Le Salon des Refusés: Le Peinture en 1863

Chapter 6

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«Maintenant, messieurs, je vais vous faire connaître les noms des artistes récompensés. Tout en laissant au jury l'honneur comme la responsabilité de ses choix, il est juste de dire que la quantité des médailles dont il pouvait disposer n'étant pas en rapport avec la somme des talents, il s'est trouvé en présence d'une grande difficulté. Cet embarras du choix, nous sommes heureux d'en faire la remarque, prouve une fois de plus dans quelles proportions s'est augmentée l'élite de l'École française. Un autre système de récompenses était donc devenu nécessaire; nous vous le ferons connaître prochainement, ainsi que le règlement de l'Exposition de 1864»

Le discours s'est terminé au bruit des manifestations les plus sympathiques.

Le surintendant des Beaux-Arts, après avoir demandé les ordres de S. Exc. le ministre de la Maison de l'Empereur et des Beaux-Arts, a fait l'appel des artistes français et étrangers nommés dans l'ordre de la Légion d'honneur, par décret impérial; puis il a lu la liste des récompenses décernés par le jury.

Chaque artiste est venu, au milieu des acclamations des assistants, recevoir les récompenses de la main de S. Exc. le maréchal Vaillant.

A deux heures, la séance était terminée.

(_Moniteur_, 7 juillet 1863.)

Outre M. Briguiboul, plusieurs Refusés-Reçus, c'est-à-dire ayant des tableaux aux deux Expositions, ont eu des _mentions honorables_.

C'est M. Blin et M. Méry, deux paysagistes de talent, deux _suspects_ qui figurent timidement parmi les Refusés et qui ne se sont pas nommés dans le catalogue. Nous donnons, nous, une mention à leurs paysages repoussés. Puis, M. Harpignies, déjà nommé, qui a deux paysages remarquables, rejetés par la même raison qui a fait admettre un autre tableau de lui, je veux dire sans savoir pourquoi. MM. Laurens et Tabar, peintres connus et toujours reçus jusqu'à présent. Enfin, MM. Vaudé et Wagrez. Refusés cachés comme leurs tableaux qui ne m'ont pas arrêté.

Je ne cite ces mentions que comme des preuves de plus de la faillibilité des censeurs et examinateurs. Comment s'expliquer que ces tableaux, d'égale force et des mêmes peintres, aient été--les uns admis, les autres renvoyés? Saint Basile, le fameux dialecticien, l'oracle invincible, n'aurait pu éclaircir ce mystère.

* * * * *

VIII

=SOMMAIRE=

Donnez-vous la peine de vous asseoir.--La ménagerie d'un suspect amusant.--Gare aux animaux!--Ils nous donnent un sauf-conduit.--Le Temps a fait son temps.--Un condamné par la raison qu'il est criminel. Ne pourrait-on pas le condamner pour autre chose?--On se jette les cartes et les verres à la tête.--A la tour de Nesle!--On parle encore de Béranger.--L'auteur des _Étourdis_, comédie en vers, fait la campagne d'Italie.--La gloire n'est que de la fumée.--Une boucherie au clair de là lune.-_A nous_, _Français_! etc.... (Varsovienne).--Celle fois, le général Hoche est bien tué.--Théorie du sous-lieutenant.

* * * * *

Nous allons, pour nous délasser, nous arrêter un peu devant deux peintures tout à fait amusantes; l'une est de M. Fitz-Barn, dont on ne trouve pas le nom dans le catalogue, mais ce ne peut être que par erreur, car le tableau de ce peintre fait un tel tapage qu'on ne peut soupçonner l'auteur d'avoir voulu se cacher. Tout d'un coup, nous nous trouvons dans une grande cage avec tous les animaux de pantomime. J'appelle ainsi les animaux fantastiques, domestiques et comiques, tels que chat, singe, rat, pie, grenouille, chien, poule, geai, hibou, etc., etc., dont les mouvements, les allures et les physionomies sont vraiment risibles ou étonnants.--Avec nous, dans la même cage, crient, gloussent, coassent, jappent, miaulent et grouillent les animaux que je viens de citer. A travers le treillage, des figures singulières nous examinent très-attentivement. Le singe épluche ou épile un rat, ce qui indigne une pie.--Deux petits chiens bleus se battent pour rire.--Une grenouille montre sa tête immobile à fleur d'eau.--Un chat-huant attend la nuit avec impatience, et de ses deux lueurs fixes, qu'il a pour yeux, regarde passer le temps.--Bref, tous les animaux sont dans leurs attributions respectives.--Quittons ce petit pandémonium. Les animaux ne s'opposent pas à notre sortie de la cage.

