Le salon de Madame Truphot: moeurs littéraires

Part 9

Chapter 93,682 wordsPublic domain

Il est temps peut-être que quelques hommes aillent dire cela aux masses spoliées, qui imposent la domestication et l’endémique famine à toute la descendance issue de leurs entrailles éternellement douloureuses. Il est temps qu’on aborde franchement le débat et que, méprisant par avance toutes les persécutions, deux ou trois penseurs s’offrent d’eux-mêmes pour affranchir le peuple en lui énonçant, malgré la gouaille et les quolibets du début, les moyens infaillibles de ne plus faire d’enfants. Il est nécessaire de ne point le prendre, tout d’abord, à la thèse philosophique, mais bien au terre à terre du profit immédiat. Qu’on lui donne en exemple la Bourgeoisie qui, pour ne pas morceler sa fortune, s’est déterminée à la quasi-stérilité. Qu’on lui dise dans les réunions publiques, dans les meetings des centres ouvriers, à l’aide de millions de brochures répandues à profusion dans les usines ou à la porte des mairies, envoyées même à chaque nouveau couple, qu’on lui dise et lui rabâche à l’aide de l’écrit et de la parole, enfin, qu’il est ridicule de ne pas imiter la classe moyenne, qu’il est stupide d’employer son infime salaire à nourrir des petits, quand il peut s’abstenir d’en avoir. Définissons-lui, nous, littérateurs, le malthusisme rationnel et sournois des satisfaits, et faisons-lui comprendre que le bourgeois n’a pas supprimé le plaisir de l’acte génésique, mais seulement la résultante: la fécondation, et il ne tardera guère à en faire autant. Au bout de quelques années, dès les premières statistiques des Leroy-Beaulieu ou autres annonçant le péril, le Capitalisme, terrifié à la vue du mal qui va l’exterminer à son tour, accourra suant de peur pour offrir, de lui-même, la justice, et promettre une répartition plus équitable des biens d’ici-bas. Il ne sera plus temps. La caste assouvie, par sa volonté d’iniquité, aura tué ce qu’elle appelle la Patrie et la Race.

Et, qui peut nier la sereine et magique beauté de l’acte? La Démocratie, qui a donné son sang pour toutes les grandes œuvres sociales, la Démocratie, qui par son courage, son labeur, a permis en somme d’édifier la civilisation moderne, la Démocratie, éternelle Parturiante d’Idéal et de Bonté, comprenant qu’elle a tendu le cou à une cangue plus lourde que les chaînes féodales, la Démocratie, consciente enfin que sur sa nuque pèse la pantoufle du bourgeois, ou les cothurnes éculés des histrions de la politique, plus implacables que la botte à éperons d’or des patriciens d’ancien régime, la Démocratie, désireuse de ne point s’avilir, de ne pas se courber plus longtemps dans l’esclavage, se frappe à mort, étouffe la vie dans ses lombes, et entraîne dans le gouffre ceux qui lui refusent l’Équité...

La minute est décisive, sachons-le, et la haine publique, ou la mise hors la loi ne pourront, j’en ai l’assurance, étouffer désormais la parole courageuse des protagonistes de l’Idée salvatrice en actuelle germination. J’aime la vie, certes, moi, mais je me résigne car j’aime encore plus la justice, qui doit en être la condition première, et si c’est le seul moyen de l’arracher aux exacteurs oisifs que de brandir une telle menace au-dessus de leurs fronts implacables dans la férocité, je l’acclame de toutes les forces de mon cœur et de ma pensée. Peut-être serai-je un de ces ouvriers d’émancipation, sans jamais, par la suite, réclamer ni honneur ni mandat. Je m’affligerai, toutefois que les socialistes ou les libertaires ne m’aient point devancé. Mais sans doute, les chefs n’ont-ils cure de voir le Peuple faire sa Révolution tout seul et tout de suite, car il leur faudrait rester sans emploi et résilier leur rôle profitable de pasteurs de bétail...

Truculor ne ramena point l’adversaire.

