nommer... J'ignorais qu'elle fût placée chez vous. Vous en êtes contente?

ANDREE, gênée

Oui.

MME DE RUMODU, sans remarquer

Vous devez être, du reste, une maîtresse de maison assez indulgente... Annaïc est une très bonne fille, très intelligente, je suis sûre, quand vous retournerez à Paris, que vous ne voudrez plus vous en séparer!

ANDREE, délibérément

Elle va me quitter.

MME DE RUMODU

Elle va vous quitter?

ANDREE

Ses parents la retirent de chez moi!

MME DE RUMODU

Ah! c'est insensé! Et pourquoi?

ANDREE, après une légère hésitation

Parce qu'ils ont entendu dire que Monsieur Belval et moi n'étions pas mariés.

MME DE RUMODU

Qu'est-ce que c'est que cette invention?

ANDREE

La vérité, tout simplement.

MME DE RUMODU, incrédule

La...? Ah non! ce n'est pas possible!

ANDREE, fièrement

Si madame. (Se levant nerveusement malgré elle). Bien que me considérant autant qu'une épouse légitime, je ne suis pas légalement la femme de Pierre Belval.

MME DE RUMODU, vivement

Vous n'êtes pas?... Ah! je ne savais pas... (suffoquée). Je ne savais pas...

ANDREE

Vous me pardonnerez, madame... J'aurais peut-être dû vous le dire plutôt, je n'y avais pas songé... Mon mari et moi sommes si fort adversaires du mariage officiel et partisans de l'union libre, que notre situation nous paraît absolument normale... Il a fallu que je vienne dans ce pays, qu'une servante me quittât, pour que je voie une différence entre mon ménage et les autres ménages... Je sais que tout le monde n'a pas la même hauteur d'idées.

MME DE RUMODU, très froide

Oh! je ne vous blâme pas... loin de moi... chacun est libre. Il y a des femmes charmantes partout... Je ne savais pas... j'ai été surprise tout simplement... (Elle se lève après un geste de départ à sa compagne -- très hautaine) Nous partons. Vous m'excuserez, l'heure avance. Je ne puis rester plus longtemps... (Sans tendre la main -- froidement) Au revoir, Madame.

ANDREE, très troublée

Mais permettez, je vais vous reconduire.

MME DE RUMODU

Oh! nullement! Ne vous dérangez pas.

ANDREE

Si, si...

(Elles sortent. -- Pierre Belval et Bardichon montent l'escalier).