L'autre peinture représente un vieillard qui ressemble au Temps, assis sur un débris de colonne. Il a fait des progrès depuis la Mythologie; il a un chapeau, des lunettes, des bottes à revers et une lyre; il fait au jury, sans doute, une grimace des plus grotesques.

Il est impossible que M. Paul Claparède, auteur de cette petite grisaille, ne l'ait pas conçue et peinte à la suite d'une absorption exagérée d'un hatchi inconnu, mais dont les effets doivent être gais.

M. Viel-Cazal est encore un peintre hardi, un vigoureux réaliste qui n'a pas plus peur du sujet que de la couleur.

Il a exposé un étude de _Tête de cheval_ et un très-grand tableau, la _Dernière heure_, dont voici la légende:

«Un cheval vicieux, condamné _pour cette raison_ à être abattu, et ayant déjà les crins coupés, cherche à s'échapper des mains des équarrisseurs, après avoir rompu ses entraves.»

La description n'est pas très-exacte.--Le cheval s'est échappé, il a même renversé, en s'échappant, l'un des équarrisseurs, et il enlève l'autre à ses naseaux ensanglantés; un boule-dogue s'élance à fond de train sur le cheval.

Ce tableau est très-vivant, très-vrai, peint largement; il méritait enfin de s'échapper des mains des jurés et de s'installer dans le salon de la liberté et de l'audace.

_Une Dispute de jeu_, par M. Thiery, est un tableau romantique qui aurait eu du succès en 1833; mais le succès ne prouve rien, et M. Thiery a fait une jolie peinture de cape et d'épée.

Holà! tavernier du diable! il ne s'agit pas d'apporter à boire! sus aux querelleurs! enlevez les cartes si leurs épées vous laissent faire, ou, vive Dieu! votre tonnelle enragée sera fermée avant le couvre-feu!

M. Allard Cambray a fait un beau Louis XI, à l'eau-forte, dans la superbe collection de M. Cadart; mais, hélas! _Agés_... hélas! il en a peint un bien faible. On voit qu'il s'est plus inspiré de la pâle chanson de Béranger que de l'histoire:

Heureux villageois, dansons, Sautez, fillettes Et garçons!

Unissez vos joyeux sons, Musettes Et chansons!

Ainsi, dans ce tableau, non moins décoloré que le refrain, sautent et dansent les heureux villageois devant le cadavre encore vivant du roi Louis XI.

M. Andrieux nous montre _le général Bonaparte accompagné de non escorte_, _le matin du combat_. (_Campagne d'Italie_, 1796.)

Bonaparte, entouré de quelques officiers, galope dans un champ en désignant du doigt classique des héros l'endroit où il y a le plus de fumée.

C'est une vignette coloriée assez habilement et dont le dessin dénote une main plus exercée à exécuter sur bois de petites manoeuvres militaires qu'à les peindre.

M. Édouard-Alphonse Aufray a trois tableaux, dit le catalogue, mais je n'en ai trouvé qu'un, _Choc de cavaliers_. On dirait que c'est la _Bataille des Cimbres_, qui a donné aux Refusés son portrait en miniature (son portrait, pas tout à fait cependant); mais il y a tant d'enthousiasme pour cette _Bataille_, dans ce _choc_, qu'on voit bien que _les cavaliers_ de M. Aufray se souviennent _des Cimbres_ de Decamps. Ils se battent presque aussi furieusement.

Les deux autres tableaux de M. Aufray, désignés dans le livret: _Crépuscule_ et _Lever de lune_, semblent être réunis dans _le Choc des cavaliers_ pour ne former à eux trois qu'une trinité. En effet, c'est par un _crépuscule_ et par un _lever de lune_ que se _choquent les cavaliers_.

Le _Cavalier polonais_, de M. Guillaume Regamey, est plus triste et moins animé. Il songe à sa patrie et attend. Son cheval aussi est là qui attend. Malgré le soin et le patriotisme, ce tableau, qui a des qualités, n'est pas d'une belle couleur. On pourrait croire, du reste, qu'il a été exposé malgré son auteur, car il n'est pas indiqué dans le catalogue.