—La question, dit-il, est d’une telle vastitude et d’une complexité si grande, Monsieur, que je préfère vous répondre demain, dans un _Premier-Paris_. Karl Marx et Bernstein, démontrent péremptoirement, à l’opposé de Max Stirner... Mais devant les grimaces des commensaux menacés d’un éboulis d’érudition sociologique et d’un laïus pompeux, il rengaina son Larousse et tourna bride tout à coup, en ajoutant néanmoins, d’un ton emphatique: Ces thèses malthusiennes ne gagnent pas à être commentées à table...

Depuis quelque temps déjà, le front du comte de Fourcamadan se ravinait sous l’effort des cérébrations intenses. Son esprit en gésine devait connaître les affres de l’enfantement.

—Béothus n’est qu’un dément qui m’a donné des déman.... geaisons.... ses acarus n’avaient rien à faire avec le _non-être_, mais bien avec le _pyr...êthre..._ Et, satisfait, exhilarant, le dos en arc de cercle, il pinça, entre le pouce et l’index, l’assiette de Jacques Paraclet.

—C’est l’aboutissant prévu, l’homme définitif que peut élaborer une race qui a répudié Dieu, opina le pamphlétaire, dédaigneux de cette stupidité. Ceux qui, depuis tant d’âges déjà, obscurcissent chaque jour le Front du Crucifié d’un nuage de crachats, ceux qui ont fait chavirer l’Espérance dans le dépotoir du Positivisme, ceux qui depuis Voltaire et Diderot dansent sur le corps du Fils de l’homme la bamboula frénétique des vidangeurs de l’athéisme, devaient nécessairement se trouver acculés à ces théories de négation et de désespoir paroxystes. D’ailleurs je ne suis pas loin, moi aussi, de leur concéder une part de magnificence. Puisque la puanteur de ce monde est telle que les bienheureux, qui gravitent dans le séjour des Justes et des Purs, se trouvent sur le point d’en être asphyxiés d’horreur, il est bon que la création disparaisse, car Dieu, lui-même, a dû reconnaître que sa toute puissance et sa volonté seraient impuissantes à la racheter. Qu’il vienne donc l’ange exterminateur armé de son flamboiement de tonnerres! Qu’il accoure le justicier escorté d’une pyrotechnie de soleils en conflagration, et qu’il détruise pour toujours la purulence et l’immondicité de notre relief planétaire!

—Messieurs, messieurs, avec tous vos goûts de massacre et de destruction universelle, vous ne touchez pas à ce _chaud-froid_. Je vous prie, maître d’hôtel, faites passer, dit la Truphot, qui prévoyait qu’elle allait vivre plusieurs nuits à rêver de cataclysme général.

Après quelques oscillations réglées par un métronome d’infaillible sottise, qui servit à mettre en mesure et à balancer rythmiquememt les dires de Sarigue, de Madame Truphot, de Boutorgne et du comte de Fourcamadan dont l’intellect respectif, surexcité par la bonne chère, butinait avec acharnement le sens caché des faits du jour, la conversation vint se fixer sur la guerre de Chine, qui déroulait alors ses péripéties les plus corsées.

Cette fois Truculor s’était installé de lui-même dans le bien-penser et le bien-parler. Il se mit donc à réciter, sur les cordes basses de son violoncelle pectoral, un prochain article qu’il destinait à son journal, pour appuyer le ministère à qui quelques dissidents de la gauche reprochaient d’avoir engagé en Extrême-Orient une campagne suscitée par les brigandages des missionnaires.

—Messieurs, il faut avoir la loyauté de le reconnaître, les Chinois ne sont pas intéressants. Ce peuple abruti d’opium ignore le courage. Que penser, en effet, de trois cents millions d’individus qui se laissent mettre à la raison par un corps expéditionnaire d’à peine cinquante mille baïonnettes? Il suffirait, n’est ce pas? à ces inconcevables fourmilières humaines, de lever les bras, pour que l’air jusque-là placide, déchaîné tout à coup en ouragan par ce simple geste, balayât dans la mer les troupes que leur a dépêchées l’Europe dans un effort parcimonieux. Eh bien! Ils assistent à la chose indolents et apathiques, se contentant de geindre très fort, parce qu’on les pille et les extermine un peu. C’est un peuple figé, désormais incapable d’apporter sa contribution à l’effort et au travail du Monde en gestation de Progrès. Si on leur prend leurs ivoires, leurs soies, leur or et leurs fourrures rares, c’est, en somme, la revanche de la Civilisation sur la Barbarie, c’est la juste vengeance tirée par l’occident, après bien des siècles, des effroyables chevauchées de Tamerlan ou de Gengis. D’ailleurs, qu’ont fait des Chinois depuis douze cents ans? Où donc est leur science et de quelle culture moderne ont-ils témoigné en face de l’Europe en progression constante? Ce que les armées congrégées de cette dernière viennent d’accomplir, ce n’est, à bien y réfléchir, que ce que nous rêvons tous de voir se réaliser en faveur du prolétariat et au détriment de la Bourgeoisie régnante, c’est l’expropriation, la dépossession d’une race fainéante par une humanité laborieuse et féconde...

