Le Salon des Refusés: Le Peinture en 1863

Chapter 8

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Depuis une quinzaine d'années que le réalisme se développe sur toute la ligne de l'art, en peinture surtout, il n'est pas seulement repoussé par les jurys, il est compris à faux et pris à rebours par des hommes de talent et même par des artistes qui n'y voient, comme M. Prud'homme, qu'un parti pris de ne représenter que des choses abjectes. J'en vais citer, comme exemple, le morceau suivant de M. Paul de Saint-Victor:

«Il serait cruel de parler des tableaux de M. Courbet; l'enfance de l'art désarme comme l'enfance du corps.

Comment un peintre, à qui ses adversaires les plus décidés ne pouvaient refuser la science matérielle de la brosse et de la palette, a-t-il pu produire les caricatures puériles signées de son nom?

Comment l'habile praticien de la _Chasse au chevreuil_ et du _Rut du Printemps_, semble-t-il, aujourd'hui, étranger aux premières notions du dessin et aux éléments de la perspective?

Quoi qu'il en soit, tout en souhaitant que M. Courbet se relève, il est permis à ceux qui détestent les doctrines qu'il personnifie de se réjouir d'une chute qui donne la mesure de leur abaissement.

Il est démontré aujourd'hui que le réalisme attaque la main, après avoir perverti le goût et paralysé l'imagination.

Ce n'est pas impunément qu'on adore le laid et qu'on s'adonne aux trivialités; tôt ou tard l'aberration du système entraîne la dégradation du métier.

M. Millet s'enfonce de plus en plus dans la voie où M. Courbet s'est perdu. L'art, pour lui, se borne à copier servilement d'ignobles modèles.

M. Millet allume sa lanterne, et cherche un crétin; il a dû chercher longtemps avant de trouver son _Paysan se reposant sur sa houe_.

De pareils types ne sont pas communs, même à l'hospice de Bicêtre.

Imaginez un monstre sans crâne, à l'oeil éteint, au rictus idiot, planté de travers, comme un épouvantail, au milieu d'un champ. Aucune lueur d'intelligence n'humanise cette brute au repos. Vient-il de travailler ou d'assassiner? pioche-t-il la terre ou creuse-t-il une tombe?

La voix publique a trouvé son nom: c'est Dumollart enterrant une bonne.

L'exécution la plus énergique rendrait à peine supportable une pareille figure. Or, le pinceau de M. Millet s'amollit et s'allourdit à vue d'oeil: d'année en année sa couleur s'embourbe et son dessin se relâche. Les terrains, les chairs, les haillons, tout est fait de la même substance baveuse et mollasse. Faiblesse pour faiblesse, je préfère le _poncif_ veule à l'horreur débile. Ramenez-nous aux Vénus lisses et aux Apollons ratissés.

Mieux dessinée et mieux modelée, la _Femme cardant de la laine_ est laineuse de la tête aux pieds. La monotonie du faire recouvre maintenant, comme d'une couche d'ennui, toutes les toiles de M. Millet. L'âme est aussi absente que dans le tableau précédent. Il n'y a pas même de mélancolie dans l'apathie de cette femme ovine. Elle carde la laine, comme les moutons qui l'ont fournie broutaient l'herbe; _E lo perche non sanno_, c'est Dante qui l'a dit.

On peut louer dans _le Berger ramenant son troupeau_ un paysage crépusculaire d'une tonalité fine et juste; mais le pâtre et ses bêtes sont cloués au sol: je les défie d'avancer. Quelle tournure d'esclave abruti affecte d'ailleurs ce triste berger! Sommes-nous en France ou à Carthage? Va-t-il rentrer à la ferme ou dans l'ergastule?

Si du moins cette matière inerte était naturelle; mais elle a la raideur d'un parti pris théorique. M. Millet semble glorifier l'idiotisme; il interdit l'expression à ses figures rustiques, comme les prêtres égyptiens la défendaient à leurs dieux.

On voit qu'il attache je ne sais quel sens mystérieux à la vague bestialité qu'il leur prête. Étrange façon d'honorer le peuple, pour un peintre voué aux choses plébéiennes, que de le représenter sous les masques dégradés de l'abrutissement! Comme si les races champêtres n'avaient pas leur beauté et leur élégance! comme si le travail du champ frappait le laboureur de la stupidité de son boeuf!

Cette fausse école est d'ailleurs, au Salon de cette année, en plein désarroi. La facture tombe, la vulgarité reste, et le réalisme s'évanouit.»