_Les Dernières moments du général Hoche_ n'ont pas fait faire un bel ouvrage à M. E. Courtois; mais je crois que la médiocrité de ce tableau tient plus au genre,--genre ou art militaire,--qu'au talent modéré du peintre.

On peut s'affermir dans cette opinion, en examinant avec attention,--rude travail,--tous les tableaux de bataille, de revue ou de guerriers, qui sont aux deux Expositions; les uns sont plus médiocres, les autres plus mauvais.

* * * * *

IX

=SOMMAIRE=

Malice du Jury.--Elle est noire, mais cousue de gros fil blanc.--«Mon impartialité bien connue....»--Prenons le chemin de fer de Castelnau.--Nous arrivons aux Tuileries.--Réhabilitation d'un condamné.--Encore une victime.--Une tragédie de MM. Ponsard et Latour de Saint-Ybars.--Ta vie, en cinq points secs!--Une fable vue au microscope.--Quelle tête!--On met à Shakespeare la perruque à marteau de Ducis ou celle des lions de l'Institut.--Henri IV est mort!--Hoche pacifie la Vendée.--Les comestibles vont dévorer le cuisinier.--Le duc d'Orléans au bal masqué.--Le petit dieu malin.--1852 et 1815.--Les suspects au bal des victimes.--De bien douces larmes.--Pauvre petite!--Elle aime Polichinelle.--Si jeune!...--Tableau selon saint Jean.--«J'ai, Jean-Marc Mathieu, huissier au tribunal, etc....»--Décidément, c'est une langue!... mais pas française.--Vente par autorité de justice.--Autre tableau religieux selon saint Marc.

* * * * *

Parmi les tableaux que le jury a été enchanté de voir exposés dans la salle des Refusés, parce que ces tableaux-là ressemblent aux primitifs joujoux en bois dont les enfants ne veulent plus, et qu'ils font éclater la raison du jury dans toute sa splendeur, parmi ces tableaux il faut citer un paysage de M. Castelnau, qui n'a pas eu, comme son maître M. Brivet, l'énergie de s'exposer en plein catalogue.

Moi, qui ai la résolution d'être d'une complète franchise, je cite également les choses marquantes en bien ou en mal. Je voudrais pouvoir parler de tout, mais j'ai des limites.[1]

[Note 1: Quand on franchit la borne, il n'est plus de limites! a dit M. Ponsard.]

D'ailleurs, il y a mauvais et mauvais: le mauvais amusant et le mauvais ennuyeux.

C'est à ce mauvais-là qu'appartiennent les imitateurs ou plutôt les victimes de MM. Brascassat, Flandrin, Gérôme, Muller, etc.

Mais c'est dans le mauvais amusant qu'il faut classer le paysage enfantin de M. Castelnau. Il y a un petit chemin de fer avec locomotive, un petit pont, des petites maisons en bois, des petits arbres en zinc et des petits chevaux-Brivet.

Cela fait doucement sourire; cela rappelle l'enfance; on croit qu'on vient soi-même de mettre en rang tous ces jouets.

Un autre paysage qui voulait être sérieux, mais qui a l'air d'un décor du théâtre des marionnettes aux Tuileries, c'est l'_Entrée de Thérouanne_, par M. Delalleau.

M. Désiré Philippe a été reçu pendant 15 ans. La commission d'examen a trouvé que c'était assez.--Cependant ce n'est pas assez.

Il fallait que les portraits envoyés par M. Philippe fussent en décadence; or, ils sont exactement ce qu'ils étaient,--d'une valeur qui n'a pas bougé.

Le premier portrait, celui de M. Charles Vincent, est très-ressemblant; le second, celui d'un collégien, doit-être encore plus ressemblant: cela se devine.

Dans son tableau, une, _Famille de Tritons_, M. Athon Donner est une victime de M. Millet.

M. Doneaud n'est pas dépourvu des qualités qui causent l'étonnement. Il a fait une véritable _Jézabel morte_ qui indique qu'un membre de l'Institut avait d'abord dirigé ses études vers la tragédie, à la manière de MM. Ronsard et Latour.

Cette Jézabel est d'un mauvais--mais de ce mauvais déplaisant dont je parlais tout à l'heure.

Eh bien!--voilà d'où vient l'étonnement,--M. Doneaud a exposé un autre tableau qui est bien fait, c'est: _Suite de jeu_. L'intention philosophique y est peut-être trop indiquée: des cartes, de l'or, une dague et du sang!