Ici il prit un temps, debout comme s’il conférenciait, esquissa au-dessus des convives un geste large de sa main arrondie en forme de conque, puis il acheva, se rasseyant et légitimant dans son inconscience la férocité de la classe capitaliste actuelle désireuse de triompher malgré tout.

—Nul ne mérite de vivre, au surplus, qui n’a le courage de se défendre.

Une stupeur régna; des pommettes rubescentes pâlirent d’étonnement, car cette thèse dans la bouche de Truculor déroutait toute la tablée. Mais la Truplot, respectueuse du lustre de son ténor, applaudissait et, du coup, s’y croyant autorisée par une aussi illustre obédience, elle lâchait, en phrases ineptes, et en éructant à demi, sous la poussée des vins, tout ce que sa langue pâteuse lui permettait de débonder d’un nationalisme longtemps réfréné.

—Oui oui! on devrait les égorger jusqu’au dernier. La cause de l’Église est toujours juste, et il faut que le colonel Marchand revienne de là-bas empereur.. D’abord, ce sont des païens, et puis ces misérables méprisent les femmes et crachent sur les crucifix....

—Envoyons-leur Gallifet, avec pleins pouvoirs, appuya son amant.

—La _fêlure_! se dit Honved, en se rappelant la thèse de la pièce qu’il chérissait, en pensée, depuis longtemps déjà. Oui, Truculor vérifiait le caractère, s’identifiait même, de surprenante façon, à un des personnages qu’il avait déjà configuré mentalement. L’auteur dramatique, dans ces trois actes projetés, voulait offrir une explication aux désolantes attitudes, aux comportements imbéciles dont sont coutumiers les gens notoires de cette époque, réputés, cependant, pour être doués de quelque phosphorescence d’entendement. Quand une race en est à la sénilité, quand le bétail humain qui a trop vécu s’agite, sans pouvoir brouter autre chose que les chardons de la sottise, la Nature suscite alors quelques individus dont la fonction est d’éliminer la dernière réserve de vaillantise morale, la dernière parcelle d’intelligence qui peuvent lui rester. Il n’est pas besoin, pour adopter ce postulat, de croire à une prédestination, ni de concéder à la Fatalité; le monde n’étant qu’une Volonté, comme les philosophes matérialistes l’ont démontré. Or la Nature se sert de ces hommes pour précipiter la déliquescence, pour aider à la désagrégation finale de l’esprit de cette race: elle leur fait à proprement parler tenir le rôle de ptomaïnes de décadence, tels ces ferments qui se mettent dans les corps déjà putréfiés. Par ailleurs, pour qu’ils aient pouvoir sur la masse, elle a fait d’eux des niveaux d’eau parfaits, destinés à déterminer exactement la ligne d’horizon, la parallèle basse nécessaire à l’optique du restant de leurs semblables. Or, elle les a frêtés d’une eau opaque de bêtise cynique, en laquelle, seulement, elle a glissé, pour la réalisation de ses mystérieux desseins, la petite bulle d’air, la petite spiritualité d’un discutable talent. Remuez le niveau d’eau: la molécule gazeuse va chavirer et se démener ensuite, sans pouvoir se fixer de façon stable. Et il faudra des circonstances particulières, une précision de manœuvre infinie, que le moindre heurt vient infirmer, pour que la bulle d’air se maintienne au centre parfait, bien en vue. Ne les faites pas agir sans précautions, sans préméditation, alors qu’ils ne sont pas en _représentation voulue et concertée_, car le petit globule s’affolera et se perdra alors dans la masse liquide. Seuls les doigts de géomètre du Destin auront le pouvoir de le replacer de ci, de là, par à coups, au point voulu, après cinq ou six mille oscillations fausses. L’avare Nature, sans doute, en paraissant les favoriser d’un quelconque côté, s’était acharnée sur eux, avait fait payer cher à ces cervelles pseudo-reluisantes tout le faux lustre dont elles se réclamaient. Elle semblait avoir rageusement fissuré la calotte cranienne qui servait de récipient à ces méninges glorieuses, laissant, par la fêlure, fuir le meilleur de l’intelligence. Et, en vertu de cette loi d’équilibre qui est sa règle primordiale, elle les avait dotés d’extravagants travers, leur rendant toute pondération impossible—pour balancer ce qu’elle croyait leur avoir donné.