Comme on le voit en tête de cette sortie contre le réalisme, c'est principalement à Courbet que M. de Saint-Victor s'en prend.--En effet, Courbet a eu sur la peinture actuelle une influence visible que l'Académie veut vainement combattre.--Les deux ébauches du maître-peintre, que M. de Saint-Victor a vues à l'Exposition, sont à peine des ébauches. Courbet ne les avait envoyées, avec son tableau des curés ivres, que pour former le nombre _trois_, puisque le jury avait décidé que les peintres pouvaient leur adresser trois tableaux.

Qui connaît un peu les peintres sait qu'ils se seraient bien gardés de manquer à ce chiffre. Quand Courbet le voudra, il fera deux excellents tableaux de ces deux susdites ébauches.

«Il est démontré aujourd'hui que le réalisme attaque la main, etc.,» dit M. de Saint-Victor.

Le tableau des curés, dont le véritable titre est: _Retour d'une conférence_, en ce moment à Londres, répondrait au critique qui reconnaîtrait forcément que jamais Courbet n'avait poussé plus loin «la science matérielle de la brosse et de la palette.» Quant à l'_adoration du laid_, je crois y avoir suffisamment répondu.

Fernand Desnoyers.

=FIN=.

ERRATA

Quelques fautes d'impression se sont glissées dans cette brochure:

Page 6: _à la place de_: dans les tableaux refusés que ceux reçus, _il faut_: dans les tableaux refusés que dans ceux reçus.

M. Briguiboul n'a point d'e à la fin de son nom, et il faut un t au milieu du nom de M. Whistler, etc.

Plusieurs autres petites fautes, comme «aura» au lion de «aurait,» page 42, ont passe, et nous n'en parlons que par excès de conscience minutieuse.

Une faute plus grave est celle qui dérange le sens d'une phrase, page 42: à _la place de_: Il continuera par ce qu'il est convaincu, finalement, etc.; _l'auteur avait mis_: Il continuera parce qu'il est convaincu.--Finalement, etc....

_Finalement_ commence une autre phrase.

=PEINTRES, SCULPTEURS ET GRAVEURS=

NOMMÉS DANS CE LIVRE

Allard-Cambray. Ancourt. Andrieux. Aufray.

Balleroy (A. de). Barret. Baudry. Bellenger. Berne-bellecour. Berthelon. Besnus. Biard. Blin. Bouchet. Bouguereau. Bracquemond. Brascassat. Briguiboul. Brivet.

Cabanel. Cals. Castelnau. Chauvel. Chaussat (Emma). Chintreuil. Claparède. Cogniet (Léon). Colin. Cordier. Corot. Courbet. Courtois.

Darjou. Darru (Louis). Daubigny. Decan. Decamps Delaroche (Paul). Delabrière. Delaporte (Mlle). Delalleau. Delord. Desbrosses (Jean). Désiré. Dietsh. Donner. Doneaud. Doyen. Doré. Dubois. Duckett. Dupray. Durst. Dutilleux.

Eeckout. Eustache.

Fanchon. Fantin. Ficatie. Fitz-Barn. Flandrin. Fontaine. Fourau.

Galimard. Gagnon (Louis). Gariot. Gautier. Gérôme. Gilbert. Gleyre. Gorin. Graham.

Hamon. Harpignies. Hébert. Hudei (Louis).

Jongkind. Julian. Junker.

Laass d'Aguen. Laîné. Lambron. Lambert. Lansyer. Lalanne. Lapostolet. Larochenoire. Laurandeau (Aglaé). Laurens. Lavielle. Leboeuf. Leclerc. Legros. Lemarié. Leroy. Leroux. Lobjoy. Loiseau. Longueville.

Maistan. Mallet. Manet. Marois. Mazure. Masson. Maugey Matabon. Méry. Michel. Michelin. Millet. Morel-Lamy. Muller.

Navlet.

Pagez. Perret. Petit. Pètre. Philippe. Pinkas. Pipard. Pissaro. Poitevin. Pujol.

Regnier. Regamey. Rocques. Rosi.

Saint-François. Saint-Marcel. Schitz. Serres (G. de). Signol. Sutter.

Tabar. Tichit. Thibault (Marie). Thiery. Tournayre.

Valnay. Vaudé. Vernet (Horace). Viel-Cazal. Viancin (Pauline). Virey. Vollon.

Wagrez. Whistler.

Yvon.

Zipelius.

* * * * *

TABLE

PREMIER SOMMAIRE: Page 1.