Voilà le tableau!

La plus gigantesque des oeuvres refusées c'est le _Berger et la mer_,--_fable_!--par M. Doyen.

Ce berger est plus grand que la mer qu'il contemple.

Son genou est un immense rocher.--Et M. Doyen appelle cela une fable!

M. Duckett, _suspect_, a fait un affreux portrait qui doit être celui de M. Brascassat.

M. Hippolyte Dubois à traduit Shakespeare à la façon de Ducis.

Figurez-vous une _Titania_, le _Songe d'une nuit d'été_, faits par un prix de Rome, sans doute, élève de M. Gleyre--Gleyre obscur,--dirait le _Tintamarre_.

Obéron ne s'y tromperait pas et n'irait certes pas verser le suc des fleurs sur les paupières de cette Titania-là.

_Les Funérailles du géneral Marceau_. _L'armée autrichienne lui rend les honneurs militaires de concert avec les Français_.

Nous ne ferons pas pour ce tableau de M. Dupray comme les Autrichiens et les Français pour Marceau: nous ne lui rendrons pas même les honneurs militaires (Voir ce que nous avons dit du tableau, la _Mort du général Hoche)_.

M. Delord a fait un joli Persan--en bois.

Des légumes et des comestibles énormes sur le premier plan.--Au fond, sur le cinquantième plan, à quelques lieues on aperçoit dans une cuisine un petit cuisinier lilliputien apprêtant ses fourneaux pour faire cuire ces gros légumes qui pourraient bien le manger ou l'engloutir lui-même.

Tel est le tableau assez plaisant de M. Fanchon.

On dirait en voyant le portrait de M. Horace Vernet par M. Ficatie, que ce peintre a voulu faire le portrait du duc d'Orléans.

Cette peinture est encore du genre primitif et amusant dans lequel se sont essayés avec tant de succès MM. Brivet, Castelnau, Delord, etc.

J'aurais voulu citer l'auteur d'un _Franc-maçon_ éclatant et celui de la _Naissance d'un Poulain-Brivet_; mais je n'ai pu découvrir leurs noms.

C'est dans cette série de peintres qu'il faut classer M. Hudei, auteur d'un _Mendiant suspect_, allégorie fine: ce mendiant, c'est l'amour.... Ah!--que dirait M. Hamon?

M. Mallet, auteur du 24 _septembre_ 1852 _à Viviers d'Ardèche_; M. Regnier, qui a fait le _Retour aux Tuileries_, 20 _mars_ 1815, et M. Rocques, peintre sur faïence, doivent être nomenclatures dans cette même classe.

A ces diverses classifications de peintres, les _Suspects_, les _Philosophes_, les _Victimes_--victimes nombreuses, hélas! de MM. Signol, Pujol, Gleyre, Flandrin, Hamon, Brascassat, Yvon, etc.,--les _Primitifs_ ou _Antédiluviens_, les _Poltrons_, les _Montagnards_, etc., etc., il faut ajouter les _Tristes_.

M. Guillaume Regamey, qui a fait le _Cavalier polonais_ dont j'ai parlé, est de cette série.

Il faut y placer également un peintre modeste, caché comme une violette, qui a fait une petite pauvresse plantée devant une boutique pleine de polichinelles et de poupées. On devine dans la main qui se tortille une envie démesurée de posséder, de toucher les joujoux. C'est une de ces peintures attendrissantes qui réussissent toujours en public. Le peintre l'a prise sur nature et a eu le bon goût de ne donner à ce sujet que la proportion convenable.

M. Fourau, non moins élégiaque, a mis dans un cadre de chêne ou de sapin une petite fille encore vivante, mais qui a l'air de bien souffrir.

M. Claude Maugey a exposé deux tableaux: le _Christ abandonné_ et un _Coin d'atelier_. Le cadavre du crucifié est bien abandonné en effet.--Il est étendu sur le sol dans un désert. M. Maugey a rendu hardiment et même originalement l'abandon immense, plus grand que la solitude.

Ce tableau, bien conçu et bien rendu, avait été commandé, m'a-t-on dit, par un célèbre et noble amateur qui n'en a pas voulu, le jury l'ayant refusé!

Il y a encore des gens qui croient au jury!

Dans tous les cas, ce n'était pas une raison.