Honved rabrouait vivement le personnage.

—Monsieur Truculor, je ne sache pas que le courage militaire puisse jamais être tenu pour le véritable criterium de la valeur d’un peuple. Les nègres du Dahomey, fusillés et mitraillés à distance par les effroyables engins modernes, sont venus mourir, dans plusieurs combats, emportés par une furia magnifique, sous les pieds mêmes de nos soldats; témoignant ainsi d’une des plus belles ardeurs guerrières qu’on ait jamais vues. Oseriez-vous en inférer que cette race était supérieure? A l’encontre de ce que vous venez de nous dire, le degré de civilisation et d’affinement d’un peuple se mesure à la haine qu’il nourrit des choses de la guerre. N’importe quelle brute militaire, un reitre de l’infanterie allemande, un lansquenet de Wallenstein, par exemple, avec une balle mâchée dans son mousquet, aurait toujours eu raison d’un Spinoza qui répugnait à se défendre ou ne savait pas combattre. Or, quelle que soit votre mésestime pour les maîtres que vous enseignâtes jadis... continua Honved en faisant allusion à l’ancien professorat de Truculor, vous ne sauriez soutenir décemment que le reitre est d’une humanité plus avantageuse que celle du Juif sublime qui écrivit l’Ethique...

Truculor mal en point et congestionné, la face vultueuse, désignait du doigt une ampoule électrique incluse en un surtout de fausse argenterie garni de lilas, d’œillets et de roses pâles, à qui la chaleur de la salle infusait une dolente chlorose. Il persévérait.

—Les Chinois n’ont cependant pas inventé cela.

—Non, comme vous le dites, ils n’ont point découvert la flamme électrique. Mais, faut-il le rappeler à un ancien professeur de la Sagesse? la première méthode de raisonnement rigoureux et scientifique était dans l’Inde avec Kapila, et par conséquent en Chine, dix siècles avant que la Grèce, elle même, possédât une philosophie. Il est plus que probable que cette dernière a pris aux hommes de race jaune, le raisonnement par deux propositions, l’enthymème dont je vous parle, qui plus tard, à son tour, mit au monde le Syllogisme, véritable conquistador de toute réalité abstraite. C’est un peu, croyez moi, cette méthode d’induction et de démonstration—la plus haute que les hommes puissent connaître—qui a enfanté les procédés de recherche scientifique moderne et acheminé l’Occident à la découverte de ce que vous invoquez. D’un autre côté, la civilisation chinoise qui, après une durée ininterrompue de quatre mille ans subsiste toujours—fait sans précédent dans le Monde—la civilisation chinoise, qui n’a pas subi un arrêt de quinze siècles dans des ténèbres médiévales, fait preuve d’une force bien supérieure à la nôtre, puisqu’elle lui a résisté et ne s’est point laissé entamer. Elle vivra encore quand nous ne serons plus. Il ne faut pas oublier, d’ailleurs, que les Chinois s’habillaient de soies précieuses, vivaient parmi un idéal réalisé d’art et de beauté, avaient calculé la marche des astres, la rotation de la Terre, et vraisemblablement trouvé la boussole, alors que nous allions tout nus, que nous hurlions d’épouvante à l’apparition du moindre météore, et nous débattions enlizés jusqu’au cou dans la fange chrétienne.

Mais Truculor, qui opérait sa retraite et espérait s’en tirer par une plaisanterie, ripostait dans un rire gras.