Bonnes intentions des peintres.--Mauvais tableaux.--Le Jury devenu méchant.--Imitation des cris des peintres.--On leur applique la question du Jury.--L'Empereur la résout.--Grand embarras des Refusés.--Ils se reçoivent.--Les lutteurs, bataillon de la Moselle en sabots.--Brivet-le-Gaillard.--Quels types!--Les poltrons de la peinture.--Le Comité de salut... des Refusés.--Son plébiscite.--Honneur au courage malheureux!--Unité de Refus.--Succès espéré des Refusés.--M. Harpignies a tous les droits.--La Grenouille et le Lièvre, fable.--M. Briguiboul dans les deux camps.--Des choux, des panais, des choux-fleurs, navets, navets!--Discussion raisonnable.--La discussion continue.--La cage.--M. Whistler est le plus spirite des peintres.--Défense des moulins non attaqués.--Illumination _a giorno_ par la peinture.--Du critique d'art.--De l'influence de la philosophie allemande sur la peinture.--Abrutissement des peintres.--Classification des peintres--École de Paris.--École de Montmartre.--École de Rome.--École de Fontainebleau.--La raison même reprend la parole.--The end.

DEUXIÈME SOMMAIRE: PAGE 19.

Grande, moyenne et petite classe des Refusés.--Les braves.--Les suspects.--Les poltrons.--On demande les têtes des suspects.--Messieurs, le maître-peintre Courbet!--Évidence de sa supériorité.--Parenthèse.--Encore le critique d'art.--Paysages de M. Daubigny en plusieus chants.--Hautes opinions de Courbet à propos de la peinture.--Révolution-Courbet.--Ornithologie des critiques d'art.--Ce qu'ils avaient sur les yeux.--Réalisme et Romantisme.--Haro sur le maître-peintre!--Les bons curés, tels que les voulait Béranger et que ne les veut pas M. Veuillot. --Exposition du Refusé en chef.--Peinture à l'encre ou description.--Conclusion raisonnée.

TROISIÈME SOMMAIRE: Page 25.

Missive d'un élève, jeune encore, au nom des Refusés.--Étrange prétention.--Un petit lopin.--Arguments sans réplique, réponse accablante.--Le critique d'art revient sur l'eau.--Il est question de M. Brivet-le-Gaillard et de Molière.--Naïveté indispensable.--Premier prix donné à M. Whistler.--Plusieurs tuiles se détachent et tombent sur les têtes du Jury.--La bêtise afflige les uns et réjouit les autres.--Déclaration de principes. --Dithyrambe bien appliqué à M. Signol.--L'art militaire et la religion mal représentés dans les arts.--Le _suspect_ Briguiboul est acquitté.--La Mythologie de M. Émile Loiseau n'est pas adressée à Émilie Demoustier.--Mosaïque ou dessin à petits carreaux.--M. Amand Gautier jette la pierre à la femme adultère.--Le sujet est mis au concours par tout le monde.--Le public refait le tableau.--Un amant en déshabillé, vu de dos.--Le Muséum-Gautier. --Un petit air qui n'est pas de Nargeot.--La Tombe de l'Oiseau ou l'Architecte en démence.--Imitation de Vadé à l'adresse du jury.--La province ne vote pas comme Paris.--Preuves à l'appui.

QUATRIÈME SOMMAIRE: Page 39.

La noblesse des Refusés remonta à bien avant les croisades.--Les imbéciles n'admettent que leurs nez.--Heureuse comparaison entre plusieurs peintres et une fleur exotique.--Le 93-Courbet.--Bain d'eau-forte.--La soupe est sur la table des aqua-fortistes!--Un guitariste se révèle.--Tabatière à diable.--Des peintres devenus pierrots.--Conquête de toutes les Espagnes.--La séance est ouverte et levée.--Les rassemblements sont défendus.--Bonjour. Thomas.--Un poète prisonnier.--L'Infant n'a plus de droits au trône.--Le vieux persiste.--Portraits. Silence!--Le _Jury-Charivari_.--Oeufs brouillés et oeufs sur le plat.--Retour en Espagne sans canons.--Le Jury--_Journal amusant_.--Souvenirs du jeune âge.--Vol de diamants.--Du latin!--Andromaque.--Charenton.--M. Biard.--M. Millet.

CINQUIÈME sommaire: Page 51.

La Bamboula du style.--Les cotons sont en baisse.--Citations... au tribunal.--Une nouvelle langue qui n'est pas française.--Cette vieille immorale, qu'on nomme la morale!--Garçon, encore une langue!--Le but est atteint.--Monsieur, cela ne vous regarde pas;--Le sergent de ville était dans son droit.--Oeuvre pie.--Saint-Eustache.--La quête.--Pour les pauvres, s'il vous plait!--Apollon avale la ciguë--Joseph Prud'homme.--Je n'ai pas le courage d'aller plus loin.--Comment vous portez-vous?--Faisons les cartes.--Une lettre... d'un homme à la campagne.--Nouvelles bévues du maître.--La vertu est récompensée.--Ils ont pissé partout (hémistiche du grand Racine).--Pile ou face?--La lune comme un point sur un i.