Le noble amateur n'étant pas le jury, n'avait pas le droit de refuser.

Le _Coin d'atelier_ est une simple petite toile qui montre des pinceaux, une palette, des couleurs et un _protêt_. Triste, triste,--comme dit Hamlet,--triste allusion à la vie des peintres qui ne vendent pas leurs tableaux vingt mille francs, car alors ils ne les vendent pas du tout. Il n'y a pas de milieu.

La peinture rapporte des millions ou rien. C'est affaire de chance comme en tout art.

Je ne sais si M. Maugey a voulu agiter ces hautes questions, et s'il croit, comme M. Millet, que la peinture est une langue, mais heureusement il n'en a pas l'air. Il conviendrait d'ailleurs avec moi que ces petites vessies et ce papier timbré n'ont pas une grande importance, ni une éloquence victorieuse et tranchant la discussion.

Pour couper court à toute réplique, au lieu de cette douce plainte, il aurait fallu, alors, représenter dans un grand tableau les huissiers noirs emportant tout et le peintre rouge pleurant aux pieds du jaune propriétaire impitoyable.

Voilà qui aurait corroboré l'apophthegme de M. Millet.

J'admets le tableau religieux de M. Maugey, le _Christ abandonné_, mais je n'admets pas le _Christ mort_, de M. Zipelius. Celui-là est déplorable; il a l'air d'avoir concouru pour le prix de Rome.

* * * * *

X

=SOMMAIRE=

Orage.--Dispersion des insectes.--Nouvelle liste d'exécutés.--On manque de tombereaux.--Le Jury a encore deux peintres tués sous lui qui se portent bien.--Dernière fournée de victimes innocentes.--Gentillesses à l'aquarelle et au pastel.--Traduction libre de: _La garde meurt_..., etc.--Éloge des aqua-fortistes.--Adresse de M. Cadart: rue Richelieu, 66 (réclame).--La bataille de Waterloo recommence.--La sculpture.--Tout prouve que j'ai raison.--Otons nos paletots.--Un nouveau suspect qui a du talent.--Moisson de statuaires.--Conclusion.

* * * * *

Tout d'un coup le ciel s'obscurcit, un torrent de paysagistes nous inonde. C'est comme une invasion de sauterelles en Afrique; il faudrait du canon pour les disperser.

Cependant presque tous ces paysagistes ont du talent. C'est ce qui les a fait refuser.

Citons les plus dignes et leurs tableaux.

M. Berne-Bellecour, _Plâtreries_, _près Fontainebleau_.

M. Besnus, _Bestiaux au pâturage_.

M. Auguste Bouchet, auteur d'un superbe _Chemin creux dans la forêt de Montmorency_.

M. Berthelon, _Paysage_ (non inscrit dans le catalogue).

M. Chauvel, _Dans la Gorge aux Loups_, _Fontainebleau_.

M. Louis Cordier (non inscrit), une _Rue de village_ très-bien peinte.

M. Dutilleux, _Étude en forêt_ et _Effet du soir_.

M. Fontaine (encore un suspect non inscrit!), _Paysage_.

M. Eugène Lambert, _Vue prise en aval du l'Ile de Veaux_.

M. Laîné (suspect), _Paysage_.

M. Lansyer, _un Poste au bord de la mer_.

M. Lemariée, _Vieilles tanneries à Montargis_.

MM. Lalanne et Larochenoire, introuvables dans le catalogue, auteurs, M. Lalanne qui avait toujours été reçu, de _Ruines dans un paysage_, et M. Larochenoire, de _Chevaux au pâturage_.

M. Célestin Leroux, dont j'ai remarqué les trois _Sites de Landebaudière_.

M. Edouard Lobjoy, qui a fait une très-belle _Vue de l'Église San-Tommaso_, _à Gênes_.

M. Longueville,--qui figure à l'exposition ordinaire,--_Joinville à Nogent_.

M. Marois (non inscrit), _Paysage_.

M. Michelin, _Vallée d'Hyères_.

M. Morel-Lamy, _Bords de la Marne_ et _Promenade près le canal_, pastel.

M. Masure (non inscrit), _Marine_.

M. Perret (François), _les Bords de l'Oise_.

M. Petit (non inscrit), _Paysages_.

M. Pissaro, _Paysage_.

M. Lavery (non inscrit), _Paysage_.

M. G. de Serres, _Crépuscule_.

M. Sutter (David), _Paysages de Fontainebleau_.

M. Vollon, _Paysage_ (Charenton).

M. Valnay (non inscrit), _Paysages_.

M. Wagrez--admis à l'Exposition et mentionné,--_la Forêt par la neige_.

J'en passe et d'aussi bons.