—Ne dites donc pas de mal de Jésus, Monsieur Honved. En instituant le repos dominical, la fête du dimanche, le Christianisme n’a-t-il pas forcé une notable partie de l’humanité à changer de chemise au moins une fois par semaine? C’est toujours ça...

Ici, une sorte de barrissement digne d’un animal antédiluvien fit se dresser toutes les têtes et suspendit les haleines. C’était Jacques Paraclet qui se déchaînait, prenait vent et, le poing tendu, dominait tous les convives d’un visage exsudant de négrier dont on déprise ou vilipende la cargaison. La soute aux invectives explosait.

—La redoutable Face de Celui qui nous jugera tous, un prochain jour, m’est témoin, vociféra-t-il, que j’étais venu ici surchargé d’une insolite aménité, et que je m’étais juré, à moi-même, quelles que fussent la culminance de votre impudeur ou l’altitude de votre scurrilité, de ne jamais vider les arçons de la plus sereine indifférence. Par sept fois, sur les saints Évangiles, j’avais fait le serment d’assister, d’un œil invraisemblablement détaché, au cours sinueux, nonchalant ou frénétique de l’Orénoque, du _Meschacébé_ de sottise et d’infamie, dont vous avez, un à un et tour à tour, fendu les flots en hippopotames diligents. Les îles flottantes de votre niaiserie, où se balancent, comme les fleurs d’or dans la description de l’auteur _d’Atala_, les anaphrodisiaques nénufars de votre studieuse ignorance, auraient pu, devant moi, passer et repasser vingt fois, sans que j’eusse été pris, une seule minute, du désir de les sabouler au passage à l’aide des crocs de fer d’une solide controverse. Monsieur de Fourcamadan aurait pu continuer, en tout loisir, à évacuer ses petites historiettes excrémentielles, et nous enchaîner tous avec les câbles de guano desséché qui lui sortent de la bouche, comme les chaînes d’or au dieu de l’Éloquence, que je me serais bien gardé de déranger l’eurythmie de son discours. Un remords cuisant se fût même, sur l’heure, insinué en moi, ainsi qu’un bourreau tenace, si j’avais prié l’Africain, égorgeur de femmes, que je vois là-bas, d’aller restituer son derrière aux gardes-chiourmes invertis, qui prirent soin de sa personne, durant un lustre tout entier. Je n’ai même pas, vous me rendrez cette justice, favorisé d’une épithète l’épilepsie de monsieur Pharamond Robomir, collaborateur dichogame du _Pégase_, et qui paraît avoir permuté de sexe avec madame Dieulafoy. Oui, j’aurais opposé à vos dires une anesthésie d’indifférence semblable en tous points à celle qu’un individu saturé de chloroforme peut opposer au couteau des tortionnaires, oui, j’aurais tout enduré, même l’ocarina de mon voisin, si Monsieur Truculor ne s’était mis soudain à insulter le christianisme jugulé...

Je ne veux pas connaître le degré d’apathie des Chinois et leur indigence d’ardeur belliqueuse me trouve sans indignation. Il suffit, pour me les rendre sympathiques, qu’ils aient été choisis par Dieu pour bien prouver au Monde que Son supplice et Sa crucifixion continuaient; il suffit qu’ils aient été élus par Sa volonté afin de Lui permettre, une fois de plus et au regard des hommes, de Se soûlerde douleur et d’effroi.