SIXIÈME sommaire: Page 61.

Quadrille!--Un critique d'art lève la jambe.--Trinité de M. Maxime Ducamp.--Tous ne font qu'un--(incarnation).--Beau trait de M. Adrien Paul.--La blanche ou la noire?--L'indignation ne fait pas la bonne prose.--M. Castagnary soumet quelques judicieux conseils au public et au Jury.--Les peintres ne cessent ni de vaincre ni d'écrire.--_Le Séjour des Élus_, c'est l'Exposition.--_L'Enfer_, selon saint Tremblay, c'est la contre-Exposition.--Exemple d'humilité donné par cet infortuné peintre.--Les bons et les méchants.--Ventre-saint-Gris et un autre saint!--Je m'évanouis! --D'où sort-il encore, ce peintre-là?--Cinq manants contre un gentilhomme!--Exemple de discrétion.--Mort de quelqu'un.--Selon M. Gautier, la contre-Exposition n'est que le purgatoire.--Où la religion va-t-elle se nicher?--Moyen d'inquisition.--Les bons l'emportent.--_Je vais revoir ma Normandie_ (air connu).--La poste aux lettres.--Encore un petit saint.--Nuée de sauterelles.--La toile se lève.--Le père, le fils et....--Le bon fataliste.--Mangeons un peu.--Un pied de nez à la Sainte-Menehould.--On abat le pilori.--_Partit en guerre_... le tableau de Courbet.

SEPTIÈME Sommaire: Page 73.

Enterrements de toutes classes.--Une odeur de cuir chaud.--M. Briguiboul ne sera plus Refusé.--L'honneur est le seul vrai salaire.--Morceau éloquent.--Un maréchal qui a raison.--Il a tort.--Les peintres ont mal compris.--On lit dans le _Moniteur_.

HUITIÈME SOMMAIRE: Page 88.

Donnez-vous la peine de vous asseoir.--La ménagerie d'un suspect amusant.--Gare aux animaux!--Ils nous donnent un sauf-conduit.--Le Temps a fait son temps.--Un condamné par la raison qu'il est criminel. Ne pourrait-on pas le condamner pour autre chose?--On se jette les cartes et les verres à la tête.--A la tour de Nesle!--On parle encore de Béranger.--L'auteur des _Étourdis_, comédie en vers, fait la campagne d'Italie.--La gloire n'est que de la fumée.--Une boucherie au clair de la lune.-_A nous_, _Français_! etc.... (Varsovienne).--Celle fois, le général Hoche est bien tué.--Théorie du sous-lieutenant.

NEUVIÈME sommaire: Page 93.

Malice du Jury.--Elle est noire, mais cousue de gros fil blanc.--«Mon impartialité bien connue....»--Prenons le chemin de fer de Castelnau.--Nous arrivons aux Tuileries.--Réhabilitation d'un condamné.--Encore une victime.--Une tragédie de MM. Ponsard et Latour de Saint-Ybars.--Ta vie, en cinq points secs!--Une fable vue au microscope.--Quelle tête!--On met à Shakespeare la perruque à marteau de Ducis ou celle des lions de l'Institut.--Henri IV est mort!--Hoche pacifie la Vendée.--Les comestibles vont dévorer le cuisinier.--Le duc d'Orléans au bal masqué.--Le petit dieu malin.--1852 et 1815.--Les suspects au bal des victimes.--De bien douces larmes.--Pauvre petite!--Elle aime Polichinelle.--Si jeune!...--Tableau selon saint Jean.--«J'ai, Jean-Marc Mathieu, huissier au tribunal, etc....»--Décidément, c'est une langue!... mais pas française.--Vente par autorité de justice.--Autre tableau religieux selon saint Marc.

DIXIÈME SOMMAIRE: Page 100.

Orage.--Dispersion des insectes.--Nouvelle liste d'exécutés.--On manque de tombereaux.--Le Jury a encore deux peintres tués sous lui qui se portent bien.--Dernière fournée de victimes innocentes.--Gentillesses à l'aquarelle et au pastel.--Traduction libre de: _La garde meurt_..., etc.--Éloge des aqua-fortistes.--Adresse de M. Cadart: rue Richelieu, 66 (réclame).--La bataille de Waterloo recommence.--La sculpture.--Tout prouve que j'ai raison.--Otons nos paletots.--Un nouveau suspect qui a du talent.--Moisson de statuaires.--Conclusion.

* * * * *

Paris.--Imp. Poitevin, rue Damiette, 2 et 4.

End of Project Gutenberg's Le Salon des Refusés, by Fernand Desnoyers