Tous ces paysages sont bien.--Pas un ne ressort absolument. C'est du talent ordinaire, mais c'est du talent.--On n'a pas le droit de repousser le talent, même quand on n'en a pas. Plusieurs des auteurs de ces tableaux sont à la fois admis et refusés et figurent aux deux expositions. Presque tous ont deux ou trois peintures à la Contre-Exposition; je n'ai cité que les meilleures.

Deux autres peintres très-connus, MM. Jongkind et Eugène Lavielle, qui, lui, ne s'est pas fait inscrire dans le catalogue, ont eu de charmants paysages renversés, mais non tués,--au contraire,--sous le jury.

Quelques affreuses choses, _le Portrait de M. F._, par M. Tichit; _la Femme adultère_, par M. Hébert; _la Fête romaine sous Pompée_, par M. Navlet; un hideux fouillis sur faïence par M. Rocques, qui ne s'est pas assez caché, et _le Portrait de M. Dambry_, _inventeur de la capsule dite tire-feu_,--(remarquez l'invention, je vous prie),--sont les dernières peintures qui m'aient arrêté à cause de leur tristesse ou de leur comique involontaire.

Madame Pauline Viancin, dont le nom manque dans le catalogue, a fait un très-joli portrait au pastel.

M. Tournayre est auteur d'un beau paysage au fusain. Un dessin de M. Saint-François, _la Fièvre_, est des plus remarquables: un cadavre en délire se relève dans ses draps sur un grabat; ses crispations, sa maigreur en sueur, les effets d'ombre et de lumière sont arrachés à la nature fantastique. C'est admirable.

_La Promenade près le canal_, pastel, par M. Morel-Lamy, et une _Plage_, aquarelle, par M. Laurens, tous deux déjà nommés; _le Naufrage de la Méduse_, d'après Géricault, fusain par M. Eustache (non inscrit); des fleurs et des fruits au pastel sont à citer.

M. Frédérick Junker, qui n'est pas sans habileté, a voulu faire de l'esprit. Il a représenté le livre des _Misérables_ ouvert à la page où Cambronne répond si énergiquement aux Anglais qui le somment de se rendre. Un morceau de sucre brûle sur une pelle pour ôter l'odeur et mieux faire sentir l'intention du dessinateur, qui a appelé cette mauvaise plaisanterie: _le Dernier mot du réalisme_.

GRAVURE

M. Bracquemond, un des meilleurs aqua-fortistes, un des artistes qui se sont le plus distingués dans la magnifique galerie de M. Cadart, a laissé au salon des Refusés un superbe _portrait d'Érasme_, _d'après Holbein_, _eau-forte commandée par le ministère d'État_, et un _Tournoi, d'après Rubens_, _gravure commandée par l'administration des Musées pour la calcographie_.

Il paraît que le jury n'est pas d'accord avec cette administration, ni avec le ministère d'État.

M. Léopold Desbrosses a une belle eau-forte: _Waterloo_; _épisode du chemin creux d'Ohain_.

«L'instant fut épouvantable. Le ravin était là, inattendu, béant, à pic sous les pieds des chevaux, profond de deux toises entre son double talus. Le second rang y poussa le premier et le troisième y poussa le second; les chevaux se dressaient, se rejetaient en arrière, tombaient sur la croupe, glissaient les quatre pieds en l'air, pilant et bouleversant les cavaliers..., et quand cette fosse fut pleine d'hommes vivants, on marcha dessus, et le reste passa.»

Ces lignes expressives ont été comprises et rendues par M. Desbrosses.

Il faut encore signaler les gravures espagnoles de M. Manet: _le Martyre de Saint-Barthelemy_, _d'après Ribeira_, par M. Masson; _une Tête_, _d'après Jean Bellin_, par M. Balleroy, Refusé craintif dont le catalogue ne parle pas; enfin _les Folles de la Salpétrière_ qui représentent _une Sortie de soeurs de charité_; _les Bords de l'Oise_, d'après Daubigny--(on voit une grange),--et divers croquis par M. Amand Gautier.

SCULPTURE