Certes, ils font éclater aux yeux des plus incrédules la Divinité péremptoire, ceux-là, puisqu’ils ont permis à une torture toute fraîche et à une honte nouvelle, infligées à Jésus, par les monstrueux missionnaires de là-bas, de venir s’ajouter à celles qui n’avaient pas été prévues au Mont des Oliviers. Que les hommes jaunes incinèrent tout vifs, dilacèrent avec un art de tourmenteurs poussé jusqu’au génie, les innomables carcasses des soutaniers qui, chargés de répandre la Parole dans l’Empire du Milieu, ont pratiqué le vol et le banditisme, cambriolé les métaux précieux et les fourrures inestimables dans une maëstria dont les juifs eux-mêmes n’ont pas donné d’exemple à travers l’histoire, j’y applaudis des deux mains. Qu’ils aient intercis, en plusieurs quartiers et tronçons salés vifs, les rufians infâmes estampillés d’une croix; qu’ils aient donné des lavements d’huile bouillante aux brigands immondes qui créaient des comptoirs d’usure, faisaient escompter leurs chèques par les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, ouvraient, à l’usage de l’armée, des lupanars, des prostibules, à la caisse desquels l’évêque de Pékin, en chasuble, rendait la monnaie, je n’y saurais contredire, car ces Mongoloïdes de la rue du Bac transformaient le Fils de l’Homme en Dieu des assassins, et surchargeaient ses épaules d’un tel opprobre, qu’il se demande, peut-être, à l’heure actuelle, le Lamentable, si Sa Divinité sera suffisante pour Lui faire supporter le faix d’un pareil Himalaya de déréliction!

Mais tant que l’inanition coutumière que m’ont impartie les multitudes contemporaines, par moi bafouées, n’aura pas à tout jamais congelé le sang de mes veines, nul ne se pourra vanter d’avoir, impunément devant moi, acclamé la force scélérate et vilipendé le Christ momentanément vaincu. Jamais je ne tolérerai, Monsieur le subversif, qu’on vienne excréter sur Lui des plaisanteries d’arrière-département.

Qui êtes-vous donc vous autres, qui osez blasphémer la sublime parthénogénèse de l’Église chrétienne et la suite de confondants miracles poursuivie de façon ininterrompue à travers dix-neuf siècles? Oui qui êtes-vous? Que faites-vous? Pendant que les foules, crétinisées par vos théories, se lamentent au milieu des clameurs de leurs entrailles vides, alors que la détresse des asservis, qui n’espèrent plus en Dieu, semble avoir atteint, comme en ce moment, l’indépassable Solstice de la Famine, on vous voit rouler sous la table des plus sales ribotes bourgeoises et gravir, un à un, les différents échelons poissés de vomissures de l’échelle dite des Honneurs. Alors que le Golgotha n’a pu faire la justice sur la Terre, vous incitez les malheureux à escompter l’attendrissement des Assemblées délibérantes. En Officiant, en Sacerdote rétribué du Mensonge, vous maniez même la sonnette sous-présidentielle, qui vous sert à annoncer l’imminence du solécisme, comme elle sert à l’humble prêtre à annoncer l’imminence de la divine Transsubstantiation. Dès que l’un de vous a soutiré une parcelle de pouvoir, est devenu ministre, comme Millerand pour avoir vendu son parti à 30 deniers, vous accourez tous, tel un essaim de mâchebrans sur une _chose_ diffamée. La bouche pleine, avec le jus des viandes, l’or ou le sang des vins généreux, qui ruissellent à vos commissures, vous bâfrez alors, en des voracités de cynopithèques, tout en flatulant devant le Peuple, une fois de plus trompé, qui sanglote de désespoir à vos pieds vaporants. Et quand les lebels, comme à la Martinique et à Chalon, partent sur la Foule, vous rotez si fort, dans votre indigestion, Messieurs de la Postiche socialiste, que vous en arrivez à couvrir le bruit des fusillades!...

Semblables en tous points aux requins qui, dans les mers chaudes suivent le bateau, le steam-boat, et avalent au passage les bouteilles vides, les boîtes de fer-blanc et les vieilles bottes qu’on leur jette par dessus bord, on vous a vu suivre, avec les socialistes de votre bande, le galion bourgeois et engouffrer à la volée tous les détritus, toutes les déjections de pouvoir et d’argent, que la ripaille sociale voulait bien vous décerner.

C’est vous, les repus du Collectivisme, vous, les victimaires adipeux de vos propres fidèles, qui martelez sournoisement du talon les faces vertes des damnés de l’enfer social, quand ceux-ci, mutilés dans leur énergie et les poignets coupés, s’efforcent de faire sauter les barreaux de leur ergastule, en s’y accrochant avec leurs gencives décharnées et saigneuses dont les convulsions du désespoir et de la faim ont au préalable fait sauter toutes les dents..... Vous êtes les Belphégors de l’abjection, et si vous aviez une âme, il conviendrait de se précipiter sur elle et de l’exterminer avec des pelles à m.... e!.....